Notes sur la socialisation des profs

Voici un billet que je voulais écrire depuis longtemps et que je n'ai cessé de repousser à chaque fois que j'en ai eu l'occasion... par paresse, manque de temps ou par pudeur - vous verrez pourquoi. Le succès, que certains appellent "buzz", du "pourrisage du web" d'un certain Loys Bonod, "36 ans, professeur certifié de lettres classiques dans un lycée parisien", me pousse, sinon à boucler toutes les idées, au moins à dire deux mots de ce sujet : la socialisation professionnelle des enseignants. Une socialisation qui, pour un groupe qui se sent menacé par Internet, emprunte de plus en plus cette voie.

Passons d'abord sur le contenu de la chose : un prof diffuse de fausses informations sur Internet pour mieux piéger ses élèves, espérant leur faire une leçon de morale sur le plagiat et l'Internet. Amusante au premier abord, l'expérience s'avère plus nauséabonde lorsque l'on prend la peine d'y penser (il m'a moi même fallu un peu de réflexion pour en arriver là). Les réactions négatives ont été assez fournies et bien argumentées : vous en trouverez la plupart ici, mais je vous encourage surtout à lire celle-là. J'en recopie un extrait qui résume ma propre opinion mieux que je ne saurais l'exprimer :

L’école soumet les élèves à des injonctions contradictoires : pensez par vous-même, répétez ce qu’on dit. Prenez des risques, ne vous trompez pas. Apprenez par cœur, ne plagiez jamais. Ces contradictions sont structurelles, inscrites dans les fonctions ambivalentes de l’institution. D’un côté, on impose aux élèves une culture dominante de pure autorité. De l’autre, on leur demande d’entretenir la fiction selon laquelle cette culture est librement choisie, aimée, appréciée comme supérieure par tous. La bonne élève, c’est celle qui a le bon goût de sincèrement aimer Flaubert.

Jamais les thèses de Bourdieu, honni de certains profs qui ne l'ont pas lu, ne m'auront jamais semblé plus pertinentes : ce que l'on entend juger chez un élève, ce n'est pas l'acquisition simple de savoir qu'un rapport au savoir, rapport de gratuité, rapport d'évidence, rapport de facilité. Et ce rapport n'est pas enseigné par l'école. Il vient de la famille ou il vient d'ailleurs. Ce que sanctionne l'enseignant, c'est l'anxiété d'élèves qui, face à la dureté des enjeux scolaires - combien sommes-nous à utiliser le spectre du chômage pour essayer de les motiver ? -, cherchent un secours extérieur, comme jadis on achetait des corrigés aux copains ou on se plongeait dans les annales et autres inventions du monde de l'édition, ou encore on fouillait les encyclopédies... Et plutôt que de leur apprendre à chercher de l'information, on les enjoints à se débrouiller seul, alors que c'est justement ça le problème. Oh, bien sûr, Loys Bonod prend la peine de citer "le manque de confiance en soi" dans les raisons qui poussent au plagiat. Mais, outre que l'on peut se demander ce que son expérience fait pour cette confiance en soi, les dessins dont il accompagne son récit sont sans ambiguïtés : c'est la paresse l'explication privilégiée...

Bref. Ce n'est pas tellement de cela dont je voudrais parler. Considérons plutôt la rapidité avec laquelle ce récit a circulé et va sans doute continuer à circuler parmi les enseignants : liké sur Facebook, twitté sur Twitter (j'y ai contribué, comme quoi on devrait prendre la peine de réfléchir avant de diffuser), envoyé par mails, sur les listes de diffusion, sur les forums publics et privés, discuté (ou affiché) en salle des profs, en conseil pédagogique ou en co-voiturage... Jeunes profs comme vieux routards : nous allons être nombreux à lire ce témoignage, et tout autant à devoir nous situer par rapport à lui. Chacun est sommé de se situer : pour ou contre. Et les réactions, y compris celle que vous êtes en train de lire, ont bien pour objectif de situer leurs auteurs dans un espace en conflit, entre progressistes et conservateurs, pédagogues et traditionalistes, etc.

Ce texte n'est pas le seul. Au contraire, depuis que je suis enseignant, soit depuis 2007, j'en ai vu passer plus que je ne saurais le dire : témoignages, récits soi disant sincères, appels à l'aide plus ou moins apocalyptiques, complaintes récurrentes sur le niveau des élèves, la bêtise des parents, l'inconséquence de l'ensemble du système... La triste nouvelle du suicide d'une enseignante se voit traduit en quelques jours en tribunes et prises à partie des uns et des autres qui, invariablement, circulent avec toute la rapidité qu'offre ces Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication dans lesquelles certains voient la mort du Savoir et de la Société. Certains en profitant pour se présenter comme les héros de l'humanisme contre ces traîtres laxistes qui ne partagent pas leurs idées... Un témoignage sur le racisme ordinaire dans un établissement circulera un peu moins vite, peut-être via des réseaux sensiblement différents, mais pourra toujours donner lieu aux mêmes montées en généralité.

Ce sur quoi je veux mettre l'accent, c'est qu'au-delà de ces quelques exemples ponctuels, puisés dans ce que je parviens le plus facilement à retrouver un dimanche après-midi, les enseignants reçoivent beaucoup d'informations de ce type. Elles se présentent généralement sous une forme commune : celle du témoignage ou, pour le dire mieux, de la fable. On y raconte une histoire qui a valeur d'exemple et dont on peut tirer une leçon ou une morale sur la façon dont va le système éducatif. Montée en généralité : c'est le mot. D'une "expérience" auprès d'une soixantaine d'élèves, on tire un jugement aussi définitif que "les élèves au lycée n'ont pas la maturité nécessaire pour tirer un quelconque profit du numérique en lettres".

Le numérique tant critiqué par certains a peut-être moins changé les élèves qu'il n'a changé la socialisation professionnelle des enseignants. Le partage d'expérience a toujours existé, mais pouvait rester très local : salle des profs, IUFM (souvent le contrôle d'un formateur), journées de rassemblement académique (commission du bac, etc.). S'il prenait une ampleur plus large, il devrait passer par des revues ou autres apte à exercer un certain contrôle sur les contenus. La diffusion d'information entre profs est sans doute devenue plus horizontale, et paradoxalement ceux qui sont les plus pressés à dénoncer cette transformation chez les élèves ne sont pas les derniers à l'utiliser à leurs propres fins.

J'ai parlé plus haut de "montée en généralité" : c'est le mot clef. Transformer une histoire locale et personnelle en leçon de portée générale ne se fait pas n'importe comment - et ce n'est pas Luc Boltanski qui me contredira. Dans son article consacrée à "La dénonciation", celui-ci soulignait, en étudiant un corpus de lettres reçues par le Monde, que, pour être acceptées comme légitime, les dénonciations des individus doivent proposer une mise en scène particulière : elles doivent mettre au prise des entités de taille équivalente. A chaque fois, il ne s'agit pas de parler d'une situation personnelle mais de mettre en jeu "les enseignants" comme un groupe homogène - dont on exclura éventuellement des moutons noirs - face, au choix, au Ministère et à sa politique ou à la Société (qui, pour le coup mérite bien une majuscule) et à son mépris.

Autrement dit, ces messages et témoignages sont loin d'être neutres : ils contribuent à construire les enseignants comme groupe, comme professions. C'est ce que fait finalement notre ami Loys Bonod, en donnant comme ennemi à la fois les élèves et l'Internet. Et il y a peut-être lieu de s'inquiéter : je voudrais poser comme hypothèse que c'est un autre point commun de ces messages que de mettre en scène les enseignants contre des adversaires qui, peu à peu, rassemblent à peu près tout le monde. Élèves, parents d'élèves, ministère, administrations, Internet, Wikipédia... L'image qui ressort de cette littérature est celle d'une profession encerclée, cernée de toutes part par les ennemis. Et cet encerclement, ou du moins le sentiment d'encerclement est le produit direct de la dite littérature : c'est que les enseignants peuvent d'autant plus croire ce genre de chose qu'il y trouver un moyen de "généraliser" leur propres expériences singulières. Il y aurait en tout cas beaucoup à apprendre de la contribution de la circulation numérique de l'information à la socialisation professionnelle des profs. Plutôt que de croire qu'Internet n'affecte que les élèves.
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Marché et conservatisme au pays des super-héros

L'une des grandes vertus de l'économie de marché est, on le sait, de permettre l'innovation, la nouveauté, le changement, l'audace, le bouleversement permanent de l'ordre établi... Sur les marchés, les entreprises n'ont d'autres soucis que de satisfaire la demande puisque c'est là la condition de leurs profits. C'est ce que nous enseigne Adam Smith, Joseph Schumpeter et bien d'autres. Mais alors... pourquoi est-il si difficile pour certains marchés de se transformer ?

Considérons le marché des comics : celui-ci s'adresse depuis longtemps avant tout aux hommes et, plus particulièrement, aux garçons et adolescents masculins. Il y a bien quelques exceptions plus particulièrement destinées aux femmes - et rarement d'un féminisme très marqué - mais elles sont plutôt négligeables en termes de quantité et d'impact économique. Sans entrer dans les détails, cette situation s'est fixée avec l'arrivée des super-héros et leur développement comme thème majeur des bande-dessinées américaines.

Photo publiée sur le site Superheroes are for girls, too! (toutes les images sont cliquables dans ce post)

Pourquoi les éditeurs ne développent-ils pas, alors, des séries destinées aux femmes ? Attention, la question n'est pas "pourquoi ne développent-ils pas des comics féministes/donnant une image positive et non caricaturale des femmes ?". Ce serait évidemment un rêve, mais il est plus étonnant que les femmes ne soient pas prises en compte, ne serait-ce que de façon caricaturale, par les éditeurs. Après tout, cela existe bien au Japon avec les shojo et shonen, destinés respectivement aux garçons et aux filles. "Pas prises en compte", cela veut simplement dire qu'elles ne sont pas considérées comme des consommatrices potentielles, quelque soit la façon dont on souhaite s'adresser à elles.

Est-ce parce que, effectivement, les femmes ne s'intéressent pas aux comics ? Il existe pourtant quelque chose qui ressemble à un mouvement de défense des femmes dans les comics : un ensemble de sites qui non seulement témoignent que les femmes lisent des comics mais qui militent aussi pour que ce public soit pris en compte et reconnu. DC Wowen Kicking Ass, Superheroes are for girls, too!, Women Read Comics in Public Too (une réaction à l'International Read Comics in Public Day - nous vivons une époque formidable), les podcasts 3 Chicks sur Comics Should Be Good!, et bien d'autres encore...

Et pourtant, elles lisent...

DC Women Kicking Ass se demandait encore récemment pourquoi les éditeurs, et en particulier DC (éditeur de Batman, Superman, Green Lantern mais aussi WonderWoman ou Birds of Prey...), "laissaient de l'argent sur la table" (leaving money sitting on the table) : les lectrices existent (voir aussi ce post), elles sont un potentiel économique énorme pour développer l'audience des comics, autrement dit pour gagner de l'argent, et pourtant, rien. Il ne se passe rien. Même lorsque DC relance 52 de ses titres phares (les News 52), il n'apparaît pas particulièrement soucieux de s'adresser aux femmes, au point de prendre des personnages aussi populaires que Starfire ou Harley Quinn et de les transformer en Pin-Up à l'usage des hommes... Commentaire d'un fan ci-dessous, qui pose la même question.


Désabusée, DC Women Kicking Ass écrivait :

Apparently my money, which has been steadily pouring into DC Comics for the past decades, isn’t as good as the money from some dude who may or may not buy more than one issue of a comic.
I’m not stupid. I don’t believe that female readers alone are going to save the company. But it would be nice to hear that they are considered valuable. Important. That DC actually cares if women buy their content.

Bref, tout cela semble économiquement bien peu rationnel. Avec des marchés efficients, pourtant, des comics destinées aux femmes devraient apparaître à partir du moment où une demande existe et que celle-ci n'est pas de trop petite taille. Oh, bien sûr, il existe quelques tentatives de rallier, d'une façon générale, un public plus large aux comics. Le personnage de Batwoman a eu par exemple droit à une superbe mini-série qui donne à voir une héroïne lesbiennes sans caricature ni sexualisation (et vous avez de la chance : ça existe en français). Mais ces tentatives sont rares et éparses, même lorsqu'elles sont couronnées de succès. Le site This Is What Women In Superhero Comics Should Be recense d'ailleurs les moments intéressants, toujours trop courts. Mais dans l'ensemble, les comics continuent à être pensé pour les hommes : même la statuette de Catwoman du prochain film de Christopher Nolan, interprétée par Anne Hattaway, n'est pas destinée aux fans de sexe féminin... On en vient parfois à se poser des questions étranges.


Comment expliquer cette situation ? Tournons-nous un instant vers un autre marché, non moins masculinisé : celui des jeux vidéo. Que se passe-t-il lorsqu'un éditeur fait preuve d'un minimum d'esprit d'innovation afin d'élargir son audience ? C'est ce qu'a fait BioWare dans Dragon Age 2. Ce jeu de rôle propose au joueur non seulement de choisir le sexe de son personnage, mais aussi la sexualité de celui-ci : il sera possible, au cours de l'aventure, d'avoir des aventures romantiques avec des hommes ou des femmes quelque soit le sexe choisi. C'est toujours ça de pris à l'hétéronormativité dominante. Mais voilà, sur les forums de l'éditeur, un joueur va venir se plaindre : il reproche aux concepteurs d'avoir négligé et même blessé leur public principal, le "straight male gamer" ou "joueur mâle hétéro"... (toute l'histoire à découvrir ici)

To summarize, in the case of Dragon Age 2, BioWare neglected their main demographic: The Straight Male Gamer.
I don’t think many would argue with the fact that the overwhelming majority of RPG gamers are indeed straight and male. Sure, there are a substantial amount of women who play video games, but they’re usually gamers who play games like The Sims, rather than games like Dragon Age. That’s not to say there isn’t a significant number of women who play Dragon Age and that BioWare should forgo the option of playing as a women altogether, but there should have been much more focus in on making sure us male gamers were happy.
Now immediately I’m sure that some male gamers are going to be like “YOU DON’T SPEAK FOR ME! I LOVE DRAGON AGE 2!”, but you have to understand, the Straight Male Gamer, cannot be just lumped into a single category.
Its ridiculous that I even have to use a term like Straight Male Gamer, when in the past I would only have to say fans,...

Le pauvre se plaint même d'avoir à utiliser une expression comme "Straight Male Gamer" plutôt que simplement "fan" : il se sent donc menacé par l'arrivé d'un nouveau public sur les pratiques qu'il estime être les siennes et devoir répondre à ses seules exigences.

La réponse de BioWare est un modèle d'intelligence et mérite vraiment d'être lue : grosso modo, elle rappelle que la majorité n'a jamais un droit inhérent à avoir plus que les autres. "And the person who says that the only way to please them is to restrict options for others is, if you ask me, the one who deserves it least. And that’s my opinion, expressed as politely as possible.".

Mais cela nous renseigne sur un point : lorsque l'on essaye de sortir le marché de certaines frontières, on peut rencontrer des résistances. Le Straight Male Gamer agit comme un "entrepreneur de morale" pour reprendre un terme à Howard Becker : il cherche à modifier, manipuler et ici défendre les normes. Et pour cela, il cherche à mobiliser la puissance d'un groupe, ici celui qu'il estime majoritaire. Pour un éditeur, transformer les normes du marché en l'ouvrant à un nouveau public n'est donc pas chose si simple.

Revenons au monde des comics : il se trouve que celui-ci est l'un des plus normés qui soit de ce point de vue. Les fans sont organisés et ce depuis longtemps : le "fandom" n'a pas attendu Internet pour se développer. En un sens, et si on revient à la science-fiction, origine de ce qui allait devenir la culture geek, Hugo Gernsback en fut le premier artisan. Les conventions prirent la suite et, évidemment, les fans furent parmi les premiers sur Internet. Ils exercent un pouvoir réel sur les éditeurs : les réactions à l'annonce de prequels au majestueux Watchmen de Moore et Gibbons ont été plus bruyantes que dans bien d'autres univers sociaux.

Or les réactions aux demandes d'une plus grande prise en compte du public féminin sont pour certaines sans ambiguïté aucune. DC Women Kicking Ass rapporte par exemple celles-ci, laissées en commentaire sur son site ou envoyées via Twitter :

Have you considered starting your own independent comics publisher? Then you can make comics the way YOU think they should be made…rather than trying to get a billion dollar corporation like WBE to create something for a tiny niche minority base that ultimately will not be sustainable or profitable
Just a thought.



Et la planche à propos de la nouvelle version de Starfire que j'ai mise un peu plus haut dans ce post a elle aussi reçu des réactions intéressantes, que l'auteur a mis en scène par la suite :


Le même David Willis a en outre fait cette autre planche qui résume bien ce que j'essaye d'expliquer ici :


En un mot, les entrepreneurs de morale sont nombreux et ils défendent les frontières du marché. Modernes gardiens du temple, ils sont prêt à rappeler à l'ordre ceux qui viennent remettre en cause leur conception des comics.

Mais pourquoi sont-ils écoutés ? On peut avancer plusieurs raisons. Premièrement, ils sont la première demande que peut observer un éditeur : ce sont eux qui sont les plus visibles, que ce soit dans les conventions ou sur Internet, ce sont eux qui s'expriment le plus, y compris parfois de façon très directe auprès des producteurs. Dès lors, il peut être difficile de voir qu'il existe un autre marché potentiel ailleurs. Un produit n'est jamais simplement le fait d'un producteur qui viendrait le proposer à une demande qui ne ferait qu'accepter ou refuser. Toute production découle de la collaboration de tout un ensemble d'acteurs qui en influence la forme et le contenu : ce que Becker appelle un "monde de l'art", prenant acte que, pour produire par exemple un opéra, il faut qu'il existe un public disposé à l'écouter et armé pour le comprendre. Si votre opéra dure 12h, il a peu de chances d'être réalisé parce que l'on ne trouvera pas le public pour y assister. Même remarque si vous l'écrivez en araméen. Même chose pour les comics : les fans participent à la définition et à la conception de ce qu'ils sont. Et cela se fait par le biais de ces entrepreneurs de morale en lutte non pas avec le producteur mais entre eux : partisans du comics traditionnellement masculins contre promoteurs du "kicking ass is gender neutral". Et parce qu'ils sont inégalement dotés en termes de ressources, tous ne peuvent pas se faire entendre. Un marché comme celui des comics est donc un enjeu de lutte et d'affrontement. Il se construit dans et par le conflit entre les groupes, et non simplement parce que quelque entrepreneur schumpeterien a l'idée géniale d'une quelconque innovation.

Deuxièmement, pour un éditeur, décevoir ses fans est extrêmement risqué : s'aliéner ceux-ci, c'est voir se tarir une source essentielle de revenus. L'une des caractéristiques centrales du fan/geek, c'est qu'il achète tout : comics, produits dérivés, places de cinéma, etc. Il peut lui arriver d'être déçu par tel ou tel produit mais il l'achète quand même. Or cette attitude repose en grande partie sur l'aspect distinctif de ces pratiques : on est très fier d'être un vrai fan, d'être celui qui s'y connait le mieux (et d'ailleurs on s'affronte volontiers pour savoir qui est le plus fan, le plus savant, le meilleur connaisseur, etc.), d'apprécier ce que les autres ne peuvent seulement saisir. Là encore, c'est une attitude très proche de celle des musiciens de danse décrit par Becker : pour eux, le jazz ne se définissait presque que par le fait qu'il ne pouvait plaire aux squares. Dès lors, étendre la production à un public plus large, surtout s'il est porteur d'un stigmate comme le sont les femmes (avec la dévalorisation continuelle des pratiques féminines étiquetées comme féminines - regardez par ici par exemple), c'est faire perdre de la valeur à ses produits, leur valeur de distinction. Et donc prendre le risque que le cœur de son public ne s'en détourne. Là encore, cela donne une vision bien différente des marchés que celle généralement promue : les producteurs ne s'affrontent pas tant pour vendre des biens ou des services que pour constituer autour d'eux un petit groupe de fans susceptibles de les suivre quoiqu'il fasse. Pour cela, loin d'être porté à innover, ils sont plutôt incités à respecter des normes et des règles qu'ils ne peuvent être les seuls à manipuler et à contrôler.

Au final, il semble que le marché des comics, loin d'être disposé à l'innovation, adopte plutôt un fonctionnement favorable à un certain conservatisme. Cela ne veut pas dire que les transformations et les changements y sont impossibles, seulement que ceux-ci n'est pas aussi simple qu'une certaine pensée économique pourrait le laisser penser. Et que les conditions favorables à l'innovation sont finalement assez complexe et doivent prendre en compte les rapports de force entre groupes - ré-encastrer l'économie dans le social, encore et toujours.

Quelques questions se posent également à moi à la fin de cette note : qu'en est-il sur les autres marchés ? Peut-on aussi y repérer des "gardiens du temple", des entrepreneurs de morale qui protègent, finalement, un marché et un public bien particulier ? Il n'est pas difficile d'en voir certains sur le marché de la musique ou des films se battre corps et âmes pour défendre une organisation bien particulière de la production - celle du copyright - contre les innovations technologiques que sont la numérisation et le téléchargement. Là encore, le marché ne se conjugue-t-il pas autant ou même mieux avec le conservatisme qu'avec l'innovation ? Mais ce sont là les producteurs qui se battent pour défendre leur situation, tandis que ce sont les consommateurs de comics qui exercent, semble-t-il, le plus de poids dans la bataille que j'ai essayé de décrire. Peut-on voir des phénomènes semblables ailleurs ? Peut-être. C'est à voir.

En attendant, et comme je suis nul pour conclure, je laisse la parole à quelqu'un d'autres pour régler une question essentielle que je n'ai pas traité ici : qu'est-ce que c'est que d'être une femme dans le monde des comics ?

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Bourdieu's not dead (2)

Suite au post d'hier à propos de Bourdieu, on me demande dans les commentaires et sur twitter ce qui permet d'affirmer que celui-ci occupe une place si importante dans la sociologie contemporaine. La question est compliquée, alors il vaut mieux que je lui consacre un post complet. Ma réponse, donc, ci-dessous.



Et avant de vous fâcher, cliquez sur l'image...
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Bourdieu's not dead

Très peu de temps pour bloguer ces derniers jours. Les choses devraient se dégager d'ici peu. Mais pour maintenir son statut de site de référence en sociologie (wishful thinking), Une heure de peine se devait de prendre part à au retour de Bourdieu : 10 ans après sa mort, à l'occasion du début de la publication de ses cours au Collège de France, le sociologue français n'a jamais semblé être autant une référence. Tout ceux qui ont essayé de réduire son œuvre soit à une orientation politique soit à l'exercice d'une domination charismatique se font plus discrets. Si Bourdieu était là, il dirait sans doute...



Et puis il pourrait dire aussi...

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Civilisation(s) : sociologie sur le vif

Impossible de rater la dernière saillie/sortie de Claude Guéant : "Toutes les civilisations ne se valent pas", "toutes les cultures ne se valent pas"... Comme espéré par l'intéressé, d'un côté, l'indignation de la gauche, qu'il peut rhabiller en "bien-pensance" honnie, de l'autre, le ravissement de l'aile la plus dure de la droite, surtout lorsque le président/candidat donne son assentiment. Une stratégie politique qui se voile à peine. Je ne vais pas m'indigner : d'autres l'ont déjà fait mieux que je ne saurais le faire. Voici plutôt un petit essai de sociologie "sur le vif", en sortant mes Norbert Elias de la bibliothèque.

Beaucoup des réponses qui ont été faîtes à Claude Guéant portent sur la comparaison des mérites et démérites de la civilisation occidentale ou des autres civilisations. C'est évidemment ce qu'attend le camp politique du ministre : il leur sera toujours possibles de trouver des qualités à l'occident et des défauts au reste du monde. Et on peut jouer indéfiniment dans l'autre sens... Mais toutes les critiques, aussi justes soient-elles, adressées aussi bien à l'Occident qu'au ministre n'auront d'autres conséquences que de galvaniser les troupes de ce dernier et de rallier ceux-là qui parlent de la "bien-pensance" avec des trémolos dans la voix. Qu'importe ce qui pourra être dit, parce qu'il a cadré le débat, Claude Guéant a gagné si l'on rentre ainsi dans l'arène.

Il y a peut-être moyen, pourtant, de parler d'autre chose, et, en passant, de dire quelque chose de sociologique. Claude Guéant n'est pas le premier, loin s'en faut, à parler de civilisations et de cultures. Il se trouve que l'origine de ces deux termes a été étudié par Norbert Elias dans La civilisation des mœurs.

Le terme "civilisation" trouve plutôt son origine en France, tandis que "culture" renvoie à l'allemand "kultur". Ce n'est pas l'étymologie précise qui intéresse Elias mais la façon dont les deux termes vont être saisis et vont se diffuser dans des contextes historiques précis : celui de la montée de la bourgeoisie face à la noblesse. Les deux expressions sont en effet caractéristiques des classes dominantes du XVIIIe siècle. Mais, de chaque côté du Rhin, les choses sont différentes. La bourgeoisie française accède à la cour et partage finalement beaucoup avec la noblesse qu'elle s'emploie à mimer : l'une comme l'autre se réclame d'une "civilisation" qui s'oppose d'abord à la barbarie. Le caractère universel est marqué et se retrouvera, d'ailleurs, dans la Révolution française : par ce terme, on pense embrasser toute l'humanité en en incarnant ce qu'il y a de meilleur. En Allemagne, la bourgeoisie se heurte à une noblesse beaucoup plus fermée. Par conséquence, elle en méprise les rites et manières qui font l'admiration de la bourgeoisie française. A cette civilisation, elle préfère la "culture", expression d'un "génie national", d'un destin singulier de l'Allemagne. En usant de ce terme, la bourgeoisie allemande se présente, dans ses productions artistiques et culturelles, comme incarnant ce qu'est vraiment l'Allemagne. La conception particulariste s'oppose à l'universalisme français, et cela débouchera sur des conceptions différentes de ce qu'est la nation.

On peut déjà noter qu'en dotant la "civilisation occidentale" d'une sorte d'essence qui l'opposerait, par nature, aux autres, Claude Guéant se place plutôt dans le sens "allemand" que dans le sens "français" - ce qui n'est jamais que dans la droite ligne de quelques autres transformations dans les discours politiques de ces dernières années... Mais il y a plus. Ce que fait Norbert Elias en étudiant l'origine de ces termes, c'est ce qu'il appelle une "socio-génèse" : il en montre l'origine sociale dans les rapports de force et les relations entre groupes. L'usage de ces deux termes, la façon dont ils vont devenir des références et des points de ralliements pour certains, et les conséquences qu'ils vont avoir nous en apprend beaucoup sur les acteurs qui les utilisent et sur les dynamiques sociales et les transformations à l’œuvre.

Alors, pourquoi ne pas faire la socio-génèse de l'utilisation du mot "civilisation" ou du mot "culture" presque sur le vif, quand il se présente à nous dans la bouche de Claude Guéant ou d'un autre ? Ce serait de peu d'intérêt si c'était là une utilisation isolée. Mais elle ne l'est pas. Tel qu'il utilise le terme, Guéant se place nettement dans la continuité du Choc des civilisations de Samuel Huntington, livre de référence des mouvements conservateurs américains sur les questions géopolitiques. Celui-ci décrit les civilisations comme de vastes ensembles plus ou moins culturels qui seraient appelés à s'affronter et à se faire la guerre : l'Occident d'un côté, le monde Arabe de l'autre, qui en viendrait, on ne sait trop pourquoi, à faire alliance avec la civilisation chinoise... Qu'est-ce qui a amené à cet usage du mot "civilisation" et que produit-il comme effets ?

Je n'ai pas de réponses définitives à cette question, ni les moyens de faire l'enquête ad hoc qui pourrait l'éclairer. Je serais heureux si des commentateurs peuvent dire ce qu'ils en pensent. Je me contenterais de quelques hypothèses, plutôt appuyées sur le cas français.

J'ai déjà essayé d'analyser les politiques récentes en matière d'immigration à la lumière des transformations de l'Etat : il me semble que, dans une situation où l'Etat est (ou se dit) de moins en moins capable d'agir seul sur son territoire national, ce domaine-là est un moyen de continuer pour lui à montrer son pouvoir. Puisqu'il faut agir, agissons là où c'est facile et où ça se voit : sur l'immigration. Je pense qu'il y a quelque chose d'assez proche dans les références à la civilisation et à la culture dans le monde politique contemporain. Les élites politiques dépendent, pour leur pouvoir, des autres groupes et notamment des catégories populaires. Les élites économiques, elles, sont beaucoup plus libres (même si elles ne le sont pas forcément autant qu'on veut bien le croire) : elles recherchent moins le compromis avec les autres couches sociales. De fait, les élites politiques ne peuvent chercher de soutiens en s'appuyant sur des questions économiques. Il leur reste donc les questions de cultures et de civilisations qui peuvent devenir des points de ralliements utiles pour trouver des soutiens. La récurrence de ce thème, sous différents noms, n'est pas seulement une stratégie électorale : il nous dit peut-être quelque chose des rapports de force à l'oeuvre dans nos sociétés, y compris dans leurs sommets.
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Le sexisme fait-il vendre ?

Il y a des choses sacrées dans la vie. Les Lego en font partie. Ayant passé un pourcentage important de mon enfance à manipuler les petits blocs plastiques - et un autre pourcentage, non-négligeable, à hurler de douleur après avoir marché pieds nus sur l'un d'entre eux - et ayant, entre temps acquis un certain penchant féministe, la nouvelle gamme volontairement girly de la marque ne pouvait me laisser indifférents. D'autres ont déjà dit mieux que je ne pourrais le faire combien les choix faits sont sexistes, et pseudo-rationalisés sur la base d'études "anthropologiques" de plusieurs années montrant que les filles et les garçons jouent différemment... N'oublions pas, pour autant, que Lego est une entreprise. Est-elle condamnée à être sexiste pour vendre ses jouets ?



La publicité ci-dessus nous montre que le sexisme n'a pas toujours été de mise : Lego pouvait, à une époque pas si lointaine - 1981 -, proposer une image d'une petite fille jouant fièrement avec ses briques colorés loin de tous les stéréotypes du type talons hauts, figures longiformes, oisiveté friquée et autres activités d'intérieur... En 1963, le fils du fondateur de l'entreprise citait "for girls and for boys" parmi les dix caractéristiques des Lego. Le retournement est de ce point de vue assez impressionnant, et ne se limite sans doute pas à Lego. Et il ne porte pas seulement sur les rôles proposées aux petites filles, entre petites lolitas et divas, mais aussi sur le contenu même du jeu puisque, de l'aveu même du fabricant, la nouvelle gamme contient moins de construction que celles markétées pour les garçons, parce que, bien évidemment, les gonzesses, ça veut d'abord raconter une histoire, pas de la technologie.


Capture d'écran du site Lego

Comment en est-on arrivé là ? Cet article de Bloomsberg Businessweek indique que l'entreprise s'est concentré sur les garçons à partir de 2005 : les gammes consacrés à Star Wars ou aux Ninja, encore actives, sont clairement marketés pour les petits garçons (et j'avoue que la Batcave m'a fait regretter d'être déjà un vieux croûton). Il faut dire que la marque connaissait des difficultés avec la multiplication des concurrents, tant du côté des autres jouets, et particulièrement des jeux vidéo, que de celui des copies et autres look-alikes. La nouvelle offensive, dotée de quelques 40 millions de dollars comme force de frappe promotionnelle, cherche à reconquérir le marché des petites. Autrement dit, Lego n'a pas eu le choix : il leur a fallut s'adapter à un marché déjà structuré en deux catégories.

On en vient donc à cela : un marché n'est pas quelque chose de naturel, il est construit et pas seulement sur une base purement "économique". Il ne serait en effet pas absurde pour les entreprises de pouvoir vendre le même jouet aussi bien aux garçons qu'aux filles : on peut imaginer que les profits n'en seraient pas négligeables, au contraire. Non, le marché est organisé par des normes, par des règles, par des modes de calculs qui autorisent à mettre en équivalence certains biens et pas d'autres : pour comparer des jouets entre eux, consommateurs et producteurs réfléchissent au sein de catégories bien définies. C'est ce qu'étudie toute une branche de la sociologie économique française, de Lucien Karpik à Michel Callon en passant par Franck Cochoy.

Reste à savoir ce qui fait la force de ce qu'il faut bien appeler des institutions : qu'est-ce qui leur permet de s'imposer ainsi aux entreprises et aux consommateurs ? La réponse est plus difficile qu'il n'y paraît, mais le cas des Lego permet de comprendre certains points. Considérons ainsi la nouvelle gamme en question :



Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnages sont bien différents de ceux produits par le passé, et donc plutôt destinés, depuis 2005 et encore plus maintenant aux garçons. Une comparaison plus rigoureuse le montre bien (image empruntée ici)


Ce n'est pas la première fois : la gamme Belleville, également destinée aux filles, proposait déjà un graphisme et des formes nettement différentes de celles traditionnellement adoptées par les produits de la marque.


Un constat s'impose alors : les jouets pour filles sont rendus incompatibles avec ceux des garçons. Même si les petits enfants ont tendance à mélanger leurs jouets sans faire trop de cas de la cohérence de l'ensemble - jusqu'au moment, fatal, où un adulte intervient - on rend la combinaison entre jeux pour filles et jeux pour garçons plus difficile et donc moins probable. La conséquence de cela, c'est que l'on forme ainsi la demande et les consommateurs. Non seulement on habitue les enfants à différencier entre jeux de garçons et jeux de filles - et à un âge où l'identité de genre est la seule disponible, il ne faut pas s'étonner que les uns comme les autres s'y engouffrent avec joie... - mais on oblige également les parents à réfléchir en ces termes. Dans un magasin de jouets, ceux-ci sont bien obligés de se situer par rapport aux rayons garçons et filles. Et même lorsqu'ils font leurs courses sur Internet, le sexe de l'enfant peut-être la première question qu'on leur pose pour les aider à faire leurs choix.

Habitués à réfléchir dans ces termes - et ce d'autant plus s'ils ont eux-mêmes eu des jouets divisés suivant les mêmes termes -, ils ne peuvent s'orienter en dehors d'eux. Et voilà les jouets neutres désavantagés. D'autant plus que les magasins auront bien du mal à les mettre en rayons, eux qui se sont entièrement organisés autour de ces catégories. Même remarque pour les catalogues... Au final, la stratégie de faire du jouet "neutre" est bien risquée. Le sexisme devient une condition d'accès au marché : il ne fait pas vendre, mais il est difficile de vendre sans lui...

On est face à un mécanisme d'auto-renforcement : l'offre de jouet sexiste modèle une demande de jouets sexués qui elle-même s'impose aux fabricants, et ainsi de suite. La dépendance au sentier, voilà comment cela s'appelle : des décisions passées rendent difficile de prendre un autre chemin que celui dans lequel on s'est engagé. Une fois engagé dans une voie, celle de l'organisation du marché par des catégories sexistes, il devient extrêmement difficile d'en sortir. Les économistes aiment à parler de situations d'équilibre : en voici, non pas produite par l'égalisation de l'offre et de la demande, mais par la façon dont l'une et l'autre se fabriquent mutuellement.

Les conditions d'un tel équilibre sont cependant propre au marché des jouets : elles résident à la fois dans le fait que le jouet est un vecteur de socialisation et qu'il existe une certaine co-production du bien. Les consommateurs, parents et enfants, construisent une partie du sens prêté aux jouets en les achetant et en les utlisant, l'investissement émotionnel et personnel dans ceux-ci étant fort. C'est la même chose sur le marché des comics, par exemple, où les lecteurs, rassemblés dans le "fandom", collaborent presque avec les producteurs : les histoires et les personnages sont réinterprétés, fortement commentés, souvent redessinés, de telle sorte que les créateurs peuvent observer et tenir compte de ce qui passe ou ne passe pas chez les lecteurs. Sans surprise dans ce marché également très sexuées, les femmes ont du mal à se faire entendre : c'est que pour un éditeur, répondre à leurs demandes, c'est prendre le risque de s'aliéner son public captif masculin. Dépendance aux sentiers encore une fois.

Que faudrait-il alors pour transformer le marché des jouets (ou celui des comics d'ailleurs) dans une voie moins sexiste ? Des mobilisations existent, comme en témoigne celle de Osez le féminisme !. Elles sont le bienvenues. Mais si vous êtes un lecteur régulier du blog, vous savez de quoi on a besoin lorsque l'on veut faire bouger les structures économiques : de la force d'une prophétie, de la puissance du charisme. Il faut un acteur avec une autorité suffisamment forte pour pouvoir transformer les règles du jeu. Cela n'a pas à être un individu seul : le charisme, parce qu'il est une construction sociale, peut être celui d'un groupe, d'une entreprise ou d'un mouvement social. Le mouvement féministe, s'il veut être efficace ici, doit trouver une telle force. La dénonciation n'est qu'une étape : il faut maintenant promettre des jours meilleurs. Et s'intéresser au fonctionnement de l'économie des jouets, dans laquelle réside les principaux mécanismes qui conduisent au sexisme.
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A kick-ass new year

En guise de bonne année, le chef vous propose quelques lolz supplémentaires, admirablement préparés par mes décidément talentueux lecteurs.

Une contribution de Joël Gombin qui traduit bien ce que l'on ressent lorsque l'on commence à se plonger dans certains logiciels de statistiques - les amateurs apprécieront :


Et toute une série de Nicrobe : la première dit tout ce que vous avez à savoir du post-modernisme.



Pour la suivante, vous pourriez aller lire ceci au passage...




Et pour finir, quelques créations de ma part... Certaines ont été inspirées par des conversations diverses et variées. Je vous laisse interpréter. Mais pas mésinterpréter, attention je vous ai à l’œil.



(Vous l'avez lu avec la voix de Zoïdberg dans votre tête, hein ?)



Je rappelle que le concours est toujours ouvert : à vos lolz !
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Des effets pervers dans la lutte aveugle contre la délinquance

Claude Guéant a décidé que, comme on ne change pas une recette qui marche, il était temps de refaire le coup du mélange "insécurité" et "identité nationale" à quelques mois de la présidentielle. Même le plus convaincu des électeurs UMP aura du mal à ne pas voir un lien entre cette annonce et la proximité des échéances électorales... Olivier Bouba-Olga se demande pourquoi s'en prendre spécifiquement à la délinquance étrangère alors que la délinquance bien de chez nous est proportionnellement plus forte. On peut en dire plus encore. En fait, même si les étrangers avaient effectivement plus de chances d'être délinquants que les nationaux, des mesures spécifiques les visant seraient non seulement inefficaces mais en plus nuisibles.

Sur son blog, Olivier Bouba-Olga compare la part des faits de délinquance attribuée à des nationaux et celle attribuée à des étrangers. On pourrait cependant dire qu'il faut tenir compte que les deux populations ne sont pas également nombreuses et se demander si l'on a plus de chances de devenir délinquant lorsque l'on est étranger que l'on est français. Mais là encore ce serait insuffisant : en effet, il est possible que le groupe des étrangers soit plus souvent délinquant non pas du fait de la caractéristique "étranger" mais d'autres caractéristiques comme la richesse économique, le lieu d'habitation, le niveau de diplôme, etc. Il faudrait alors mener un raisonnement toutes choses égales par ailleurs pour vérifier si, effectivement, le fait d'être étranger a un effet propre, indépendant des autres variables, sur la délinquance des individus. Et encore : il faudrait se poser la question du recueil des données, dans la mesure où il n'est pas impossible que l'activité de la police soit plus forte sur le groupe des étrangers que sur celui des français...

Comme je n'ai pas de données suffisantes sous la main pour se faire (mais n'hésitez pas à m'indiquer des sources qui auraient fait ce travail), je vais adopter un raisonnement différent.

Sur quoi se basent les mesures proposées par Claude Guéant, comme d'ailleurs une partie importante des politiques en matière de sécurité menées dans ce pays depuis à peu près 1997 ? Il s'agit de renforcer les peines appliquée aux délinquants étrangers : on ajoute à la condamnation pénale une interdiction de séjour sur le territoire et on affirme que ça n'a rien à voir avec la double peine que le président de la République avait eu à cœur de supprimer. Autrement dit, on suppose implicitement que la délinquance peut s'expliquer sur la base d'un calcul rationnel : l'individu compare les gains de l'activité illégale et ses coûts, le tout avec les probabilités de réussir ou d'être condamné, et si le résultat est positif et supérieur aux gains d'une activité légale, il enfreint la loi, sinon il reste dans les clous. La théorie du choix rationnel : voilà le petit nom de ce type de raisonnement dans nos contrées sociologiques.

A partir de là, si l'on augmente les coûts de la délinquance par des peines plus fortes, on doit obtenir une réduction des activités illégales. Et la suite du raisonnement toujours implicitement mené par notre sémillant ministre se fait ainsi : s'il y a un groupe dans la population qui est plus délinquant que les autres, on peut modifier son calcul en lui appliquant des peines plus lourdes et une surveillance plus forte, ce qui est rationnel et économise des moyens. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Plutôt que d'essayer de montrer que le paradigme adopté est faux, restons dedans et poussons juste le raisonnement plus loin que cela n'a été fait en haut lieu. Considérons donc une situation où l'on a deux groupes, dont l'un - minoritaire - est plus fortement délinquants que l'autre - majoritaire. Supposons que l'on décide de contrôler et de punir plus fortement le groupe le plus délinquant en mobilisant les moyens de police et de justice plus fortement sur celui-ci. Que va-t-il se passer ? Va-t-on assister à une réduction globale de la délinquance ? La réponse est : non. Il est plus probable que l'on obtienne une hausse globale de celle-ci. Pourquoi ? Pour deux raisons.

Premièrement, si la délinquance découle effectivement d'un calcul rationnel, comme le suggère l'idée récurrente qu'en alourdissant les peines on va la décourager, alors il faut prendre cela au sérieux. Pour choisir d'entrer ou non dans la délinquance, un individu regarde certes les gains et les coûts de cette activité, mais il les compare avec les gains et les coûts des activités légales. Or il est fort possible que le groupe le plus délinquant soit dans cette situation précisément parce que les activités légales auxquelles il peut prétendre ne sont pas assez intéressantes. Cela peut être dû à des phénomènes de discriminations, des difficultés d'accès à l'emploi légal ou à des emplois suffisamment rémunérateurs. Par conséquent, la sensibilité de ce groupe aux coûts de la délinquance va être plus faible : une augmentation de 10% de ces coûts va provoquer une diminution de la délinquance inférieure à 10% - c'est ce que l'on appelle une élasticité. Il est possible que cette élasticité soit proche de zéro - une augmentation des coûts de la délinquance n'a aucun effet ou un effet négligeable sur la délinquance - voire soit positive : dans ce cas-là, une augmentation des coûts de délinquance parce qu'il stigmatise un peu plus le groupe en question, et renforcerait les discriminations ou les difficultés d'accès à l'emploi, entraînerait une augmentation de la délinquance...

Parallèlement, il est possible que dans l'autre groupe l'élasticité soit inférieure à -1. Dans ce cas, une augmentation de 10% des coûts de la délinquance entraîne une baisse de celle-ci supérieure à 10%. Il est donc rationnel de concentrer là les efforts car ils sont plus efficaces. Évidemment, cela ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire pour le groupe minoritaire : simplement que les actions à suivre devraient emprunter d'autres voies que l'alourdissement de la surveillance et des peines, par exemple par l'amélioration de l'accès à l'emploi. Une fois de plus, c'est ce à quoi mènent les outils intellectuels implicitement utilisées par le gouvernement.

Deuxièmement - car il y a un deuxièmement - si on tient compte du fait que les moyens de police et de justice sont limités - et quand on nous parle sans cesse d'austérité, on peut supposer qu'ils le sont -, se concentrer sur le groupe minoritaire revient à diminuer les risques et donc les coûts de la délinquance dans le groupe majoritaire. Or on vient de voir que celui-ci était probablement très sensible à ce coût. On risque donc de provoquer une augmentation de la délinquance dans le groupe majoritaire.

Pour le comprendre, prenons un exemple simple. Supposons que, considérant que les femmes conduisent globalement mieux que les hommes, on décide de ne plus effectuer de contrôle routiers que sur ces derniers. Peut-être obtiendra-t-on une baisse des infractions routières chez les hommes, si ceux-ci n'ont pas une élasticité trop faible, liée par exemple au fait que leur virilité est mise en cause s'ils roulent au pas... Mais on a toutes les chances d'encourager les femmes susceptibles de commettre des infractions d'en commettre encore plus. Au final, il est fort probable que la délinquance routière chez les femmes augmente - "vas-y chérie, c'est toi qui conduit... Oui,tu as bu trois fois plus que moi, mais au moins, on se fera pas emmerder" - et compense voire dépasse la baisse du côté des hommes... Il n'en va pas autrement dans le cas des Français et des étrangers.

They Learned His Hours

Résumons : faible voire absence de baisse de la délinquance dans le groupe minoritaire, augmentation de la délinquance dans le groupe majoritaire... Au final, au niveau global, une augmentation de la délinquance. Comme je le disais plus haut, les conséquences d'une telle politique ne se mesurent pas seulement en termes d'inefficacité, mais aussi d'effets pervers, d'aggravation, autrement dit, de la situation de départ. Et cela, je le répète pour que les choses soient parfaitement claires, en suivant un raisonnement dans la droite ligne de celui tenu par le ministre et le gouvernement.

Cela ne veut évidemment pas dire qu'il ne faut rien faire - je connais les trolls sur ces débats et je sais qu'il y a de fortes chances pour que l'un d'eux m'apostrophe avec des "bien-pensance" et autre "angélisme" qui ne tiennent lieu d'arguments que lorsque l'on est dans les commentaires du Figaro ou du Monde... Mais ce que montre ce raisonnement, c'est qu'il ne faut pas segmenter la justice ou l'action de la police. L'égalité de tous face à la loi n'est pas seulement une exigence éthique : c'est aussi une condition de son efficacité.

Edit : Pour une analyse plus large des politiques visant les étrangers :
Lorsque l'éthique de responsabilité devient une doctrine
L'entêtement thérapeutique comme nouvelle éthique politique
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Mes lecteurs ont du talent

Ce mois de décembre est chargé pour mes activités hors blog : outre le fait que je dois doctorisé à tout va, il se trouve que Zelda a disparu, et bon, quand même, ça peut pas trop attendre... En plus, il y a plein de gens qui me donnent envie d'être méchant avec eux alors que l'on est dans une période qui doit déborder d'amour et de joie. Bref. Heureusement, mes lecteurs prennent un peu le relais en participant à l'International Kick-Ass Une Heure de Peine Lolz Concours. J'en attends encore certains qui se sont engagés, mais voici déjà les premières participations...

Contribution de Marine Gout qui nous rappelle que nous avons la chance, en sociologie, d'avoir des stars dont la renommée dépasse les frontières disciplinaires :


Contribution de Rudi qui rappelle que la sociologie est un super-pouvoir :


(A ce propos, le scénario de The League of Sociological Justice est en cours d'écriture : au tournant du siècle, une équipe d'êtres exceptionnels - Emile, Max, Karl et Georg - est envoyé pour lutter contre une menace dormante, les économistes... Pour négocier les droits d'adaptation cinématographique, me contacter).

Deux contributions de Mathieu, qui m'ont beaucoup fait rire, avec une mention spéciale pour avoir utilisé le docteur Zoïdberg, notre maître à tous :



Une contribution de Sylvain qui me fait dire "si seulement on avait Spidey avec nous..." :


Le concours est toujours ouvert, alors dépêchez-vous de participer ! (Voir rubrique contact).
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Sociological lol

Il y a des choses qui, dans un univers bien ordonné, ne devraient jamais arriver. Par exemple, me mettre dans les mains un générateurs de lolz et de demotivational posters... Parce que, évidemment, je fais en faire des conneries avec. Et la bonne nouvelle, c'est que vous pouvez en faire aussi...

En fait, tout a commencé par une conservation sur Twitter avec l'apprenti. Celui-ci cherchait un moyen simple d'expliquer en quoi la sociologie est une science pour intégrer à un de ses billets. Je venais juste de découvrir le fameux générateur. Alors j'ai fait ça :


Parce que, face aux bêtises récurrentes que l'on peut entendre aussi bien chez ceux qui attaquent les gender studies que de ceux qui s'en prennent aux sciences sociales - souvent les mêmes qui ne parviennent pas à comprendre que dans sciences sociales il y a, ô surprise, science -, les explications rationnelles sont si peu efficaces que l'on a envie de faire comme Batman : aller chercher la justice dans la rue.

Et puis ensuite, bien sûr, tout s'est enchaîné. Et j'en ai fait d'autres. Vous en trouverez la plupart ci-dessous (moins ceux dont j'ai vraiment honte). Mais avant ça j'en profite pour lancer le


édition 2011. Autrement dit, je vous invite cordialement à participer en m'envoyant (uneheuredepeine(at)gmail(point)com) une de vos créations réalisées à l'aide du builder sus-cités ou d'un autre ou même de vos petites mains pleines de doigts. Je les publierais ici même, au fur et à mesure ou en une seule fois en fonction du volume de réponse (et si celui-ci est trop faible, je n'en parlerais plus mais maudirais votre nom jusqu'à la fin des temps).

Evidemment, pour être recevable, il y a des règles, sinon ce n'est pas vraiment un concours. Donc il faut que votre création se rapporte d'une façon ou d'une autre à la sociologie (ou, à la rigueur, se moque des économistes, je prends aussi). Après, c'est libre, en gardant en tête que les "kikoo ptdr ^^, la socio c'est trop pas une science <:-?" recevront un virus en retour de mail. Qu'est-ce qu'on y gagne ? Parce que l'honneur de vous voir cité sur mon auguste blog ne vous suffit pas ? Bon, j'ajoute un cadeau surprise. Et puis une place dans le jury du prix Robert Nobel de sociologie quand j'aurais le temps de le relancer. Pour la suite du billet, et dans le désordre le plus total, quelques créations de ma part qui me fermeront sans doute un jour l'accès à toutes les universités un peu sérieuse. Comme vous le comprendrez, je suis dans une phase superheroes en ce moment. Apparemment, c'est à la mode : je ne suis jamais qu'un homme de mon époque (une façon comme une autre de dire "un misérable résidu de bidet du marketing ambiant"). Commençons par le commencement. Xavier Molénat, qui twitte pour Sciences Humaines, avait noté un certain recul de ma beckerophilie au profit d'un certain penchant weberien pour cette saison du blog. Je me suis donc fait une piqûre de rappel. Pour mémoire, Howard Becker a défendu l'idée que la déviance ou la délinquance nécessitaient un "étiquetage", c'est-à-dire qu'elle doit être reconnue et dénoncée publiquement comme telle par des entrepreneurs de morales. La "labelling theory" pourrait-elle avoir du succès auprès des super-héros ?


Les suivants mettent en scène Deadpool, un de mes personnages favoris. L'un de ses pouvoirs - la "comic awareness" ou "conscience d'être dans un comic" - pourrait presque en fait un sociologue goffmanien, conscient de la théâtralité à laquelle il prend part (c'est fou quand même les trucs qu'on peut être amené à écrire...).

Les "gender studies" ont provoqué pas mal de remous en France ces derniers temps, à cause de quelques incompétents qui "pensent" que si l'on ne parle pas de l'homosexualité, celle-ci va disparaître... Evidemment, ils n'ont rien compris à ce dont il s'agissait. Voici un hommage qui leur est destiné :


Je pense faire partie de ces sociologues qui s'irritent encore et toujours du sens commun, surtout lorsque celui-ci est prononcé avec assurance, certitude et évidence. Ce n'est pas toujours très à la mode comme attitude, mais lorsque l'on voit les nombreuses attaques dont les sciences sociales font l'objet en France, je me demande quelle autre attitude est possible. Deux affiches qui illustrent ce point de vue...



Faire des lolz, c'est aussi l'occasion de faire passer des messages sous une forme différente. Je ne vais apprendre à personne combien l'image peut être puissante. Tenez un seul exemple : je peux résumer l'idée clef d'un de mes posts classiques en un poster :


Pour mémoire, je défendais dans le dit post l'idée que le sexisme dans les jeux vidéo trouvait moins son origine du côté des éditeurs ou des personnages, mais plutôt du côté des joueurs et des fans qui ont tendance à faire une relecture bien particulière des "strong female characters", co-produisant ainsi les biens qu'ils consomment. Voir un personnage aussi merveilleux que Samus Aran débarrasser de toutes ses qualités pour devenir cadrer avec l'idéal féminin incarnée par les photos de charme, c'est quelque chose qui me déçoit... J'en dirais sans doute plus bientôt, parce que le marché des comics est pas mal dans son genre.

Cette dernière image s'inscrit dans une série commencé à la suite de la lecture de ce post sur le blog américain Everyday Sociology : il y est question du fait que des femmes renâclent à se dire féministes même quand elles veulent défendre l'égalité des sexes... "Féministe" serait devenu un stigmate négatif, ce qui contribue à couper les femmes d'un mouvement social à même de les défendre, et, en les isolant, affaibli de fait la cause de l'égalité des sexes. La féministe américaine Anita Sarkeesian ne dit pas autre chose dans cette très belle vidéo où elle commente notamment un certain nombre de programme télé qui font des féministes les "méchantes". Une analyse qui pourrait sans problème être importé en France quand on voit certains traitements médiatiques qui se croient subversifs... En réaction, j'avais donc proposé d'affirmer la fierté qu'il y à être féministe pour les femmes...



...mais aussi pour les hommes...


...avec quelques limites toutefois.


J'ai parlé plus haut de la couleur weberienne de cette cinquième saison du blog, particulièrement en ce qui concerne les réflexions sur le charisme et sa place dans l'économie et le capitalisme. L'autorité charismatique méritait donc bien un poster :


Pour faire bonne mesure, restons dans les classiques de la sociologie et tournons vers Emile Durkheim et la notion d'anomie :


De là, on peut sauter vers une autre notion classique, celle d'habitus dans le sens qui a été donné à ce mot par Pierre Bourdieu : "structure structurante, qui organise les pratiques et la perception des pratiques, l’habitus est aussi structure structurée : le principe de division en classes logiques qui organise la perception du monde social est lui-même le produit de l’incorporation de la division en classes sociales" (une définition qu'il est toujours bon d'essayer de placer quelque part). Mais que se passe-t-il lorsqu'un individu intériorise deux habitus différents ? On a un habitus clivé. La chose est plus courante qu'on ne le pense...


Pour finir, il arrive que je me souvienne parfois que je suis aussi enseignant de sciences économiques et sociales, surtout quand je regarde les deux pochettes pleines de copies qui attendent sournoisement sur le coin de mon bureau... Cette activité me conduit notamment à parler régulièrement de mes pires ennemis, voire même d'en faire la promotion (habitus clivé encore, vous voyez que c'est pas facile). Alors parfois, je fais des trucs comme ça :


Et puis comme tout n'est pas rose dans ce beau métier, parfois j'ai envie de croire qu'il existe une explication unique, simple et rationnelle à ce qui nous arrive. Voici la seule que j'ai trouvé...


Excellente conclusion pour cette note décousue et sans grand intérêt, il faut bien le dire. De toutes façons, il est possible que je vous abreuve encore de cet art très particulier si certaines idées me frappent par surprise (je suis sûr que je peux faire quelque chose avec R). A vous de jouer maintenant...

Note : j'ai utilisé plein d'images dont je connais pas forcément les auteurs et dont les droits sont parfois douteux - ça fait partie des règles de l'exercice. Si les auteurs passent dans le coin et ne sont pas contents, qu'ils m'écrivent et je retirerais ou créditerais l'objet du délit.

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