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Où va l'argent des pauvres. Fantasmes politiques, réalités sociologiques.

Ce blog en est à sa douzième saison. Certes, le rythme est devenu un peu... mou, va-t-on dire, depuis quelques temps. Mais il y avait une bonne raison à cela : je travaillais à ce qui, pour un blog de sciences sociales, est l'équivalent d'un film pour une série. Un livre donc. Et puisque mes deux billets sur la façon dont les pauvres utilisent leur argent font partie de ceux qui ont le plus retenus votre attention à vous, chers lecteurs et lectrices, c'est précisément ce dont il sera question dans ces quelques 352 pages de sociologie qui seront disponible le 15 janvier dans toutes les bonnes crèmeries par la grâce des éditions Payot. Couverture, détails et autres éléments divers et variés ci-dessous.


Le quatrième de couverture :

Même s’ils en ont peu, les pauvres ont de l’argent. Cet argent est source de fantasmes : on l’imagine mal dépensé, mal utilisé, mal alloué. Pourtant, on s’interroge peu sur la manière dont ils le gèrent, ce qu’il devient et qui il enrichit. Des émeutes du Nutella à la baisse des APL, en passant par le steak doré de Franck Ribéry, cet essai déconstruit notre perception de la pauvreté et interroge notre rapport à la consommation : la place du luxe ou du superflu dans nos vies, les dépenses contraintes, la nécessité – ou non – des « petits plaisirs » que l’on s’octroie, ou encore l’influence du regard de l’autre sur nos achats.

Je suis évidemment incroyablement content que ce bouquin existe et qu'il y ait mon nom sur la couverture. Quand j'étais petit, je voulais écrire des livres. Bon, à l'époque, je pensais que je deviendrais un jour le nouveau Terry Pratchett, mais hé, close enough comme disent les Français qui se mettent à parler anglais sans raison au milieu d'une phrase. En plus, l'ouvrage contient des citations inattendues des Simpsons et de Pratchett. Je ne suis pas arrivé à placer Batman, mais bon, on verra ça pour le prochain.

C'est un livre écrit dans l'esprit du blog - je précise à toutes fins utiles qu'il ne s'agit pas de la publication de ma thèse, laquelle portait sur un sujet sensiblement différent (si ça vous intéresse, c'est par là). Pas d'enquête originale ici, mais une tentative de synthèse des travaux récents de la sociologie de la pauvreté et plus particulièrement de la sociologie économique, avec aussi des références à des textes classiques, une mise en avant des enjeux pratiques des discussions théoriques et des données empiriques, des illustrations de concepts sociologiques, des analyses sur le vif de l'actualité plus ou moins récentes, des renvois bibliographiques pour ceux qui veulent aller plus loin, et une dose non précisée de ratons laveurs. Bref, tout ce que j'ai essayé de faire depuis douze ans (punaise, douze ans) ici, mais avec des pages que l'on peut corner pour retrouver un passage intéressant. Il était temps.



Comme le titre le laisse entendre, il s'agit de répondre à la question "où va l'argent des pauvres". Une question sur laquelle on nourrit de nombreux fantasmes politiques : il suffit d'un reportage sur une jeune femme pauvre pour que les réseaux sociaux s'écharpent autour de la présence d'une bouteille de parfum sur son bureau... quitte à en oublier tous les autres signes de la misère. A ces fantasmes, je veux opposer la réalité des enquêtes de terrain : les sociologues, aujourd'hui, font partie des rares personnes qui prennent le temps d'aller enquêter avant de s'exprimer sur un sujet, et prendre connaissance de ce qu'ils découvrent dans leurs recherches est plus que jamais nécessaire pour rétablir un peu de raison dans les débats publics. Comme mon blog donc, ce livre se veut aussi une défense par l'exemple de la sociologie et de ce qu'elle peut faire et changer à notre perception et à notre intelligence du monde.

Quoi qu'il en soit, je remercie vivement mon éditeur de m'avoir proposé d'écrire ce bouquin et d'avoir rendu cette aventure possible.

Rendez-vous donc le quinze janvier en libraire (si vous voyez un gars à tête de Simpsons qui fait des selfies devant le rayon Sciences Sociales, il y a de fortes chances pour que ce soit moi).

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The Cobble and the Frame

Bon, je vous explique le topo : il y a ce gars sur Twitter, Alex Mahoudeau, qui twitte des trucs cools même s'il aime ni David Bowie (oui, je sais c'est bizarre) ni la N64 (reconnaissez que ça mérite un bon WTF DUDE quand même). Bon, son twitter c'est @CobbleAndFrame, je sais pas trop pourquoi, mais acceptons c'est cool. Donc ce gars, il a ouvert un carnet sur Hypotheses, vous savez le portail pleins de sites et de blogs académiques qui déchirent et sur lequel vous vous demandez pourquoi je ne suis pas (très honnêtement, moi aussi, mais je crois que la flemme explique beaucoup de choses). Donc son blog s'appelle "The Cobble and the Frame" ce qui nous montre qu'il a de la suite dans les idées (qui est aussi une émission consacrée aux sciences sociales, coïncidence* ?). Il y parle de pleins de choses vachement biens, du genre les mouvements sociaux ou la géographie et tous ces trucs qui pourraient intéresser des gens intelligents et brillants comme vous. Et il m'a dit, comme ça sur Twitter, que si je lui faisais de la pub ici, et ben, il m'enverrait des cookies. Vous êtes tous témoins, hein, si jamais je dois lui faire un procès, laissez moi vos coordonnées en commentaires, je vous donnerais une partie des cookies (non, je rigole, je partage pas mes cookies). Donc voilà, allez faire un tour sur son site. Moi, j'attends mes cookies.

* Voir la vidéo suivante :



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Et de huit.

Ce blog a huit ans. Yay. Je voudrais bien faire une grande annonce tornitruante à la face du monde, mais ça attendra encore un peu, histoire que je sois sûr et tout ça. Mais sachez-le : des choses terribles se préparent. Et en attendant, je me souhaite bon anniversaire à moi-même. Si vous voulez vous cotiser pour m'offrir un gigantesque gâteau en forme de Batman, ce serait trop cool, mais sinon, c'est pas grave.

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Un quinquennat se termine, un autre commence

Pendant cinq ans, il a fallut s'habituer à vivre avec, tant bien que mal. Parfois de l'enthousiasme, parfois de l'énervement. Des idées qui partent dans tous les sens. Des débats qui virent au troll. L'envie parfois que ça s'arrête, mais en même temps toujours la volonté que ça continue. Et puis, au bout de cinq ans, on se rend à l'évidence : malgré tous les changements, malgré tout ce que l'on pouvait attendre, malgré toutes les prévisions, ça continue, et ça va continuer. Mon blog a cinq ans. Happy birthday.




Comme d'habitude (en fait, plutôt "comme la dernière fois et toutes les autres fois où j'aurais fait ça si je n'avais pas eu la flemme au dernier moment"), je vais profiter de l'occasion pour faire un petit point sur ma pratique du blog. Ce qui peut peut-être le plus étonner ce qui me connaissent par ailleurs, c'est-à-dire autrement que sous la forme d'un simpson à t-shirt rouge - il n'y a de toutes façons pas vraiment de grandes différences - c'est le peu de billets qui relèvent directement de ce sur quoi je passe une partie quand même importante de mon temps, à savoir ma thèse. En fait, elle est à l'origine de nombreuses notes, mais je ne l'ai jamais abordé de front : je me suis servi du blog pour réfléchir sur certaines questions théoriques qui me préoccupent, mais qui débordent en partie les questions empiriques que j'essaye de traiter. Ces notes m'ont permis de clarifier mes idées sur un certain nombre de points justement parce que j'avais l'occasion de faire tourner un certain nombre d'idées - toujours en gestation d'ailleurs - sur d'autres objets que ceux qui sont les miens.

Quels sont ces billets ? Il s'agit évidemment de ceux qui touchent à la sociologie économique, le tag qui a connu la plus forte inflation depuis que j'ai pris mon bâton de pèlerin pour me relancer dans les études supérieures : 41 notes, soit près de deux fois plus que ceux consacrés à la sociologie du genre. Pourtant, c'est ce deuxième axe de réflexion, sur lequel je reviendrais après, qui m'apporte généralement le plus de lecteurs. J'aurais tendance à mettre cela sur l'aspect work in progress de ces billets, qui constituent à mon avis la partie la plus intéressante de ce que je fais sur ce blog.

Rétrospectivement, j'ai suivi en gros trois lignes de réflexion en la matière. La première concerne le capitalisme et la façon de le penser. C'est un thème que j'ai abordé très tôt puisque dès 2008, j'écrivais que le capitalisme peut dormir tranquille, à un moment où l'importance de ces questions ne m'avait pas encore autant frappé. Ce billet préfigurait, je crois, la suite de mes réflexions : confronté, en temps de crise, à la fois au limite d'un système économique et au retour d'une contestation plus grande à son encontre, j'ai commencé à me demander pourquoi nous avions tant de mal à en sortir. J'ai essentiellement essayé d'avancer des éléments de réponse à cette question à partir de Weber et de Polanyi. En gros, le capitalisme m'est apparu plus comme un mode de pensée qu'autre chose, "mentalité de marché" qui tire sa force de ce qu'elle est ancrée très profondément en nous - et moi le premier.

Quel rapport avec ma thèse ? Disons que c'est ce que je vois dans un certain nombre d'entretiens.

Vous pourrez retrouver cette ligne de réflexion dans les billets suivants (entre autres) :
Des billets "polanyiens" :
La mentalité de marché est obsolète
Faut-il affamer les fonctionnaires ?
Des billets plus weberiens, sur le rôle du charisme, des transformations et du maintien d'un système censé être en perpétuelle évolution :
Steve Jobs, sur le charisme en économie (gros troll dans les commentaires)
Le Stratège ou Weber au pays du baseball
Et puis d'autres billets divers :
Picsou et la morale du capitalisme
La "révolution" Cantona : sur le capitalisme et la morale
Le capitalisme aliéné

La deuxième ligne de réflexion concerne le marché et son fonctionnement. Elle est très fortement liée à la précédente. La question qui me préoccupe est tout ce qu'il y a de plus classique : comment les marchés parviennent-ils à un équilibre ? J'entends par là non pas le prix d'équilibre des économistes, mais plutôt les institutions dont un marché a besoin pour fonctionner, en particulier les critères de jugement. Comment se fait-il, par exemple, que les termes "féminin" et "masculin" parviennent à modeler les frontières des marchés ? La question est valable pour d'autres labels, dont ceux qui me préoccupent dans mon travail de thèse. Il m'a semblé que s'intéresser à la façon dont les relations entre les différents acteurs du marché en venaient à modeler ceux-ci - autrement dit à la façon dont le marché est un mode de socialisation - était une piste intéressante. Certains de ces billets font partie de ceux dont je suis le plus fier, en partie parce que je pense y avoir trouvé un bon équilibre entre le format blog et les questionnements proprement sociologiques. Malgré cela, je soupçonne que leur succès éventuel tient plus aux exemples choisis qu'à leur contenu théorique...

Parmi ceux-ci, vous pouvez relire ces trois-là :
Marché et conservatisme au pays des super-héros
Le sexisme fait-il vendre ?
Sexe, marché et jeux vidéo

Troisième et dernière ligne de réflexion concernant la sociologie économique : une interrogation sur la crise économique que nous vivons. Il a s'agit pour moi essentiellement de me demander quel était le vocabulaire le plus approprié pour en rendre compte. J'en ai essayé plusieurs : le vocabulaire goffmanien de l'arnaque, le vocabulaire maussien de la magie, le vocabulaire marxien des contradictions du capitalisme, le vocabulaire sassenien des espaces globaux et bien sûr le vocabulaire weberien du charisme - vous aurez déjà compris que ces trois lignes de réflexions se croisent en plusieurs endroits. Je ne suis pas encore complètement satisfait. Il y aura d'autres billets du même tonneau à l'avenir. J'ai encore plein de choses à essayer.

En attendant, vos pouvez me donner votre avis sur toutes ces tentatives :
Le retour des contradictions du capitalisme
Crises, mondialisation et Etats : réflexions éparses à partir de Saskia Sassen
AAA(bracadra) : sur l'efficacité des agences de notation
Portrait de la crise en arnaque professionnelle

Une autre thématique, peut-être plus évidente car, il faut bien le dire, plus couronnée de succès en termes de nombres de visites (en fait, si je ne tape pas sur Steve Jobs ou Picsou, tout le monde s'en fout de mes réflexions sur le capitalisme), c'est bien évidemment la thématique du genre, des inégalités qui lui sont liées, et du féminisme. On a là, bien sûr, quelque chose qui correspond beaucoup plus à un engagement personnel, et où je me permet d'avoir des avis un peu plus marqué. Du coup, je réagis beaucoup plus facilement à une activité qui, il faut bien le dire, donne bien souvent l'avis de se prendre la tête entre les mains ou de perdre foi dans l'humanité.

Ce qu'il faut dire, c'est que ce qui m'a poussé vers plus de féminisme (j'avais déjà eu une éducation très égalitaire : mes parents m'avaient même acheté un Petit Poney quand je leur en avais réclamé un), c'est en grande partie le fait que j'ai écris dessus. Je ne suis pas sûr que je serais parvenu aux mêmes conclusions et aux mêmes positions, ou du moins pas avec la même conviction, si je ne m'étais pas obligé à écrire mes énervements et donc à réfléchir à ceux-ci, à leur donner une forme argumentative, réflexive, et publique : un cocktail finalement assez propice à un engagement. J'ai tendance à penser que c'est l'alchimie entre une exposition importante aux résultats sociologiques (et l'obligation professionnelle de les enseigner) et l'écriture blogique qui m'ont amené là où je suis. Oh, et bien sûr un certain nombre de dispositions sociales qui vont de ma classe sociale à ma socialisation parce que tout cela est quand même un brin sur-déterminé il faut bien le dire.

Quelques billets pour suivre l'évolution de tout cela :
D'abord des énervements très classiques bien que céréaliers :
Nouveau : Soyez sexiste dès le petit déj !
Breakfeast at sexism (2)
Ensuite, je commence à y réfléchir un peu plus
Le problème dans la cuisine
Je finis par affirmer mon engagement en lui donnant une première forme :
Le féminisme est l'avenir de l'homme (et réciproquement)
Je défends l'approche sociologique :
Le darwinisme et l'inquiétante normalité du viol (avec une première référence à Wittgenstein : ce ne sera pas la seule, et il y a là quelque chose qui doit à mon doctorat en cours)
Le sexe est bien une construction
Boris, par pitié, reste en dehors de tout ça (ne pas supporter Boris Cyrulnik est une vieille tradition)
De Piss Christ aux théories du genre : sociologie des offensives néo-réactionnaires (la caractérisation du "néo-réactionnaire" a été finalement peu remarquée)
Enfin, les réflexions les plus récentes tirent vers la question du sens et de la connaissance :
Le sexisme expliqué à ceux qui n'y croient pas
Qu'est-ce qui fait qu'une image est sexiste ?

Une dernière thématique que j'ai suivi est l'évolution de la question de l'immigration dans les discours politiques. Ce dernier intérêt provient de quelque chose d'un peu plus personnel. J'ai essayé de mettre en relation l'émergence de cette question dans une conception essentiellement répressive avec la question de l'Etat dans la mondialisation - où l'on peut peut-être voir un peu plus de liens avec mes autres centres d'intérêt strictement sociologiques. Dernièrement, j'ai avancé que s'étaient créées en France des structures politiques qui amèneraient à ce que cette question et la façon dont elle est saisie perdurent dans le débat public. On verra si j'ai raison. Je ne prendrais pas le risque, pour autant, d'y parier mes chaussettes.

Cette ligne de réflexion est suivie de loin en loin dans les billets suivants :
Lorsque l'éthique de responsabilité devient ne doctrine
L'entêtement thérapeutique comme nouvelle éthique politique
De la pédagogie en politique
La France et l'étranger : je te suis, je te fuis
Le dernier billet synthétise un peu les dernières réflexions que j'ai là-dessus :
L'échec d'une prophétie

Il y a aussi des plus petites séries, comme par exemple celle qui aborde, par la bande, la question de la performativité (Politique des espaces publics : changer le monde par ses murs & Scènes de la lutte politique dans les toilettes publiques, un de mes préférés). Mais je crois avoir relevé ici les principales. Ce point d'étape fait, j'espère pouvoir les continuer dans les cinq années à venir. Quoiqu'il en soit, il faut souligner que c'est précisément le format blog, le fait d'écrire régulièrement des choses courtes en essayant d'intéresser un public de non-spécialistes en faisant référence à l'actualité, qui m'a poussé dans ces différentes directions. La forme est importante pour susciter le fond. Voilà ce que je retire de ces cinq années de blog. Si cela peut inciter certains doctorants ou sociologues à tenter l'aventure, nous sommes encore trop peu nombreux, du moins à prendre cela comme un exercice libre de vulgarisation. Il y de la place pour plus de monde. Alors, viendez.
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Light

Internet est une jungle. Pour s'y adapter, il n'y a que deux solutions : se battre pour sa vie ou se débrouiller pour être trop difficile à bouffer et pas assez bon (ce que l'on connaît sous le nom de stratégie de la tortue). C'est dans cet état d'esprit que j'ouvre un tumblr : Une heure de peine light. La même chose qu'Une heure de peine, mais en light.

En gros l'intérêt du truc, c'est que je puisse poster des petits trucs que je trouve sur Internet et qui n'appelle pas forcément commentaires ou analyses ou, si c'est le cas, de façon trop succincte pour que je m'en fasse tout un foin et tout un post. Cela naviguera toujours autour de la sociologie, mais je vais aussi me permettre d'y mettre des choses un peu plus rigolotes et diverses et variées. Les posts continueront ici bien évidemment : je vois les deux outils comme complémentaires, d'un côté l'analyse et les notes, de l'autre, le signalement et les bêtises.

Hein ? Vous voulez de l'analyse là maintenant tout de suite ? Vous êtes sûrs ? Sur les dernières élections dites-vous ? Les quoi ? Les législatives ? Je vous entends très mal... Je passe sous un nyan cat.



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I like

Pour ceux qui aurait raté l'info parce qu'ils étaient en vacance (et dans ce cas-là, je les hais de toute mon âme noircie) ou parce qu'ils ne consultent le blog qu'au travers d'un reader rss et ne viennent jamais sur la page proprement dite (c'est pas top mais je vous pardonne), Une heure de peine dispose de sa propre page Facebook ici.

Vous pouvez donc me liker ou devenir fan ou dire "j'aime" ou je ne sais pas trop quoi. Cela vous permettra a priori de suivre les mises à jours du blog et, éventuellement, de dire tout votre amour pour moi ou toute votre détestation (ou pas : je pense que je ferais le ménage comme je le fais déjà ici). L'outil a sans doute plein d'autres possibilités insoupçonnées et insoupçonnables, mais je ne sais pas encore si je les découvrirais.
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Four more years !

C'était il y a quatre ans, jour pour jour : fraîchement émoulu d'une long période agrégative, je me lançais dans la folle aventure du blogging, au milieu des rares blogs à caractère plus ou moins sociologiques. Mille quatre cent soixante jours plus tard, je suis toujours un peu étonné de ne pas avoir laissé tomber et, pire, de trouver de plus en plus de plaisir à l'exercice. Surtout lorsque je reçois la reconnaissance suprême. Car oui, j'ai accepté, bien que ma modestie doivent en souffrir, de dévoiler devant vos yeux ébahi le nouveau classement Wikio des blogs de sciences humaines, notre classement de Shangaï à nous...

1Une heure de peine...
2Scriptopolis
3Baptiste Coulmont
4AGORA / sciences sociales
5pierremerckle.fr
6Les découvertes archéologiques
7Ecrans de veille en éducation
8La Boite à Outils des Historiens
9Miettes (non-)philosophiques
10Mapping Expert
11QUANTI
12Mexique ancien
13Évaluation de la recherche en SHS
14Mame & fils
15Socio-informatique et argumentation
16Femmes au travail
17Archéologie poitevine
18ANTHROPOPOTAME
19histoire.lyonelkaufmann.ch
20Le Blog de la Recherche

Classement réalisé par Wikio


\begin{rire_malefique}
Ahahahahahahahahahah !
\end{rire_malefique}

Oui, me voilà premier, devant mes deux adversaires de toujours, Scriptopolis - qui m'est régulièrement passé devant - et surtout l'indétrônable numéro 1, du moins jusqu'à présent, j'ai nommé Baptiste Coulmont. Comme le disait Thierry Roland dans d'autres circonstances, maintenant qu'on a vu ça, on peut mourir...

Plus sérieusement, quatre ans de blog, ça commence à faire une paye. Les lecteurs les plus anciens auront sans doute déjà remarqué la lente modification de mon écriture au cours du temps : billets plus courts, disparition des titres, ajout des images, et surtout un style beaucoup plus direct et moins engoncé. Car c'est sans doute cela qui me motive le plus à continuer à alimenter la bête - outre sa simple existence, dans une veine très pratchettienne - : le jeu d'écriture.

Si je ne devais tirer qu'une seule leçon de l'exercice du blogging, ce serait sans doute celle-là : il n'y a pas de meilleur moyen pour se rendre compte à quel point l'écriture est un processus actif. On a tendance à s'imaginer qu'il faut avoir une idée claire que ce que l'on veut dire et la coucher sur le papier/l'écran comme on développe une photographie. En fait, la plupart de mes billets commencent sur une idée assez vague, et je commence à les écrire sans avoir une idée très précise de là où ils vont m'emmener : cela relève beaucoup plus de la composition d'un dessin ou d'un tableau où l'on se laisse mener par le trait. Des idées inattendues apparaissent, d'autres attendues s'évanouissent. Parfois les billets n'aboutissent pas, et restent pour l'éternité sous forme d'ébauches dans le méta du site. Parfois ce qui ne devait être qu'une blague s'étend et devient autre chose. Le billet sur le sexe dans les jeux vidéo - à mon avis, l'un des plus originaux - ne devait être qu'une mise en valeur de Samus Aran comme personnage féministe, avant de devenir complètement autre chose quand j'ai découvert ce qui pouvait se trouver sur elle avec google image. Quelques photos de tag se sont transformés en réflexion sur la politique. Un énervement passager peut m'amener à faire le point sur mes propres engagements...

Il y a des choses étonnantes. Les billets dont je suis le plus content et qui, à mon avis, disent les choses les plus fondamentales n'ont pas toujours le succès escompté. Mes textes sur le capitalisme, sujet qui est au centre de mes réflexions pas seulement bloggiques, n'ont pas eu autant de visiteurs que ceux portant sur ce qui s'écrit sur les murs des chiottes. Sauf quand il s'agissait de commenter un vieil épisode de Picsou. Le plus gros succès, pour l'année écoulée, demeure "L'entretien d'embauche : bientôt une institution totale ?". Il semble en fait que le succès d'un billet soit directement corrélé à sa capacité à circuler : soit qu'il mette en lumière un fait alors peu connu mais à fort potentiel "d'indignation" (le texte sur l'entretien d'embauche partait d'une information encore peu diffusée), soit que son thème soit suffisamment "rigolo" pour permettre un envoi aux copains.

Mais j'ai pris le parti de continuer à écrire d'abord sur ce qui me plaît et ce qui m'intéresse. Et surtout sur les questions où j'estime avoir quelque chose à dire. Si je me fiais au nombre de visite, je serais déjà en train d'explorer toutes les toilettes publiques de Paris un appareil photo à la main... Il y a des réactions à chaud, et le blog me sert alors d'exécutoire. Il y a le partage de petites choses rigolotes, et le blog me sert alors à raconter mes blagues. Il y a la concrétisation d'idées et de réflexions qui ne trouvent pas de meilleurs endroits à un moment donné. Je blogue, dans l'ensemble, assez peu sur les questions qui occupent le plus mes journées, même si cela arrive et que cela arrivera sans doute d'autant plus à l'avenir, au fur et à mesure que ces choses se mettront mieux en place. Je me suis surtout rendu compte que le blog était une activité complémentaire de toutes celles que j'accumule par ailleurs : je ne blogue jamais autant que lorsque je fais dix mille autres choses en même temps. Quand un esprit bout, il prend plus de place, et s'exprime donc un peu partout...

Et puis, ça m'a permis de rencontrer des gens sympas, même "in real life" comme on dit à l'occasion d'un twitapero. Et de passer à la radio aussi. Et de me rendre compte que je ressemblais de façon incroyablement inquiétante à mon avatar Simpson, vu le nombre de personnes qui sont venus me voir en me disant "c'est toi Une heure de peine ?" sur la simple base de la ressemblance avec celui-ci. Difficile de trouver des aspects négatifs à cette activité en fait, à part peut-être les commentaires bas de plafonds de certains qui, heureusement, ne s'expriment pas ici... Alors que dire de plus ? C'est reparti pour quatre ans. Mais pas tout de suite : comme chaque année, je fais une pause jusqu'à septembre, le temps de me consacrer à d'autres projets estivaux, et, peut-être même, de me reposer à un moment donné. Mais ça, c'est moins sûr... Allez, see ya, et à l'année (scolaire) prochaine.
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Hommage hors sujet

Pas de commentaire sociologique aujourd'hui, mais un hommage. Il y a deux grands hommes qui m'ont appris l'humour, ou plutôt qui m'ont fait penser un jour "on a le droit de faire ça ?". L'un est Terry Pratchett : découvert vers 12 ans, on peut imaginer le choc de découvrir qu'on peut écrire des pavés qui font rire et où l'on peut à peu près tout se permettre (ook). L'autre est décédé aujourd'hui. Il avait l'air d'un type sérieux, mais faisait absolument n'importe quoi à la télé et au cinéma. Il y avait un peu de Chaplin dans la façon dont il incarnait sans cesse le même personnage et jouait avec n'importe quelle situation pour faire complètement n'importe quoi. Leslie Nielsen n'est plus. Et le cinéma est soudain moins drôle.


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Vie de thésarde

Ils avaient PHD Comics. Qui ça "ils" ? Ben, les scientifiques "de la nature" - malgré la présence de Tajel, unique représentante des sciences sociales dans l'histoire - et les Américains. Désormais, la France et les Sciences sociales peuvent bomber le torse parce que l'on a nous aussi notre blog BD sur la vie académique : on lui souhaite donc une longue Vie de thésarde et on va lire ça très vite parce que c'est plutôt pas mal, surtout en cette période de vaches maigres sur le Net pour les gens qui, comme moi, passent leurs journées devant un ordinateur à taper des trucs.

PS : si j'avais su dessiner, j'aurais fait la même chose.
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Fin de la saison 3

Comme chaque année à la même date, je me fête à moi-même un bon anniversaire, toujours un peu étonné de ne pas avoir laissé tomber entre temps. Voici donc la fin de la saison 3 d'Une heure de peine, puisque je n'aurais probablement pas le temps de poster pendant ces deux mois à venir, tout occupé à d'autres projets. Normalement, je devrais finir sur un suspens insoutenable pour vous convaincre de revenir, haletants, après les vacances, pour l'ouverture de la saison 4 au mois de septembre, mais franchement je n'ai pas de... oh, c'est vous. Qu'est ce qui vous rend si joyeux ? Ha je vois, vous feriez mieux de lâcher ça ! Je vous dis de lâcher ça ! Nan mais... laissez... laissez-moi... laissez-moi bon sang... gnn... [un coup de feu retentit, fondu au noir, générique]

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Une mini heure de peine

Le fait que j'ai un blog suffit à montrer à quel point je suis une personne influençable et qui recherche continuellement l'attention des autres. De ce fait, il fallait donc bien qu'un jour ou l'autre je cède une fois de plus au mimétisme et à l'appel de la hype. J'ai donc ouvert un compte twitter, histoire de voir ce que ce truc a dans le ventre. Aucune idée de ce que ça va donner pour le moment. Mais allez, soyez sympa, suivez mes mini-aventures au pays du mini-blogging. Et signalez-moi les twitters intéressants pour les sciences sociales.

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Nouveau blog : le Zeping

Via le toujours très vigilants Philippe Watrelot, un nouveau blog ayant trait aux sciences sociales mérite d'être signalé : le Zeping, écrit par une jeune agrégée de sciences sociales qui enseigne dans un de ces lycées que l'on qualifie généralement de "difficile". Deux billets pour l'instant, des témoignages accompagnés de réflexion, une lecture qui fait quand même du bien, pour voir ce que l'on fait en SES et ce que l'on vit en ZEP.

En classe, dialogue avec les élèves: « Les homosexuels, c’est des mecs pas normaux, c’est des obsédés sexuels, ils pensent qu’à leur plaisir, et pas à avoir des enfants.
- Ne pensez-vous pas que vous dites cela parce que la socialisation que vous avez reçue a fait de vous des hétérosexuels?
- Non, non, c’est pas naturel, une femme a un vagin et un homme un pénis.
- Carrément, un verre, c’est fait pour être rempli!
- Bon, les réflexions graveleuses, on va éviter ; citez-moi la réaction d’une vieille dame dans le RER quand elle voit arriver un jeune habillé en jogging avec une capuche.
- Ah ! Elle serre son sac contre elle et elle a peur !
- Qu’en déduisez-vous ?
- Le fait d’être habillé en jogging/capuche fait peur aux gens.
- Vous apparaissez donc comme différents de la…
En chœur :
- Norme !
- Bien ! Vous avez de bons restes du début de l’année. Vous voyez donc qu’un simple habillement peut faire de vous des déviants ; un rapprochement à faire sur l’homosexualité ?
- Ok, m’dame, c’est juste que l’hétérosexualité, c’est une norme, alors tout ce qui est différent est vu comme une déviance.
- Très bien, on note ça à l’écrit, alors. »

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Vingt et un

Comme vous le savez peut-être, le site Wikio, pour nous autres blogueurs, c'est un peu le panneau où le maître ou la maîtresse affichent les meilleurs dessins de la classe : officiellement, tout le monde s'en fiche, mais au fond, c'est quand même trop la classe d'y être. Chaque mois, wikio demande à quelques uns des blogs figurant dans leurs classements de le présenter à l'avance. Comme je n'ai jamais caché le fait que ce blog s'inscrit dans ma stratégie générale de conquête du monde, il fallait bien que je me soumette à l'exercice.

1Blog de Paul Jorion
2DéCHIFFRAGES
3Démystifier la finance
4Le Blog Finance
5Econoclaste
6Rationalité limitée
7Verel
8Jean GADREY
9La déflation arrive !
10Olivier Bouba-Olga
11Le futur, c'est tout de suite
12Sobiz
13Que disent les économistes ?
14La bêtise économique
15Jean-Marie Harribey
16L'analyse de Dominique Seux
17Camille Peugny
18Ma femme est une économiste
19Institut Turgot
20L'éco buissonnière
21Une heure de peine...
22Ecopublix
23Création Monétaire
24Gilles RAVEAUD
25LES COULOIRS DE BERCY
26Démocratie & Entreprises
27Anne-Marie Idrac
28Le blog de l'intelligence économique
29Expeconomics
30Arnaud PARIENTY

Proposé par Wikio

Je suis donc 21e. Mon seul regret ? Qu'il n'existe pas une catégorie "sociologie" ou, tout au moins, une catégorie "sciences sociales" qui rassembleraient aussi bien les blogs de sociologues, encore trop peu nombreux en France même si cela commence à s'étoffer, les blogs d'historiens, de politistes, et bien sûr, ceux d'économistes, parce que oui, chers collègues, mes amis, mes frères et soeurs, vous faites partis des sciences sociales, n'essayez pas de le nier, ça s'est vu.

En tout, merci à tous ceux qui ont contribué à me faire apparaître dans ce classement. Comme je n'ai jamais compris comment marchait le classement wikio, je ne sais pas à qui je dois adresser les paniers de victuailles que je comptais envoyer à chacun. Du coup, je vais les manger moi-même. Dommage pour vous, y'avait du pélardon dedans.

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Rituel

Bonne année à tous mes lecteurs et lectrices. Et puis n'oubliez pas : 2010 ne vaudra pas une heure de peine si ... [complétez selon votre préférence].

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Prix nobel de Sociologie

Comme chaque année depuis que j'ai eu l'idée - c'est-à-dire vendredi dernier en prenant le train - le comité de remise du prix nobel de Sociologie s'est réuni et a désigné deux lauréats. Je vous les livre ici en exclusivité, sans le moindre sérieux mais non sans arrières pensées.


Un prix nobel en sociologie ?

Je sais, c'est inhabituel. Comme tout le monde, vous êtes habitués aux traditionnels prix Nobel de physique, de la paix, d'économie, etc. Et vous savez qu'il n'y a pas de prix Nobel de sociologie. C'est pour cela qu'il m'a semblé nécessaire de créer le prix nobel de sociologie, ou, pour utiliser l'intitulé exact ,le "prix d'Une Heure de Peine en l'honneur de Robert Nobel".

L'idée est simple : chaque année, il se trouve des gens pour rappeler que le prix Nobel d'économie n'en est pas un, puisqu'il s'agit du "prix de la Banque de Suède en l'honneur d'Alfred Nobel". Chaque année, ces mêmes personnes pensent ainsi tenir la preuve que l'économie n'est pas une vraie science puisqu'elle n'a pas un vrai prix Nobel. Et chaque année pourtant, tout les médias se tournent pendant au moins quelques instants vers le petit monde des économistes, commentent longuement, et souvent de façon relativement erronée, les résultats, donnent la parole aux nouveaux élus, etc. Bref, oui; la science économique s'en trouve légitimée. Certains critiquent ce "coup de force" des économistes par lequel ils essayent de se faire passer comme les égaux de la physique. Moi, au contraire, je suis admiratif, et je me dit : "mais pourquoi pas nous ?".

Parce que l'économie et la sociologie peuvent avoir prétention à être aussi scientifique que les autres sciences, mêmes si elles ont leur épistémologie propre (ce dont tous les économistes ne sont pas forcément conscient, mais passons). Et puisque les gens ont tendance à plus respecter la blouse blanche qu'autre chose, autant en prendre acte et en jouer. Les sociologues ont besoin de leur prix Nobel, ou d'un équivalent suffisamment retentisant, car c'est un moyen de routiniser les sociologues, de les rendre un peu moins étrangers et de donner une chance supplémentaire à leurs travaux d'être entendus - et pas seulement entendus par les puissants : pensons à l'audience qu'ont pu gagner Joseph Stigltiz ou Paul Krugman (même si, dans le cas du premier, on aimerait qu'il se concentre un peu par moment).

Et comme l'initiative personnelle vaut mieux que la critique passive - c'est mon ami Yvon qui m'a appris ça - j'ai décidé de prendre le taureau par les cornes et de créer moi-même ce prix... Après tout, certains prétendent juger de la scientificité de l'économie en se basant sur les choix testamentaires de l'inventeur de la dynamite, je ne vois donc pas pourquoi je ferais moins autorité en la matière.

Mais qui est Robert Nobel ?

C'est sans doute la question que vous vous posez depuis quelques paragraphes : qui peut bien être ce Robert Nobel à qui j'ai décidé de dédier mon prix ? La première chose qu'il faut savoir, c'est que Robert Nobel ne s'appelle pas Nobel. Pour être franc, il ne s'appelle même pas forcément Robert. Mais Robert, c'est un prénom qui lui va bien, et Nobel, c'est assez pratique à porter lorsque l'on veut vous rendre hommage au travers d'un prix scientifique. Donc, appelons-le Robert Nobel parce que ça m'arrange.

Robert Nobel n'a rien fait de particulier pour qu'on lui dédie ce prix. D'ailleurs, si l'on va par là, Robert Nobel n'a rien fait de particulier en général : contrairement à son homonyme, il n'a pas inventé la dynamite, ni aucun autre explosif, ni quoique ce soit de notable, il n'a pas dit de choses plus intelligentes que ce que disent la plupart des gens au cours de leur vie, ni d'ailleurs rien de plus bêtes. Il n'est pas particulièrement courageux, mais n'est pas franchement lâche non plus. Il lui arrive d'être sympa, mais il peut aussi être une vraie peau de vache s'il s'y met. Ses amis l'aiment bien, mais il y a aussi des gens qui ne peuvent pas le sentir, et une écrasante majorité de la population qui n'a jamais entendu parler de lui et s'en fiche complétement (d'ailleurs, moi même, je viens juste d'apprendre son existence). Il est possible qu'il soit mort ou vivant, sans pour autant être enfermé dans une boîte. L'époque à laquelle il a pu vivre a peu d'importance, parce qu'il serait toujours globalement le même. Bref, vous l'aurez compris, Robert Nobel est l'homme ordinaire par excellence, the average man, l'homme moyen, et si un film devait lui être dédié, ce serait sans doute The man who wasn't there des frères Coen, et s'il ne s'appelait Robert Nobel parce que ça m'arrange, ce serait Jean-Pierre Liégois. D'ailleurs, on n'a qu'à dire qu'il habite dans le Var.

Pourquoi dédier un prix de sociologie a un tel individu ? Et bien, simplement, parce que les sociologues sont les mieux placés pour savoir qu'un tel homme, ça n'existe pas, que c'est au mieux un idéal-type d'une certaine utilité, au pire une chimère politiquement néfaste. Dans le travail de sociologue, pour peu que l'on se livre un minimum à l'exercice du terrain, on est amené à rencontrer toutes sortes de personnes, avec leurs histoires, leurs problèmes et leurs spécificités. Mais on ne rencontre pas de Robert Nobel, on essaye simplement de comprendre ce que peuvent avoir de commun des individualités spécifiques, situées dans le temps et dans l'espace. C'est pour cette raison que Robert Nobel méritait bien qu'on lui dédie ce prix.

Le mode de désignation

Le comité Une Heure de Peine chargé de la remise du prix en l'honneur de Robert Nobel peut se targuer d'une légitimité simplement inattaquable. Il est constitué en effet de moi-même, de mon ordinateur et du chocolat que je mangeais en réfléchissant à tout ça. Inutile de dire que l'on ne pourra l'accuser de partialité, sauf à vouloir être d'une mauvaise foi absolue.  

Les critères de choix sont relativement simples, puisqu'il n'y a en pas. Disons que, dans la mesure où il est peu probable que ce prix survive au-delà de sa première année étant donné la sérieuse tendance de certains membres de son jury à oublier ce genre de chose, il n'a pas paru nécessaire aux sages de trop se prendre la tête là-dessus. Il a simplement été décidé de récompenser des gens biens, qui ont fait des choses intéressantes, et si possibles en donnant une portée politique à nos décisions. Au vu des dernières nominations aux divers Nobels, les autres, hein, il semble que les comités suédois aient retenu en moyenne deux de ces directions sur les trois. De toute façon, dans certains cas, ça a suffisamment été n'importe quoi pour que l'on ne s'en fasse pas trop.

Les lauréats

Voici enfin venu le moment crucial que vous attendez tous depuis au moins le début de ce billet : le moment de donner les noms des heureux élus. Bien sûr, il y a en deux, puisque le comité Une Heure de Peine a décidé de tout faire comme le prix Nobel d'économie - si on est logique, ça devrait cartonner tout autant. Alors, roulement de d'abord si vous voulez bien.

Le premier élu est... Howard Becker, pour l'ensemble de son oeuvre, mais surtout parce que je suis en train de lire Les ficelles du métier, après avoir lu ses "Notes on the concept of commitment" et relu Outsiders. Et ben, très franchement, à chaque fois, c'est la même chose : non seulement, c'est brillant sur le plan conceptuel, mais en plus c'est agréable à lire. Et ça, pour un sociologue, c'est une qualité rare. La preuve : on peut trouver, dans Les ficelles du métier, des passages de ce type :

Qu'est-ce qui peut pousser un Américain apapremment normal à se faire amputer de son pénis et de ses testicules ? Le fait de poser le problème en ces termes rend cette action absolument incompréhensible. "Hep, vous, là ! ça vous dirait de vous faire couper les couilles ? - Euh... Non merci, sans façons !"

Et ça, c'est fort, surtout qu'il s'en suit une réflexion sociologiquement fondamental sur l'appréhension de ce genre de comportement. Du coup, je sens que je vais aller lire très bientôt Ecrire les sciences sociales, parce que moi aussi, je veux faire des blagues intelligentes en parlant de sociologie. Et si vous lisez cette note, vous savez que j'ai besoin de sérieux cours en la matière.

Le second est élu est... Mark Granovetter, un choix qui ne surprendra personne, tant l'enthousiasme d'une partie du jury se laisse entrevoir par quelques signes subtils mais néanmoins significatifs. Mais un choix parfaitement justifié dans le contexte actuel. En effet, les économistes récompensent cette année Olivier Williamson, ce qui au vu de la qualité du bonhomme n'a rien d'étonnant.  Il est alors logique de récompenser celui qui a le mieux permis de dépasser les apories de l'institutionnalisme. La sociologie économique de Granovetter se présente en effet comme une critique forte de cette tendance théorique de plus en plus prégnante en économie : là où cette dernière explique l'émergence d'institution par le concept d'efficience, considérant que celles-ci naissent et se maintiennent parce qu'elles apportent des solutions efficientes à certains problèmes rencontrés par les acteurs, Granovetter réintroduit de l'historicité, signe distinctif de la sociologie en la matière, en les conceptualisant comme des constructions sociales, dépendante des ressources particulières d'acteurs historiquement situés. Une façon de voir les choses qui changent bien des choses : dans ce cadre, l'idée même d'efficience des marchés financiers, dont on sait par Orléan qu'elle n'est pas étrangère à un certain aveuglement au désastre dans la dernière crise économique, n'a simplement pas de sens. Il serait donc temps que tant les économistes que les médias se décident à compter les sociologues économistes comme des interlocuteurs valables, au moins plus souvent que ce n'est déjà le cas.


Le premier prix nobel libre

Mes choix ne vous plaisent pas ? Ce n'est pas grave. Le prix Une Heure de Peine en l'honneur de Robert Nobel se veut en effet le premier prix  nobel open-source. Autrement dit, vous êtes libres de le décerner vous-mêmes à qui vous voulez, autant de fois que vous le voulez - sous réserve bien sûr que vous expliquiez de quoi il s'agit, je ne voudrais pas que Robert Nobel s'en trouve lésé... Il n'y a en fait que deux restrictions : le remettre à des sociologues ou des gens qui ont apportés suffisamment à la sociologie ; ne surtout pas le remettre à une certaine personne ou à ses disciples de tout poil, parce que ça rompt la première règle. On n'est jamais trop prudent.

Par ailleurs, deux  membres du jury de cette année ayant déjà fait savoir qu'ils ne reconduiront pas leur participation cette année, vous pouvez postuler pour faire partie du jury l'année prochaine. Il suffit d'accepter de me supporter pendant une soirée le temps que l'on se mette d'accord. De l'alcool  et de la nourriture ne sont pas à exclure du processus de décision.

Là-dessus, je pense que j'en ai déjà trop écrit pour un post dont la vocation intellectuelle est somme toute limitée, aussi il est sans doute plus raisonnable d'en rester là.

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Ravalement de façade

C'est l'été, et les cafés et magasins parisiens en profitent pour faire peau neuve, au moins autour de ma modeste demeure. Aussi n'y a-t-il pas de raison qu'Une heure de peine ne suive pas le mouvement. Avec une toute nouvelle mise en page, plus de colonnes, plus de lisibilité, et surtout une remise à jour de la liste de liens. N'hésitez pas à me signaler tout oubli ! Et à bientôt pour quelques réflexions sur les sondages.

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Bienvenue au panda...

Je profite que les piles de ma Wiimote viennent de mourir (paix à leur âme) pour vous signaler un nouveau venu dans le petit monde des blogs à caractère sociologique : Une année d'articles sociologiques. Tenu par un ex-étudiant de DEA de sociologie ne souhaitant pas "devenir stupide" (je cite), il propose, comme son nom l'indique avec une délicieuse subtilité, de découvrir chaque semaine un article de sociologie à destination de ceux qui n'en ont jamais fait ou qui la découvrent. Une excellente initiative, qui permettra également à notre "panda sociologue", comme l'indique son adresse mail, de ne pas perdre la main - c'était aussi l'une de mes motivations en commençant Une heure de peine. A découvrir sans tarder.

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C'est drôle parce que c'est vrai

Via The Global Sociology Blog, je découvre Indexed, un blog qui fait de l'humour à base de graphiques... Le plus étonnant, c'est que c'est vraiment drôle. Et en plus, l'auteur a vraiment tout compris : "Pourquoi les enseignants vont sauver l'économie" (cliquez sur Lire la suite pour avoir la réponse)




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Happy B.

Et oui... à l'heure cette fois, ce blog atteint ses deux ans. L'âge de la maturité, de la sérénité, et de plein d'autres choses en -é. J'ai dans les cartons des notes sur Obama et sur la burqa, mais, soyons honnête, c'est les vacances, et je vais prendre les choses doucement... Reprise complète des hostilités à la rentrée, en septembre. D'ici là, see you.

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Olivier Godechot et les filières au lycée

Olivier Godechot, dont j'ai déjà parlé par ici, complète ses activités en ligne - son excellent site et le non moins excellent Quanti, en collaboration avec Pierre Mercklé - en ouvrant un blog sur Mediapart. Espérons que ça dure ! Premier billet, recyclage d'une tribune qui n'est pas passée auprès des grands quotidiens - ce qui pose de sérieuses questions sur ceux-ci : "Equilibre des filières au lycée : une autre réforme est possible". Extrait :

On ne change pas la hiérarchie disciplinaire par décret. C’est le produit d’une très longue histoire, en particulier en France, où l’on a toujours valorisé les savoirs les plus formels sur les savoirs les plus appliqués. Supprimer la ES au profit de la L maintiendra intact le brillant de la S. Comment réformer et casser ces hiérarchies stériles et cette polarisation excessive autour de la S ? Tout simplement, en permettant aux lycéens de faire exactement autant de mathématiques dans chaque filière.

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