Le vrai problème de Michel M.

Libération nous apprend aujourd'hui que Valérie Pécresse, ministre de la recherche, a décidé de nommer à l'Institut universitaire de France une liste de noms qui n'avaient pas été proposés par la commission compétente. Parmi eux, une des bêtes noires de la sociologie française : Michel Maffesoli.


L'article de Libération pose très, très mal le problème, en attribuant l'opposition des scientifiques et des sociologues à la regrettable "affaire Théssier" (dont on trouvera tous les détails ici, ainsi qu'une analyse détaillée chez Bernard Lahire) :

Sociologue, auteur de nombreux ouvrages sur le lien communautaire et l’imaginaire dans les sociétés «postmodernes», professeur à l’université Paris-Descartes, le long CV de Michel Maffesoli ne devrait en théorie pas poser de problème. Sauf qu’il comporte ce qui est considéré comme une tache indélébile par de nombreux scientifiques. Michel Maffesoli est en effet célèbre pour avoir organisé la soutenance d’une thèse de sociologie présentée le 7 avril 2001 par Germaine Hanselman. Plus connue sous le nom d’Élisabeth Teissier, patronyme sous lequel elle fait un commerce très fructueux de l’astrologie. Une thèse dont Jacques Bouveresse, professeur au Collège de France, souligna qu’elle «ne comporte aucune analyse épistémologique réelle» mais un appendice intitulé «Preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire.» On y lit : «De récentes recherches nous ont en effet permis d’établir la corrélation entre cancer, voire sida, avec des dissonances de deux planètes par rapport au thème natal.» Les fenêtres de l’université tremblent encore de la polémique de l’époque.

Tout le problème se situe dans le début du paragraphe : le journaliste de Libération sous-entend que, en dehors du doctorat de l'astrologue, Michel Maffesoli constituerait un candidat idéal pour l'Institut, puisqu'il serait un bon sociologue (voir la remarque sur son CV). Or, il n'en est rien : les travaux de Michel Maffesoli, ses prises de positions anti-rationalistes et anti-scientifiques, suffissent largement à ce qu'on lui interdise l'accès à quelque reconnaissance que ce soit.

Pour dire les choses simplement, lorsqu'on veut se vanter du titre de sociologue, il est nécessaire de se livrer à une activité minimale de sociologie. Qu'est-ce que le travail d'un sociologue ? Le même de tout scientifique : chercher à produire des connaissances répondant à un double critère de solidité empirique et de cohérence argumentative. Sur ces deux points, les écrits de Michel Maffesoli ne méritent nullement les appellations de science ou de sociologie. Celui a, depuis longtemps maintenant, nié toute pertinence à la science, la ramenant au niveau d'un discours parmi d'autre. Position confortable qui lui permet d'expliquer que si les critiques pleuvent sur ses travaux, celles-ci ne sont que le fait de méchantes personnes opposées à sa personne... et non des critiques sur la qualité de son travail. Cette personnalisation lui permet de mettre à distance toute réserve formulée à l'encontre de sa pseudo-sociologie - et je ne doute pas que s'il venait à lire ce texte, il le considérait de cette même façon...

Mais j'ai pris la peine de lire quelques uns de ses travaux, et en particulier plusieurs des extraits de son dernier ouvrage, Iconologies. Je regrette d'ailleurs cette terrible perte de temps, mais il me semblait nécessaire de me rendre compte par moi-même, en jugeant sur pièce, l'étendue du désastre que je trouvais décrit chez bien d'autres sociologues. Force est de reconnaître qu'ils avaient raison. Un chapitre m'a particulièrement marqué : un long développement sur Harry Potter, au cours duquel on se rend peu à peu compte que l'auteur n'a pas pris la peine de lire le bouquin en question puisqu'il s'avère incapable de faire une quelconque référence précise à son contenue. Inutile aussi d'attendre une quelconque analyse de l'utilisation de Harry Potter qui passerait par des entretiens ou des questionnaires auprès de ses lecteurs : Michel Maffesoli ne fait pas d'enquête, ne cherche pas à vérifier de quelque façon que ce soit la pertinence de ces propositions. Que l'on mesure à cette aune sa scientificité, bien qu'il essaye de faire passer les surinterprétations et le refus de l'empirie pour un "style" sociologique.

Il m'est aussi arrivé de consulter en bibliothèque quelques uns de ses ouvrages, dont le plus fameux, Le temps des tribus. Là encore, j'aurais mieux fait de lire Simmel, que Michel Maffesoli cite jusqu'à plus soif sans pour autant comprendre la portée de ce dernier. La thèse centrale de l'ouvrage, qui se retrouve dans toute l'oeuve de notre so-called "sociologue", est assez simple : l'individualisme disparaît - d'où l'expression de "post-modernité" - au profit du groupe, de la tribu, de la fusion "dyonisiaque" avec le collectif. Si on m'accorde qu'une bonne théorie sociologique se reconnaît au fait qu'elle change notre façon de regarder le monde, je dois dire que c'est là sans doute la plus mauvaise que j'ai jamais croisé. Si j'en juge par ce que j'en perçois, mes chers lycéens sont bien peu "post-moderne", tant la valorisation de son originalité personnelle et le refus de la prééminence du groupe est forte chez eux - à tel point que la proposition d'un effet du collectif sur l'action individuel, base de la sociologie, ne leur semble en rien évidente. Evidemment, ce n'est là que ce que j'en perçois, sans enquête pour le soutenir - mais cela ne devrait pas gêner les "maffesoliens", puisque leur maître n'en fait pas plus. Pourtant, il existe des recherches qui vont dans ce sens, comme celles de Dominique Pasquier qui, tout en montrant la forte normativité adolescente, montre que celle-ci est profondément individualiste, car centré autour des idées d'originalité et d'authenticité individuelle. Loin de la fusion "dyonisiaque" avec le groupe, les enquêtes de terrain mettent à jour la pression et la violence des rapports sociaux dans le cadre de l'individualisme moderne.

D'autres enquêtes sont d'ailleurs venues réfuter spécifiquement les propositions de Michel Maffesoli et de ses fidèles - rappelons qu'il s'agit du directeur de recherche qui supervise le plus de doctorants (voir, une fois de plus, Bernard Lahire). Celui-ci a longuement commenté le phénomène des "raves" et des "free parties", les présentant comme représentatives de la fête post-moderne où l'individu vient se fondre dans le groupe, perdant toute individualité, toute autonomie et toute rationalité dans le déchaînement festif. Puis, est arrivé Laurent Tessier, qui a fait quelque chose d'impensable dans la sociologie maffesolienne : une enquête de terrain. Il en ressort deux choses : 1/ loin de constituer une caractéristique de la "post-modernité", les "free parties" appraissent comme un phénomène historique bien délimité dans l'espace - essentiellement en France et en Grande-Bretagne, alors que la techno existe ailleurs - et dans le temps - les années 1990 ; 2/ les raveurs apparaissent comme tout à fait individualistes, introspectifs, et même sombres et puritains pour certains d'entre eux, à l'opposé de tout déchaînement "orgiatique" d'un soi-disant "hédonisme festif". Ce genre d'articles sérieux et scientifiques est malheureusement moins médiatique que les délires hérméneutiques des post-modernistes.

Comment expliquer alors la carrière scientifique de Michel Maffesoli ? Je n'ai pas de réponse toute faite. Il est évident que certaines de ses thèses ont rencontré un écho favorable dans les mondes médiatiques et politiques nonobstant leurs faiblesses argumentatives et démonstratives. Il semble aussi que l'individu lui-même dispose d'un certain capital social qu'il sait mobiliser. Toujours est-il qu'il faut bien comprendre les protestations contre sa nomination non pas comme une rancoeur après la médiatique thèse d'Elisabeth Tessier, ni comme une querelle de chapelles sociologiques - interprétation qui a toujours la faveur de l'intéressé, permettant de renvoyer les critiques qui lui sont adressés à des simples conflits d'intérêt - mais bien comme l'expression d'un attachement à la sociologie et à la science.

Voir aussi ce billet Sylvestre Huet, journaliste à libération (merci Pierre).

18 commentaires:

Anonyme a dit…

Quel dommage que ces critiques ne soient pas formulées de manière plus explicite au sein de la communauté des sociologues français ! Sur la page Wikipedia de MM, une lutte acharnée oppose épigones et détracteurs sur ce qu'il en est vraiment. L'affaire IUF ajoute de l'eau au moulin.

Le Monolecte a dit…

Ne te plains pas : je l'ai eu comme prof... le gars qui arrive en amphi, embraye sur le panini qu'il vient d'acheter avant de venir et qui improvise en cours magistral 2 plombes de sociologie de comptoir sur le panini.

Ceci dit, je l'ai trouvé très distrayant!

Brice a dit…

Bonjour,

Votre billet m'a remis en mémoire ceux d'Enro au sujet d'Axel Kahn. Des pistes à creuser dans les mêmes directions ?

lien vers le premier billet

Anonyme a dit…

"Comment expliquer alors la carrière scientifique de Michel Maffesoli ? "

L'explication la plus simple est la plus universelle : le commerce : c'est sans doute l'individu mettant la position qu'il occupe le mieux à profit du point de vue de ceux qui la lui concèdent.

Anonyme a dit…

Pourquoi perdre du temps à exposer ce personnage ? Il me semble tellement évident que tout scientifique un peu sérieux n'accorde pas de crédit aux thèses de MM que je ne vois dans le bruit médiatique de Libération qu'un recours au capital social de Maffesoli.

La tournure " ne devrait en théorie pas poser de problème " illustre assez bien la confusion faite dans l'article entre ce que son auteur peut penser et ce qu'il pense être l'opinion de scientifiques interrogés. Franchement, Maffesoli !

Bref...

C'est la loi du Jdanovisme dont il est question dans votre dernier paragraphe, non ? Loi "selon laquelle les plus démunis de capital spécifique, c'est-à-dire les moins éminents selon les critères proprement scientifiques, ont tendance à en appeler aux pouvoirs externes pour se renforcer, et éventuellement triompher, dans leurs luttes scientifiques". (Science de la science et réflexixité, P. Bourdieu)

(ah, mon compte blogger ne fonctionne pas)

Pierre Maura a dit…

Ce serait pas mal de faire un petit trackback vers le blog de Sylvestre Huet, le journaliste de Libération.
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2008/10/affaire-maffsol.html

Je n'ai pas lu l'article dans Libé mais directement sur son blog. S'il reconnait que l'affaire Maffesoli/IUF ne repose que partiellement sur l'affaire Maffesoli/Tessier, il en met une bonne tartine sur notre astrosociologue préférée, avec des références à B. Lahire et J. Bouveresse.

Denis Colombi a dit…

Beaucoup de commentaires sur cette note, certains n'ont pas été publié parce qu'ils n'apportaient aucune information. Je veux bien qu'on s'en prenne à Michel Maffesoli, mais il faut le faire avec la rigueur argumentative qui lui manque, pas en jetant des invectives (surtout lorsque cela se fait dans un français approximatif).

@ Pierre et Brice : merci pour les liens.

@ Le Monolecte : malheuresement, des profs "gag" comme ça, en fac, j'en ai eu aussi, et même dans ma "grande école au coeur de l'université"... Ce qui est étonnant, dans le cas de Maffesoli, c'est qu'il soit arrivé si loin.

alan smithee a dit…

cool, un chapitre apocryphe d'impostures intellectuelles (http://fr.wikipedia.org/wiki/Impostures_intellectuelles).
une bonne occasion de le ressortir de l'étagère pour se rendre compte que malheureusement maffesoli n'est pas un cas isolé (et probablement encouragé).
par contre je l'apprend aussi dans le même article que le président de l'IUF est un certain elie cohen (économiste, mais aussi toutou du medef et invité permanent chez yves calvi). du coup je me demande si l'IUF sert vraiment à quelque chose d'autre que légitimer la politique du gouvernement...

Denis Colombi a dit…

@ Alan Smithee : Je n'ai pas lu Impostures Intellectuelles, mais je pense que le problème est différent. Sauf erreur de ma part, Sokal et Bricmont s'en prennent en priorité à l'utilisation des sciences de la nature dans un courant post-moderniste qui ne les comprend pas toujours parfaitement. Bruno Latour ou Jacques Derrida ont produit des travaux d'une incontestable qualité, même s'ils ont pu avoir quelques faiblesses. Ce n'est pas le cas de la personne qui nous occupe ici.

Par contre, là où l'ensemble se rejoint, c'est sur l'extrème relativisme que dénonçait Sokal et Bricmont et que l'on retrouve bien dans le post-moderniste de Maffesoli.

Votre remarque sur Elie Cohen me semble peu pertinente : certes, il s'agit d'un économiste qui apprécie d'apparaître dans les médias. Mais il lui arrive d'y dire des choses intéressantes - pas toujours certes. On aura compris que ce n'est pas le cas de tout le monde...

Anonyme a dit…

Denis, je comprends bien ton billet sur mafesoli. Mais tu es aggrégé, j'aurai espéré une attaque sur le fonds. La gueguerre entre sociologues et journalistes, c'est clochemerle. On t'a connu meilleur...
Reste bon, Denis, reste bon.

Denis Colombi a dit…

Heu... cher anonyme... Si tu m'as connu "meilleur", la moindre des choses serait de laisser un nom un peu plus identifiable.

Ensuite, es-tu sûr d'avoir lu le billet ? Si c'est le cas, tu me diras en quoi il relève d'une gueguerre entre sociologue et journaliste... Le plus gros y est occupé par la critique de Maffesoli et au fait que ses "théories" s'avèrent en décalage complet avec l'empirie.

Fr. a dit…

Au courageux anonyme qui écrit :"La guéguerre entre sociologues et journalistes, c'est clochemerle. On t'a connu meilleur..."

Quelle belle démonstration de courage :

- Stratégie 1 : Anonymat parfait.
- Stratégie 2 : Faire semblant de connaître l'auteur pour enfler la valeur de son jugement.
- Stratégie 3 : Réduire le tout à une querelle de clocher pour dévaloriser le débat d'entrée de jeu.

Bravo !

Anonyme a dit…

Il me semble que Laurent tessier est plus nuancé sur les travaux de Maffesoli. Par exemple je le cite "En évoquant les free parties, Michel Maffesoli affirme que « ce n’est pas l’individu qui est en cause : c’est se coller à l’autre, c’est de la viscosité à l’état pur. Ces grands rassemblements sont des expressions faramineuses de l’orgie » [21]. Or ce commentaire s’applique beaucoup plus au mouvement disco, et au mouvement house qui en découle dans les années quatre-vingt." ou encore "Mais s’il est possible, dans une certaine mesure, de parler de communautarisme pour évoquer les free parties, on montrera ici que les adeptes de ces fêtes peuvent aussi être considérés comme extrêmement individualistes, introspectifs par certains aspects.
Vous voyez il nuance les travaux de Meffesoli, il ne s'y oppose pas radicalement. Ce type de démarche est extrêmement fréquent, c'est la base de toute science. Beaucoup d'auteurs ont été nuancé de la sorte, cela ne remet pas en cause leur pertinence, je crois que Laurent Tessier est bien dans cette optique de nuance et pas d'opposition farouche.
A.M

Denis Colombi a dit…

Cher Maffesolien anonyme,

Avec une rigueur et une honnêteté toute maffesolienne, vous citez quelques passages de l'article de L. Tessier en oubliant complètement le propos de son article, que vous n'avez probablement pas lu ou pas compris dans son entiéreté. Reprenons calmement.

L'interprétation maffesolienne des Free Parties en fait l'un des signes du passages de la modernité à la post-modernité que le sociologue attentif devrait relever. Phénomène général - changement macrosocial -, il devient alors impossible d'expliquer pourquoi ce phénomène n'a lieu qu'en France et en Angleterre, et que durant une période historique très limitée. La France et la Grande-Bretagne sont-elles plus post-modernes ou plus "orgiatiques" que le reste du monde ? La post-modernité se limite-t-elle aux années 1990 ?

De même, l'interprétation maffesolienne met en avant "l'annihilation de l'individu". A chaque fois qu'une telle hypothèse fait l'objet d'une vérification empirique, elle se casse joliment la gueule : "Ces dimensions d’orgie, de dépersonnalisation durant le temps de la fête, semblent plus faire partie d’un mythe des free parties que des expériences concrètes des participants". Nous vivons toujours dans des sociétés individualistes, et si rupture il y a avec la modernité, ceci se fait plus par une plus forte individualisation que par son contraire. C'est ce que montre l'article de Laurent Tessier : certes, il peut y avoir des signes de communautarisme dans les Free Parties, mais ceux-ci ne signifient en aucun cas la disparition de l'individu.

L'approche de Laurent Tessier est de plus complètement incompatible avec les délires de Michel Maffesoli. Laurent Tessier, se référant à Tocqueville, cherche à reconstituer les actions rationnelles qui conduisent à l'apparition des Free Parties, étudiant notamment le rôle du politique, là où l'herméneutique non empirique de Maffesoli privilégie des individus influencé par une irrationalité extérieure (et une indifférence totale au contexte de l'action, résumé à son hypothèse de post-modernité, à la fois explicative et expliquée...). Plus d'une fois, il souligne qu'il construit une hypothèse alternative, dont la solidité empirique soit enfin assuré. On n'est donc absolument pas dans le cas du raffinement de l'approche maffesolienne, mais bien dans sa réfutation et son remplacement par une approche plus rationnelle et scientifique. Je pense que vous n'avez pas pris la peine de lire l'article.

L'article de Laurent Tessier condamne au final toute la méthode maffesolienne - comme d'ailleurs tout scientifique devrait le faire : faute de solidité empirique, ses interprétations sont condamnées au délire et à l'inutile, la volonté de séduire (les médias en particulier) étant plus forte que celle de produire du savoir. Vous citez un extrait concernant la viscosité et le disco, croyant que Laurent Tessier ne fait qu'amender Maffesoli : c'est que vous n'avez rien compris à la critique ! Le problème est très grave : comment peut-on se permettre de faire un commentaire qui est si manifestement éloignée de l'objet que l'on prétend étudier, à tel point qu'il s'applique à des mouvements culturels qui n'ont rien à voir ? "Or, il semble problématique qu’un discours appliqué aux free parties puisse tout aussi bien s’appliquer au milieu des boîtes de nuit, alors que les adeptes des free parties considèrent l’univers des boîtes comme absolument opposé au leur."

Certes, Laurent Tessier n'est pas dans une opposition farouche : il se place dans le cadre d'une critique scientifique. Et arrivé à la fin de sa critique, on se rend compte qu'il ne reste rien de l'approche de Maffesoli. Vous parlez de la science : si Maffesoli avait quoi que ce soit de scientifique, il aurait depuis longtemps abandonné toutes les fragilités qui caractérisent sa pensée et plus encore sa méthode. Mais, imperméable à la critique et aux réfutations, il ne peut se prévaloir de la science.

Je vous laisse d'ailleurs méditer la conclusion de l'article de Laurent Tessier : "Au terme de notre recherche, les idées tirées des théories de Michel Maffesoli semblent plaquées sur les free parties, ignorant la complexité des pratiques des participants et des organisateurs. Nous avons notamment montré dans quelle mesure l’expérience des free parties peut être considérée comme solitaire, introspective par certains aspects, et non de manière unilatérale « communautaire » ou « fusionnelle ». De plus, on a voulu souligner que cette idée de « fusion du groupe » pose problème au sens où elle s’applique tout aussi bien à l’univers opposé des boîtes de nuit. Enfin et surtout, l’approche maffesolienne n’explique pas, elle ne permet pas de comprendre la cause de l’apparition spécifique des free parties en un lieu et en un temps donnés : en Grande-Bretagne à la fin des années quatre-vingt et en France au début des années quatre-vingt-dix."

Bien à vous.

A.M a dit…

Tout d'abord je ne suis pas un maffesolien, pas plus qu'un bourdieusien ou je ne sais quoi, toutes les pensées m'intéressent. Ensuite vous demandez de laisser au moins un pseudo, j'ai signé A.M, je pensais que ça suffisait.
Vous prétendez que j'ai mal lu l'article et que je ne l'ai pas compris, avec les quelques lignes de commentaire que j'ai laissé pour en juger cette conclusion me paraît un peu présomptueuse et pas forcément respectueuse.
Vous aurez remarqué que je n'ai pas argumenté ni soutenue les thèses de Maffesoli. Mon propos est seulement de dire que Tessier me paraît plus nuancé dans la mesure où il dit que l'individualisme lui paraît plus central dans le phénomène techno que le communautarisme, renvoyant ce dernier point à un fait mineur. Il prend bien soin d'ailleurs de préciser comme vous l'avez relevé "[...]l’expérience des free parties peut être considérée comme solitaire, introspective par certains aspects, et non de manière unilatérale « communautaire » ou « fusionnelle ». Donc indivualisme par certains aspects et pas communautaire unilatéralement. Or vous interprétez en disant "tout à fait individualistes, introspectifs" Je serais d'accord avec vos propos si Tessier avait dit que le communautarisme n'existe absolument pas dans ce phénomène, et que seul l'interprétation individualiste est valable, or il n'est pas si affirmatif, il propose un idéaltype construit sur une bonne enquête de terrain qui lui semble plus pertinente que celui proposé par Maffesoli. Ai-je tort? Ensuite il va montrer un certains nombre de lacunes dans l'approche maffésolienne notamment concernant les causes de l'apparition du phénomène. Très bien, ce n'est pas la première fois qu'un auteur met en avant les limites d'une approche, c'est même courant.
Comprenez bien le positionnement de mon argumentation. Je comprends que selon vous l'approche de Maffesoli est à rejeter en bloc, cela vous engage, mais je ne crois pas que ce soit la proposition de Tessier. D'où ma simple intervention sur le point de la "nuance" et rien d'autre.
Pour rentrer dans l'analyse cette fois, je ne le ferai que brièvement, les choses sont bien exprimées, la "fusion" est davantage un mythe qu'une réalité empiriquement vérifiable, je crois que Maffesoli ne prétend pas autre chose d'ailleurs, il s'agit bien selon lui d'un "imaginaire", quelque chose qui n'existe pas. Démontrer empiriquement qu'un imaginaire communautaire n'existe pas c'est un peu comme une tempête dans un verre d'eau. Je ne crois que Tessier fasse cela, c'est en cela qu'il est plus nuancé (que vous en tout cas). Néanmoins, pour comprendre Maffesoli je crois qu'il faut bien savoir qu'il parle d'imaginaire, de mythe, c'est très explicite dans ses livres, ce qui compte alors ce sont les conséquences de cet "idéal" communautaire et pas de savoir si cet idéal se vérifie empiriquement, le débat porte là dessus. A ce titre l'idéal de l'homme maître de lui comme de la nature ne se vérifie pas empiriquement mais les conséquences de cet idéal moderne sont réelles et importantes. C'est à ce niveau qu'il faut envisager les choses je crois. Voilà pour cette brève et forcément partielle argumentation.

Cordialement,
A.M

Denis Colombi a dit…

Tout d'abord, je me répète, il suffit de lire l'article de Tessier pour se rendre contre de ce qu'il pense des thèses de Maffesoli : "Au terme de notre recherche, les idées tirées des théories de Michel Maffesoli semblent plaquées sur les free parties, ignorant la complexité des pratiques des participants et des organisateurs" (souligné par moi). Ce seul jugement pourrait suffire. Le fait qu'il s'efforce de construire une hypothèse alternative aussi. Il remet bel et bien en cause tout l'édifice Maffesolien.

Ensuite, quant à l'approche de Maffesoli en terme de sociologie de l'imaginaire, je dirais que vous avez tout dit. Il analyse l'imaginaire - fort mal d'ailleurs, il n'y a qu'à lire ses délires sur Harry Potter comme retour de l'ésotérisme dans la société "post moderne" alors qu'une bonne part du succès d'HP s'inscrit dans deux traditions anciennes de la modernité, les histoires d'école et le fantastique... - et de ses conséquences. Mais comme il n'a jamais pris la peine de faire une enquête pour vérifier ses propositions, son travail n'est même pas à la hauteur de ses ambitions. A jeter donc.

virgule a dit…

Bonjour à tous, je ne prends pas habituellement la parole dans ce blog, mais en lisant votre discussion, une question m'est apparue. Je ne connais pas le mode de fonctionnement de l'IUF, mais si j'ai bien compris, il semble qu'un comité évalue les candidatures. Par ailleurs il semble que 22 nominations se soient portées sur des candidats non "répertoriés". Le problème me semble-t-il dépasse la question de la nomination de M Maffesoli. Sur quels critères ces 22 personnes ont-elles été nommées ? Peut-on accepter ce mode de fonctionnement ? La Ministre de l'Enseignement et de la Recherche peut-elle attribuer des moyens et de la reconnaissance en dehors de toute évaluation par les pairs ? Un autre scandale passe inaperçu : 7 femmes seulement auraient été nommées, si mes informations sont exactes.
Martine Revel

Denis Colombi a dit…

Effectivement, le problème de l'arbitraire des nominations dépasse très largement le cas de Michel Maffesoli. Mais il me semblait important de remettre les choses au point concernant ce dernier. Mais cette affaire révèle également un dysfonctionnement grave de la part de la ministre.

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