Le problème dans la cuisine

Une vigilante lectrice m'a fait part de son énervement devant une des nombreuses publicités sexistes qui émaillent notre quotidien. Elle a bien raison : l'objet d'une délit est en effet superbe dans son genre. Surtout qu'il me permet de faire quelques réflexions sur l'évolution des représentations de la femme, et sur la place des hommes.


Voici donc une publicité pour une grande marque de cuisine, accompagnée de son slogan "la recette du bonheur". A chaque fois qu'une slogan aussi manifestement nul est utilisé, un diplômé d'école de commerce gagne sa place au paradis.

Une femme donc bien sûr. Mais attention : pas une femme qui se contente de faire la cuisine. Non bien sûr, nous sommes au XXIème siècle quand même, et il est quand même arrivé aux oreilles de certains publicitaires que les femmes n'avaient plus tellement envie qu'on les cantonne à faire la popote en attendant que le chéri revienne avec son attaché-case à la main. Donc une femme qui visiblement travaille. Surfe sur Internet. Fait la cuisine. Et, quand même, s'occupe du gosse parce qu'il faut pas déconner, faut bien que quelqu'un se le cogne le chiard.

Et cette femme, elle est vachement forte parce que, wahou, elle y arrive. Bon, ok, elle est aidée par la super-cuisine de la mort qui tue qu'à tout les coups, tu y met un poulet vivant dans le four, il en sort un magret de canard au miel pommes salardaises. Mais quand même elle assure.

En sociologie, on parle de "double journée des femmes". Ou comment celles-ci, si elles ont pu conquérir le monde du travail, n'ont vu ces responsabilités ne faire que s'ajouter à ce qu'elles avaient déjà. L'injustice ménagère fait que, revenues à la maison, elles peuvent commencer leur deuxième journée, en plus de celle du travail. On y ajoute aussi généralement la "charge mentale" : même si l'homme participe aux tâches ménagères, il est courant que ce soit à la femme que soit dévolue la responsabilité d'organiser, planifier et contrôler les dites tâches. Et on sait, depuis Jean-Claude Kaufmann, que les hommes, même s'ils sont des gros geeks qui t'installent la dernière version de Linux tout en roxant du noobs sur WOW, sont biens démunis quand il s'agit de s'y retrouver dans les trois programmes de lavage du lave-linge. La "tactique du mauvais élève" qu'on appelle ça : ils voudraient bien, mais ils y arrivent pas, jusqu'au moment où le professeur craque et fait les choses lui-même.

Mais au-delà de cela, on peut aussi voir dans cette publicité une modification de la femme idéale. A l'idéal traditionnel de la féminité se sont ajoutées certaines caractéristiques jadis réservées à la masculinité : l'activité, le travail, l'initiative, l'informatique même ici... Mais il est notable que les incitations s'ajoutent et ne s'annulent pas : loin d'avoir étendu le choix des femmes, cela a surtout contribué à empiler quelques obligations dans une liste déjà longue. Cela provient en grande partie du fait que ce qui est attaché à la masculinité demeure dominant dans nos sociétés et que ce qui est attaché à la féminité est dévalorisé : difficile, dès lors, d'inciter les hommes à se ruer sur des activités que les femmes désirent abandonner. Une fois de plus, le problème qu'il y a derrière tout cela, ce n'est pas seulement la femme, c'est aussi l'homme.

Ah, et pour ceux que ça intéresse, la cuisine, c'est mon domaine. Au quotidien, pas seulement quand il s'agit de se croire dans TopChef.
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Remarques en vrac sur les geeks

Vous avez sans doute déjà écouté l'émission Place de la Toile qui vient juste de se terminer sur France Culture. Si ce n'est le cas, je suis très fâché, mais je veux bien vous pardonner si vous allez la podcaster fissa. Une très belle expérience que cette participation à une émission de radio : ce fut un moment vraiment très agréable, et la discussion a été à la fois très intéressante et très amusante. Le problème, c'est bien sûr qu'on y serait bien rester des heures... Du coup, quelques réflexions en vrac sur la même thématique : la culture "geek"

Je n'avais pas pu mettre mon t-shirt de geek le jour de l'émission, alors j'en poste un aperçu ici

On n'a pas parlé du terme "geekette" : il est pourtant très intéressant, parce qu'il témoigne d'un certain sexisme bien implanté dans notre langage propre. En effet, pourquoi dire, comme l'ont fait beaucoup de magazines féminins, "une geekette" plutôt que "une geek" ? Pourquoi féminiser le mot en "-ette" alors que l'anglais originel ne voit pas l'intérêt, à raison, de genrer tout cela ? De toute évidence, on considère que geek, c'est par essence masculin, et que si ce doit être féminin, il faut le montrer de façon ostensible, i.e. les femmes sont un type particulier tandis que les hommes sont le type "standard" ou "normal" comme dirait une députée UMP. Mais encore ne marque-t-on pas cette spécificité par une simple accentuation de la syllabe finale, mais par un diminutif qui sonne comme "coquette" ou "pauvrette". De la même façon qu'on a Superman et Supergirl, on dévalorise la féminité en la renvoyant au monde du petit et de l'enfance.

On a juste évoqué les problèmes de l'importation du terme "geek" en France : il y aurait long à en dire et on ne pouvait pas tout traiter. Mais il faut bien reconnaître que le geek made in France n'est pas le geek US. Le terme doit son explosion à un travail journalistique de mobilisation du terme, sur le thème du "les geeks sont comme ci, les geeks sont comme ça". Le terme pouvait déjà exister dans certains milieux très proches de l'informatique (comme les écoles d'ingénieur) mais n'était pas aussi répandu qu'aujourd'hui. Ce sont très largement les journalistes qui ont modelé la vision la plus courante aujourd'hui du geek, contrairement aux Etats-Unis où le terme avait un ancrage scolaire et universitaire plus marquée. On pourrait faire le parallèle avec le terme "bobo" qui a connu une même importation en France. D'ailleurs, un certain Xavier de la Porte avait écrit un très bel article là-dessus dans La France invisible...

J'ai avancé l'hypothèse que les geeks ne se rencontraient pas dans n'importe quel "habitat" - plutôt urbain que rural - et pas dans n'importe quelle classe - classes supérieures plutôt que populaires : c'est peut-être un peu audacieux de ma part dans la mesure où je n'ai pas fait d'enquête là-dessus, mais il y a de bonnes raisons de le pensée. Dont celle-ci qui ne m'est venue en tête qu'après l'émission : la culture geek témoigne d'un rapport "savant" à la culture populaire. Il s'agit en effet toujours de traiter des biens culturels peu légitimes, souvent rejetés par l'école par exemple, comme pouvant s'apprécier sur le même mode que les œuvres légitimes. On fait l’exégète de Douglas Adam comme on ferait celle de Robert Musil, on acquiert une connaissance extensive de Star Trek avec le même sérieux que d'autres se plongent dans la Comédie Humaine. Et on s’enorgueillit d'en savoir plus que les autres, d'être plus fan, plus savant, plus lettré, plus connaisseur que le commun des mortels et que les autres geeks. D'où le succès de jeux comme The Unseen University Challenge qui exige une connaissance de l’œuvre de Terry Pratchett dans ses moindres recoins. Tout cela demande, il faut bien le dire, un certain capital culturel. Une raison de plus de penser que nous ne sommes pas tout égaux face à la geekitude.

Les vrais geeks éprouveront sans doute un vif besoin de nous allumer de toutes parts, nous reprochant sans doute de ne pas parler d'eux, les "vrais geeks". Qu'il me soit permis de leur répondre ici. Dans l'émission, je soutiens que la culture geek repose largement sur un modèle de distinction. Et que sont les interminables débats pour savoir ce qu'est vraiment le "vrai geek" si ce n'est une forme profonde et radicale de distinction, une façon de se poser comme plus savant, comme plus raffiné, comme plus geek que l'autre ? Être geek, ce n'est peut-être finalement pas si différent que d'être un(e) fashionisto(a) à la poursuite de la dernière tendance. Simmel analysait la mode comme la combinaison de la passion démocratique pour l'égalité et de la passion aristocratique pour la distinction. Je crois pouvoir dire sans trop me tromper qu'il aurait trop kiffé le geeks.
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Le feminisme est l'avenir de l'homme (et réciproquement)

Deux articles de Libération, deux hommes qui se disent féministes, deux dérapages sexistes. Face à cela, moi-même, féministe récent, mais pour de vrai - enfin, j'espère. Entre les deux, une question fondamentale : qu'est-ce que c'est d'être féministe lorsqu'on est un homme ? Et pourquoi est-ce aussi important, et aussi libérateur, de l'être ? Petit récit de ma conversion, qui doit beaucoup, si ce n'est tout, à la sociologie.





Commençons par le comment : deux articles de Libé, donc. Points communs : les deux sont écrits par des hommes ; les deux parlent de femmes ; les deux se prétendent féministes ; les deux sont sexistes. Le premier est écrit par Régis Jauffret, que je ne connaissais pas avant et que je n'ai pas plus envie de connaître après. Il parle de Marine Le Pen. L'article, sous forme d'une espère de récit au style passablement pédant, commence ainsi :

Elle entre dans l’hôtel Saint-Aygulf (Var). Jeans, bottes à talons, plus sexy que son père. Si je n’étais pas féministe et partisan de la parité au Parlement, je me serais dit que c’est exactement le genre de fille qu’on a envie de sauter entre deux portes en espérant qu’elle vous demande de lui donner des baffes avant de jouir pour pouvoir se mettre un instant dans la peau d’un sans-papiers macho et irascible.

Bonheur que d'être écrivain et de pouvoir, sous couvert de style, écrire des horreurs sans avoir à les assumer. Quel est l'intérêt de cette remarque ? Aucun. Si ce n'est confondre le sexe et la haine, le sexe et la domination masculine. Parce que, visiblement, dans l'esprit de Régis Jauffret, coucher avec une femme, c'est l'humilier. Humilier Marine Le Pen, soyons clair, je suis pour. Mais je veux que cela se fasse dans le débat d'idée, par la confrontation, pas par les corps, pas par ce qui est, parait-il, un acte d'amour.

Deuxième article, à l'écho beaucoup plus important, celui de Philippe Caubère, que j'avoue avoir découvert également à cette occasion, et que je n'ai pas non plus envie de connaître plus. Le titre de son article brandi déjà son "féminisme" - oui, là, les guillemets sont nécessaires. C'est censé légitimer son point de vue apparemment. Le brave homme se livre à une critique de la proposition de Roselyne Bachelot de pénaliser les clients de prostituées. Et quelle critique, il mène notre acteur de gauche. Lisez plutôt :

Interdire, réprimer, ostraciser, humilier, frapper au plus intime, au plus secret, au plus fragile, dégrader enfin à travers le désir et le sexe, l’homme, la femme et en jouir. Et faire jouir. En toute tranquillité, toute bonne conscience. Voilà la vérité. J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens, comme d’une drôle d’histoire, d’un conflit qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui, lors d’une soirée - où d’ailleurs, l’on se demandait un peu ce qu’elle foutait là… Que font les hommes ou femmes politiques dans de telles galères ?- s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, dramatique même -elle était allée jusqu’à refuser les excuses publiques de cet animateur- m’avait paru compréhensible et légitime.

L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif, dégradant, attentant de plein fouet aux libertés publiques, celle de se prostituer, comme celle de payer un service sexuel à un adulte consentant, j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait du mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années (et que je la joue dans de nombreux spectacles) pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice. Pour ses enfants, pour son mari et surtout pour elle-même. Elle en a tout perdu, jusqu’à la vie.

Oui, vous avez bien lu : Caubère le féministe nous explique que si Roselyne Bachelot propose de pénaliser les clients des prostituées, c'est parce qu'en fait, c'est une obsédée frustrée qui trouve aussi son plaisir. Osons une traduction plus directe : c'est qu'elle est mal-baisée, la pauvre. Ce n'est pas que c'est un être rationnel, doué d'intelligence, qui défend une position parce qu'elle y croit, c'est juste qu'elle est handicapée par une sexualité insuffisante, sans quoi, bien évidemment, elle serait d'accord avec notre ami qui lui "ne représente pas vraiment le prototype du mec frustré, sexuellement ou sentimentalement" comme il dit. Autrement dit, il baise donc il peut avoir un avis éclairé.

Quel est le point commun entre ces deux références au féminisme ? Les deux le brandissent comme un bouclier contre les critiques à venir, une façon de dire : "vous ne pouvez pas nous attaquer là-dessus, nous sommes féministes !". Mais surtout les deux partagent une conception relativement simple du féminisme : une vague inclinaison, très vague même, pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Pour Regis Jauffret, c'est la parité. Pour Philippe Caubère, c'est que les femmes doivent travailler et ne pas dépendre d'un homme. Ici commence et s'arrête leur féminisme. C'est un féminisme qui s'applique aux femmes : jamais il n'en vient à affecter les hommes. Il faut que les femmes s'élèvent au niveau des hommes, pas que les hommes changent.

Longtemps, j'ai partagé cette vue du féminisme. Peut-être est-ce beaucoup dire : j'étais féministe par obligation, parce qu'il fallait bien se dire comme tel et parce que, oui, l'égalité, c'est quand même important. Ce n'est que très récemment que j'ai compris que le féminisme pouvait et devait être beaucoup plus. C'est aux approches sociologiques du genre, et à un certain nombre de blogs sociologiques américains car ce thème est beaucoup plus développé et dynamique de l'autre coté de l'Atlantique, que je dois cela.

Beaucoup de gens sont conscients, certes parfois de façon confuse, que les comportements que nous qualifions de féminins sont des constructions sociales qui n'ont rien de nécessaires. La lutte contre les discriminations, c'est précisément cela : lutter contre le fait que l'appartenance au sexe féminin aille de pair avec des traitements de moins bonne qualité. Mais la sociologie oblige à ne pas se limiter à ce point de vue : la masculinité est tout autant un construit que la féminité. C'est inévitable dès lors que l'on fait l'effort de penser scientifiquement le monde. Or il est encore courant de la considérer comme l'appareillage de base de l'humanité, comme le point de vue neutre. Comme disent les américains : "men = people ; women = women", soit "les hommes, c'est les gens ; les femmes, c'est les femmes".

On connaît toutes les injonctions faites aux filles et aux femmes : "être belle", "être sexy", "être passive", "être une princesse", etc. Et on sait tout le mal qu'elles font. On voit moins toutes les injonctions, non moins nombreuses, qui sont faites aux hommes : "être viril", "être dominateur", "être violent", "être le plus fort", "être sportif", etc. Les hommes, pour être des "vrais mecs", doivent se plier à certaines normes extrêmement pesantes. Un seul exemple : l'obligation d'être disposé à coucher avec n'importe qui, n'importe quand, sans sentiment. Souvenez-vous du premier épisode de Sex and the City : c'est ainsi qu'est définit "have sex as a man". Dans Friends, dans "The One With Joey's New Brain", Chandler révèle à une Monica étonnée qu'il ne s'inquiète pas de ne pas avoir l'occasion de coucher avec d'autres femmes une fois qu'ils seront mariés : pour lui, cela représente beaucoup de stress et d'anxiété. La surprise attendue sur laquelle repose le ressort comique de la situation souligne combien le désir sexuel sans objet est un trait naturalisé de la masculinité. En même temps, elle souligne combien ces incitations enferment les hommes : les obligations de performances masculines ne sont pas forcément plus faciles à vivre que l'obligation faite aux femmes de porter des talons hauts pour être féminine...

De la même façon, pensons au fait que l'expression "avoir des couilles" est devenue synonyme de courage et de force, comme si la possession de ces attributs suffisaient à garantir la force de caractère. Et l'on sera par conséquent admiratif des femmes "qui ont des couilles". On ne fera pourtant jamais un compliment que de dire à un homme ou à une femme qu'il ou elle a un "sacré vagin".

C'est cela qui se retrouve dans les deux articles pré-cités : une idéologie largement viriliste, où l'homme est incontestablement dominant, surtout quand il baise. Tout deux répondent à l'obligation pour un homme d'afficher une sexualité dominante et tout azimut et de s'affirmer au travers d'elle, à tel point que chez Philippe Caubère cela devient une caution que sa parole a de la valeur. Leur féminisme s'arrête à l'idée qu'il faut que les femmes se comportent de la même façon. C'est en cela qu'il ne sont pas féministes, si ce n'est un féminisme de façade. Pour un homme, être féministe ne peut signifier simplement considérer que les femmes doivent pouvoir accès avoir à ce que l'on attache à la masculinité. Il faut pousser plus loin le "trouble dans le genre" et poser la question de cette masculinité et de sa légitimité. Et les femmes féministes doivent également s'y intéresser.

Ce carcan masculiniste est d'autant plus puissant qu'il est valorisé : il est facile de mener une critique de la féminité et de défendre l'idée que les femmes doivent s'en extraire, dans la mesure où cette féminité est largement dévalorisée. Il est beaucoup plus difficile de le faire pour la masculinité : quelqu'un comme Philippe Caubère aura toujours beau jeu de dire que ma position féministe et ma critique de l'idéologie viriliste qu'il défend ne peut provenir que du fait que je suis un "mec frustré, sentimentalement ou sexuellement". De même, quelqu'un comme David Douillet pourra toujours dire que je suis un homme "qui ne s'assume pas", autrement dit, comme il le dit joliment, une "tapette".


C'est là sans doute que le féminisme a du travail. Ce mouvement a contribué à améliorer de façon significative la position des femmes. Le chemin reste encore long j'en conviens. Je suis cependant convaincu que la libération des femmes ne pourra se poursuivre qu'à la condition de libérer également les hommes de la tyrannie du genre, qu'à la condition qu'ils se sentent autorisés à exprimer des désirs, des envies et des attitudes que l'idéologie viriliste dominante leur interdit pour l'instant. Car la domination masculine blesse aussi les hommes, surtout lorsque les femmes y adhèrent également. La poursuite du féminisme passe par les hommes et les hommes ont besoin du féminisme comme discours critique. C'est du moins ce que la sociologie m'a permis de comprendre, et pour cela, je pense qu'elle valait bien une heure de peine.
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Yakking it up on the old yak box

Ce dimanche, de 17 à 18h, vous pourrez m'entendre ramener ma fraise sur le thème de la culture geek chez Xavier de la Porte, tenancier de l'émission Place de la toile sur France Culture. Et bien sûr, vous pourrez podcaster la chose parce que vous êtes de vrais geeks, et que vous allez quand même pas écouter la radio comme au moyen-âge. En attendant, vous pouvez toujours aller relire mon post sur les origines de la culture geek à l'origine de cette invitation.

Et si vous savez d'où j'ai tiré le titre de cette note, et bien vous êtes un bon gros geek quand même.


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Bienheureux les simples d'esprit...

Il aura donc fallu que la haine qui se rassemblait depuis quelques temps en Avignon se manifeste sous une forme irréparable pour que quelques voix commencent timidement à s'élever contre elle. On apprenait hier, quelques heures après que j'ai terminé un billet désormais obsolète sur cette question, que deux des chrétiens qui manifestaient depuis la galerie Lambert s'y étaient introduit et avaient pu détruire à coups de pioches et de marteaux le Piss Christ de Andres Serrano, une œuvre controversée depuis sa création mais qui vient donc de disparaître ici, en France. Mais au-delà de la haine qu'expriment ces extrémistes, c'est bien à la place de l'art que nous devrions réfléchir : car il ne s'est pas trouvé grand monde pour défendre cette fameuse photo.


Photo empruntée à Wikipedia

Si l'on regarde rétrospectivement les réactions à cette affaire, les prises de position face aux manifestations initiées par des groupements catholiques, des mouvements proches de l'extrême droite et même par la hiérarchie catholique en la personne de l’archevêque d'Avignon, ce qui étonne, c'est l'absence de réactions des défenseurs de la liberté d'expression et de la laïcité. Que des musulmans en viennent à prier dans la rue parce qu'ils manquent de place pour se faire, et ils sont une menace pour la laïcité. Que des chrétiens organisent des prières de rue dans l'espoir d'interdire ce qu'ils appellent un blasphèmes, et les hérauts de la laïcité ne se sentent pas tenus de réagir.

Photos Pascal Pochard, empruntée ici

Où sont les Claude Guéant qui ne voyaient dans les prières de rues "une véritable entorse au principe de laïcité" et affirmait qu'on "ne prie pas son dieu dans la rue" ? Où est le "débat sur la laïcité" qui aurait pu suivre les premières manifestations ? Je n'évoque même pas le cas du Front National : sans surprise, le nouveau champion de la laïcité apportait samedi son soutien sans ambage à ceux qui, le lendemain, s'armeraient de masse et de pioche pour aller détruire quelque chose qu'ils ne comprenaient pas.

Les manifestants catholiques ont beau se plaindre du "deux poids, deux mesures", arguant que l'on défend mieux l'Islam que leur religion : l'acte de destruction qu'ils ont perpétré ne sera pas interprété comme un signe de l'incompatibilité totale de toute leur religion avec les "valeurs de la République". On ne remettra pas en cause leur position en France, et sans doute reconnaîtra-t-on sans difficulté qu'il n'y eu là que l'acte isolé de quelques extrémistes et que cela ne remet nullement en cause ni la religion ni la portée de son message. Qu'ils le veuillent ou non, le christianisme est la seule religion en France qui peut ainsi toujours éviter d'être confondues avec ses extrêmes - rien de nouveau sous le soleil, il faut bien le dire. Qu'importe la destruction d'une œuvre d'art, certains ne se sentiront pas gêner pour continuer à faire l'apologie des "racines chrétiennes" de la France.

Mais il y a peut-être plus étonnant ou plus choquant. Si l'on reprend les articles et les réactions qu'a suscité les manifestations catholiques contre "Piss Christ", ce qui étonne ou, du moins, ce qui devrait étonner, c'est la solitude de cette œuvre : il n'est pas trouvé grand monde, dans la presse, pour tenter de la défendre, ou même seulement de l'expliquer. Personne n'a seulement posé la question du sens de la photographie, personne n'a essayé même d'en expliquer ou d'en comprendre la portée.

Parmi les nombreuses leçons que l'on peut tirer du maître-ouvrage d'Howard Becker sur Les mondes de l'Art, il y a celle-ci : une œuvre d'art est fondamentalement quelque chose de fragile, quelque qu'en soit la nature, quelque qu'en soit la forme. Qu'est-ce qui fait une œuvre en effet ? C'est toujours, nous dit Becker, des discours, des justifications, des théories. Elle n'existe pas par elle-même, elle n'existe même pas dans l'objet qu'elle peut, dans certains cas être, comme le support photographique. Elle existe en tant qu’œuvre d'art parce qu'elle est intégré à un monde de l'art, lequel produit une esthétique, c'est-à-dire un discours et des conventions venant en justifier l'existence. C'est cela qui fait que tout peut devenir art, même un urinoir.


Si l'on peut parler d’œuvre pour le célèbre ready-made de Duchamp, c'est précisément parce qu'il existe un discours, une théorie qui le justifie en tant qu’œuvre, parce qu'il a pu être replacé dans l'histoire de l'art. Mais on oublie trop facilement l'autre projet de Duchamp, jamais mis en œuvre : celui d'utiliser une toile célèbre comme planche à repasser, inverser le ready-made, refaire de l'art un objet. C'est ce que souligne en creux tant le travail du sociologue que celui de l'artiste, c'est qu'il suffit que le discours qui institue l'art en tant que tel cesse pour que celui-ci soit ravalé à un rang autre, et puisse donc être traité de la sorte.

Or on est bien en peine de trouver quelques tentatives de défendre "Piss Christ" en tant que tel. Rien, dans la presse ou dans les déclarations qui ont été faites autour des manifestations d'Avignon, n'a tenté d'expliquer et de justifier le geste de Serrano de tremper un petit crucifix en plastique dans sa propre urine et d'en prendre une photo. Le champ libre était donc laissé aux extrémistes pour en proposer et en imposer leur propre sens et leur propre lecture : celle d'un blasphème.

Pourtant d'autres interprétations étaient possibles, et même une simple consultation de la page Wikipedia peut le laisser entrevoir. On peut y lire ceci :

Sister Wendy Beckett, an art critic and Catholic nun, stated in a television interview with Bill Moyers that she regarded the work as not blasphemous but a statement on "what we have done to Christ": that is, the way contemporary society has come to regard Christ and the values he represents.

Étrangement, on pouvait trouver une traduction de ce passage sur la version française jusqu'à hier. Elle a aujourd'hui disparu.

Mais qui s'est intéressé à cela ? Qui s'est intéressé au fait qu'Andres Serrano se dise lui-même chrétien ? Qui s'est intéressé à la charge critique que pouvait avoir cette photo quant à la modernité, quant au sacré, quant à la religion, quant au monde qui nous entoure ? Qui a essayé de replacer cela dans l'histoire de l'art, en faisant le lien par exemple avec les nombreuses représentations du christ qui n'ont longtemps qu'était une façon pour les artistes de représenter, de façon parfois érotisé, des corps nus voire de la souffrance ? Qui a essayé de montrer les liens qui peuvent exister avec une histoire de la photographie où le jeu avec les immersions et les couleurs est un processus ancien ?

Si l'on regarde la presse et le débat public des dernières semaines, la réponse est simple : personne. On s'est interrogé vaguement sur la position de l'artiste, mais pas sur la réception par le public. Qu'on le veuille ou non, ce silence a fragilisé l’œuvre, et il continuera à fragiliser l'art. Il a laissé la place aux extrémistes pour imposer leur propre interprétation de l’œuvre, celle d'un blasphème. Voilà la seule interprétation qui a été proposé au public de cette photo : celle d'un blasphème qui excite les milieux conservateurs de tout poil.

Je ne suis pas en train de dire qu'il aurait suffit que l'on explique tout cela aux catholiques qui faisaient leurs prières dans la rue pour sauver "Piss Christ" : on ne peut pas discuter avec ceux qui sont abrutis par la haine. Mais il n'en reste pas moins que pour le reste du public, il ne restera de cette affaire que cet épilogue : des catholiques ont détruit la photo d'un crucifix dans un pot d'urine. L'enjeu de l'art et donc l'art lui-même sont passé à la trappe. On ne comprends pas ce qui s'est réellement passé.

Les néo-conservateurs français s'en prennent pourtant de plus en plus à l'art, et spécifiquement à l'art contemporain. Ce sont eux qui protestent à chaque fois que celui-ci investit Versailles, inventant de toutes pièces une tradition pour un lieu qui a toujours accueilli l'art contemporain. C'est qu'ils ont, eux aussi, une théorie esthétique : on peut la trouver dans le communiqué de presse du Front National sur l'affaire qui nous occupe, même si elle s'exprime également à d'autres occasions :

Cette abjection n’est pas seulement odieuse ; elle est minable. Comme tant d’autres, elle ne traduit que l’incapacité de son auteur à créer de la beauté, ce qui est pourtant la finalité du travail de l’artiste. Ici l’ « artiste » Andres Serano n’a trouvé que ce moyen de se venger ainsi de sa propre impuissance.

Pour les extrémistes, l'art, c'est le beau. Et le beau définit par eux. Cette définition peut d'autant plus avoir du succès qu'elle a l'aspect de l'évidence. Mais elle signifie aussi que l'on abandonne tout art qui dénonce, tout art qui fait réfléchir, tout art qui se donne d'autres questions que celles de la pure recherche formelle. En fait, à peu près tout ce qui fait la dynamique de l'art, pas seulement de l'art contemporain. Symboliquement, la soif de destruction du commando catholique s'est étendu à une autre photo :

Photo empruntée ici

Face à cela, il n'y a malheureusement pas grand monde qui ait pris la parole. Et pas seulement dans cette affaire. L'habitude française est de croire que l'art se suffit à lui-même, qu'il suffit de mettre le public devant les œuvres pour qu'il soit touché et qu'il les apprécie. C'est sur cette base que se construisent nos musées, nos programmes d'éducation artistique, nos politiques culturelles et notre débat public. Cette idée est on ne peut plus fausse : tout art fait l'objet d'un apprentissage. On apprend à reconnaître les tableaux classiques comme étant de l'art en voyant leurs nombreuses reproductions dans les manuels scolaires : si cela ne conduit pas forcément à les apprécier, tout au moins retient-on qu'il s'agit bel et bien d'art, et qu'il mérite d'être défendu. Il n'en va pas de même pour l'art contemporain, qui doit être soit transmis par la famille soit conquis au prix d'un apprentissage ou d'une conversion bien moins encadrée. Et c'est cela qui fragilise les œuvres. Et c'est cela qui peut faire le lit des extrémismes quant on ne donne pas les clefs au public pour comprendre les œuvres auxquelles il se confronte.

Une telle violence aurait-elle été possible s'il n'existait pas une certaine coupure entre l'art contemporain et une partie importante de la population ? Peut-être pas. Mais cette coupure ne doit pas être attribuée aux œuvres elles-mêmes qui ne sont ni plus ni moins ésotériques que ne peut l'être n'importe quelle représentation classique du Christ sur la croix. Elle repose avant tout sur le refus ou la négligence de défendre l'art contemporain auprès du public, si ce n'est en montrant les œuvres sans jamais les expliquer. On laisse ainsi le champ libre à tous ceux qui promettent le royaume des cieux à ceux qui ne comprennent pas des choses que l'on ne veut pas leur expliquer. C'est peut-être là la leçon qu'il faudrait retenir de cette affaire : la lutte contre les extrêmes passe aussi par la lutte esthétique.
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Scènes de la lutte politique dans des toilettes publiques

La sociologie a ce défaut qu'elle finit rapidement par contaminer tous les aspects de votre vie, au point qu'il peut être difficile d'arrêter de regarder le monde sous cet angle. Même lorsque l'on se rend dans un lieu normalement dédié à la satisfaction de bien naturels besoins. Certains y voient des signes divers d'inégalités ou de sexisme. Pour ma part, dans la continuité de ce que j'ai pu écrire récemment, j'ai vu dans des toilettes récemment visité un espace d'expression politique.

C'est en me rendant dans la bibliothèque d'une grande école parisienne que je suis tombé par hasard sur quelques graffitis qui m'ont réfléchir. Commençons tout d'abord par poser les choses, afin de rendre le propos aussi vérifiable que possible. L'objet du délit se trouve donc situé au 30 rue Saint-Guillaume dans le 7ème arrondissement de Paris, au premier étage du bâtiment - et, pour des raisons évidentes, je n'ai visité que le côté réservé aux hommes. Voici une photo générale (oui, sortir son appareil photo dans un tel lieu peut sembler étranger, mais c'est aussi ça, d'être sociologue) :

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A priori, rien de bien folichon. Des tags dans les toilettes, ce n'est pas exactement ce que l'on peut appeler une découverte sociologique de première ampleur. Et j'ai traîné mes guêtres dans suffisamment d'établissements d'enseignement, secondaires ou supérieurs, pour ne pas m'étonner outre mesure de la présence de quelques graffitis. Alors pourquoi ceux-ci ont-ils retenus mon attention ? Observons de plus près :


Il ne s'agit pas des habituels petites annonces invitant à des échanges que Benoit XVI réprouve, mais d'un véritable dialogue politique qui s'est visiblement instauré entre plusieurs participants. Un tag originel, en noir, peut-être distingué au centre : il liste une série de grandes dates historiques, toutes renvoyant à des révolutions ou révoltes françaises - de 1793 (étrange d'ailleurs de choisir la Terreur comme point de référence) à 1968 - et se termine par un "2011" accompagné d'un point d'interrogation. La signification ne demande donc pas d'avoir fini son cursus dans la maison pour être saisie. Mais au cas où, l'auteur a cru bon de rajouter "la commune refleurira".

Ce premier message me fascine pourtant. Habitué à chercher à expliquer les comportements des individus, celui-ci, le fait de laisser à cet endroit une marque écrite, et celle-là en particulier, me pose quelques problèmes. Difficile d'y voir l'intérêt quand le gain d'un tel message, anonyme qui plus est, est de l'ordre du zéro absolu. Difficile aussi d'y voir, simplement, le sens prêté par l'auteur à sa propre action. C'est donc de là dont je suis parti, de la difficulté de comprendre l'expression politique par les tags dans les toilettes publiques.

On pourrait d'abord essayer de rationaliser tout cela en se tenant compte de l'institution où cette forme d'expression prend place. Que les étudiants qui fréquentent le plus cette bibliothèque fassent sciences popo, ça pourrait ne pas être si étonnant (désolé, il fallait que je fasse ce jeu de mot). Il me semble cependant que la chose est ici un peu différente de ce qui peut se faire le plus souvent. Fions-nous pour cela à une source inattaquable, à savoir le Guide du Routard de l'IEP de Bordeaux, édition 2005-2006, création de Mie de Pain et Démocratie, journal simple et funky auquel j'ai eu l'honneur et la joie de participer en mon jeune temps. Voilà ce que l'on peut lire dans une rubrique consacrée aux toilettes de l'institut de Pessac (le texte n'est pas de moi, mais probablement de Choléra ou de Bartabas, je ne suis plus sûr) :

Vous avez le temps de repérer les meilleurs citations. Dans mon meilleur de (je me refuse à parler de best of, parce que j'aime pas le McDo), citons le mythique : "- M. Le tapon est professeur d'économie ? - Héron, Héron, petit, pas Tapon", le grinçant "Sardin m'a tuer", le facile "Institut de l'Eradication de la Pensée", le philosophique "Dieu est mort (Nietzsche)/Nietzsche est mort (Dieu)", ou encore le suréaliste "message de l'Amicale des bouchers girondins"...

Florilège rigoureusement authentique (je le sais, j'y étais), et qui laisse à penser que, si dans ces lieux de haute tenue intellectuelle, on préfère tutoyer les hautes sphères de la pensée plutôt que d'y rechercher quelques partenaires d'un soir, on y exprime d'abord des messages à caractère humoristique (d'une folle drôlerie, il faut bien le dire) plutôt que des incitations à la mobilisation politique. On a d'ailleurs un exemple sur la photo ci-dessus avec le "Mieux vaut chier à la bibli ici que bosser à l'Apple Store en face" (je vous avais prévenu, on se bidonne grave).

On notera toutefois qu'un certain nombre de ces graffiti, tant ceux relevés à Bordeaux que les parisiens que je commente ici, ont pour thème la dévalorisation de l'institution dans laquelle les étudiants se sont pourtant plus ou moins battu pour rentrer (voir l'image suivante, qui a subit une rotation de 90° pour être plus lisible). Ce type d'expression se comprend plus facilement, parce qu'elle est finalement assez classique dans la pratique du graffiti. Porter un regard désabusé ou humoristique sur l'environnement dans lequel on évolue est presque la raison du graffiti depuis qu'il a dépassé le stade du simple tag, c'est-à-dire de la simple signature. S'exprimer dans les toilettes a dès lors du sens.


Pour un slogan politique plus radical, les choses sont encore un peu difficile à comprendre. Continuons donc à observer le mur en question. Comme on peut le voir, le premier graffito et son invitation à la révolte populaire n'est pas resté sans répondre. On peut tenter de reconstituer une chronologie. Un deuxième intervenant, armé d'un marqueur violet, lui a fait une première réponse par un commentaire laconique sur chaque date, concluant que l'on était pas "parti pour" le refleurissement de la commune, avec visiblement quelques regrets au bout de la plume. Vient ensuite un commentaire du commentaire au-dessus, relié au premier par d'autres flèches. Et en même temps, ou après, ou avant - il devient difficile de reconstituer la séquence - d'autres remarques soit sur les réponses, soit sur le débat lui-même (voir photo suivante).


Voici donc cet innocent mur de toilette transformé en lieu de débat politique, où l'on s'affronte avant tout sur la définition des évènements et le sens à leur prêter - définir si les dates évoquées sont, ou non, de "vraies" révolutions, de vraies révoltes. L'actualité, d'ailleurs, intervient assez vite dans cet affrontement. Trois semaines après avoir pris la première photo, je suis retourné au même endroit pour découvrir qu'un nouvel intervenant avait pris part à la discussion.


Le stylo bille noir pense que les révoltes dans le monde arabe constituent le soulèvement tant attendu pour l'année en cours. Ce point est important. Il témoigne qu'il ne s'agit pas simplement de réactions rigolardes à quelqu'un qui aurait le mauvais goût de s'exprimer dans les toilettes, mais bien d'un dialogue politique : il y a des gens qui discutent d'un sujet, et d'autres qui commentent leurs discussions, éventuellement en s'en moquant ou en remettant en cause sa légitimité ou sa forme. C'est exactement ce qui se passe quotidiennement dans le débat public français.

Mais pourquoi répondre au message original ? Pourquoi prendre la peine d'interrompre ou de prolonger son passage aux lieux d'aisance pour ajouter une intervention à un débat dont on n'est même pas sûr qu'il s'agisse bien d'un dialogue ? Alors que l'on n'a aucune certitude, loin de là, que celui à qui on s'adresse verra la réponse qu'on lui fait ?

On peut supposer que c'est la forme écrite du message qui suscite la réponse, ce qui verse de l'eau au moulin d'une performativité de l'écrit. C'est parce que le message est là, parce qu'il n'est pas une parole qui s'envole mais un écrit qui reste, parce qu'il acquiert, en étant transformé en partie d'un environnement quotidien, une certaine permanence qu'il appelle à une réponse. On ne se sentirait pas obliger de faire la leçon à quelqu'un qui, se présentant dans le hall de la bibliothèque, crierait haut et fort la même série de date et la même conclusion. On se contenterait sûrement d'attendre qu'il soit mis dehors manu militari et on le considérait comme fou. Mais à celui qui prend la peine d'écrire le message sur un mur, même celui le moins considéré du monde, on se sent obligé de répondre, nonobstant le fait que son geste n'en est peut-être pas moins fou.

Mais la force de l'écrit n'est pas une explication suffisante. En effet, il y a dans ces mêmes lieux, d'autres messages écrits qui ne suscitent pas de réponses.


Faut-il donc chercher l'origine de la réponse dans le contenu du message, dans quelque caractéristique grammaticale des propos tenus qui serait de nature à susciter une réponse ? C'est douteux. Le message d'où tout est parti est assez péremptoire. S'il contient un point d'interrogation, celui-ci n'est que rhétorique, et d'ailleurs les premières réponses n'ont absolument pas porté sur celui-ci. Il faut donc qu'il y ait autre chose.

La meilleure explication que je puisse trouver est la suivante. Les graffiti ont toujours été une pratique profondément agonistique, c'est-à-dire une forme de lutte et d'affrontement par l'écriture. L'objectif des premiers taggers étaient de laisser leur "signature" partout, y compris dans des endroits que les autres ne pouvaient pas atteindre - par exemple, les métros new-yorkais. Il s'agit toujours de se mesurer aux autres. On peut se reporter par exemple à ce passage de Street Art. The graffiti revolution de Cedar Lewishon, où ce dernier interviewe la graffiti writer Lady Pink :

Cedar : From 1975 to when you started in 1979, graffiti expanded incredibily fast from just being very basic tags to being this fully formed art form. Why do you think it developed so quickly ?
Lady Pink : Because of the competition in the different boroughs. The subway trains would travel from Brooklyn to the Bronx and people would challenge each other, not verbally or physically, but for better work, bigger work, more work.

C'est à une forme d'affrontement assez proche que l'on assiste sur le mur qui nous intéresse : on rivalise d'à propos, d'esprit ou même de culture, comme en témoigne le texte de Chateaubriand apparaisant sur la photo suivante :


On y voit aussi la façon dont des mots d'esprit, dont je laisse chacun seul juge de la qualité et de la profondeur, viennent se mêler aux commentaires sur le message originel. On est bien dans une forme d'affrontement, et c'est cette relation particulière qui est à l'origine des différents tags, c'est la lutte qui donne la motivation suffisante pour rentrer dans le jeu, braver l'interdiction d'écrire sur les murs pour apporter son trait d'esprit au débat. Et cet affrontement découle avant tout de la forme du message : c'est parce que celui-ci est inscrit sur un mur que ce type de relation se met en place entre les participants.

En effet, les premiers graffiti, en se présentant sous une forme humoristique, changent la signification du mur et font de lui un lieu d'affrontement. Le reste découle naturellement de cette redéfinition de l'espace des toilettes en espace politique et en espace de lutte. La série de dates s'inscrit ainsi dans cette logique : puisque le lieu existe en tant qu'espace d'expression et d'affrontement, autant proposer un message guerrier, qui n'appelle pas tellement de réponses mais sonne plutôt comme une prévision ou un défi, en tout cas, quelque chose qu'il faut mettre à l'épreuve.

Il est sûr cependant que n'importe quel espace ne peut pas être redéfini ainsi. D'ailleurs, il existe d'autres pratiques de graffiti au sein de la même institution (cf. photo suivante). Celles-ci, parce qu'elles sont plus aisées à contrôler par ceux qui exercent un pouvoir sur l'espace, ne peuvent être subverties de la même façon. Il faut également tenir compte du fait que les murs des toilettes sont définis comme des lieux potentiels d'expression depuis bien longtemps.


On pourrait penser qu'une réflexion sur les murs des toilettes, fussent-elles susceptibles de recevoir les postérieurs de futurs leaders politiques, ne mérite pas une heure de peine. Mais il y a peut-être des leçons plus générales à en tirer. A commencer par celle-ci : parce qu'il est défini comme un lieu d'affrontement, ce mur n'est pas un lieu de dialogue ou de débat, pas un espace où l'on n'essaye de convaincre l'adversaire mais l'où on essaye avant tout de l'humilier et de le ridiculiser aux yeux d'un public que l'on ne rencontre vraiment jamais. Or, de quelle façon est défini le débat politique plus classique si ce n'est celle-là ? Si l'on trouve parfois que le débat public n'a pas la qualité qu'il devrait avoir, il faut peut-être moins en chercher la raison dans les caractéristiques de ce qui y prennent part que dans la façon dont ils s'affrontent. C'est sans doute la restitution de leurs paroles sous une forme écrite ou enregistré, dans la presse écrite, puis dans la télévision et aujourd'hui, encore plus, via Internet, qui conduit à cette forme de lutte qui, finalement, n'est peut être pas si différente de ce qui se passe ici, dans ces lieux d'aisance...
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De la pédagogie en politique

Le désormais fameux sondage Harris, à défaut d'avoir quelque pertinence, a au moins joué son rôle : celui de lancer la campagne électorale de 2012 (ou au moins de l'avoir officialisé, car elle a plus probablement démarré le 7 mai 2007) et d'en fixer la narration. La question du Front National est malheureusement destinée à faire de la question de l'immigration une des thématiques centrales du débat politique des prochains moins. Encore... Mais les commentateurs commencent à traduire cela sous la forme d'une "inquiétude des Français" face à la mondialisation. On peut souligner que, par rapport à celle-ci, la classe politique française fonctionne généralement selon un deux poids, deux mesures : d'un côté, la "pédagogie", de l'autre, la "réponse aux inquiétudes des Français".

D'un côté, il y a la mondialisation de l'économie, sa concurrence internationale et surtout celle des travailleurs entre eux, sa mobilité des capitaux, sa nécessité d'être "compétitif", son incitation, devant laquelle on ne peut guère reculer, à "réformer" le système français, particulièrement en ce qui concerne la protections sociale, pour le mettre à l'heure du monde. Face à cette mondialisation-ci, la forme d'approche politique qui s'est imposée a été celle de la "pédagogie" : il faut expliquer aux Français que le monde a changé et que pour survivre dans ce nouveau contexte, ou tout au moins maintenir sa place et sa situation, il faut consentir à quelques sacrifices plus ou moins important.

De l'autre, il y a une mondialisation complémentaire à la première, celle des hommes et des femmes, ceux qui quittent leurs pays pour aller travailler ailleurs. Non moins ancienne que la première (sans doute même plus), elle en partage certains traits, comme une invisibilisation partielle - on fait plus attention aux déplacements des pauvres qu'à ceux des riches comme on fait plus attention à certains mouvements de capitaux qu'à d'autres. Tout au moins ne les voie-t-on pas sur le même mode : il faudrait attirer les riches et empêcher les pauvres de rentrer. Comme la précédente, elle est vécue sur le mode de la menace pour notre pays. Mais la réaction politique a été tout autre : plutôt que de tenter d'expliquer aux Français ce qu'il en est, il faut "répondre à leurs inquiétudes" sans les remettre en question.

Pourtant, on pourrait traiter politiquement la mondialisation humaine comme on traite la mondialisation économique (la distinction entre les deux étant d'ailleurs douteuse). On pourrait expliquer, par exemple, seulement par exemple, que la France est très loin d'être le pays qui reçoit le plus de migrants en Europe. Que accueillir l'immigration ne revient pas, selon une formule trop souvent entendue et mal comprise, à accueillir "toutes la misère du monde". Que la misère, le chômage et leurs cortèges de difficultés qui frappent certains quartiers doivent moins à l'immigration qu'à la ségrégation urbaine, l'enfermement scolaire et social, et autres, bref à ce qui se passe ici et maintenant et qui frappe des personnes qui sont aussi française que moi plutôt qu'à une vague frappant depuis l'extérieur. Qu'il faudrait peut-être aussi réfléchir sur les conditions d'accueil et d'arrivée, et que même Hughes Lagrange est d'accord avec ça. En un mot, on pourrait faire preuve de "pédagogie" et expliquer aux Français quels sont les vrais enjeux.

On pourrait, mais on ne le fait pas. Au contraire, celui qui s'y risquerait prendra toujours le risque de se voir reprocher un "angélisme" de mauvais aloi, de refuser de répondre aux angoisses des Français, voire de mépriser ceux-ci par "parisianisme" ou je ne sais quoi. Autant de reproches que l'on ne fera pas à celui qui voudra défendre que ces mêmes Français doivent accepter le jeu de la mondialisation économique.

Ce point nous rappelle que les "problèmes politiques" ne s'imposent jamais tout seul, simplement parce qu'ils sont problématiques. Ils font toujours l'objet d'une lecture de la part de la classe politique. On me dira sans doute que, même si tous et toutes décidaient demain que l'on peut ignorer la mondialisation économique, celle-ci n'en cesserait pas moins d'exister et d'imposer certaines défis à la France, à sa situation économique et à sa politique du même tonneau. Et on aura raison de le dire. Mais de la même façon, continuer à lire les problèmes d'insécurité comme se ramenant à des problèmes d'immigration n'empêchera jamais que ceux-ci aient d'autres origines. On ne réglera pas les problèmes de ségrégation urbaine, par exemple, en retirant la nationalité aux Français par acquisition ayant commis certains crimes... Et pourtant, c'est ce que l'on continue à faire. En le faisant passer pour une attitude responsable qui plus est.

Deux topiques du débat politique donc : la "pédagogie" et la "réponse". Mais pourquoi l'une parvient-elle à s'imposer dans certains domaines tandis que l'autre domine sur certaines questions ? Comment expliquer leur répartition dans le débat public ? Surtout que l'on pourrait s'attendre à ce que la "réponse aux inquiétudes des Français" ait une popularité plus grande auprès de ceux qui veulent séduire "l'opinion publique" (qui n'existe toujours pas, par ailleurs).

Sans doute faut-il revenir à la question de l'activité politique elle-même, et au fait qu'elle consiste le plus souvent à qualifier des évènements d'une certaine manière : les hommes politiques ne sont jamais que désigner ce contre quoi on peut lutter et ce que l'on doit accepter. Mais pour que ces tentatives de qualification soient acceptés, il faut pouvoir en donner des "preuves" - même faussées. Difficile d'obtenir des résultats en matière économique : difficile, donc, de tenter la topique de la "réponse". La "pédagogie" est donc une ressource. Il est plus facile, en revanche, d'exposer des résultats en matière d'immigration, qu'il s'agisse de lois ou d'arrestation. La "réponse" peut donc pleinement jouer. Derrière cette question, il y en a une autre, plus profonde : celle du pouvoir des Etats, de ce sur quoi ils peuvent encore jouer. Rien que ça.
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Sexe, marchés et jeux vidéo

Sur le blog Sociological Images, un post s'intéresse à l'inflation poitrinaire de certaines héroïnes de jeux vidéo (pour voir l'image, cliquez sur "lire la suite", bande de pervers). On pourrait en conclure à un sexisme très fort dans les jeux vidéo. Mais alors comment expliquer que ce même univers ait pu fournir quelques exemples d'héroïnes féminines beaucoup plus "positives" ? Pour le comprendre, il faut se pencher sur l'organisation du marché (attention : ce qui est après le saut est No Safe for Work comme disent les anglo-saxons).


Si l'image ci-dessus peut avoir quelque chose de frappant, je doute pour autant qu'elle représente une transformation récente ou même une simple évolution dans le (plus si) petit univers des jeux vidéo. La mise en avant de personnages féminins plus ou moins sexualisés n'est pas franchement nouveau, et pourrait être considéré en la matière comme une tendance lourde. Il faudrait sans doute faire quelques statistiques, objectiver un peu tout cela, mais reconnaissons qu'il y a peu d'indices qui laissent à penser que ce soit là un phénomène récent.

On pourrait donc penser que le monde des jeux vidéo est un univers sexiste où le corps des femmes est exploité afin de séduire une audience que l'on suppose à la fois masculine et hétérosexuelle - les sociologues américains parlent d'hétéronormativité, une notion plus rare dans la littérature française (et c'est bien dommage). Mais quand on y pense, les jeux vidéo mettent également en avant des personnages féminins forts, assez éloignés des stéréotypes de passivité trop souvent attaché aux femmes. Il y a certes un bon lot de princesses à sauver, mais même des "enlevées" professionnelles comme Peach ou Zelda ont pu être mise en scène de façon plus "musclée" : dans la série des Super Smash Bros, par exemple, elles maravent graves des tronches.

Il est très difficile de trouver une image des deux personnages en train de combattre (pour la source de celle-ci, cliquez). On essayera de comprendre pourquoi plus loin dans le billet.

Evidemment, Peach ne nous épargne la rositude et les poses stéréotypes - jusqu'aux coups de poêle à frire assénés sur la tête de l'adversaire... Zelda a aussi tendance à prendre une place de plus en plus active dans sa série : de simple "objet à sauver à la fin du palais" dans les premiers, elle est devenu guide du héros (travestie, certes, en homme) dans Ocarina of Time ou chef d'un bateau pirate qui ne s'en laisse pas compter dans The Wind Waker.

Mais d'autres personnages évitent même ces stéréotypes. L'exemple le plus fameux est celui de Lara Croft : une archéologue qui crapahute joyeusement dans la jungle, flingue des espèces en voie de disparition à tout va, court, saute, résout des énigmes, et renverrait volontiers Indiana Jones au rang de petit rigolo avec un fouet. On me dira qu'elle porte un mini-short et a une poitrine généreuse. Certes. Mais le mini-short peut sans doute se justifier quand on se balade dans des zones tropicales. Et vue les stéréotypes attachés aux femmes poitrinairement avantagées, le fait que le joueur ne la contrôle ni pour se dégoter un mec, ni pour choisir une trente-sixième paire de talons aiguilles, c'est déjà pas mal.

Sans doute certains lecteurs se disent-ils, à ce stade, que je délire : considérer Lara Croft comme un personnage féministe ! Pourtant, dans le cadre du jeu, elle en a certains aspects. Dans le cadre du jeu. C'est ça qui est important. Parce que lorsque les médias mainstram se sont penchés (massivement qui plus est) sur le personnage, c'est ce genre d'image qui a été utilisé et diffusé :


Voici une Lara Croft ramenée au statut de simple mannequin de mode. Si les médias mainstream ont été très intéressés par le physique du personnage, ils ont été beaucoup moins empressés de se souvenir que pour être archéologue, il faut en avoir dans le ciboulot. Plus encore, l'attitude donnée au personnage dans ces représentations est beaucoup plus "sensible", ici avec un petit côté craintif : exit, donc, le côté aventurier et volontaire !

Pour m'en référer toujours à Howard Becker et à ses mondes de l'art, pour sortir du monde du jeu vidéo et s'intégrer à celui des médias de plus grandes audiences - le premier Tomb Raider date de 1997 rappelons-le - il a fallut se plier aux conventions de ceux-ci, aux règles et aux attendus de ceux qui peuvent contrôler l'accès des biens culturels à un public plus large : journalistes, presse, etc. Et ceux-ci ont été attiré et ont diffusé des images respectant les canons de la photo de mode et de la présentation sexualisé des femmes dans la presse, y compris la passivité des attitudes. Première leçon donc : l'exploitation du corps des femmes à des fins promotionnelles n'a pas à voir seulement avec une force "naturelle" de la sexualité sur les comportements d'achat, mais sur l'existence d'une structure et d'un système d'attentes de telles représentations dans le marché des biens culturels.

Ce n'est pas le cas seulement pour Lara Croft. Pensons au personnage de Dora l'exploratrice. Certes la série peut sembler irritante d'un point de vue adulte avec son univers sucré, ses chansons simplistes et sa façon de s'adresser au spectateur. Il n'en reste pas moins que c'est l'un des seuls personnages féminins destinés aux enfants qui ne soit pas ultra-féminisé : pas de talons hauts, pas de petites jupes ou de piercing au nombril, pas d'intérêt pour la mode et les frivolités, mais un look adapté à son activité principale - l'exploration - dans laquelle elle n'a rien à envier aux hommes. Franchement, à choisir entre ça et certaines autres séries, je sais ce que je préférerais que mes futures filles regardent... (de toutes façons, je leur lirais La Huitième Fille de Pratchett, elles apprendront vite). Pourtant combien de fois les médias ont-ils mis l'accent sur ce côté finalement assez féministe de Dora ? Une fois de plus, ce sont les jouets et les autres produits dérivés qui, pour attirer l'attention, ont dû se plier aux normes du sexisme.

Mais on peut aller plus loin. Regardons donc ce qui arrive à une autre héroïne du monde des jeux vidéo, pour le coup beaucoup plus ancienne que Lara Croft : j'ai nommé Samus Aran, héroïne de la série Metroid, peut-être l'une des figures les plus anciennement féministes en la matière. Samus est une chasseuse de prime de l'espace qui met régulièrement ses services à la disposition d'un gouvernement galactique en lutte contre les inquiétants Pirates de l'espace autour d'une race extraterrestres - les metroids - à exploiter à des fins militaires quand Samus serait plutôt prête à se débarrasser de cette menace. On le voit, on est très loin de Léa Passion Talons Aiguilles. D'ailleurs son apparence ne laisse aucun doute là-dessus : Samus n'est pas là pour la gaudriole. Voyez plutôt.


La série, d'ailleurs, s'abstient généralement de jouer sur la féminité de son héroïne. Celle-ci constituait une surprise dans le premier épisode de la série (sur NES), le joueur ne découvrant que dans une séquence finale où il fallait avancer sans l'armure, que le personnage qu'il contrôlait depuis le début était en fait une femme - ce qui interrogeait de façon très intéressante nos présupposés en la matière, puisque nous avons en effet tendance à penser qu'un personnage principal est, par défaut, un homme. Mais par la suite, il n'a pas été question de mettre en scène de façon caricaturale sa féminité : certains personnages l'appellent affectueusement "young lady" ou "princess" sans que cela ne conduisent à une dévalorisation puisqu'on la voit parler d'égale à égal avec eux, voire avec une position supérieure ; on ne lui a pas adjoint un petit copain ou un amoureux auquel elle serait prête à sacrifier sa vie de chasseuses de prime est son indépendance ; dans tous les épisodes, elle est le moteur de l'action et se caractérise par son sang-froid et son courage, pas par ses émotions "hystériques" (ce que Nintendo avait pourtant fait dans Super Princess Peach où les émotions de celles-ci, comme sa tendance à pleurer, étaient ses armes - image ci-dessous).


Certes, on me dira que, dans les premiers épisodes (en gros avant le passage à la 3D), Samus apparaissait en bikini dans les génériques de fin, pour peu que le joueur réalise certains objectifs (comme parvenir à la fin dans un temps donné), ce qui pouvait laisser penser qu'elle était une "récompense". Mais c'est assez secondaire par rapport à l'ensemble de la série. Et il faut remettre les choses dans leur contexte : je me souviens avoir toujours eu, à l'époque, une vraie attente vis-à-vis des scènes finales des jeux, espérant y voir, comme récompense, des images d'une qualité graphique supérieure à l'ensemble du jeu indépendamment de leurs contenus.

Mais ce personnage a fait l'objet de réappropriation de la part des joueurs. En tapant "Samus Aran" sous Google Image, on peut en voir un exemple très concret.

Ici, j'ai simplement tapé "Samus" (cliquez pour voir en plus grand).

Bon nombre des résultats sont des "fan-art", c'est-à-dire dans le jargon de la pop-culture, des dessins réalisés par des fans dans une perspective à la fois d'hommage et d'appropriation - les personnages pouvant être mis en scène dans des situations qui n'existent pas dans les œuvres originales. Concernant Samus, ceux-ci sont assez parlant. Reprenant parfois le personnage version "zero suit" (sans armure) tel qu'il apparaît à la fin de Samus Zero Mission (remake sur GameBoy Advance du premier jeu sur NES) et dans Super Smash Bros Brawl, parfois avec son armure, beaucoup de ces fan-art consistent en des "féminisation" d'une héroïne visiblement insuffisamment stéréotypés au goût des joueurs. Qu'on en juge :


On retrouve, comme chez Lara Croft, la même adaptation des poses des mannequins, identifiées comme typiquement féminines. Au visage souvent austère et grave que présente Samus dans la plupart des épisodes - il s'agit d'une orpheline qui consacre sa vie au combat et à la violence, elle n'a de toutes évidences que peu l'occasion de se bidonner franchement - est substitué un air beaucoup plus avenant et séducteur, recherchant visiblement le regard d'un spectateur, probablement masculin. D'autres images transforment certaines de ses caractéristiques les plus guerrières en arguments érotiques :


Pour les ignares qui n'ont jamais joué à un Metroid, il faut savoir que l'armure de Samus lui permet de se réduire en boule ("morphball" dans le jeu) et ainsi d'accéder à des lieux difficiles d'accès ou de déposer des bombes dévastatrices. Ici, c'est juste une occasion de spéculer sur sa vie sexuelle. D'autres choses existent avec son armure, qui se trouve elle aussi pouvoir être sexualisée.

D'autres représentations sont plus radicales encore dans la sexualisation - et je n'ai pas voulut aller voir ce qui se passe sur des sites plus particulièrement pornographiques... En se tenant à une simple recherche sur Google, on trouve déjà plusieurs situations où elle apparaît attachée et ligotée (un parallèle à faire avec Fantômette ?).

Image trouvée ici : évidemment, pour montrer qu'elle est l'une des "filles les plus sexy", il faut la montrer comme ça...

Ce dernier cas est particulièrement éclairant. Samus apparaît incontestablement comme un personnage féminin fort, ayant même des caractères généralement attribués au masculin (le courage, la détermination, un certain refus des règles, une forte indépendance). Par certains aspects, on pourrait la juger comme "dominante". Mais ce n'est apparemment pas cet aspect qui est érotisée. Au contraire, c'est précisément par une re-féminisation, une "mise à sa place" en d'autres termes, que les "fans" (je met les guillemets parce que je trouve ce traitement d'un aussi beau personnage très décevant) se la réapproprient. Pour qu'elle puisse être classée parmi les "héroïnes les plus sexy", il faut qu'elle soit attachée : une femme ne peut pas être active et sexy à la fois...

Voilà donc une deuxième leçon : la sexualisation des héroïnes n'est pas seulement le fait des producteurs de jeux vidéo ou des médias qui les entourent, mais également du public lui-même et de la façon dont il reçoit les biens qui lui sont proposés.

Essayons maintenant de répondre à cette question : pourquoi utiliser la sexualité (celle des femmes donc) pour vendre des jeux vidéo ? Sur Sociological Images, l'explication est la suivante : c'est un moyen d'attirer le regard dans le flux continu de publicité que reçoit chaque jour le spectateur moyen. C'est donc la concurrence entre les différents produits - et la structure du marché - qui explique ce recours au sexe. Mais voilà : pourquoi recourir à cela et pas à autre chose ? Pourquoi ce choix particulier ? On pourrait passer par l'humour, par la violence - j'avais déjà analysé l'utilisation de la violence dans les jeux vidéo ici - ou autre chose.

Pour le comprendre, je pense qu'il faut regarder le marché du jeu vidéo d'un œil sociologique. Cela signifie qu'il ne faut pas penser le marché comme la simple rencontre d'un offreur et d'un demandeur le temps d'un échange - ou ici la tentative de séduction d'un acheteur isolé par l'usage d'une imagerie sexuelle - mais tenir compte des relations qui peuvent exister entre les différents offreurs d'un côté, les différents demandeurs de l'autre, et entre les uns et les autres. Sur le marché du jeu vidéo, les biens font l'objet, une fois distribués, d'une intense circulation entre demandeurs. Ils sont objets de discussions et supports de relations : on joue ensemble, on se rassemble entre fans, on discute. Ces relations contribuent à reconstruire sans cesse le sens des biens : comme ces relations se sont historiquement d'abord établies entre garçons - pour toutes sortes de raisons sur lesquelles il serait trop long de revenir ici - elles sont un terreau favorable à la sexualisation illustrée par le cas de Samus Aran.

Cette circulation des biens culturels ne demeure pas silencieuse. Elle s'exprime au contraire de différentes façons, se donne à voir, et ce de plus en plus via Internet qui contribue à la rendre publique. Les producteurs peuvent facilement l'observer. Il faut ainsi tenir compte de la façon dont les offreurs prennent connaissance de la demande. Dans le cas des jeux vidéo, il serait intéressant d'étudier ce qui se passe dans les nombreux salons de jeux où il semble bien exister une ségrégation sexuelle relativement marquée, puisque les femmes y apparaissent, au moins dans les compte-rendus fait par la presse, essentiellement comme danseuses ou potiches aguicheuses, tandis que les hommes pourraient bien être sur-représentés dans les visiteurs et les journalistes (je ne parle même pas des équipes de production, de promotion et de distribution).

C'est donc là, dans l'ensemble du fonctionnement du marché, que peut se trouver l'origine du sexisme dans les jeux vidéo et de son maintien. Les joueurs, loin d'être les consommateurs passifs d'une imagerie venus d'en haut, y contribuent activement. Tout comme l'ensemble des médias, y compris les plus mainstream, y compris, peut-être, ceux dont on pourrait attendre une plus grande vigilance en la matière - combien de magazines grand public ont consacré des pages à une Lara Croft érotisée ? Loin donc de se limiter à un évènement isolé ou à la dérive d'une industrie prête à tout même à l'exploitation du corps des femmes pour maximiser ses profits, le sexisme dans les jeux vidéo devrait nous faire réfléchir tous à ce que nous faisons et à la façon dont nous y contribuons.
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Le président de l'UNI ne sait pas lire

Cela faisait un petit moment que je n'avais pas relayé les tribulations de la discipline que j'enseigne, ces bonnes vieilles sciences économiques et sociales. Le débat s'était en effet re-déplacé pour se faire entre enseignants et, à quelques occasions, entre chercheurs, ce qui me semblait plus sain, sans que je sois pour autant toujours d'accord avec la façon dont les choses se déroulait. C'est donc un nouveau post de Olivier Vial, président de l'UNI, le syndicat de droite des étudiants, qui me pousse à remettre le couvert. Parce que une fois de plus, quelqu'un dont la compétence est si basse qu'il n'est même pas fichu de lire un programme s'imagine que les sciences sociales ne devraient être qu'une validation de ses propres opinions politiques.

Je ne vais pas discuter des orientations politiques de l'UNI ou d'Olivier Vial. Celui-ci est de droite et visiblement libéral et le revendique, et c'est très bien. En tant que président d'un syndicat, c'est son rôle. Mais en tant que président d'un syndicat d'étudiants, on pourrait s'attendre également de sa part à un minimum de rigueur et de sérieux, surtout dans l'étude d'un texte. Et c'est là que le bât blesse.

Son post se veut un hommage aux nouveaux programmes de Terminale qui viennent d'être mis à la consultation (et que l'on pourra trouver ici). Le problème, c'est qu'il ne les a ni lu ni compris. Et c'est bien naturel puisque, contrairement à ce que semble passer Olivier Vial, les sciences économiques et sociales demandent des compétences spécifiques - en économie et en sociologie - et qu'il ne suffit pas d'avoir un vague intérêt pour la chose publique pour pouvoir en dire quelque chose. Surtout quand, visiblement, on ne sait pas lire.

Lisons donc le début de son post :

La consultation nationale sur les programmes scolaires pour la classe de terminale des séries générales a débuté depuis le début [on appréciera, par ailleurs, la qualité de la rédaction] de cette semaine. Des programmes de SES (Sciences économiques et sociales) allégés en Marx et débarrassés des "bourdieuseries" superflues : voilà ce que devraient étudier les lycéens français à la rentrée 2012.

Il y a quelques années, dans une "grande école au coeur de l'université" où j'ai eu l'honneur d'user mes fonds de culotte, un fameux enseignant de la Maison(TM) avait l'habitude de donner le conseil suivant aux étudiants qui, en début d'année, venaient lui demander comment mener à bien des démarches clairement expliqués dans nombre de papiers à leur disposition : "1) Apprendre à lire ; 2) Lire ; 3) Comprendre l'information". Je voudrais aujourd'hui conseiller à l'étudiant Vial de suivre la même démarche. En effet voici ce que l'on peut lire dans le programme de Terminale dont il pense, naïvement, faire l'éloge du libéralisme :

On présentera les théories des classes et de la stratification sociale dans la tradition sociologique (Marx, Weber) et on s’interrogera sur leur pertinence pour rendre compte de la structuration sociale des sociétés contemporaines.

On le voit Marx est cité. Plus que cela, il est l'un des seuls auteurs explicitement cité dans ce programme. "Allégé en Marx" ? Soyons sérieux. Les anciens programmes convoquaient également Marx, sans le citer, dans le programme d'enseignement obligatoire de première à propos des classes sociales. Certes, la spécialité de terminale où Marx était étudié en tant que tel, toujours à propos des classes sociales d'ailleurs, disparaît. Mais on y étudiait aussi d'autres auteurs classiques, comme Adam Smith ou David Ricardo, auxquels je mettrais ma main à couper qu'Olivier Vial ferait les yeux doux.

Débarrassé des "bourdieuseries" nous dit également Olivier Vial. S'il connaissait un peu la sociologie, il aurait vu que le chapitre sur la socialisation du programme de première conduira naturellement les enseignants à aborder les théories bourdieusiennes. Et dans le programme de Terminale - que M. Vial a la prétention de commenter, ne l'oublions pas - on peut lire ceci :

3.2 Les pratiques culturelles sont-elles déterminés socialement ? [question à laquelle tout enseignant répondra naturellement "oui" et consacrera le chapitre à spécifier ce que cela veut dire]
Après voir mis en évidence que les pratiques culturelles sont différenciées en fonction des milieux sociaux et qu'elles possèdent une légitimité inégale, on montrera que les préférences et comportements culturels peuvent être éclectiques. On expliquera l'existence de profils culturels dissonants à partir de la pluralité des expériences de socialisations des individus

Que contient ce passage ? Le début du paragraphe est une référence transparente au modèle de la légitimité culturelle... développé par un certain Pierre Bourdieu en 1979 dans La distinction. La fin renvoie de toute évidence (entre autre mais particulièrement) aux travers de Bernard Lahire qui se revendique de Bourdieu et cherche à aménager le dit modèle sans lui faire perdre de sa force. Élève Vial : "quand on sait pas, on dit pas".

Mais ce n'est pas tout. Plus loin, commentant une contre-proposition certes peu enthousiasmante (mais pour de toutes autres raisons que celle qu'il avance) de programme diffusée par l'APSES, Olivier Vial se lamente de la place accordée aux conflits sociaux comme moteur du changement social - avec un argument aussi profond que de se plaindre que, quand il y a une grève, il ne peut pas prendre son train (c'est drôle d'ailleurs : c'est exactement ce que me disait Robert l'autre jour à l'apéro). Que n'a-t-il pas lu l'intitulé du point 2.2 de la partie sociologie du programme qu'il pense défendre : "La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur du changement social ?"

Mais le plus grave ne se situe peut-être pas dans le manque de rigueur évident de l'élève Vial. Quand on prétend qu'il faut éviter le "café du commerce" - ce qu'il répète à propos du contre-programme de l'APSES -, on évite d'en faire : voir la remarque précédemment cité sur les grèves. Et surtout on se renseigne sur ce que sont les sciences sociales.

Car Olivier Vial "pense" - je met des guillemets pour bien marquer mes doutes quant à l'effectivité d'une telle action au moment de l'écriture de son post, je m'en explique plus loin - qu'il ne faut pas enseigner Marx ou Bourdieu. C'est qu'il ne sait pas que l'un comme l'autre ont produit des analyses et des travaux d'une grande qualité et qui sont utiles scientifiquement. Il se contente d'y voir une couleur politique qu'il faut abattre. Et on comprend bien la logique de son message : "débarrassons-nous enfin de tout ce qui est de gauche pour le remplacer par des idées de droite !". Mais non, cher Olivier Vial, les sciences sociales et les sciences économiques et sociales ne sont pas là pour valider votre opinion politique, aussi respectable soit-elle. Il y a certes des gens qui voudraient que les SES servent à défendre des valeurs "de gauche", et je les ai flingués avec la même force que je met à vous descendre lorsque j'en ai eu l'occasion. Parce que, que l'on veuille que les sciences sociales défendent le libéralisme ou qu'elles défendent la solidarité, on sera toujours déçu. Comme le disait Jean-Claude Passeron, les sciences sociales décevront toujours quelqu'un : révolutionnaire un jour, conservateur le lendemain.

On ne peut pas se permettre de rejeter le travail sociologique de Pierre Bourdieu au prétexte qu'il s'est engagé politiquement à gauche. Si vous le pensez, mon cher Olivier, c'est que vous êtes un idiot. Prenons donc le travail réalisé dans La distinction : vous aurez beau être de droite, vous ne pourrez pas faire autrement que de constater que les pratiques culturelles sont hiérarchisées et que cela produit et légitime des inégalités. Cela ne vous plaît pas ? Cette idée vous dérange ? Cela ne veut pas dire que c'est faux. Et le travail empirique de Pierre Bourdieu et de ceux qui l'ont suivit est là pour soutenir cette proposition. Max Weber disait, dans sa célèbre conférence sur le métier de savant, que l'un des vertu de la science était de nous obliger à accepter des idées qui nous déplaisent. C'est ainsi que les hommes ont dû accepter l'idée qu'ils descendaient du singe. C'est ainsi que même un homme de droite devrait être prêt à accepter l'idée que nous vivons dans une société de classe si les preuves que l'on apporte à cette idée sont suffisantes.

Autrement dit, si Marx et Bourdieu figurent dans ce programme, ce n'est ni parce que les SES sont de gauche, ni parce que le groupe d'expert n'a pas fait son travail. C'est parce que ce groupe est compétent et que les travaux de Bourdieu et de Marx sont d'un incontestable intérêt pour les sciences sociales.
Posons une dernière question en guise de conclusion : comment Olivier Vial en est-il venu à écrire un texte aussi manifestement mal informé et incompétent ? Outre sans doute un don personnel pour un tel exercice - il n'est pas le premier, souvenez-vous de Valérie Ségond - je fais l'hypothèse que l'on peut reconstituer ainsi le cheminement de sa pensée : "APSES = gauche, or APSES n'aime pas nouveau programme, donc nouveau programme = droite, droite = bien". Il ne me semblerait même pas totalement impossible qu'il y ait quelque chose comme "Social = gauche, donc Prof de sciences économiques et sociales = gauche". C'est en effet l'opposition de l'APSES qui a de toute évidente susciter le mauvais pamphlet du président de l'UNI. C'est tout le malheur des sciences économiques et sociales. Elles sont certes un enjeu citoyen dont chacun devrait s'inquiéter. Elles participent certes à la formation du citoyen qui, rappelons-le, est l'un des objectifs de l'ensemble du système éducatif français. Mais il est difficile pour certains de comprendre qu'elles ne peuvent correctement remplir cette mission que si elles conduisent à un mode de pensée scientifique sur la société et son économie, c'est-à-dire qu'elles nous conduisent à renoncer temporairement à nos convictions politiques pour accepter des idées qui nous déplaisent. Quitte à reprendre ensuite nos convictions, mieux armés et mieux informés. Mais tant que l'on ne voudra que soit enseigner que les idées qui politiquement nous brossent dans le sens du poil (et qui, nécessairement, défrisent l'autre bord politique), on sacrifiera l'ambition des sciences sociales sur l'autel de la paresse intellectuelle. C'est de cela dont le texte d'Olivier Vial est la métaphore.

Un dernier mot encore, sur ce fameux nouveau programme de terminale. Évidemment, je ne peux que regretter que la sociologie n'ait pas une place équivalente à celle de l'économie, tout en sachant que le groupe d'experts qui l'a rédigé n'est pour rien dans ce choix. Mais les thèmes choisis me semblent intéressants, en tout cas, ils sont peu différents de ce qui se faisait précédemment. Mon sentiment est plus celui d'un bon toilettage et d'une articulation plus marquée avec le programme de première (avec la reprise de certaines notions qui pourront donc être évaluées au bac). Rien qui ne soit honteux en tout cas à la première lecture. Sans doute des points à discuter sur certaines formulations ou certaines notions. Ce qui pourra se faire, je l'espère, lors de la consultation prévue. Pour cela, il ne faudrait pas que les lectures comme celles d'Olivier Vial, de quelques bords qu'elles soient, se multiplient. Celle-ci, plutôt que d'apporter un soutien à ce programme, risque bien de provoquer des réactions du même type de la part de ses adversaires politiques. Ce ne sera au profit de personne. Et certainement pas des élèves.
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