Affichage des articles dont le libellé est Une heure de lecture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Une heure de lecture. Afficher tous les articles

[Une heure de lecture #7] En attendant l'égalité...

Depuis que je suis les blogs sociologiques américains, je prend conscience de l'attention particulière portée outre-Atlantique aux inégalités de genre. Beaucoup de post nous proposent de voir tous les petits éléments qui construisent quotidiennement les différences, les hiérarchies et les inégalités entre hommes et femmes. Petite sélection.


Désastreux "disaster movies"

Vous serez sans doute nombreux à aller voir, dans les semaines qui viennent, des films comme 2012 ou The Road, bref des films "de désastre" ou disaster movie comme disait l'autre. Si vous lisez Le Monde, vous savez déjà que les Aztèques n'ont rien à voir avec les délires de Roland Emmerich. Avant d'acheter votre billet, il serait bon de se poser quelques questions, par exemple "Roland Emmerich, c'est pas le gars qui a fait Godzilla ?" ou "quel est le message commun à tous les films de ce genre ?". Pour cela, vous devriez aller lire ce post sur le Global Sociology Blog (ma traduction) :
Mais le problème est le suivant : dans ces films, les hommes commencent par échouer en tant que père, c'est-à-dire, en tant que vrais hommes. La société et ses normes (comme l'égalité théorique avec des femmes qui ont divorcé d'eux ou des enfants adolescents qui ne respectent pas leur autorité) les ont émasculé. Le désastre emporte les fers de la société et la patriarche peut reprendre ses droits. Ce n'est qu'à ce moment là que les hommes peuvent retrouver leur masculinité et leur statut patriarcal en se montrant capable de survivre et de sauver leur famille précisement PARCE QUE la société et ses normes ne les retiennent plus.
Dans ce pseudo "retour à l'état sauvage", seuls les vrais hommes peuvent survivre et, une fois tous les raffinements de la civilisation ont disparu, le "vrai standar" redevient la norme : un père en position d'autorité par apport aux femmes et aux enfants. Quelqu'un qui assure l'autorité, impose le respect et, évidemment, utilise la violence quand c'est nécessaire, c'est-à-dire lorsque sa famille est menacée.

En un mot, une vision à la fois très conservatrice, dans ce qu'elle naturalise la supériorité des hommes et des pères sur l'ensemble de la société, et très libérale, puisqu'elle considère que chaque individu doit s'imposer seul et que les meilleurs survivront.

Être "hot", un acte de libération sexuelle

Sur Sociological Images, on s'interroge sur certaines représentations de la libération de la femme, en rapport avec le débat sur la burqua. Par une espèce de retournement complet, le fait de porter des vêtements sexy devient une marque de libération de la femme, comme l'illustre cette publicité allemande :



La femme met de la lingerie, se regarde dans le miroir, pour finalement se couvrir d'une burqua. Mais elle est toujours "hot" en dessous, ce qui confirme l'idée qu'être "hot" est ce qui rend les femmes heureuses et libérées. L'idée qu'une femme pourrait vouloir se libérer du regard d'un homme (même juste imaginaire" est laissée en suspens. (Ma traduction)

A quand la mosquée playmobil ?

Pour finir, cette magnifique image : alors que les catalogues de jouets se trouvent sans doute déjà dans vos boîtes aux lettres, vous trouverez peut-être des publicités pour l'église Playmobil :



(Source : Idées Enfants)

Il faut bien entendu lire le texte d'accompagnement pour se rendre compte des attentes liées à un tel jouet :
Les petites filles pourront rêver en célébrant le plus beau jour de leur vie !
Magnifique église avec couple de mariés où les cloches sonnent réellement. Musique d'orgue pour célébrer le mariage et bagues pour les petites filles.

Evidemment, le mariage, c'est une affaire de filles. Et en plus, c'est le "plus beau jour de leur vie", parce qu'evidemment, la vie d'une femme ne prend de sens que par rapport à un homme. C'est là le rôle féminin, c'est-à-dire les attentes que l'on a par rapport à un individu identifié comme féminin. En donnant ces jouets aux enfants, on produit des comportements adaptés au rôle que l'on leur prête. Les petits garçons, eux, ne se voient pas offrir des petits couples mariés...

Mais, au delà de ce sexisme sans doute inconscient, au moins de la part d'un certain nombre de parents - car les jouets, surtout pour les plus jeunes, s'adressent plus aux parents qu'aux enfants, cela n'est pas forcément gênant. Après tout, si des parents veulent que leurs enfants soient élevés dans une forme de foi qui considère qu'un mariage doit se faire à l'église, c'est leur droit. Mais pourquoi n'y a-t-il pas la mairie pour les parents qui préfèrent le mariage civil, ou la Mosquée, ou la Synagogue ? On peut douter que ce soit simplement parce que le marché est insuffisant : un marché, cela se construit, et les différents acteurs économiques semblent peu pressés à se développer dans ce centre. Sans doute parce que lancer de tels jouets serait perçus comme "communautariste", tandis que la bonne vieille église n'a, bien sûr, rien de communautariste. Du coup, on pourra relire ce post du Montclair Socioblog (ma traduction) :

Exactement comme "blanc" est la race universelle (aux yeux des Blancs) et "masculin" est le genre universel (aux yeux des hommes), le Christianisme est la religion universelle. Le jouranliste du Times dit que Scalia n'a pas besoin qu'on lui dise que la croix est le symbole du Christianisme. Mais Scalia dit qu'il est "outrageant" de penser que la croix n'honore que les Chrétiens. En d'autres termes, le symbole chrétien est le symbole religieux universel... au moins aux yeux de Scalia.

Read More...

[Une heure de lecture #6] En attendant la rentrée

Cela fait longtemps que je n'ai pas fait une petite liste de liens divers et variés. En attendant la rentrée, quelques petites choses intéressantes récupérées sur la toile, dûment commentées.


Un syndrôme Luc Châtel ?

Outre Atlantique, les économistes blogueurs se lancent dans une petite guerre pour savoir si les inégalités de réussites scolaires sont génétiques ou pas - très bons résumés en français chez Rationalité Limitée et Olivier Bouba-Olga. En cause, un post de Greg Mankiw qui évoque le QI comme "variable cachée" expliquant à la fois les inégalités de richesses et les inégalités scolaires... En gros, si les riches sont riches, c'est parce qu'ils sont intelligents et l'école sert juste à enregistrer cela.

Pendant ce temps, sur le Global Sociology Blog, on adopte une surprise toute feinte : ce genre de résultat, les sociologues y sont eux habitués. Et contrairement aux économistes, ils prennent en compte l'aspect historique de ces inégalités : il y a de la reproduction sociale là-dessous. Mine de rien, il y a une vraie différence entre sociologues et économistes : ces derniers s'interrogent sur la part du génétique sans se poser la question de savoir si l'intelligence telle qu'elle est mesurée par les tests de Qi n'est pas elle-même une donnée sociale. Et si la structure sociale et l'histoire modelaient les individus beaucoup plus que les économistes le pensent ?

Pas de conclusion hâtive

Toujours sur le même thème, Marginal Revolution pense clore le débat en proposant un graphique montrant que l'effet du revenu des parents s'appliquent aux enfants biologiques et pas aux enfants adoptées. Tout cela serait donc génétique, même si ce n'est pas vraiment le QI qui joue... Ou pas. On peut encore douter de la conclusion. En commentaires, certains évoquent l'âge de l'adoption : à moins que tous les enfants adoptés le soient dès la naissance, on peut penser que les premières années de socialisation sont importantes. Mais on peut rajouter bien d'autres facteurs. Par exemple, les enfants adoptés peuvent être issus de pays étrangers, ce qui peut être physiquement visibles : n'enregistre-t-on pas alors les effets de la discriminations envers les petits asiatiques par exemple ? De même, l'auteur du billet repousse un peu trop vite l'idée d'une différence de traitement entre enfants "biologiques" et enfants "adoptés" au sein de la famille : après tout, très peu de parents pensent traiter différemment filles et garçons, mais les enquêtes montrent que c'est pourtant le cas... Et puisqu'il évoque non le QI mais la "personnalité", on peut se demander si le fait de se savoir ou d'apprendre que l'on est adopté ne joue pas un rôle dans celle-ci. Il faudrait un peu plus de sociologies et d'enquêtes pour donner sens à toutes ces corrélations.

Un peu de sociologie de la médecine

A l'occasion des débats autour de la réforme du système de santé américain, la blogosphère sociologique multiplie les posts et les analyses. Et ils jettent souvent des regards vers l'Europe...

Brooke Harrington, sur l'excellent Economic Sociology, évoque les liens entre l'argent et les soins - le care - des deux côtés de l'Atlantique. Une conclusion très intéressante, que je traduis ici :


Les systèmes de santé français et allemands ont autre chose en commun : ils impliquent tous les deux de l'argent (en fait, ils sont même assez coûteux), mais les personnes qui en bénéficie semble tout à fait satisfait de payer pour les soins qu'ils reçoivent, que ce soit de leur poche (comme moi) ou au travers d'impôts, de cotisations et d'assurances (comme la majorité). Une bonne raison réside dans la qualité des soins : généralement, les gens sont prêts à payer lorsqu'ils sentent qu'ils en ont pour leur argent. Dans le même temps, dans les deux systèmes, la question du payement est tenu physiquement séparée des soins proprement dits.

Je soutiens que cette ségrégations du "business" et du "care" dans les services médicaux n'est pas sans lien avec l'expérience de la qualité et de la valeur qu'ont les patients. Ne pas avoir à s'embêter avec des questions d'argents quant vous arrivez chez le médecin ou aux urgences fait une grande différence pour le patient. J'espère que les Américains pourront vérifier selon par eux-mêmes, chez eux, plutôt que d'avoir à venir jusqu'en Europe pour faire l'expérience de cette énorme différence qu'un tout petit changement peut faire


Notons bien qu'il n'est pas question ici de la qualité effective des soins, mais de la disposition des individus à payer et de la façon dont ils valorisent les soins. On peut penser dès lors penser que le débat aux Etats-Unis, dont la violence étonne parfois les Européens, doit beaucoup à une mauvaise perception des soins du fait de leur trop grande proximité avec l'argent...

A lire aussi : Patient Safety - Canada and France sur le blog de Daniel Little.

Penser en sociologue

Les fidèles lecteurs connaissent ma sensibilité sur cette question. Une petite interview croisée entre une sociologue et un psychiatre donne une bonne illustration de la façon particulière de penser des sociologues : là où le psychiatre explique les problèmes des adolescents et leur perception en se référant à un modèle général de développement, la sociologue met l'accent sur l'inscription sociale des individus, la spécificité historique de la situation, etc. Une lecture commenté sur le Global Sociology Blog (quoi, encore ? Bah oui).

Toujours sur le même thème, sur un autre excellent blog, collectif cette fois, un post qui propose quelques règles pour penser en sociologue : How to think like a sociologist sur Everyday Sociology Blog. Des principes assez généraux, mais qui sont effectivement la base de toute approche scientifique des faits sociaux. On y souligne notamment les rapports entre la sociologie et la pensée critique, non pas au sens de "critique sociale" mais au sens "d'esprit critique" :

Prenez votre série télé préférée par exemple : si vous pensez comme un sociologue, vous pourrez observer qu'elle présente une vision un peu biaisé des crimes , ou ne met en scène que des Blancs ou des femmes incroyablement minces. Si vous ne pensez pas comme un sociologue, vous ne voudrez peut-être même pas être conscient de tout cela parce que vous aimez beaucoup cette série et que vous voulez continuer à la regarder.

En pensant comme un sociologue, vous pourrez la comprendre comme le produit d'une industrie du divertissement bien particulière et vous aurez alors envie de savoir coment les décisions y sont prises (comme l'a fait William Bielby). Les sociologues peuvent à la fois comprendre quelque chose plus profondément et continuer à en profiter.

Read More...

[Une heure de lecture #5] En attendant les vacances…

Dans la première édition des [heures de lecture], j’annonçais que celles-ci seraient plus ou moins hebdomadaire. Rythme à peu près respecté puisque la dernière (#4) date de Février… Bref, comme j’ai besoin un peu de détente en ce moment, voici la cinquième édition de mes liens du moment, adjoints des mes commentaires et autres remarques essentielles… Au programme : jeux vidéo (one more time) et blog sociologique.




A la suite de mon dernier billet, consacré à Grand Theft Auto, Laurent Trémel a eu la gentillesse de m’envoyer un lien vers l’un de ses récents articles à ce propos – ce pourquoi je le remercie. Le papier s’intitule « GTA IV serait-il un produit éducatif ? ». Plutôt militant – dans le bon sens du terme, c’est-à-dire argumenté -, le propos se concentre sur le traitement plutôt positif qu’a reçu GTA IV dans les médias, et notamment dans l’article de Libération que j’avais moi-même critiqué (pour d’autres raisons).

Laurent Trémel soulève ici un problème important, que je n’avais pas abordé. Si les individus reçoivent les produits culturels en fonction de leurs dispositions incorporées, ils acquièrent aussi dans la pratique et la consommation de ces biens de nouvelles dispositions, ou, du moins, y trouvent matière à renforcement ou à transformations de leurs dispositions (j’avoue me sentir proche de Lahire sur tout ce qui concerne la socialisation). En un mot, les jeux vidéo sont un mode de socialisation, comme le sont également la télévision, Internet, le cinéma, les livres, etc. Reste que seule une enquête sur la question permettrait de savoir ce que les individus – pris dans leurs différences sociales – retiennent des jeux vidéo réalistes violents.

L’article de Laurent Trémel se trouve sur le forum de Philippe Meirieu. Du coup, ça me fait un site de plus à surveiller… Ce serait mieux avec un fil RSS, je dis ça, je dis rien…

Je l’avoue : quand j’ai tapé « blog sociologie » sous Google, je vérifiais à quel rang apparaissait le mien. Je suis comme tous les blogueurs : doté d’un ego confortable. Bref. A défaut de retrouver mon site, je suis tombé sur un autre blog consacré à la question. Et c’est sans doute mieux. Du coup, je vais le rajouter à mes liens.

Il s’agit de Frédérique socioblogue, tenu par Frédérique Giraud, élève à l’ENS-LSH. Il y a encore quelque temps les normaliens étaient mes ennemis jurés : concurrence pour l’agrégation de sciences sociales oblige. Mes collègues pourront témoigner s’ils le souhaitent. Mais maintenant, tout ça est fini… Et il faut reconnaître qu’il est très bien ce socioblogue : notes claires et efficaces, format blog maîtrisé, érudition et références.

Parmi les notes qui ont retenu mon attention, en voici une sur le niveau des élèves qui explique, de façon très simple, pourquoi les sociologues ont du mal à faire accepter l’idée que les élèves ne sont pas de plus en plus mauvais, de plus en plus ignorant, et que tout va en eau de boudin. Pour en avoir fait l’expérience plusieurs fois cette année, je suis assez sensible aux oppositions que soulève cette idée pourtant argumentée. Malheureusement, le corps enseignant dans son ensemble a lui aussi ses prénotions.


Read More...

[Une heure de lecture #4] En attendant mon retour…

Vacances studieuses, comme je l’avais annoncé. Mais je prends quand même un peu de temps pour vous proposer une nouvelle fournée de liens, commentés par mes soins – ma petite touche personnelle. Il faut dire qu’après avoir reçu l’approbation du maître en la matière je ne peux qu’être encouragé à poursuivre la formule. Et même à l’étendre : cette fois, il y aura plus de trois thèmes ! Allez, c’est parti.




1. Enquête PISA : quelques explications

Sur l’excellent site de La vie des idées, on trouve un excellent article sur les enquêtes PISA qui ont fait couler beaucoup d’encre, peut-être plus à l’étranger qu’en France. Julien Grenet apporte beaucoup de précisions sur le fonctionnement de l’enquête et le mode de lecture des résultats, ce qui manque gravement dans les articles de presse sur le sujet. D’ailleurs, c’est la première fois que je trouve une véritable présentation des résultats…

En tout cas, certains passages de l’article ne peuvent que rappeler sa propre expérience à un jeune enseignant. Celui-ci par exemple :

« Dans le domaine de la culture scientifique, les résultats de la dernière enquête PISA révèlent que les résultats des élèves français sont supérieurs à la moyenne lorsqu’il s’agit de prélever des informations dans des supports habituellement utilisés dans l’enseignement scientifique (graphiques, tableaux, croquis) mais que les jeunes français de 15 ans ont des difficultés à mobiliser leurs connaissances pour expliquer des phénomènes de manière scientifique dans des situations de la vie courante non évoquées en classe. »

Les SES, malgré les critiques dont elles font l’objet, donnent souvent l’occasion de travailler à partir de cas quotidiens, de situations de la vie courante. Ce qui semble souvent apprécié des élèves. Mais les amener à mobiliser leurs cours pour comprendre ces situations est l’une des choses les plus ardues auxquelles j’ai jamais été confronté. Il me semble que le lycéen moyen parvient très facilement à compartimenter ses expériences, mettant d’un côté ce qu’on lui apprend, de l’autre la « vraie » vie. L’un des défis auxquels on ne se confronte peut-être pas assez est de relier les deux.

Autre passage intéressant, qui doit être particulièrement violent pour beaucoup de défenseurs de l’éducation française :

« Moins souvent confrontés à des exercices s’inspirant de situations rencontrées dans la vie quotidienne, rarement sollicités pour débattre oralement, les élèves français ne sont sans doute pas suffisamment initiés au débat contradictoire, à l’élaboration de réponses argumentées et se retrouvent plus souvent démunis lorsqu’on fait appel à leur avis personnel ou à leur expérience propre. Ce phénomène pourrait expliquer le taux plus élevé de non réponse aux questions appelant des réponses longues et la difficulté à envisager un document d’un point de vue critique. »

L’une des fiertés françaises est le développement de l’esprit critique des élèves. Il n’est sans doute pas très agréable de se voir remettre un mauvais point dans la matière… Je pense que le problème est le même que précédemment : nos élèves mettent-ils du sens dans ce que nous leur apprenons ? En voient-ils la finalité, l’intérêt, au-delà de la sacro-sainte note ? Il est possible que ce soit trop rarement le cas… Les SES ont essayé, depuis longtemps, de remédier à ces problèmes : en proposant un enseignement ancré sur l’actualité et une pédagogie ouverte au débat contradictoire. Il est sans doute nécessaire d’en faire plus dans ce sens.


2. Chaud et froid


Tiens, d’ailleurs, pendant ce temps, Enro, scientifique et citoyen, nous parle de science chaude et de science froide : ici, , puis encore ici et à nouveau . De quoi s’agit-il ? La science froide renvoie à une représentation de la science comme simple ensemble de résultats à transmettre tels quels, avec un brin de dogmatisme, tandis que la science chaude insiste sur la production des faits scientifiques, les débats, l’activité de recherche. L’influence de Bruno Latour se fait à peine sentir

Là encore, les SES ne sont pas si loin : dans la dernière note en question, il est question de « scientific litteracy », qui, pour ce que j’en retiens, consiste à donner aux élèves les moyens de comprendre les débats scientifiques, de se positionner en leurs seins, de comprendre les controverses et de critiquer ce que l’on leur propose. Ce n’est pas très éloigné de l’objectif que je proposais pour les SES.


3. Penser en sociologue


D’ailleurs, tant que je traînais sur le blog d’Enro, je suis tombé sur cette ancienne note, que je trouve assez intéressante : Enro nous y explique à quel moment il s’est mis à penser en sociologue. Cela m’a rappelé un de mes propres projets de billet, pour l’instant en stand-by : j’y essayais de dégager quelques règles simples « pour penser en sociologue ». J’étais parvenu à en dégager quatre, dans lesquelles les anecdotes d’Enro trouveraient facilement leurs places. Du coup, je pense que je vais retravailler la chose…


4. Pour un American Pie français


J’avoue ne pas toujours arriver à lire complètement les notes d’Emmanuel Ethis. Pourtant, elles sont souvent plus courtes que les miennes… Mais j’ai trouvé celle-ci simplement brillante. Un passage clef :

« Si l’on considère, comme le font généralement les sociologues, que les sujets sur lesquels sont bâties les fictions cinématographiques et télévisuelles d’une société donnée disent beaucoup des préoccupations dominantes de ladite société, alors on peut commencer à penser, en creux, la considération que tel ou tel pays a symboliquement pour son enseignement supérieur, ses enseignants-chercheurs, ses étudiants, ses campus et les moments de vie qui sont attachés à cette période cruciale pour la formation des individus dans le pays considéré en regardant les oeuvres audiovisuelles qui y sont produites »

A la base, donc, une proposition simple : l’absence de cinéma centré sur l’université n’aurait-il pas à voir avec les problèmes de celle-ci en France ? Une fois dit, ça a l’air tout bête, mais on ferait bien d’y réfléchir.


5. Dessins


Mais les blogs ne se résument pas aux sciences sociales, heureusement. Il existe un autre réseau sur lequel j’erre régulièrement : celui des dessinateurs. J’aime beaucoup celui de Martin Vidberg, alias Everland, dont le Journal d’un Remplaçant mériterait une place en IUFM. Allez donc voir cette note : un peu d'humour dans un monde de réformes.


6. Démocratie


Et tandis que sur le blog d’Econoclaste, on s’interroge sur la différence entre un argument démocratique et un argument anti-démocratique, l’Antisophiste s’interroge « Pourquoi la démocratie ? ». La réponse réside sans doute dans l’une des sept raisons avancées…

« La démocratie n’est pas seulement un processus de gouvernement, elle est aussi un système de droits. Prenez « la participation effective » : ce critère implique que l’on reconnaisse aux citoyens le droit d’exprimer leurs opinions, de discuter des affaires publiques avec d’autres citoyens... »


7. Lecture en F


Christophe Foraison nous parle de la lecture en F : quand vous lisez sur votre écran, vous commencez par un mouvement vertical, de haut en bas, et vous passez à l’horizontal lorsque vous trouvez quelque chose qui vous intéresse. Et tout ça, comme Monsieur Jourdan : sans le savoir. C’est d’ailleurs probablement ce que vous êtes en train de faire en ce moment.

Cette information n’a l’air de rien, mais elle explique finalement bien des choses : les trolls par exemple. « Qu’est-ce qu’un troll ? » me demanderont les newbies. Voici ce que dit Wikipédia, toujours aussi pertinent lorsqu’il s’agit de geek :

« On parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou étant excessivement provocateur, sans chercher à être constructif, ou auquel on ne veut pas répondre et que l’on tente de discréditer en le nommant ainsi. »

Beaucoup de trolls – terme qui désigne aussi la discussion stérile qui va suivre le message en question – découle d’une mauvaise lecture d’un propos initial. Sans doute à cause de cette fameuse lecture en F : le regard du lecteur ne retient qu’une partie du message sur laquelle il va commencer à polémiquer sans prendre en compte le reste du propos. Ce site a en été récemment la victime. Faire une sociologie du troll est également l’un de mes projets : ça viendra, un jour ou l’autre.



Read More...

[Une heure de lecture #3] En attendant la rentrée...

Et oui. Je suis en vacance. Enfin, mes élèves sont en vacances, car pour moi le travail continue : cours à préparer, lectures à rattraper, et… blog à remplir. Donc, je vous ressers une fournée de liens, agrémentée comme d’habitude, de mes remarques et de mes commentaires les plus divers.




Les statistiques ethniques ou de la diversité, encore et toujours. Cette fois c’est Michel Wieviorka qui s’y colle, en tant que Président du conseil scientifique du CRAN, accompagné du président de l’association en question, Patrick Lozès. Souvenez-vous, les statistiques ethniques, j’en avais parlé ici. La présente tribune du Monde, bien qu’affirmant la possibilité de réconcilier partisans et adversaires de ces statistiques, tranche sans ambiguïté pour, en avançant que la majorité des Français y serait favorable. L’argument ne me convainc que peu. Plus intéressant, les précisions sur les modalités de ces enquêtes, si elles venaient à se mettre en place : anonymat, pas de fichage, réalisation par un tiers indépendant…

Les auteurs insistent surtout sur la nécessité de faire des enquêtes autodéclaratives : les personnes sont invitées à définir elles-mêmes leur origine ethnique, la façon dont elles se sentent perçues par les autres, plutôt que de rentrer dans des catégories toutes faites. Le problème qui me semble alors se poser est le suivant : si ces données sont trop éparses, vont-elles être exploitables ? Le problème est, comme Hervé le Bras le défendait il y a quelques temps sur France Culture (et probablement dans cet article que je n’ai malheureusement pas lu), que le concept de l’ethnicité est peut être trop fragile pour être utiliser sereinement. Je reste perplexe, et persuadé que l’expérimentation ne serait pas une mauvaise solution.

Pour quoi luttent les stagiaires ? Après avoir obtenu quelques avantages et protection – rémunération des stages de plus trois mois à 30% du SMIC, création d’un fichier dans les entreprises pour connaître précisément le nombre de stagiaires – Génération Précaire lutte encore, et le fait savoir dans cette interview accordé à Libération, ainsi que dans le communiqué figurant à la une de leur site. En la matière, la question n’est peut-être pas seulement celle de la satisfaction d’intérêt (plus d’argent, plus de protection), mais aussi de reconnaissance, comme le dirait Axel Honneth. Les conflits sociaux mêlent toujours conflits d’intérêt et lutte pour la reconnaissance. On peut notamment se reporter à ce très bon entretien. Ici, on peut penser que les stagiaires demandent aussi la reconnaissance de leur travail dans l’entreprise, en étant payé à hauteur de leur productivité, et donc un véritable statut.

Sur le même thème, petite chronique intéressante dans le monde : celle de Sophie Gherardi dans le Monde, intitulée « Souvent stages varient, bien fol qui s’y fie » (dans chaque journaliste, il y a un poète maudit qui sommeille). Intéressante car elle pose une question qui mériterait d’être creusé : les jeunes sont-ils tous égaux face aux stages ? Il est évident que non, mais on gagnerait à en savoir un peu plus.

Je me doute que, parmi les lecteurs, on doit trouver quelques enseignants. Alors au cas où vous seriez passé à côté, vous trouverez ici le compte-rendu d’un ouvrage qui vient de rentrer en bonne place sur ma liste de lecture : Comprendre l’échec scolaire de Stéphane Bonnéry. J’ai ouvert ce blog persuadé de l’utilité de la sociologie. J’avoue que je suis assez déçu de ne la trouver que très peu présente dans la formation des enseignants, ou, lorsqu’elle l’est, elle est particulièrement malmenée. J’espère donc compléter utilement ma formation par une telle lecture.

J’ajoute que le site Liens socio de Pierre Mercklé est un indispensable, particulièrement pour sa section compte-rendu. S’il ne se trouve pas dans vos agrégateurs, c’est le moment de l’ajouter.


Read More...

[Une heure de lecture #2] En attendant la crise

Hop, comme c'est à la mode en ce moment, je remet en oeuvre mon "heure de lecture" pour le deuxième épisode. En attendant de savoir s'il faut commencer à se défenestrer ou non, un peu de lecture sociologique à se mettre sous la dent... C'est toujours mieux que le rapport Attali... Je vous rappelle le principe : trois liens intéressants, plus ou moins liés à la sociologie, et commentés par mes soins.


Olivier Godechot nous parle, dans la presse, des malheurs de la Société Générale. Entre les prises de position des économistes, il ne faudrait pas oublier que les sociologues ont aussi des choses à dire sur les marchés financiers, la bourses, les traders, et autres. On peut se reporter au Repères de Philippe Steiner, un modèle de clarté dans son genre. On pensera aussi à l'article clef de Wayne E. Baker "La structure sociale d'un marché financier" (traduit notamment ici et ), dans lequel celui-ci montré que la variation des prix est d'autant plus importante que le marché est grand, ce qui peut permettre de comprendre le rôle et l'activité des arbitragistes, comme le désormais célèbre Jerôme K... En attendant, moi, je vais aller lire le bouquin de Godechot, et j'en ferais une note de lecture au besoin : ça peut pas faire de mal... En tout cas, on va parler de sociologie économique dans le coin. C'est mes successeurs qui vont être contents.

Les banlieues ont-elles besoin d'un énième plan ? demande une partie de la crème sociologique en la matière, dans Libération. Question on ne peut plus intéressante. D'où qu'on se place, on trouve toujours plus ou moins la même expertise chez les sociologues en la matière : il n'y a pas un problème spécifique de la banlieue, mais une question plus globale, question sociale proprement dite pour certains, question urbaine pour d'autres (que je suis en train de lire, on en reparle bientôt). En tout cas, la question est toujours plus ou moins la même : cesser de saisir les évenements qui peuvent se dérouler en banlieue d'un point de vue strictement moral, et chercher à comprendre et à expliquer. On lira sur ce point l'excellent article de Didier Lapeyronnie dans cet ouvrage.

Sinon, la nullité des français en matière économique est une fois de plus expliquée par les manuels et l'enseignement : voir ce billet d'éconoclaste, sur lequel je réagis avec un peu de retard. Je suis toujours étonné qu'il y ait des gens suffisamment naïfs pour penser que les autres, mêmes élèves, mêmes étudiants, ingurgitent un manuel ou un cours sans se poser de question : on pourrait remplir les CDI de tous les lycées de France avec le Samuelson-Nordhaus que ça ne changerait rien. Surtout lorsqu'on s'intéresse aux manuels du supérieurs : l'enseignant peut dispenser un cours très éloigné du manuel, et une myriade d'associations, politiques ou non, sont là pour venir retraivailler le point de vue de chaque étudiant. Un peu de sociologie que diable, quand on s'intéresse à ces questions. Il n'y a pas de socialisation unique, bien au contraire.

Read More...

[Une heure de lecture #1] En attendant la suite

Oui, je sais, ça fait un bon moment que je n'ai pas remis à jour, et ça vous manque... Les dernières semaines avant les vacances ont été plutôt sportives, pris entre différentes exigences professionnelles, formatives et festives. Puis le début des vacances a été occupé par son long de réjouissance plus ou moins maussienne (humour de sociologue). Ne vous en faites pas, la prochaine note est en cours de rédaction : j'y aborderais la question des discriminations, mais en essayant de montrer comment celles-ci se sont imposées comme un thème central du débat public.


En attendant, pour que vous ne m'effaciez pas de vos flux et agrégateurs, j'institue une nouvelle pratique : le [Une heure de lecture]. A un rythme plus ou moins hebdomadaire*, je proposerais des liens (entre un et beaucoup) sur trois sujets ou thèmes d'actualité sur lesquels des sociologues ou assimilés auront dit des choses intéressantes - ou pas. Le concept n'est pas vraiment innovant puisque d'autres font ça très bien. On verra bien ce que je pourrais y apporter. Ce sera, entre autres choses, l'occasion pour moi de donner un peu plus mon avis.

Yankel Fijakowl nous parle du logement et de sa gestion politique. Je trouve toujours salutaire de critiquer la lecture compassionnelle ou moralisante des faits de société qui se développe si souvent chez les hommes politiques et autres commentateurs. Cela mériterait sans doute la création d'un prix spécial, comme il en existe d'autres. Ceux qui le souhaitent peuvent laisser des nominés en commentaires.
Robert Castel est un excellent sociologue. Les métamorphoses de la question sociale est devenu un classique, et, plus admirable encore, il est déjà parvenu à rendre Les matins de France Inter tout à fait passionnant, malgré la présence d'Alain-Gérard Slama (j'espère que tout le monde mesure l'étendue de l'exploit). Son travail donne souvent lieu à des prises de positions plus politiques, qui ont l'immense mérite d'être solidement argumentées, ce qui est suffisamment rare pour être signalé. Quel besoin avait-il d'aller écrire ça ? Que l'on veuille critiquer la future interdiction de fumer dans les cafés, restaurants et autres, je peux parfaitement le comprendre. Est-il utile de faire passer l'adversaire pour un nazi en puissance ? Entre le point godwin et la lecture moralisante dont je parlais précédemment, cela est loin d'être convaincant.

Il n'y a pourtant là qu'un simple problème bien connu des économistes : une externalité négative. L'activité de fumeur de X a une répercussion sur la santé de son voisin Y, sans que X ne prenne en compte le coût sur la santé de Y. On pourrait faire intégrer ce coût de bien des manières : un impôt sur les fumeurs, un droit à fumer dont on devrait s'acquitter avant d'allumer sa cigarette dans le bar PMU du coin... L'interdiction est-elle la pire des solutions ? Pas sûr.

Nicolas Sarkozy, nouveau chanoine d'honneur de Saint Jean de Latran, a prononcé un discours sur la "laicité positive" - suis-je le seul à y voir une référence à Jean-Pierre Rafarin et à la Positive Attitude ? - discours évidemment fort commenté. Le regard de spécialiste de la religion et de son histoire nous montre que même les grands défenseurs de la République peuvent s'embrouiller... Lisez donc les notes de Jean Baubérot et Sébastien Fath, deux preuves de l'utilité sociale des sociologues.

Sur ces belles paroles, j'espère que vous avez tous passé un très bon solstice d'hiver (laïcité, quand tu nous tiens...) et vous souhaite à tous une année pleine d'heures de peine utiles et fructueuses.

See ya.



*Pour ne pas dire tout les quand-on-peut (Private joke).


Read More...