[Une heure de lecture #1] En attendant la suite

Oui, je sais, ça fait un bon moment que je n'ai pas remis à jour, et ça vous manque... Les dernières semaines avant les vacances ont été plutôt sportives, pris entre différentes exigences professionnelles, formatives et festives. Puis le début des vacances a été occupé par son long de réjouissance plus ou moins maussienne (humour de sociologue). Ne vous en faites pas, la prochaine note est en cours de rédaction : j'y aborderais la question des discriminations, mais en essayant de montrer comment celles-ci se sont imposées comme un thème central du débat public.


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Les statistiques ethniques : pour une sociologie de la réception

Le débat sur la possibilité de statistiques dites « ethniques » rebondit une énième fois en France, tant sur la place publique qu’au sein de la communauté des chercheurs. D’un coté, on y voit un moyen de mieux connaître les discriminations, de l’autre, une rupture d’une règle républicaine ancestrale et un risque de « racialisation » de la société. Comment sortir d’un tel dialogue de sourds ? Peut-être avec un peu de sociologie bien appliquée…


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Facebook, ou la force des liens faibles

Comme une partie de plus en plus importante de la jeunesse désœuvrée et rebelle à laquelle j’appartiens, je traîne à mes (rares) moments perdus sur le fameux site dont tout média de référence se doit de parler en ce moment, je veux bien évidemment parler de Facebook. Je regarde les pages de mes « friends », « poke » et « superpoke » à l’occasion, rejoins des groupes comme « j’écoute des MP3 sans chaussette » ou défend des causes qui vont de « Stop Global Warning » à « Libérez Magenta ». Perte de temps que tout cela… Hum… pas si sûr.


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Eloge (funèbre ?) des SES (II)

Résumé de l’épisode précédent : récemment promu enseignant de SES, notre héros s’interroge sur le sens de la vie et l’avenir de sa discipline, les yeux perdus dans les vagues de la mer du Nord. S’accordant avec Bénabar sur la condition de mouette, il en profite pour réfuter quelques critiques, avant de poser la question que personne ne se pose : « mais que doit-on attendre des sciences économiques et sociales au lycée ? ». C’est alors qu’il décide d’y répondre… Mais le nain semble avoir disparu1.


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La dernière des classes sociales (3)

Où l'on finira la discussion sur les classes sociales et la grande bourgeoisie à travers de l'ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon ; où l'on découvrira enfin l'origine du titre de cette série ; et où l'on conclura brièvement sur l'utilité de Marx aujourd'hui.

4. La dernière des classes sociales

Au final, la grande bourgeoisie apparaît comme la dernière des classes sociales. Reprenons, à la lumière de Chauvel – et de la présentation qu’en fait Pierre Maura pour ceux qui n’ont pas lu l’original –, l’état des classes sociales aujourd’hui par rapport à ce cadre théorique.

Les classes sociales se sont peu à peu effacé avec les évolutions économiques d’après guerre : une certaine égalisation des conditions, la moyennisation de la société [8], a réduit comme peau de chagrin les classes « pour soi ». Si les classes en soi peuvent demeurer, c’est la conscience de celles-ci qui est aujourd’hui moins marquée.

En bas de l’échelle, nous avons les classes populaires. Celles-ci sont bien peu intégrés, et dans l’ensemble fortement divisées. Elles se mobilisent peu ou pas du tout, ou suivant des modalités peu construites – le vote protestataire, vers les partis extrémistes, en est le signe. Le déclin du mouvement ouvrier et de ses capacités à donner sens à un conflit général ne laisse pas grande capacité d’action.

Au milieu, nous trouvons les classes moyennes. Celles-ci fournissent toujours un modèle important pour la plupart des individus – rappelons que 75% des Français s’identifiaient à la classe moyenne en 2005 [9]. Mais elles se mobilisent peu et ne fournissent pas vraiment un conflit apte à créer une véritable classe pour soi. Elles sont de plus en train de se diviser. Cette division produira – peut-être – des classes pour soi. Mais rien n’est moins sûr.

Reste donc, au sommet, la grande bourgeoisie, la classe dominante, qui, elle, est la dernière à être classe pour soi.

« Si les classes sociales fondamentales du marxisme, la bourgeoisie et le prolétariat, ont pu exister réellement du fait même de la vitalité de la doctrine marxiste […], il en va aujourd’hui autrement. Par un effet de théorie en retour, le recul théorique et pratique du marxisme, comme école de pensée et comme corpus de préceptes de base de l’action des partis s’en réclamant, conduit à un recul de la classe ouvrière comme classe pour soi, organisée et mobilisée contre l’adversaire. Ce recul explique peut-être en partie qu’en retour la bourgeoisie se sente autorisée à s’affirmer plus ouvertement comme classe. Non pas dans ce vocabulaire marxiste, mais dans la réalité de son discours et de ses pratiques ». [5]

Sa mobilisation est pour ainsi dire naturelle : en suivant les injonctions propres à son milieu social, en se fiant à son habitus, le grand bourgeois agit « naturellement » pour le plus grand bien de sa classe. Il suffit de suivre les indications données par la famille et l’école, puis par les pairs, les cercles et autres, pour réaliser dans les faits la défense de sa classe. Le goût de la haute culture – peinture, architecture, etc. – est très naturellement enseigné dans les espaces éducatifs de la haute société. Il est aussi un moyen de mettre en distance, d’exclure de fait, ceux qui ne maîtrisent pas ce code.

De même, si le vote conservateur est naturel dans la haute bourgeoisie, avec très peu d’exception, le milieu ouvrier se caractérise au contraire par l’éclatement du vote sur un large spectre de possible – qui inclut aussi bien les partis de droite, d’extrême droite, de gauche et d’extrême gauche, ainsi que l’abstention.

La conscience de classe ne se fait donc qu’a minima, faute, en quelque sorte, d’adversaire pour la grande bourgeoisie. C’est là le privilège de la dernière des classes sociales.

5. Courte conclusion

Alors que l’avenir des classes moyennes inquiète de plus en plus les français – et à raison – et que les classes populaires semblent plus anomiques que jamais, penser le monde en terme de classes sociales et de rapports de classe n’est pas totalement inutile. Cela ne débouche pas nécessairement sur une apologie de la lutte des classes et de la libération par la révolution, comme on voudrait parfois nous le faire croire. Il s’agit simplement de se faire une représentation plus juste des enjeux de pouvoirs dans la société contemporaine. Toute société complexe est faite de conflit. Le langage politique contemporain essaye souvent d'esquiver cette dimension poutant essentielle de nos sociétés, et ce à gauche comme à droite. Soit en proposant des réformes "nécessaires" et n'ayant donc pas à être débattu, soit en refusant, au nom d'un certain universalisme, l'idée même que des groupes puissent avoir des intérêts différents.


Bref, ce que je cherche à dire, c'est que penser les conflits, leurs formes, leurs sens et leurs conséquences, est sans doute l'une des approches pour lequel la pensée de Marx est la plus utile. Et c'est pour cela que je vous en reparlerais très bientôt.


Bibliographie :

[1] Louis Chauvel, « Le retour des classes sociales », Revue de l’OFCE, 2001.

[2] Pascal Combemale, Introduction à Marx, 2006.

[3] Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, 1845.

[4] Peter L. Berger, Thomas Luckmann, La construction sociale de la réalité, 1963.

[5] Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Sociologie de la bourgeoisie, 3ème édition, 2007.

[6] Yankel Fijalkow, Sociologie de la ville, 2004.

[7] Eric Maurin, Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social, 2004.

[8] Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation – Mixité – Carte scolaire, 2007.

[9] Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847.

[10] Pierre Bourdieu, La distinction, 1979.

[11] Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les héritiers. Les étudiants et la culture, 1964.

[12] Michel Pinçon, Monique Pinçon-Charlot, Voyage en grande bourgeoisie, 1997


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