Le genre n'est pas une théorie, c'est un fait

Le genre n'est pas une théorie : c'est un fait. Cette formule, j'ai eu l'occasion de l'utiliser dans des billets précédents. Et j'ai dû souvent la marteler à nouveau contre les néo-réactionnaires qui se sont fait un devoir de continuer leur lutte contre l'égalité en la rhabillant "lutte contre la théorie du djendeur". Je me suis dit qu'il était temps que j'explicite complètement cette formule. Pas tellement pour convaincre les personnes en question, qui n'ont de toutes façons rien à faire d'une discussion un tant soit peu rationnelle, mais plutôt pour fournir à ceux qui ont un peu de curiosité intellectuelle et qui ne sont pas familier avec les sciences sociales une clarification du raisonnement.

Partons d'un point qui est consensuellement considéré comme un fait : "la Terre est ronde et elle tourne autour du Soleil". La formule est simple, et l'idée ne devrait pas être trop difficile à accepter... Qu'est-ce qui fait que ces deux propositions peuvent être considéré comme des faits et non comme des théories, celles "de la Terre ronde" et "de la Terre en orbite autour du Soleil" ? On pourra répondre que c'est parce que c'est vrai. On peut aussi dire que c'est parce que l'on est parvenu à le prouver. On aurait alors dans l'idée qu'une même proposition est une "théorie" tant qu'elle n'a pas été prouvé, et un "fait" une fois qu'elle l'a été.

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Mais poussons le raisonnement un peu plus loin : comment peut-on faire pour savoir que "la Terre est ronde" est vrai ? Une solution simple serait de monter dans un vaisseau spatial et d'aller faire un petit tour en orbite. Je pourrais ainsi facilement vous montrer que la Terre est ronde et non pas plate. Comme je pourrais vous montrer que la Terre tourne autour du Soleil, et que ce n'est ni l'inverse ni une danse aléatoire des corps célestes. Notons donc ceci : un fait, ça se montre.

Il n'est pas forcément facile de le montrer : un fait ne se donne pas à voir immédiatement. Si je regarde par ma fenêtre, ce que je vois par mes seuls sens, c'est que la Terre est plate. Pour voir que la Terre est ronde, il me faut des outils. Dans mon exemple, c'est un vaisseau spatial. Puisque tout le monde n'a pas sous la main, il y a d'autres outils disponibles : le Grec Eratosthène s'est contenté de planter deux piquets au sol à la même heure dans deux villes différentes et de regarder les ombres. A ces outils matériels, il ajoutait d'autres, intellectuels : les mathématiques. Il s'agissait là encore de montrer, même si devant l'impossibilité de montrer tout l'objet, on se basait sur les conséquences logiques de la qualité qui lui était prêté. Notons donc également ceci : il peut être nécessaire d'approcher un fait avec des outils. Parmi ceux-ci, les outils de mesure ne sont pas les moindres. Si je vous dis "il y a 142 kilomètres entre ces deux points" ou "cette eau contient une dose mortelle de cyanure" ou encore "la population française est constituée à 51% de femmes", j'ai besoin de faire des mesures, parfois à partir d'un simple échantillon (d'eau ou de population). Formulons cela d'une autre façon encore : un fait peut être enregistré. C'est ainsi que l'on constitue des données.

Considérons maintenant un autre point : puisque je sais que la Terre est ronde, je peux avoir envie de savoir pourquoi. Je peux alors me dire que ça doit avoir quelque chose à voir avec la gravitation et plus particulièrement avec un ensemble de lois relatives aux forces qui façonne et ont façonné l'univers. Je vais donc dire que la Terre est ronde parce que "gravitation" - je ne rentre pas dans le détail parce que ce n'est pas le sujet. Mais cette proposition "gravitation" est-elle un fait ou une théorie ? Posons-nous la question : peut-on montrer la gravitation comme on montre que la Terre est ronde ?

Je peux montrer que les corps chutent dans certains contextes. Je peux mesurer l'attraction qui s'exercent entre deux corps dans certains contextes. Et je peux montrer que la Terre est ronde et pas carré ou octogonale. Mais je ne peux pas montrer les principes qui organisent tout cela. Ce n'est pas que les lois de la gravitation sont fausses. C'est qu'il ne s'agit pas de les montrer : il s'agit de les démontrer, c'est-à-dire de montrer la cohérence entre les principes et les faits. La gravitation est en fait un ensemble de lois, de règles et de principes que l'on a dégagé d'un certain nombre de faits, qui vont de la chute des corps à la forme des planètes. Ce qui fait sa valeur et sa véracité, ce n'est pas le fait qu'on la mesure - ce qu'on mesure, c'est la chute des corps par exemple, ou l'attraction entre ceux - mais sa capacité à expliquer les faits que l'on observe. C'est la cohérence entre les faits et l'explication qui fait la valeur des théories relatives à la gravitation. Autrement dit, une théorie, c'est ce qui vient expliquer la forme que prennent nos données, ce qui vient expliquer les faits.

Pour que les choses soient plus claires, considérons un autre cas : l'évolution. C'est d'autant plus intéressant que le langage courant a adopté l'expression de "théorie de l'évolution", et confond régulièrement l'évolution avec le darwinisme. Qu'est-ce que l'évolution ? C'est le fait que les espèces ont évolué au cours du temps et se sont transformées pour donner les formes de vie que nous connaissons aujourd'hui. Il s'agit bien d'un fait au sens que nous avons donné précédemment : quelque chose qu'il s'agit de montrer. De la même façon que le fait de la Terre ronde repose sur des observations et des mesures, le fait de l'évolution repose sur l'observation, la collection et la mise en rapport de centaines de milliers de fossiles, ainsi que sur des observations in situ. Pour se convaincre que les espèces évoluent, il suffit de voir que les éléphants en Afrique perdent leurs défenses : on est bien devant une évolution de l'espèce.

Mais dire "les espèces évoluent" ne nous dit rien du pourquoi et du comment de ces évolutions. C'est là qu'interviennent les théories de l'évolution. Pour Darwin, les individus de chaque espèce avaient plus ou moins de chances de survivre du fait de certaines de leurs caractéristiques, ce qui débouche sur une sélection naturelle : le plus apte à survivre a plus de chances de se reproduire, si, se faisant, il transmet le caractère qui le rend plus apte, son descendant aura également plus de chance de survivre, etc. C'est la collection de faits concordant avec cette explication qui fait la force de la théorie darwinienne, dont on comprends qu'il est inexact de la résumer à l'idée que les espèces évoluent. D'autres théories se sont développées, en particulier mettant en avant une sélection sexuelle qui parvient à expliquer des faits qui restent incompréhensibles avec l'idée de survie du plus apte : par exemple, la roue du paon. On peut aussi mettre plus ou moins l'accent sur l'environnement climatique ou la lutte avec les autres espèces. Il existe, bien sûr, des combinaisons de ces différentes théories dans des modèles synthétiques.

Les spécialistes de physiques et de biologie évolutionniste trouveront sans doute ma présentation schématique. Mais on peut en retenir les idées suivantes. Nous avons deux classes de propositions différentes : les faits et les théories. On prend connaissance des faits par leur enregistrement et leur mesure, qui permet de les montrer. Les théories sont elles des explications que l'on apporte aux faits et aux données. On ne peut en prendre connaissance que par la forme spécifique que prennent les faits.

Venons-en au genre enfin. Commençons donc par récolter des faits : il existe des normes différentes qui s'appliquent aux hommes et aux femmes, ne serait-ce que les normes vestimentaires ; il existe des contradictions entre le sexe biologique d'une personne et le sexe qui lui est attribué dans ses relations aux autres (certains comportements amèneront ainsi les hommes à être traité de/comme des femmes, et inversement) ; on attribue un sexe à des choses qui n'en ont pas (on parlera d'une activité féminine ou masculine, d'une couleur féminine ou masculine, etc.) ; ces normes, ces représentations et ces relations varient de façon importante dans le temps et dans l'espace ; on ne réagira pas de la même façon à la même activité selon qu'elle est faite par un homme ou une femme (cela va de passer l'aspirateur à faire de la boxe) ; les hommes et les femmes ne sont traités de façon égales dans la société. Toutes ces choses, on peut les montrer, on peut les mesurer (différences de salaires), on peut les enregistrer. Ce sont des faits.

Et c'est cela le genre. Ces faits définissent simplement un objet d'investigation particulier que l'on peut caractériser comme la construction sociale de la différence des sexes. Il ne s'agit pas d'essayer d'expliquer quelque chose : il s'agit simplement de désigner cette construction, et éventuellement d'en fixer les limites.

Ensuite, ce que l'on va enregistrer, c'est une forme particulière de cette construction sociale de la différence des sexes : plus ou moins marquées, avec plus ou moins de domination et de pouvoir, attribuant des positions différentes, etc. Une fois cet enregistrement fait, il faut expliquer la forme des données enregistrées. Si l'on découvre, ô surprise, que la situation des femmes est défavorable par rapport à celle des hommes, il va falloir fournir une explication. On va alors formuler des théories, c'est-à-dire des propositions d'explications. Certaines vont mettre l'accent sur l'aspect matériel de cette construction sociale (des ressources inégalement réparties, des positions économiques différentes, un rapport d'exploitation), d'autres sur l'aspect symbolique (des formes de légitimité, des normes culturelles, l'importance des significations). Certaines vont proposer d'isoler cette construction d'autres types de relation, d'autres vont au contraire vouloir tisser des liens avec, par exemple, les relations économiques. Parmi ces théories, la plus convaincante sera celle qui pourra expliquer le plus grand nombre de faits.

Voilà ce que veut dire "le genre n'est pas une théorie, c'est un fait" : qu'il existe un objet d'investigation spécifique que se donne les scientifiques, cet objet étant la construction sociale des différences de sexe. On peut montrer le genre : il est incroyablement aisé de montrer qu'il existe des normes différentes pour les hommes et pour les femmes. C'est même plus simple que pour montrer que la Terre est ronde... Évidemment, certains autres aspects demandent un travail de mise à jour un peu plus important, comme la mise en jour d'une socialisation différente au sein de la famille et de l'école. Mais il s'agit là encore de rassembler des faits, c'est-à-dire d'enregistrer et de mesurer différents phénomènes.

Si certains veulent contester ce fait, c'est toujours possible. On peut toujours discuter un fait. Il faut alors proposer d'autres enregistrement, d'autres instruments de mesure, d'autres données. Ceux qui voudront montrer que la Terre est plate auront un sacré travail à faire... Et ceux qui voudront montrer qu'il n'existe pas de différences dans le traitement des hommes et des femmes, qu'il n'existe pas, dans nos sociétés, une distinction sociale et culturelle entre le "féminin" et le "masculin", que la socialisation des hommes et des femmes est parfaitement identique, auront un travail encore plus titanesque à faire. Mais finalement, on comprends que ce n'est jamais leur objectif : ce qu'ils veulent, c'est protéger ces différences de traitement... Autrement dit, ils luttent pour maintenir le genre en place, pour que les données ne changent pas, pour que les faits restent ce qu'ils sont. Je dois dire que cette ironie me console certains jours.

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52 commentaires:

Patrick Bouvier a dit…

Merci beaucoup pour cet article, qui sera un excellent lien à fournir à ceux qui ont assez subi le matraquage médiatique et les sorties des opposants à la théoriedudjendeuuurr pour en avoir une idée complètement faussée. On peut ainsi croiser des amis persuadés que la théorie du genre, c'est l'absence de différence entre sexes, ou la négation de ces différences, ou encore forcer les petits garçons à jouer aux barbies...

Juste une remarque (et éventuellement une discussion) sur la notion de théorie (au sens scientifique du terme) : la validation d'une théorie (comme la gravitation, pour reprendre ton exemple) provient plus de sa capacité prédictive (permettre de prédire des faits nouveaux) que de sa capacité explicative. Expliquer des faits est toujours possible (par exemple, par les pouvoirs magiques des souris cachées sur la face obscure de la lune). Les prédire (avec une exactitude suffisante, et tout spécialement supérieure à celle fournie par les théories précédentes) est ce que l'on demande à une théorie scientifique. Ainsi, les différentes théories expliquant le même type de phénomène ne peuvent être considérées comme vraies ou fausses, mais plutôt comme plus ou moins précises. Par exemple, la Terre peut être considérée comme plate dans une première approximation (valide dans la vie quotidienne), ronde dans une seconde (ce qui reste encore inexact), et aplatie aux pôles dans une troisième. De même, la mécanique de Newton n'est pas invalidée par la mécanique quantique. Mais la seconde prédit des phénomènes pour lesquels les prédictions de la première étaient fausses.

En tout cas, ceci s'applique à ce que je connais un peu mieux (la physique, la chimie, la biologie...). Concernant les sciences sociales, je ne sais pas si il existe des exemples de faits prédits plutôt qu'expliqués. La difficulté de mettre en place des expériences reproductibles est sans doute un obstacle à ce type de validation. D'où finalement ma question : en sciences sociales, peut-on prendre comme but de prédire, ou doit-on se contenter d'expliquer (ou encore d'observer) ?

Désolé pour cette digression un brin épistémologique !

La Chatte a dit…

Merci de cet article. Les billets contre la "théorie du genre"(gniii rien que le terme me fait grincer des dents) sont de toute façon, en général, un amas de vide. Je n'en reviens pas que certains puissent écrire autant d'idiotie sur une notion dont ils ignorent tout. On a l'impression que le genre est une grande armée des ombres qui vient de faire irruption pour nous éradiquer (soutenue par le puissant lobby gay). C'est vrai que d'un cetain côté, c'est plutôt drôle.

Pégase a dit…

Merci infiniment pour votre article, à la fois très clair et didactique et extrêmement bien écrit.
Cela me fait d'autant plus plaisir, en tant que jeune biologiste généticienne, que vous prenez le temps de rappeler, certes à titre d'exemple mais cela ne peut que faire du bien, que l'évolution n'est pas une théorie mais bien un ensemble de faits !

DM a dit…

Merci pour ces explications "grand public".

J'aurais toutefois quelques remarques sur ton épistémologie (remarques indépendantes de la question du genre).

Tu sembles établir une démarcation nette et stricte entre les faits et les théories. En réalité, certains "faits" n'ont de sens que par rapport à une théorie donnée.

Prenons un exemple simple: l'électricité. Si je dis "la tension de l'électricité secteur dans cette pièce est de 221V", ce qui apparaît très factuel, j'embarque en fait un énorme paquet de théorie: en effet, ce que je veux dire par là, c'est que j'ai branché un voltmètre électronique sur une prise et que j'ai lu 221 dessus, or le rapport entre cet affichage et la grandeur physique mesurée n'est pas évident (la réalisation de cet appareil fait appel à des théories physiques non triviales). Si à côté je branchais un autre voltmètre, à aiguille, le simple fait d'énoncer que les deux mesurent la même quantité ferait appel à ces théories absolument non évidentes.

Bref, de la théorie peut se cacher simplement dans le fait d'appeler du même nom deux quantités calculées différemment. Même, la simple notion de "tension", qui fait "factuel", n'a rien d'évident.

Pour reprendre les exemples des sciences sociales, derrière un fait statistique banal se cache le plus souvent tout un tas de présupposés, par exemple que l'on a éliminé les biais de sondage, ce qui revient à présupposer que certaines quantités ou caractéristiques sont (presque) statistiquement indépendantes. Or, il me semble que les prédiction erronées en économie viennent souvent d'un présupposé d'indépendance non vérifié.

Autrement dit, derrière ce qui est présenté comme un fait objectif on peut avoir de gros présupposés pas forcément vérifiés.

Enfin, je suis un peu embêté avec ton assertion qu'une théorie convainc en expliquant le plus grand nombre de faits. Un problème bien connu dans des domaines aussi divers que l'économie et le "machine learning" est celui de l'"overfitting": tu as un modèle qui explique fort bien le passé (ou l'ensemble restreint de cas que tu as étudié), mais qui en fait n'a pas de valeur prédictive ou du moins de valeur sur un ensemble plus général. J'admets que ce genre de choses est plus facile à constater sur des modèles quantitatifs que qualitatifs, mais ça doit aussi se produire sur les modèles qualitatifs (n'y a-t-il pas de grandes théories sociales qui ont été développées en se basant sur certains types de sociétés, par exemple européennes récentes, et qui se plantent ailleurs?).

schmorgluck a dit…

@Patrick Bouvier : avec la sociologie on peut, par exemple, prédire que les enfants mâles nés dans un milieu donné pratiqueront presque tous au moins une activité culturelle ou sportive valorisée par ce milieu. Au moins sous forme de probabilités.

DM a dit…

@schmorgluck: Attention à ce que je disais plus haut. Un problème récurrent dans certaines disciplines (économie) est la présentation de théories capables "d'expliquer" ce qui est constaté dans le présent et le passé (bref, on peut "prédire" ce qui est déjà arrivé) mais qui ne sont pas capables de prédire des situations nouvelles.

Évidemment, avec quelque chose d'aussi évident et un peu flou que "les enfants ont tendance à pratiquer les activités culturelles et sportives valorisées dans le milieu social de leurs parents et compatibles avec les moyens de ceux-ci", il n'y a pas ce problème, mais il se pose certainement quand on prétend établir une corrélation entre deux phénomènes.

Elle a dit…

Merci pour cet article très bien expliqué.

Luc Bara a dit…

Il faut admettre que l'argument: "la théorie du genre n'existe pas", est pratique pour faire passer son contradicteur pour un conspirationniste ou un affabulateur.
- "Le genre est un fait, pas une théorie "
- "Le genre n'est pas une théorie, c'est un concept"
- "Il n'y a pas de théorie du genre, il n'y a que des études"
- "Nous faisons des expérimentations mais il n'y a pas de théorie"
etc...etc...etc...

Alors on peut jouer sur les mots à l'infini, mais le fait est que:
- A la 4e conférence de Pekin sur la femme, en 1995, le terme de genre (d'éja évoqué à la 3e conférence de Nairobi en 1985) "a fait l'objet d'une définition" (source wiki)
- Une des mesures résultantes de cette conférence, stipule que les aides au développement doivent être favorisées pour les pays qui présentent un programmes éducatif incluant cette théorie du genre ("qui n'existe pas", évidemment)
- Notre ministre Vallaud-Belkacem a un conseiller en "genre":
Gilles Bon-Maury, chargé de la lutte contre les violences et discriminations commises en raison de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre.
- Les émissions TV sur cette théorie"qui n'existe pas" se multiplient.
Par exemple le titre de l'émission de "Ce soir ou Jamais" était il y a peu: "La théorie du genre dans les livres scolaires" (et non pas "La théorie du genre existe t-elle?").
- Les livrent scolaires de première (Bordas, je crois) incluent, l'année prochaine, un Chapitre "Devenir Homme ou Femme, La question de l'identité sexuelle",

Je pense que le débat n'est pas de savoir si le mot "fait" ou "concept" ou "théorie" est le plus approprié pour définir cette idéologie qui est en train d'être appliquée. le débat est d'ordre philosophique et anthropologique.

Cordialement

Denis Colombi a dit…

Concernant la question de la prédiction dans les sciences sociales, je pense qu'il faudrait une réponse plus longue que ce que je peux faire dans un commentaire. Très rapidement, je dirais que tout dépend de ce qu'on appelle une prédiction. Un jour, un spécialiste d'évolution à qui je demandais si les théories de l'évolution permettaient de faire des prédictions m'a répondu : "bien sûr : il n'y a pas de lapins au Groenland !" (ou quelque chose d'approchant). Les questions épistémologiques que cela recouvre sont à mon sens plus complexes que l'opposition simple "science de la nature/science de la société". C'est la nature de l'objet traité qui est en jeu : s'agit-il d'un objet historique, donc où la reproduction est impossible, ou non ? Si c'est un objet historique, alors l'idée de prédiction ne peut pas avoir le même sens. Et je pense qu'une partie des sciences de la nature - et notamment la question de l'évolution - se penchent sur des objets historiques.

@Luc Bara : si vous ne voulez pas passer pour un conspirationniste, évitez de vous exprimer comme ça. Vous listez une série de faits de nature très différentes : la diffusion du terme "genre" dans des institutions internationales (je peux vous faire la même avec le terme de "capital social" et vous montrez que la définition de la Banque Mondiale n'a à peu près rien à voir avec celles les plus couramment utilisées dans la recherche), des émissions de télé qui surfent sur une polémique montée de toute pièce par un mouvement néo-réactionnaire, l'introduction de la question de l'identité sexuelle dans les programmes de première... Dans les trois cas, on a des approches très différentes.

Mais la fin de votre commentaire dit tout : vous continuez à parler d'idéologie. Mon billet dit pourtant que le genre existe. Ce n'est pas une idéologie. Bref, vous ne l'avez pas lu, et vous n'intervenez que pour essayer de défendre l'idée stupide que l'on cherche à endoctriner les gens avec un mensonge. Puisque vous n'êtes pas là pour débattre, je vous déconseille de le faire.

Jean-no a dit…

Tiens, je ne suis pas trop d'accord avec ton approche.
Déjà, la Terre n'a jamais été ronde, elle est sphérique. On peut la voir ronde, bien entendu, depuis un point de vue extérieur. Dire que la Terre est ronde est donc moins l'expression d'une réalité que celle d'un point de vue (ici un point de vue distancié : on imagine ce qu'est la Terre depuis un point qui ne se trouve pas sur la Terre).
Ensuite, je trouve curieux d'opposer théorie et faits, la théorie est une construction, un assemblage, qui sert à décrire des faits (imaginaires ou réels) et je pense que les études de genre sont, en ce sens, une construction théorique, avec ses outils, son vocabulaire, ses certitudes, sans doute aussi ses totems et ses tabous, ses modes, et bien entendu ses preuves... À partir du moment où même ceux qui sont en permanence soumis aux questions de genre (nous tous, quoi) ont mis des siècles à mettre en place une discipline pour l'étudier et le comprendre, que son observation implique même une éducation, je pense que le mot "théorie" est valide. Il faut juste ne pas confondre "théorie" et "hypothèse".
Sur la question de l'idéologie, évidemment, le genre, comme toute étude qui porte sur les sociétés humaines et leurs contingences (sociologie, économie,...), pousse à réfléchir aussi aux changements qui peuvent être engagés, les chercheurs de ces domaines en sont donc toujours des acteurs conscients, si ce n'est des militants, et c'est aussi inévitable que naturel, mais j'imagine que c'est ce qui fait peur à certains.

Denis Colombi a dit…

Concernant la Terre, j'ai utilisé le mot "rond" par facilité. Je ne pense pas qu'il soit utile de raffiner plus pour ce que je voulais dire dans ce billet.

Le billet ne dit pas qu'ils n'existent pas un ensemble de théories qui portent sur l'étude du genre. Mais il n'en reste pas moins que le genre lui-même est un fait. A condition de bien comprendre ce que ce mot veut dire. Ce que j'essaye de clarifier dans le billet. Autrement dit il n'est pas faux de parler de dire "les études de genre sont une construction théorique", mais comme un ensemble de théorie portant sur un fait, le genre.

SB a dit…

Si j'ai bien compris, le genre est un fait, il met en lumière qu'un homme et une femme n'ont pas les mêmes relations avec le reste de la société et sont jugés en fonction de la catégorie -le genre- à laquelle ils appartiennent. Les femmes étant relativement désavantagées.

Donc, si les inégalités sociales entre personnes de sexes biologiques opposés (ou indéterminés) disparaissent, le genre cesse d'être un fait pour devenir un souvenir, et passera du cours de sociologie à celui d'histoire ? Il suffit donc de changer de type de discrimination.

Denis Colombi a dit…

Le genre étant un objet ou un fait historique, il peut en effet disparaître. On peut imaginer une société parfaitement égalitaire de ce point de vue dans laquelle l'information "je suis un mâle" ou "je suis une femelle" n'aurait pas d'importance particulière.

Maintenant, votre "il suffit donc de changer de type de discrimination" est triplement problématique : 1) le problème, c'est peut-être les inégalités (et non seulement les discriminations) quelles qu'elles soient ; 2) votre "il suffit" suggère que c'est facile alors que c'est très difficile ; 3) les inégalités ne se limitent pas aux inégalités de genre : elles ont tendance à s'additionner (on retient généralement le triptyque "classe, race, genre") plutôt qu'à se substituer.

SB a dit…

"Il suffit donc de changer de type de discrimination.", je suis tombé dans le piège de l'ironie facile mais qui vous à poussez à une réponse qui m'éclaire un peu plus. (je vais réciter l'un de vos articles sur l'humour en pénitence)

1- Je ne voyais pas les inégalités comme un problème mais seulement les discriminations. Après réflexion, je pense que les inégalités sont effectivement le problème car elles "donnent raison" à la discrimination aux yeux du bourreau et de la victimes.

2- Je ne sais pas. J'ai l'impression que pour les personnes appartenant à la classe dominante, il est plus simple, face à une pression égalitaire de changer de discrimination que d'accepter l’égalité.

3- J'en ai conscience mais votre article portant sur le genre...

jean a dit…

La sélection sexuelle a aussi été mise au jour par Darwin "The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex" (livre où on trouve aussi pas mal de préjugés de l'époque).
Par contre, nombre d'autres théories sont venues compléter et parfois modifier le corpus darwinien:
lien avec la génétique, explication de l'empreinte (conflit sexuel), des gènes sauteurs ("gène égoïste").

Anonyme a dit…

(Ne possédant aucun blog ou équivalent, je n'ai pas d'autre choix que de faire un commentaire anonyme, veuillez m'en excuser.)

Par politesse, je me présente rapidement: François, 28 ans, élève avocat.

Vous usez d'un ton péremptoire et d'une agressivité qui ne font pas bon ménage avec le domaine de votre expertise: la sociologie. Il est regrettable que vous ne répondiez pas de façon plus développée à Patrick Bouvier et DM, car la distinction fondamentale entre sciences exactes et sciences humaines est bien ce qui fait défaut à votre argumentation, n'en déplaise à vos efforts pour déployer un champ lexical tiré de la vérité et de la rationalité.

Il est ironique de voir un sociologue se battre pour qu'une notion sociologique soit considérée comme un fait ; cela revient à avouer que la sociologie se contente la plupart du temps de donner une appellation, pompeuse de préférence, à des évidences que tout le monde percevait sans son intervention. Ici, des faits ont été regroupés (normes vestimentaires, discriminations, inégalités salariales...), un petit malin a cérémonieusement baptisé ce paquet "genre", et la sociologie se gargarise de ce qui lui paraît être une découverte. Inutile de dire qu'avec de telles démarches, le sociologue n'est pas près de se voir accorder le crédit scientifique auquel il aspire. Je précise d'ailleurs que, contrairement à ce que vous laissez entendre, la théorie synthétique de l'évolution a beau traiter "d'objets historiques", elle est tout à fait capable de prédictions. Evidemment, elle ne peut pas dire de quelle façon évoluera une espèce, puisqu'elle même remet ceci entre les mains du hasard des mutations, mais les mécanismes de l'évolution ont été maintes et maintes fois constatés et vérifiés depuis leur théorisation par Darwin.

Je crois qu'en fait il serait plus honnête de reconnaître que le genre n'est pas une notion neutre, et ce serait même moins déshonorant parce que le genre pourrait ainsi avoir une utilité. Quel traitement aurait-on réservé à Marx s'il s'était contenté de dire: "la lutte des classes est un fait, et rien d'autre"? Son analyse sociologique aurait perdu la moitié de sa valeur. Car il est évident qu'au-delà des faits, c'est l'établissement de liens de causalité qui donnent à un travail sociologique sa valeur. La notion de genre recèle non seulement des faits, mais aussi une théorie qui organise ces faits, les lie pour mieux les étudier, avec comme principe moteur que l'identité de genre résulte en grande partie, non pas du sexe biologique ou d'un choix individuel, mais d'une construction sociale.

Pour toutes ces raisons, vouloir réduire le genre à un fait est, à mon sens, une tentative fallacieuse.

Denis Colombi a dit…

@François : votre message, d'un ton volontiers désagréable, ne fait que montrer que vous n'avez pas lu le billet : à aucun moment vous ne discutez ses arguments, vous contentant de l'affirmation péremptoire, assez amusante du reste, que le genre n'est pas un fait, alors que mon billet prend la peine de définir ce que cela veut dire et d'expliciter le sens de cette expression. Sens dont vous n'avez cure, tout à votre entreprise de dévalorisation des sciences sociales appuyée sur des affirmations pour le moins étranges : Marx, en bon matérialiste, voit bien évidemment la lutte des classes comme un fait...

Anonyme a dit…

(auteur du message: @François)

Vous m'accusez de ne pas avoir lu votre billet. Je l'ai pourtant parcouru avec attention, de même que de nombreux autres de votre blog. Mais peut-être vouliez-vous plutôt m'accuser de ne pas l'avoir compris (ce qui ne serait pas très amical de votre part)? Quand à discuter vos arguments, c'est très exactement ce que j'avais cru faire. Mais vous me rendez largement la politesse.

Pour ma part, je crois que nous nous sommes très bien compris au contraire. Je vais tout de même tenter de m'exprimer plus clairement. De deux choses l'une:

Soit il faut considérer, comme vous le faites, que le genre est l'appellation donnée à un ensemble de faits, mais dans ce cas la notion n'a aucune valeur sociologique puisque, n'établissant aucun lien de causalité, elle ne fournit aucune analyse.

Soit il faut considérer, comme je vous y invitais, que le genre est un ensemble de faits regroupés par le sociologue parce qu'il leur associe une même cause: les normes sociales qui façonnent notre identité sexuelle. Dans ce cas, étudier le genre a un sens, et il est possible de tirer des enseignements de la notion, mais alors il faut accepter, avec humilité, l'éventualité que les conclusions puissent être réfutées.

A titre subsidiaire, je ne doute pas que Marx ait été persuadé que la lutte des classes était une réalité très concrète. Cela ne l'a pas empêché de se tromper dans les grandes largeurs, en particulier concernant l'émergence d'une classe moyenne majoritaire. Cette réfutation faite par l'Histoire prouve que la lutte des classes, et ses prédictions (voire ses prédications), relevaient bien de la théorie.

Denis Colombi a dit…

Je vous "accuse" de ne pas avoir lu le billet, et je constate que vous ne l'avez toujours pas fait. Toujours aucune discussion de son argumentaire. Vous reprenez d'ailleurs le "si c'est faux, alors c'est de la théorie" que le billet conteste. Vous reprenez aussi le "un fait c'est irréfutable" alors que le billet s'attache à montrer que les faits doivent être mesurés et établis. Et vous montrez enfin que vous ne savez absolument pas ce qu'est la lutte des classes au sens de Marx, de même que votre propos sur l'émergence d'une classe moyenne majoritaire montre que vous n'avez pas idée des changements sociaux de ces 30 dernières années... Mais passons.

Le simple fait que vous résumiez le genre à l'identité sexuelle montre que vous n'avez pas compris ce que la notion recouvre. Le genre, c'est l'existence d'une distinction entre le masculin et le féminin dans une société. On peut le montrer. C'est donc un fait. Que ça vous plaise ou non. Et si cela vous oblige à considérer sérieusement les travaux qui se penchent sur cet objet plutôt que d'utiliser le paresseux "mais ça pourrait se tromper", tant mieux.

Anonyme a dit…

(auteur du message: @François)

Je dis simplement que la notion de genre est à la fois un ensemble de faits et une logique qui lie ces faits. Il est absurde de vouloir dissocier ces deux éléments, si ce n'est pour pouvoir se parer des vertus de la science en clamant haut et fort: "le genre est un fait".

Encore une fois, les études de genre supposent que l'identité sexuelle (ou la différence entre masculin et féminin, pour utiliser les synonymes que vous brandissez courageusement) est le résultat d'injonctions sociales. Si la différence entre le masculin et le féminin était entièrement déterminée par nos gènes, comme certains aveugles le prétendent, quel intérêt aurait alors les études de genre? On se contenterait de génétique.

Pourquoi nier avec une telle vigueur que le simple fait d'employer le terme "genre" suppose la conviction que la société façonne le masculin et le féminin?

Comme j'ai à cœur de rester correct, je me permets de ne pas répondre aux attaques ad hominem.

Denis Colombi a dit…

Je vous rassure : tout votre propos "mais c'est pas de la science" ne peut en aucun cas être qualifié de "correct".

Vous considérez encore une fois que l'identité sexuelle et la distinction masculine/féminin, c'est la même chose. C'est simplement faux. Les orientation sexuelle : hétéro, homo, sexuel, asexuel, bi, pan, etc. La différence masculin/féminin est une structure sociale particulière, produisant des catégories relationnelles d'individus, de fait, et de choses. Bref, vous ne savez pas de quoi on parle. Ca se comprends aisément : vous n'avez toujours pas lu le billet. La preuve : vous n'avez toujours pas pris la mesure de ce que signifie, au plan logique, le fait de dire "le genre est un fait".

Anonyme a dit…

(auteur du message: @François)

Sur la forme: j'ai bien employé les termes "identité sexuelle" et non "orientation sexuelle" (mais il était certainement plus commode pour vous de me lire ainsi). Je vous laisse le soin de décider si la notion d'identité sexuelle et celle de masculin/féminin sont synonymes dans leur acception ordinaire, et si la différence que vous y voyez n'est pas du ressort de la coupe de cheveux en 25 dans le sens de la longueur, de la largeur et de l'épaisseur (activité qui occupe un grand nombre de personnes).

Sur le fond: on tourne en rond. Je vais raisonner en vous citant, ne serait-ce que pour mettre un terme à cet argument obtus qui consiste à répéter que je ne vous ai pas lu.

Voyons la définition que vous donnez d'un fait:
"Un fait, ça se montre (...) Un fait peut être enregistré (...) On prend connaissance des faits par leur enregistrement et leur mesure, qui permet de les montrer."

Voyons maintenant la définition que vous donnez d'une théorie:
"Une théorie, c'est ce qui vient expliquer la forme que prennent nos données, ce qui vient expliquer les faits (...) Les théories sont elles des explications que l'on apporte aux faits et aux données."

Voyons pour finir la définition que vous donnez du genre:
"Et c'est cela le genre. Ces faits définissent simplement un objet d'investigation particulier que l'on peut caractériser comme la construction sociale de la différence des sexes. Il ne s'agit pas d'essayer d'expliquer quelque chose : il s'agit simplement de désigner cette construction, et éventuellement d'en fixer les limites."

J'en viens donc au point d'achoppement. Il ne s'agit pas "simplement de désigner cette construction", il s'agit en réalité de la qualifier, ce que vous faites vous-même en la nommant "construction sociale de la différence des sexes". L'emploi de l'épithète n'est pas anodin - non plus que celui du terme "construction" d'ailleurs. Cela révèle un pari sur les causes des faits mesurés: ils résultent non pas d'un déterminisme génétique, ni de la somme des choix exercés par la liberté individuelle, mais de normes sociales. En réalité, en affirmant que les faits mesurés (inégalités salariales, activités considérées comme féminine ou masculine etc.) ont été construits socialement, vous proposez déjà une explication de ces faits. Vous êtes donc, à en croire votre propre définition, dans la théorie.

Je résume donc mon propos en me fondant exclusivement sur vos écrits:
"Le rose est une couleur considérée comme féminine" est un fait brut.
"Le rose est une couleur considérée comme féminine, et ce fait résulte d'une construction sociale" est une théorie puisque donnant une explication au fait.

La distinction est importante car si d'aventure il s'avérait que la perception du rose entraîne chez la femme une sécrétion de je ne sais quelle hormone qui procure une sensation de plaisir (ce que je ne crois pas le moins du monde, évidemment), l'hypothèse faite par le genre, à savoir qu'une construction sociale et non biologique serait à l'origine de l'association couleur rose - féminité, s'avérerait au moins en partie fausse sur ce point.

En conclusion, je vous cite une dernière fois: "La plus convaincante (des théories) sera celle qui pourra expliquer le plus grand nombre de faits". Ceci va au genre comme un gant.

Denis Colombi a dit…

Non, l'identité de sexe n'est l'identité de genre qui n'est pas le genre. Le genre ne s'applique pas seulement aux individus. Le genre est ce qu'il faut expliquer. Vous n'avez pas lu le passage sur les différentes théories qui cherchent à expliquer le genre... Votre problème est que vous pensez que si on dit "c'est social", c'est une hypothèse. Non : la socialisation de genre, par exemple, est forcément sociale. Bref. Ce à quoi vous tenez, c'est à votre confort de ne pas vous posez de questions.

Vincent a dit…

Bonjour,
Déjà je voudrais vous dire que vos élèves ont bien de la chance...!

Ensuite, je propose à tous les gens qui ne comprennent pas la notion de Genre et ce qu'elle implique, de lire un rapport particulièrement édifiant sur la façon dont les enfants sont, dés le plus jeune âge, poussés inconsciemment (ou non!) à correspondre aux "normes de genre" associées à leur sexe de naissance. Normes pour le moins sexistes, machistes, et binaires à souhait....
Ainsi, ça met en lumière les comportements différents que les gens adoptent selon s'ils sont face à un bébé présenté comme étant un garçon ou bien comme étant une fille, comportements qui induisent chez l'enfant une différenciation forcée, indépendamment de sa propre volonté, de son propre développement personnel...

Le rapport est disponible ici en pdf : http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article306

Anonyme a dit…

(@François)

Et vous, tenez à draper votre idéologie dans les habits de la vérité scientifique. Que votre idéologie soit généreuse et progressiste ne change rien à l'affaire: l'opinion est toujours dangereuse quand elle nie à autrui la possibilité d'en avoir une.

Je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre.

Denis Colombi a dit…

@François : Merci de confirmer par ce dernier commentaire que ce qui vous dérange vraiment, c'est de ne pas pouvoir renvoyer le genre dans le domaine de l'idéologie, de ne pas pouvoir effacer d'un trait de plume les idées qui vous dérangent, de ne pas pouvoir dire "ce n'est pas mon opinion" pour éviter d'avoir à entrer dans une discussion.

Luc Bara a dit…

@Denis Colombi,
"Mais la fin de votre commentaire dit tout". C'est exactement la reflexion que je me suis faite en lisant votre post (que j'ai lu jusqu'au bout , merci de ne pas vous lancer dans les procès d'intention). Votre billet m'a interessé jusqu'au dernier paragraphe (étant moi même un esprit scientifique et plutôt au courant de ce qu'est la gravitation) seulement votre dernier paragraphe montre que cette démonstration brillante ne sert qu'ridiculiser des gens qui voudraient montrer que "la terre est plate" en ninant la différence de traitement homme-femme.
Je pense que vous vous trompez de combat. Je ne crois pas avoir vu des gens manifester dans les rues pour conserver les différences de traitemetn homme-femme. Les revendications des mouvements "réactionnaires" portent plutôt sur le droit des enfants à avoir un père et une mère. Personnellement, je pense que depuis des mois il n'y a pas de vrai débat mais que des dialogues de sourd.

Les exemples que je donne montrent que le "sujet" du genre (appelons le comme ça) est plus que jamais d'actualité. Des mesures sont prises par notre gouvernement: modification des manuels scolaires, expérimentations en crèche etc... mais les débats sont régulièrement évités par l'argument "vous parlez d'une théorie qui n'existe pas...fin de la discussion". Je suis de ceux qui pensent que le débat est démocratique mais j'en conviens c'est une position très réactionnaire.
Cordialement

Denis Colombi a dit…

J'aime bien tous ces gens qui viennent expliquer, la main sur le coeur, que évidemment on a jamais nié qu'il y avait des différences de traitement hommes/femmes... au moment où un mouvement néo-réactionnaire dénonce la lutte contre les stéréotypes à l'école... après des mois où l'on n'a cessé d'affirmer que tout ça était naturel... alors que chaque discussion sur le sujet doit subir l'argument ultime "mais ça doit bien être un peu biologique quand même, si tu es pas d'accord avec mon absence de preuves, c'est que tu es un extrémiste pas gentil bouh !".

Le gouvernement avance l'idée d'une lutte contre les stéréotypes. Certains la refusent parce qu'ils refusent trois choses : la liberté, l'égalité, la fraternité. A vous de voir ce qu'il y a de démocratique là-dedans.

Speed a dit…

"Le gouvernement avance l'idée d'une lutte contre les stéréotypes. Certains la refusent parce qu'ils refusent trois choses : la liberté, l'égalité, la fraternité. A vous de voir ce qu'il y a de démocratique là-dedans."

C'est parce que vous comprenez la devise dans un sens gauchiste, c'est-a-dire liberte comme "capacite de", egalite comme "de fait" et fraternite comme "solidarite forcee".

Ca n'a d'ailleurs aucun rapport avec la democratie.

Deux douzaines de bureaucrates et de demi-sociologues dans les bureaux du ministere de l'Education nationale n'ont pas la moindre legitimite pour "changer les mentalites" (qui est je le rappelle le but affiche).

Denis Colombi a dit…

C'est toujours rigolo de voir certains s'indigner que l'on veuille garantir à chacun une société où ils pourront vivre sans subir l'oppression de la part des autres parce que c'est un "changement de mentalité" et ne rien trouver à redire lorsqu'il s'agit de diffuser "l'esprit d'entreprise"... Ce qui pour le coup est une pure action sur les mentalités...

Donc oui, on veut l'égalité des individus, hommes et femmes, hétéro, homo ou autre, etc. Cela peut passer par la punition de ceux qui l'enfreignent en agressant ou en discriminant. Cela peut aussi passer par de l'éducation. Mais ce point, qui devrait être très consensuel, se heurte au désir de certains de maintenir les inégalités.

Speed a dit…

"et ne rien trouver à redire lorsqu'il s'agit de diffuser "l'esprit d'entreprise""

Homme de paille. Helas pour votre argumentation, je suis contre egalement.

"on veut l'égalité des individus"

Vous avez l'egalite. En droit. Le reste (les representations, les opinions, les interactions) ne regardent pas le gouvernement.

"se heurte au désir de certains de maintenir les inégalités"

Homme de paille.

Denis Colombi a dit…

Vous avez le droit d'avoir une vision naïve du politique, mais la question de "dans quelle société voulons-nous vivre ?" et au coeur de celui-ci... Votre position qui se veut "neutre" est en fait du côté du maintien des inégalités, que vous le vouliez ou non : laisser à certains le droit de discriminer, exclure, cracher, insulter, etc. sur les autres, ce n'est pas neutre. Vous avez le droit d'être un sexiste patriarcal dans votre tête, mais l'Etat a le devoir de vous rappeler qu'on ne vous laissera pas faire cela dans la réalité. Parce que ce n'est pas dans cette société que nous voulons vivre. C'est ça, le politique.

Speed a dit…

"laisser à certains le droit de discriminer, exclure, cracher, insulter"

Si la loi est la meme pour tous (d'ailleurs il y a encore quelques trucs a faire, genre don du sang), s'il est interdit de porter atteinte a l'integrite physique, dans ce cas "discriminer", "exclure", "cracher" (au sens symbolique pour ce dernier) relevent de la liberte individuelle. Il n'y a pas de droit a ne pas etre blesse dans sa sensibilite de gentil.

"ce n'est pas neutre."

Jamais dit le contraire.

"Vous avez le droit d'être un sexiste patriarcal"

Vous arrivez parfois a argumenter sans utiliser d'hommes de paille ou de piques ad hominem ? Jamais dit que j'approuvais moralement le discours ou l'acte sexiste ou que je l'incitais.

"Parce que ce n'est pas dans cette société que nous voulons vivre."

Le "nous" n'implique que ceux qui pensent comme vous. Je peux dire exactement la meme chose. Les anti mariage homo disent exactement la meme chose.

Baptiste M. a dit…

Bonjour,
Je m'invite dans ce fil de commentaires pour ne pas laisser notre cher Denis se défendre seul (même s'il le fait très bien !), à force ça doit être épuisant...

Cher Speed, vous m'avez bien fait rire: "Helas pour votre argumentation, je suis contre egalement." Merci de développer. Car une petite phrase pour dénoncer une argumentation construite, c'est assez faible, vous ne trouvez pas ? On aurait presque l'impression que vous n'avez rien d'intéressant à dire... mais c'est sûrement uniquement une impression. C'est bien beau d'être "contre", mais ça ne fait pas tout !

Et cher Luc, merci d'abord d'avoir fait un vrai commentaire, plus étoffé. Agréable ! Même si je pense que vous vous trompez légèrement: Denis ne parle pas des mouvements "réactionnaires" auxquels vous faites référence. Il parle de manière beaucoup plus générale, d'un climat, d'un certain nombre d'attaques (contre le mariage pour tous, contre la notion de genre à l'école, contre la volonté du gouvernement de tenter d'établir une certaine forme d'égalité homme/femme, etc) qui cherche à maintenir (inconsciemment ?) les inégalités homme/femme et une société patriarcale genrée. Et quand vous dites que "les débats sont régulièrement évités par l'argument "vous parlez d'une théorie qui n'existe pas...fin de la discussion".", je crois que vous y allez un peu fort... et que vous oubliez que, à force de revenir sur cette fameuse "théorie du genre" à tire-larigot, de se bloquer là-dessus, les opposants aux réformes bloquent aussi complètement le débat. Ne nous rejetez donc pas la faute, merci !

Bref, un petit commentaire en passant, pour essayer, j'espère, d'apporter un peu d'eau dans le moulin du débat démocratique.

Baptiste.

Denis Colombi a dit…

@Speed : Scoop pour vous : il est interdit en France de discriminer, exclure, cracher au sens symbolique sur les personnes en fonction de leur sexe, de leur genre, de leur race, de leur orientation sexuelle, etc. Relisez la Déclaration des Droits de l'Homme, relisez la Constitution... Si vous pensez que l'école ne doit pas expliquer ces choix collectifs qui se sont traduits par des lois, c'est que vous êtes contre ces choix collectifs, et donc contre l'égalité. Deal with it.

Ah, et quand je dis "vous avez le droit d'être un sexiste patriarcal", c'est un "vous" général que vous transformez en attaque ad hominem parce que ça vous arrange bien...

Speed a dit…

"Scoop pour vous : il est interdit en France de discriminer, exclure, cracher au sens symbolique sur les personnes"

La c'est vous qui arrangez mes propos a votre sauce. On disait bien que les homosexuels "avaient le droit" de se marier, ce qui - Scoop ! - n'etait pas le cas. Le droit positif n'est pas respectable parce qu'il est droit positif et quand je dis "il n'y a pas de droit" a ne pas etre insulte (ou diffame), je signifie "je ne reconnais pas ce droit". Encore une fois, je ne signifie pas que je pratique la discipline ou que je l'approuve...

"donc contre l'égalité"

Imposee par la violence illegitime de l'Etat, oui, tout a fait.

"Deal with it."

Baleze. Il est preferable d'arreter la discussion, on va tourner en rond.

Quand un gouvernement sera decide a baisser bien comme il faut votre salaire et abolir le statut de la FP, je viendrai vous lacher un petit "Deal with it".

Merci quand meme pour l'echange.

Denis Colombi a dit…

@Speed : Que voulez-vous que je vous dise ? Vos commentaires sont à la limite du délire. Je vous dit "deal with it" pour vous faire comprendre que ce contre quoi vous luttez, c'est juste contre l'égalité, et vous partez dans un délire d'attaque personnelle. Pour le reste, vous réclamez juste le droit d'insulter les gens sans qu'on vous en fasse le reproche... et bien sûr, vous ne supporteriez pas un instant d'être insulté comme ils le sont. Bref, des éructations idiotes comme toutes celles qui sont devenus le quotidien du débat public français.

Simon a dit…

Bonjour à tous. Pour ma part, je trouve l'article très correct au niveau intellectuel, malgré ce que peuvent en dire certains commentateurs.

Il me semble que le commentateur Speed n'a pas grand chose à dire, donc je me permets de revenir sur le sujet d'avant (qui est, il me semble, le sujet de l'article), à savoir celui de la classification du "genre" dans la catégorie des "faits".

Pour reprendre un peu la discussion avec Anonyme/François, je voudrais revenir sur la phrase : "Pourquoi nier avec une telle vigueur que le simple fait d'employer le terme "genre" suppose la conviction que la société façonne le masculin et le féminin?" Pour répondre à François, le choix du terme "conviction" est assez fallacieux. Si je ne me trompe pas (merci de me corriger si c'est le cas), le genre est, par définition, l'ensemble des différences entre les sexes qui sont induites socialement. Avant de mettre une telle différence dans le paquet "genre", il convient donc de s'assurer qu'elle a effectivement une origine sociale (et non pas d'en avoir la conviction sans justification). C'est le cas, je crois, des couleurs rose/bleu traditionnellement associées aux filles/garçons. Il y a des historiens (dont j'ai la flemme de chercher le nom et les travaux maintenant) qui ont montré qu'il y a quelques siècles, les couleurs associées étaient essentiellement inversées (bleu pour les filles, rouge pour les garçons). Ceci montre (sans avoir besoin d'en avoir la conviction) que cette différence entre les sexes appartient au genre tel qu'il a été défini. Et en particulier que le genre est une notion non-vide, et donc que c'est un fait. Ne connaissant pas beaucoup le sujet, je m'arrête là, mais ça me semble répondre (au moins partiellement) aux inquiétudes de François.

Ceci étant dit, je suis assez intéressé par la question de la "scientificité" de la sociologie. A quel point pouvons-nous faire des prédictions sociologiques qui permettraient de voir la sociologie comme une science expérimentale ? J'ai trouvé un papier d'un dénommé Dominique Raynaud (http://halshs.archives-ouvertes.fr/docs/00/04/45/46/PDF/Raisonnement-CESS.pdf) qui va dans le sens "on peut prédire des choses avec la sociologie", en montrant une prédiction faite par l'auteur qu'il a vérifiée plus tard. C'est très intéressant, mais je reste un peu sur ma faim. Sauriez-vous où je pourrais trouver d'autres discussions de ce genre ? A quel point l'usage de formalismes mathématiques (comme la théorie des graphes dans le papier susnommé) est-il répandu en sociologie ?

chirur a dit…

Ce qu'il fallait démontrer. L'obsession des corps parfaits y compris par le biais de la chirurgie esthétique montre assez bien que le genre cherche à s'exprimer et à se différencier nettement.

macgio a dit…

Bonjour,

je me permets de vous conseiller de lire cette présentation d'un livre de l'anthropologue Priscille Touraille, "hommes grands, femmes petites, une évolution coûteuse" :
http://mediatheque.seine-et-marne.fr/priscille-touraille

Il semble que cet article mette à jour un "noeud", celui entre le genre et les différences anatomiques des êtres sexués que nous sommes. Il me semble que les sceptiques, les détracteurs du genre n'acceptent pas que la distinction homme/femme soit avant tout sociale, c'est à dire que la biologie, l'anatomie, la physiologie... ne sont pas capables ne rendre compte de cette réalité. En effet, si le genre ne nie pas la réalité anatomique et les différences qui existent entre "les gonades", "les organes reproducteurs", ces sciences n'ont pas échappé à la catégorisation homme/femme. Ainsi, si la biologie a relevé (observé, mesuré...)qu'il existe des gonades comme ceci et d'autres comme cela, qu'elles ont un rôle différent dans la reproduction, dire ""les femmes" sont les êtres qui ont un organe reproducteur en forme de..." est bien une catégorisation qui n'a rien de « naturelle ».

Ce que je trouve important, c'est sa volonté de dénouer les incompréhensions qui peuvent exister entre les sciences sociales et les autres sciences, incompréhensions qui peuvent être traduites par les lecteurs non-experts (dont je fais partie) comme « le genre nie la réalité biologique de l'espèce humaine ».

Voilà pour ma modeste contribution.
Au plaisir de vous lire !

Logopathe a dit…

Il me semble que le mot "genre" n'est guère utilisé dans ce sens que depuis un demi-siècle. Est-ce à dire que la réalité qu'il désigne n'était pas perçue auparavant? Je n'en crois rien. Je pense qu'elle était perçue, et qu'on utilisait, pour la désigner, le mot "sexe". Celui-ci n'avait pas le seul sens de "sexe biologique"; il était utilisé pour édicter, décrire, et même analyser les différences sociales entre hommes et femmes. Pas nécessairement en les présentant comme naturelles, comme biologiques; mais dans une perspective résolument moniste, sans chercher à faire le départ entre le naturel et le culturel.

Le mot "genre", qui n'a pas été inventé dans une perspective exclusivement militante, est arrivé pour isoler, en quelque sorte, le social du biologique dans la description des différences hommes/femmes.

Il me semble que ce choix lexical présente de grands avantages pratiques et analytiques. En même temps, il relève presque obligatoirement d'une perspective dualiste, selon laquelle on pourrait séparer nettement nature et culture, inné et acquis, biologique et social.

Dans ce sens, l'acte de nommer "genre" une partie de ce qu'on nommait "sexe" autrefois comporte bien une dimension théorétique.

A la fois, je suis tenté d'utiliser le mot, parce qu'il est pratique; en même temps, il porte bien en lui une part d'idéologie. Et d'idéologie pas toujours très claire en plus. Il faudrait déconstruire tout ce que la culture a construit pour séparer l'homme et la femme, afin de réaliser enfin leur égalité; une égalité conçue, finalement, comme une sorte d'état naturel.

Denis Colombi a dit…

@Logopathe : les rapports entre nature et culture n'ont jamais été autant interrogé, pensé, et complexifié que depuis que l'on dispose du terme de "genre" pour penser ces problèmes. Votre dernière remarque est étrange : le mot genre n'implique en rien qu'il faille se contenter de déconstruire la culture. Et au plan militant, la question n'a jamais été pour les féministes d'en revenir à un état naturel, mais de construire un milieu culturel plus juste.

Logopathe a dit…

"les rapports entre nature et culture n'ont jamais été autant interrogés, pensés, et complexifiés que depuis que l'on dispose du terme de "genre" pour penser ces problèmes."

Ils n'ont pas cessé d'être examinés, bien sûr; mais je ne suis pas certain qu'ils le soient davantage, c'est un très vieux problème. Et surtout, ils le sont dans une perspective résolument dualiste, c'est ça que je voulais dire. Le fait de dupliquer les termes, sous forme de substantifs et non d'adjectifs, crée un biais cognitif dans l'examen de la question. Le fait de ne pas le dupliquer aussi, sans doute... C'est un peu comme si vous inventiez un nom, distinct d'"argile", pour en désigner la dimension visqueuse; ou un nom distinct de "cheval" pour dénommer la dimension "blanche" d'un cheval blanc. C'est un peu le vieux problème chinois de "cheval blanc n'est pas cheval".

Je voulais donc simplement dire que ce choix n'était pas neutre, qu'il y avait bien, selon moi, une dimension théorique dans la démarche de nommer "genre" la dimension culturelle et sociale du sexe.

A minima, le "genre" est un choix lexical. Au plus, c'est un début d'explication. Mais pour moi, ce n'est pas à proprement parler un fait brut, comme la rotondité de la Terre. Dire que le genre n'est pas une théorie, mais un fait, je trouve que ça ressemble un peu à un artifice rhétorique.

Notez bien que, quand je dis qu'il y a une dimension théorique dans la démarche lexicale, je ne cherche pas à réhabiliter l'expression "théorie du genre", qui me paraît effectivement impropre. Pour moi, le genre n'est ni une théorie, ni un fait. C'est un terme rhétorique.

Mon dernier paragraphe n'était pas très explicite, j'en conviens. Mais "un milieu culturel plus juste", ce n'est pas très précis non plus. Juste par rapport à quoi?

Je précise que je ne remets pas en cause, dans la vie quotidienne, cet objectif de "justice", au sens d'égalité femmes/hommes; il fait partie de mon héritage culturel. Mais précisément, cet héritage culturel, il m'arrive de me demander d'où il vient, et où il nous mène. Les réponses que j'entends ne me satisfont guère.

Ca ne m'empêche pas de dormir non plus; en tant que petit malingre intello sensible, et donc "perdant" de l'ancien "système", je trouve pleinement mon compte, et au-delà, dans le nouveau. Ce n'est pas une question d'intérêt personnel. Mais j'ai le sentiment que l'édifice conceptuel derrière tous ces combats n'est pas très solide.

Il n'a d'ailleurs pas tellement besoin de l'être sous nos contrées: nul besoin d'être un fin barreur quand on va dans le sens du vent. (Il faudrait que j'explicite ça, ça a l'air méprisant dit comme ça, ce n'est pas le but; une autre fois peut-être).

Ma religion n'est donc pas faite sur le genre. Pour un point de vue critique argumenté, je lis ça:
http://lescalier.wordpress.com/2012/03/18/une-breve-histoire-du-genre-i/

C'est une série de billets inachevée; le raisonnement dont les conclusions sont annoncées dans le premier n'a pas encore été exposé. Mais il y a des éléments contextuels intéressants.

Cordialement.

Toto LaRillette a dit…

Les gens qui refusent les "théories du genre" ne sont pas tous aussi aveugles que ce que vous décrivez. Ils ne nient aucun fait (inégalités salariales, de traitement, dans les tâches domestiques, etc.), certains sont même prêts - voire militent - pour changer les choses.
Par contre, ils nient la théorie qui dit que ne pas différencier les filles des garçons dans l'enfance est le remède. Ils la nient en s'appuyant sur des faits : les rares cas "d'éducation non sexuée" sur lesquels on a le recul du temps sont des désastres.

Denis Colombi a dit…

@Toto LaRilette : Vous pourriez au moins faire l'effort de prendre le billet au sérieux et d'arrêter de parler de théorie pour des choses qui n'en sont pas... Mais bon, votre commentaire montre que vous faites partie de ceux qui ne veulent pas voir, et ce malgré plusieurs milliers d'études, que les inégalités sont le produit de socialisations différenciées. Les "rares cas d'éducation non sexuée" que brandissent les anti-genres sont malheureusement des cas d'éducation sexuée : le cas de David Reimer, par exemple, est le résultat d'une éducation sexuée, où l'on a refusé l'idée qu'on pouvait être un garçon sans avoir pour autant un pénis... Bref, l'objectif est toujours de défendre la naturalité des différences sur lesquelles se fondent les inégalités. Ce qui est insupportable aux anti-genres, c'est précisément cette égalité : ils ne tolèrent l'égalité qu'à condition qu'elle limite les droits des personnes à se définir.

Spike a dit…

Article très intéressant, merci pour la culture. Je laisse ça mijoter dans un coin de mon cerveau...

Peter Bu a dit…

Denis Colombi affirme: " (...) le genre lui-même est un fait. A condition de bien comprendre ce que ce mot veut dire." Mais, oui, tout le problème est là.

"Genre" tel qu'il est entendu ici, est une traduction mécanique de "gender" anglais. Sauf qu'en français, quand on entend "genre", on pense à "genre masculin - féminin", à "il" et "elle", donc à la différence sexuelle. Or, sauf erreur, le "genre" des sociologues décrit la différence des comportements qui sont en partie conditionnés par notre nature féminine - masculine, en partie par l’hérédité des connaissances acquises, l’apprentissage (l'éducation) et l'organisation de la société.

Quand Simone de Beauvoir a écrit "On ne nait pas femme, on la devient" elle a fait ce que j’appellerais un "raccourci saisissant". Elle a négligé la différence biologique (tellement évidente qu'elle n'a sans doute pas cru utile de la rappeler) et a insisté sur l'évolution de la petite fille en femme dans une société donnée. Sa phrase, très connue, provoque bien de malentendus - comme le terme "genre". Quel dommage! Cela donne des batailles inutiles au lieu de se mettre d'accord sur la nécessité de changer les relations entre les hommes et les femmes.

Pourquoi faudrait-il les changer ? (N'hurlez pas, toute question peut être posée, car une bonne question contient souvent la moitié de la réponse...)

A une certaine période de l'évolution, la domination masculine pouvait être indispensable à la survie de notre espèce - comme dans d'autres conditions pouvait ou pourrait l'être la domination féminine. Aujourd’hui, nos modes de production, d'une part, et la complexité du monde "globalisé", d'autre part, permettent le rééquilibrage de relations entre les sexes et le nécessitent. Le nécessitent car à l'échelle planétaire le monde des humains est trop complexe pour être compris par un seul point de vue (masculin ou féminin, occidental ou oriental, conservateur ou progressiste, etc...) et parce que les modifications à apporter à nos civilisations (à cause de la pollution à tous les étages, de l'épuisement de certaines matières premières, de la démographie galopante, de nouveaux modes de communications qui rapprochent les cultures et incitent à les comparer, etc.) sont d'une telle profondeur qu'elles ne peuvent pas être réalisées par seulement une partie de leurs membres.

Est-ce que je me trompe?

Denis Colombi a dit…

Votre commentaire me fait penser qu'il faut que j'édite les règles concernant les commentaires sur ce blog : il est temps d'interdire les commentaires qui se contentent de dérouler un discours tout fait, sans rapport avec ce qui est développé dans le billet. Ici, il est manifeste que vous voulez dérouler vos "idées" sur le genre sans réel souci pour ce qui se passe plus haut. C'est désagréable et grossier. Si vous souhaitez faire cela, vous n'avez qu'à ouvrir votre propre blog. Le mien n'est pas fait pour accueillir les élucubrations de tout un chacun.

Quoi qu'il en soit, je vais répondre très rapidement à votre question : oui, vous vous trompez. D'une part, votre propos est plein de fausses évidences du genre "la domination masculine était nécessaire par le passé" : ben non. Elle n'a jamais été nécessaire. D'autre part, en prétendant que la question c'est de changer les "relations entre hommes et femmes", vous faites comme si ces deux entités existaient et allaient de soi. Ce n'est pas le cas, et c'est bien pour ça que l'on a besoin de la notion de genre et même de Simone de Beauvoir.

Peter Bu a dit…

Le titre de votre texte est provoquant, mais votre démonstration de la différence entre l'observation et la théorie (entre le «genre» et l'explication de «la construction sociale des différences de sexe») est convaincante. Je n'avais aucune raison de la commenter.

J'ai réagi à votre phrase sur «les néo-réactionnaires qui se sont fait un devoir de continuer leur lutte contre l'égalité en la rhabillant "lutte contre la théorie du djendeur"» et essayé d'imaginer comment les désarmer au moins un peu. Vous prétendez que ma contribution n'a pas de rapport avec votre article, mais il me semble que vous l'avez lue un peu distraitement.

J'ai regretté que la traduction mécanique du «gender» américain créait des malentendus inutiles. Pour vous il est évident que les théories du «genre» (et leur enseignement qui angoisse les néo-réactionnaires) ne sont pas destinés à effacer la différence entre les «ils» et «elles», mais veulent, au nom de l’égalité entre les sexes et la liberté de chacun, neutraliser les clichés qui cantonnent les femmes et les hommes dans des rôles prédéterminés. J’espérais qu'en tant que sociologue qui a des moyens de communications assez importants, mon allusion à ces malentendus vous incitera d'agir pour diminuer les conséquences de cette terminologie mal choisie. Les manifestations contre l'enseignement des «théories du genre» ne vous semblent-elles pas nécessiter une telle clarification ?

Je n'ai pas affirmé que nous n'avions besoin ni de la notion du «genre», ni de Simone de Beauvoir, l'idée de contester leur importance ne m'a même pas effleuré.

Je n'ai pas écrit non plus que «la domination masculine était nécessaire par le passé». J'ai juste formulé l'hypothèse que dans certaines circonstances elle aurait pu «être indispensable à la survie de notre espèce - comme dans d'autres conditions pouvait ou pourrait l'être la domination féminine». Si la première supposition vous a irrité, la seconde aurait dû susciter la même réaction.

Quant à l'utilisation de votre blog pour diffuser mes «élucubrations», j'ai eu la chance de pouvoir publier des centaines d'articles et j'ai actuellement trois «blogs» sur Internet. Vous avez tort de me prêter une telle intention.

Je viens d'exposer une partie des raisons qui m'ont incité à contribuer au débat que vous avez initié. Par ailleurs, je vous ai soumis une vision de l'évolution du monde qui, à mes yeux, justifie «l'égalité des sexes» que vous défendez. Cette exigence a des raisons idéologiques, morales, économiques et juridiques qui peuvent vous paraître suffisantes, mais cela n'exclue pas la recherche d'autres arguments en sa faveur. Je ne vois pas pourquoi vous devriez refuser ma conviction qu'aujourd'hui plus que jamais l'humanité a besoin de la participation des femmes à tous les domaines de la vie sociale, et de leur créativité.

Enfin, vous me rétorquez : «(…) hommes et femmes", vous faites comme si ces deux entités existaient et allaient de soi». L'ai-je vraiment fait? En écrivant «sauf erreur, le "genre" des sociologues décrit la différence des comportements qui sont en partie conditionnés par notre nature féminine-masculine, en partie par l’hérédité des connaissances acquises, l’apprentissage (l'éducation) et l'organisation de la société», j'ai bien admis que «ces deux entités (N') allaient (PAS) de soi» car elles n'étaient pas uniquement conditionnées par le sexe.

Peter Bu a dit…

P.S.: Votre objection «en prétendant que la question c'est de changer les "relations hommes et femmes", vous faites comme si ces deux entités existaient» peut aussi être comprise comme une affirmation que les femmes et les hommes sont identiques. En vous relisant, je ne crois pas que vous le pensez, mais si c'était le cas, nos points de vue seraient effectivement assez éloignés. Cela ne devrait pas rendre une discussion inutile. Toutefois il serait appréciable si elle pouvait rester polie, et non «désagréable et grossière».

Je suis tellement contre les préjugés masculins visant les femmes – préjugés qui les ont réléguées dans une position sociale inférieure et les ont conditionnées pour ne pas avoir confiance en elles-mêmes – que j'ai écrit « Toutes ces âneries sur les femmes ». La pièce est sur Internet, vous pouvez la lire – et si elle ne vous plait pas exprimer librement votre désaccord.

Denis Colombi a dit…

Il y a des gens qui ne se définissent ni comme "il", ni comme "elle". C'est aussi cela que nous apprends la notion de genre. Et votre propos s'appuie sur l'idée que, quand même, homme et femme sont un peu différents. Je ne suis pas d'accord avec cela. Restons-en là.

PB a dit…

Restons-en là, mais je lirais volontiers votre explication de votre dernière opinion. Je suppose que vous l'avez déjà écrite : voulez-vous avoir l'amabilité de m'indiquer le lien vers ce texte ?

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