A propos de David Reimer

Les néo-réactionnaires multiplient les attaques contre les études sur le genre. Le plus grave est sans doute que certains médias, peu soucieux de rigueur et reconverti dans la presse à scandale (oui, Le Point, c'est de vous dont je parle), leur donne un écho sans prendre la peine de faire un travail journalistique digne de ce nom. Le cas de David Reimer est souvent mobilisé comme un argument contre les recherches sur le genre. Le problème, c'est qu'il s'agit de quelque chose de malhonnête : en se centrant sur un cas unique tragique, on essaye de faire oublier que la même situation s'est reproduite plusieurs fois avec des fins beaucoup plus heureuses. Je donne ici à lire un extrait du livre de la chercheuse en neuroscience Lise Eliot Cerveau Rose, Cerveau Bleu. Les neurones ont-ils un sexe ? qui, pour ceux qui sont motivés par le minimum d'honnêteté intellectuelle, devrait régler le débat.

Le cas le plus célèbre est celui de David Reimer : le « garçon élevé en tant que fille » [...].

Né en 1965, David avait huit mois quand survint le drame de cette circoncision bâclée. Ses parents, désemparés, prirent conseil auprès de différents médecins et se laissèrent finalement convaincre de le transformer en fille. La procédure nécessité de longs mois de travail et ne fut jamais véritablement couronnées de succès. Lorsque David eut dix-sept mois, on modifia sa chevelure, on commença à le vêtir de robes et on le rebaptisa Brenda. A vingt-deux mois, il subit une opération chirurgicale qui le priva de ses testicules et lui fabriqua un vagin rudimentaire.

Ce changement de genre arrivait trop tard. David/Brenda ne s'adapta jamais à son rôle de fille. Enfant, "elle" préférait les pistolets aux poupées, aimait se déguiset en homme, insistait même pour uriner debout. L'école, où les autres enfants se montrèrent cruels envers elle, lui posa beaucoup de difficultés. Elle commença vite à devenir agressive envers son entourage. Un jour enfin, vers l'âge de 14 ans, Brenda apprit la vérité au sujet de son passé médical. David reprit aussitôt son identité masculine. Il épousa plus tard une femme et devint père adoptif de trois enfants. Mais son passé ne cessa jamais de le miner, et il se suicida à l'âge de 38 ans.

L'histoire émouvante de David Reimer donne du poids à la théorie selon laquelle l'identité sexuelle et l'adéquation des comportements à l'un des deux genres sont câblés, programmées dans l'individu dès le plus jeune âge. [...] Pourtant les leçons à tirer de son martyre ne sont pas si claires, pas si évidentes qu'elles le paraissent. David est en fait assez âgé - il avait presque deux ans - au moment où il fut effectivement transformé en fille. [...] Les bébés de vingt et quelques mois savent déjà beaucoup de choses sur les différences entre les garçons et les filles : ils préfèrent déjà les jouets associés à leur propre genre, masculin ou féminin ; ils sont aussi très conscient de leur propre identité sexuelle. Autre donnée cruciale de cette histoire [...] : David avait un vrai jumeau [dans lequel il pouvait se reconnaître].

David Reimer ne fut pas le seul malheureux garçons à perdre son pénis à cause d'une circoncision ratée. Un autre cas, moins célèbre, à eu une conclusion différente – sans doute parce que l'accident se produisit quand le bébé avait tout juste deux mois. A sept mois, son identité sexuelle était déjà transformée, aussi bien socialement que chirurgicalement. Aujourd'hui adulte, cette personne se considère sans ambiguïté comme une femme. Elle a des relations sexuelles avec des hommes comme avec des femmes, mais elle préférait toujours jouer avec les filles quand elle était enfant, et elle n'est jamais habillé en homme.

En tout les chercheurs ont étudié plusieurs dizaines d'enfants qui étaient génétiquement des garçons mais qui, pour diverses raisons médicales, furent élevés comme des filles. La conclusion est rarement aussi tranchée que dans le cas de David Reimer. Dans une étude de 2005, le psychologue Heino Meyer-Bahlburg, de l'université de Columbia, a montré que sur soixante-dix-sept individus transformés en filles, seuls dix-sept avaient choisi de reprendre une identité masculine. Et si, arrivées à l'âge adulte, bon nombre de ces filles présentaient divers signes de masculinité et disaient être plus attirées par les femmes que par les hommes, la majorité se considéraient indiscutablement comme des femmes. Le Dr Meyer-Balhlburg écrit donc en conclusion : « Ces données ne corroborent pas la théorie de la détermination biologique du développement de l'identité sexuelle par les hormones prénatales et/ou par les facteurs génétiques. On est obligé de convenir que l'attribution d'un genre ou de l'autre à l'individu, et les facteurs sociaux concomitants, ont une influence majeure sur la constitution définitive de son identité sexuelle ».

Un commentaire : je suis un peu gêné par la façon dont Lise Eliot semble considérer une inclinaison homosexuelle comme un signe de masculinité. C'est difficilement défendable. Je me sens aussi obligé de souligner un point : les différentes femmes dont il est question ont toutes connues un début de socialisation en tant que garçon. Il faut tenir que cette socialisation commence dès la naissance, si ce n'est avant (on sait que le fœtus perçoit des choses de son environnement social, en particulier des sons : est-ce sans influence sur son développement futur ?). Dès lors, le fait que certaines de ces femmes présentent des traits de "masculinité" ne peut être attribué ipso facto à une donnée biologique.

Dans tous les cas, on voit qu'il est malhonnête de se centrer sur le seul cas de David Reimer, qui était certes une erreur mais uniquement parce que l'on avait pas assez pris en compte l'importance de la socialisation des enfants... et non à cause de la biologie ! On notera que l'information n'est pas difficile à trouver. Il est désolant de voir que certains sont prêt à instrumentaliser un suicide pour défendre leur idéologie. Et que certains d'entre eux osent se dire du côté de la vie...

Edit du 2 Mars 2014 : Après différentes discussions et remarques critiques, il me semble nécessaire d'ajouter quelque chose d'important à ce billet.

Le cas de David Reimer est un excellent argument contre l'éducation genrée. En effet, ce qui l'a fait souffrir n'est pas une éducation dé-genrée, encore moins une tentative de lutte les stéréotypes, mais bien la poursuite à tout prix de ces stéréotypes. John Money ne concevait pas qu'il soit possible d'être un homme sans avoir de pénis. Il ne concevait pas non plus que l'on puisse éduquer un enfant sans le pousser complètement du côté d'un des genres, conçus comme des classes opposées et inconciliable. Son but était de former de bons petits mâles et de bonnes petites femelles. Bref, des conceptions qui sont précisément celles de ceux qui s'opposent à tout prix à la notion de genre...

La violence qu'a subit David Reimer, violence tout à la fois physique, psychologie et symbolique, est une violence banale et quotidienne. C'est la violence qui frappe les enfants nés intersexués et que l'on opère à la naissance pour en faire des garçons et des filles sans leur demander leur avis. C'est la violence qui frappe le petit garçon qui veut mettre une robe ou la petite fille qui n'a pas envie d'être une princesse. C'est la violence qui frappe tous les enfants qui se découvrent des désirs amoureux ou sexuels pour ceux de leur sexe, celle qui est racontée, soi dit en passant, par Edouard Louis dans En finir avec Eddy Bellegueule. Bref, ce qu'a connu David Reimer, c'est la violence d'une société genrée et de son éducation. C'est la violence qui a été mise en lumière et questionnée par les études sur le genre. Que cela puisse être retourné contre elles nous dit quelque chose des enjeux qu'il y a derrière.
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20 commentaires:

Tortuga a dit…

Se baser sur le seul cas de David Reimer est statistiquement absurde. Mais se baser sur un échantillon de 77 personnes qui n'a pas été pris au hasard (donc potentiellement biaisé) l'est tout autant.

N'importe quel bon livre de statistique insiste sur l'importance de choisir un échantillon non biaisé, donc aléatoire (le hasard est le seul moyen de se prémunir contre les biais systématiques inconnus). Chacun a ses préférences, moi je recommanderais le livre de Schwartz "Méthodes statistiques à l'usage des médecins et des biologistes". C'est une référence, même s'il est plus adapté pour la médecine (une science où on est bien obligé de faire des statistiques un peu plus sérieuses). En tous cas, cet ouvrage explique très bien le problème du choix de l'échantillon.

Ce problème d'échantillonnage est abordé au lycée, dès la seconde, en cours de mathématiques (mais les profs de maths sont peut-être des néo-réactionnaires ?).


J'ai retrouvé, malgré le manque de précision (volontaire ?) de la citation, l'article de Heino Meyer-Bahlburg en cherchant dans sa bibliographie. Il s'agit de "Gender identity outcome in female-raised 46,XY persons with penile agenesis, cloacal exstrophy of the bladder, or penile ablation."

Lien vers pubmed : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16010465

Les deux seuls autres articles qu'il a publié en 2005 sont "Introduction: gender dysphoria and gender change in persons with intersexuality." et "Behavioral risk in early adolescents with HIV+ mothers."

Heino Meyer-Bahlburg ne parle pas du tout d'un échantillon non biaisé, au contraire, il ne considère que des enfants ayant subi un problème médical grave concernant les organes sexuels.
Ses résultats ne sont donc pas généralisables aux garçons qui auraient des organes sexuels normaux. En effet, on peut facilement imaginer qu'un garçon sans pénis élevé comme une fille aura plus de facilité à assimiler cette identité de fille qu'un garçon "avec pénis". Il y a donc un énorme risque de biais.

Pour éviter ce biais, il faudrait prendre des garçons au hasard (et pas seulement des garçons ayant des problèmes sexuels d'ordre médical) et les élever comme des filles et voir le résultat.

Denis Colombi a dit…

Il y a la méthode idéale des manuels... Et puis il y a la réalité de recherche, où l'expérience idéale n'existe pas, où les données sont toujours biaisées, et où l'on n'apprends à prendre en considération ces biais plutôt que de dire qu'on ne peut rien savoir avant d'avoir l'expérience idéale... Toujours irréalisable...

Ici, cette expérience "naturelle" peut s'interpréter malgré ses biais. En particulier, elle questionne sérieusement l'idée selon laquelle ce serait un ensemble d'hormones prénatales qui détermineraient l'identité de genre. Elle permet ainsi de donner une idée du poids déterminant de la socialisation.

La recherche marche comme ça. Pas en disant "il faudrait faire une expérience irréalisable".

Hydrazine a dit…

Article intéressant.

Je crois que je comprend bien l'importance de l'environnement social dans la détermination de l'identité de genre des individus, mais j'ai du mal à concilier cette idée avec le cas des personnes trans. je m'explique : Comment un individu qui a été élevé comme un garçon peut-il à l'âge adulte se ressentir comme une femme (et inversement) ? Je ne crois pas que tou.te.s les personnes trans ont vécu dans leur petite enfance des événements qui ont "changé leurs genre" (comme pour le cas de Reimer).

Avant de commencer à lire ce blog (et quelques autres), j'avais tendance à biologiser l'origine de l'identité de genre. Cette hypothèse a l'avantage d'expliquer assez facilement le cas des trans ("si il se sent de tel genre à l'âge adulte, c'est à cause des hormones pendant son développement fœtal / d'une certaine combinaison de gènes / de tel événement dans le développement de son cerveau / etc"). Aujourd'hui, mon avis est clairement différent, mais je peine à voir une explication non innée des transidentités. Le ressenti trans n'est pas un choix, et ces personnes ont été élevée dans un genre mais se sentent appartenir à un autre, si ce n'est pas une question de biologie, alors où chercher l'explication ?

(PS : félicitation pour votre blog, je le lis depuis quelques semaines et je l'apprécie beaucoup ! )

Tortuga a dit…

Dans cette étude, deux facteurs peuvent avoir joué dans la détermination de l'identité de genre :
- les "malformations génitales sévères" dont sont victimes ces enfants
- la socialisation.

Dire que c'est la socialisation qui explique tout, et pas les malformations est purement idéologique et ne repose sur aucune preuve tangible.
Qu'un enfant XY n'ai pas de pénis ne jouerait pas sur l'identité de genre ? Permettez-moi d'en douter...

Concernant le milieu prénatal, il n'était pas normal (puisque de nombreux enfants ont des malformations congénitales), et il n'a pas été mesuré non plus. Cette étude ne dit donc rien sur l'effet des milieux prénataux normaux.

Pour finir, sans rigueur mathématique, sans preuves, ce que vous affirmez n'est que spéculations.

Denis Colombi a dit…

@hydrazine : je n'ai pas d'explication définitive à la transexualité. Il faudrait consulter un mieilleur spécialiste. Je peux juste noter qu'il est possible que cela repose sur des expériences psychologiques infantiles.

@tortuga: les cas sont il est question dans le bouquin de Lise Eliot sont ceux d'individus sont les appareils génitaux ont été transformé par chirurgie... Lise Eliot montre de façon plus que convaincante que le milieu prénatal n'a qu'une influence plus que limitée sur les comportements des deux sexes.

Pour votre remarque finale, je pense que vous n'avez qu'une idée naïve de comment fonctionne la recherche. On compose toujours avec des données imparfaites. Je vous signale qu'en termes de rigueur vous faites la critique d'un article que vous n'avez pas lu...

henriparisien a dit…

Pour être exhaustif, il faudrait aussi préciser que la personne qui a suivi le cas David/Brenda Reimer est John Money qui a eu un grand rôle dans l'émergence des "gender studies" et qui a présenté - jusqu'au comming-out de Reimer - sa ré-assignation comme un succès.

Mais surtout, il me semble que défendre ces cas est contre-productif pour les "gender studies" :
Les gender studies postulent qu'il existe un "genre" différent du sexe biologique qui conditionne les comportements sociaux et que les différences constatables entre les sexes sont dues principalement au genre (déterminisme social) et pas au sexe (déterminisme biologique).

A partir de là deux hypothèses :
- Si en changeant le sexe, on change le genre on affaiblit la portée de cette théorie puisque c'est la forme des organes génitaux qui va déterminer le genre et qu'à partir de là distinguer les deux n'a plus d'intérêt.

- Si au contraire en changeant le sexe, on ne modifie pas le genre on prouve que genre et sexe sont différents. Mais pour cela, il suffit de s'intéresser aux cas "naturels" que sont les transexuel.

Ils sont par contre très important dans un autre débat : "inné versus acquis". Mais celui-ci n'est pas scientifique mais politique et vise à valider/invalider les pratiques constructivistes.

Laurent a dit…

@tortuga
La rigueur idéale des procédures scientifiques est une chose... Et la réalité une autre.
Le fait est que dans ce domaine on NE peut PAS faire des expériences sur les êtres humains. On ne peut pas prendre 1000 bébés mâles sains, leur couper le pénis et les élever comme des filles. On ne peut pas prendre encore 1000 bébés mâles sains, leur laisser le pénis et les élever comme des filles. Et tant qu'à faire, prendre encore une fois 1000 bébés mâles sains et les laisser s'élever tout seul sans influence extérieure (par exemple ; et je vous laisse élaborer les conditions d'une expériences similaires avec des bébés femelles). On ne peut pas faire tout ça et regarder 20 ans plus tard lesquels continuent de porter des robes ou lesquels jouent au football.
Dès lors, les chercheurs n'ont pas d'autre choix que de faire avec les données disponibles, les accidents de circoncisions, les cas cliniques observés çà et là,... Et d'en tirer des observations prudentes (ce que font rarement les médias épinglés dans le premier paragraphe de cet article).

Denis Colombi a dit…

@henriparisien : je trouve votre commentaire etrange a bien des egards. D'abord parce que le genre n'est pas un postulat - c'est-a-dire qu'il serait inverifiable - mais un fait. C'est ce point qui a le plus de mal a etre compris par les "anti-genre" : on peut montrer l'existence du genre, comme on peut montrer que la terre est ronde ou que les especes evoluent. Le genre n'est pas une caracteristique individuelle des individus, mais un fait social, pour etre tres durkheimien, tout a fait exterieur a eux.

Dans les cas dont il est question ici, ce qui est a l'oeuvre, c'est une socialisation et une identite de genre. Et on voit que celle-ci ne peut etre ramene a des caracteres biologiques qui ne se limitent pas au sexe physique : les individus en question sont, du point de vue genetique, des hommes, ont connu, lors de leur gestation, des taux d'hormones prenatales comparables aux autres individus dont le sexe genetique est male... et ont pourtant une identite feminine.

La question n'est pas de defendre ou non ces cas. La question est de voir ce qu'ils nous apprennent.

Quant a faire du debat innee/acquis un pur debat politique, cela me semble completement faux au vu de la recherche actuelle : c'est un debat scientifique, qui porte sur des questions de mesure.

Spipou a dit…

17 personne qui changent de sexe sur 77, c'est énorme ! Quel est le pourcentage dans la population qui n'a pas connu ce genre d'opérations ? Je tire de votre exemple la conclusion inverse de la vôtre.

Denis Colombi a dit…

@Spipou : on parle d'une population qui, d'une part, a connu un changement physique important dont les traces psychologiques sont pour le moins envisageables, et dont, d'autre part, il a été impossible de contrôler la socialisation à un niveau fin. En tenant compte de ces facteurs, la conclusion donnée dans le texte de Lise Eliot paraît la meilleure.

On peut rajouter autre chose : finalement, le vrai problème, c'est l'éducation genrée. Si plutôt que de vouloir à tout prix faire de David Reimer une fille au prétexte qu'il n'avait plus de pénis, on lui avait donné une éducation neutre, lui laissant le soin de se définir comme il le voulait, la conclusion de son histoire n'aurait peut-être pas été tragique... Les travaux sur le genre analysent cette socialisation genrée, et le féminisme la dénonce. A la lumière de ces cas, les deux ont bien raison.

Spipou a dit…

Si on avait... Je ne sais pas (je précise que je si je suis dubitatif vis-à-vis du "genre", je ne suis pas non plus farouchement opposé), mais il me semble que face à ces résultats, ce serait plutôt le doute qui s'impose. Les rapports de cause à effet me paraissent bien minces et complexes. A la différence de la loi de la gravitation, que n'importe qui peut expérimenter avec un caillou et un chronomètre, je trouve qu'il y a bien trop de facteurs en jeu, et les "objets" d'étude présentés ici, beaucoup trop peu nombreux.

Dire que "les deux ont bien raison", ça me paraît aller trop vite en besogne.

Même ma réflexion : "17 sur 77 c'est énorme", même si elle est juste d'un point de vue arithmétique, ne tient pas compte du passé de ces personnes, comme vous le faites remarquer.

Rappelez-vous, dans le cadre du débat sur l'inné/acquis et sur la psychosomatisation, l'histoire de l'ulcère à l'estomac ! Il était définitivement "prouvé" qu'il s'agissait d'une maladie psychosomatique, lorsque patatras, la découverte d'une bactérie nous a appris qu'il n'en était rien !

Je pense qu'il faut être d'autant plus prudent que tout ce qu'on va dire dans ce domaine va être exploité politiquement, dans un camp comme dans l'autre.

Denis Colombi a dit…

Ces cas montrent que l'on ne peut pas faire de liens mécaniques entre les hormones prénatales et l'identité de genre et le comportement sexuel. De ce point de vue, c'est très solide.

Ensuite, ils illustrent l'existence d'une socialisation de genre. Celle-ci est aussi facile à expérimenter que la gravitation. Allez dans une Fnac au rayon livres pour enfants. D'ailleurs, pour expérimenter certains aspects de la loi de la gravitation, il faut un espace sans frottement... Les faits sont toujours conquis. Le genre reste un fait.

Math a dit…

@ spipou : oui 17 sur 77 qui changent de "genre", c'est énorme. Mais en même temps, comment peut-on réellement croire que des parents/une famille/ des thérapeutes qui savent qu'un bébé est né garçon physiquement, puis a été opéré pour devenir physiquement une fille - mais par exemple une fille dont on sait à l'avance qu'elle ne pourra jamais porter d'enfant, ou dont on peut prédire que le développement à la puberté risque de poser problème : les hormones féminines vont-elles réellement compenser? Ma fille ne risque-t-elle pas de voir sa barbe pousser plutôt que ses seins?... - comment peut-on réellement croire donc que ces parents vont élever cet enfant "exactement comme ils l'auraient fait s'il s'était agi d'une fille "originelle""?
J'estime, moi, élever mon fils en essayant de ne pas lui imposer un genre masculin par trop évident, mais bien entendu, il faut déjà toujours faire un compromis entre ce qu'on voudrait idéalement, et ce qui est socialement admissible de sorte que l'enfant ne souffre pas trop de "différence". Bref, je veux dire qu'il me semble déjà, pour l'instant, illusoire de penser élever un enfant sans tenir compte de ce que la société attend de son sexe, même si on le veut. ça me semble encore plus illusoire de penser que les parents (sans même parler de ce que l'enfant a ressenti avant son opération, car comme précisément, scientifiquement, on ne sait pas encore trop l'isoler, je préfère ne pas me concentrer dessus) puissent, à partir de l'opération, faire "table rase" du passé, et hop! changer d'un coup de baguette la matrice de leur cerveau et élever une "fille comme il l'aurait fait si ç'avait été une fille depuis le début". Combien de temps a-t-il fallu à ces parents pour passer au "elle", pour ne plus jamais se tromper de prénom? Combien de larmes et de conversations angoissées sur son sexe l'enfant a-t-il pu capter? Jusqu'à quel point les parents n'en ont-ils pas archi rajouté dans le rose et les paillettes justement pour compenser ces premières années "garçon", ce qui pourrait provoquer la nausée à n'importe qui et générer un rejet et une "masculinisation" de l'apparence de ces femmes à l'adolescence ou à l'âge adulte? etc....

Ah oui, j'oubliais : merci infiniment pour votre blog!

Spipou a dit…

Houla ! Vous me posez de ces questions, Math ! Comment voulez-vous que je le sache ?

Sans être professionnel de la chose, je sais que la psychologie est une science difficile et extrêmement complexe, et que les études sur la part de l'inné et de l'acquis ne datent pas d'hier, et ont encore de beaux jours devant elles pour arriver à nous dessiner un profil de l'être humain correspondant à ses ressorts profonds ! Ca m'intéresse énormément, mais si ça se trouve, on n'y arrivera pas de mon vivant...

Evidemment, on peut choisir la démarche de l'auteur de ce blog, c'est-à-dire, comme le dit justement Nancy Huston (dont la lecture des écrits complets vous montrera qu'elle est une affreuse réactionnaire confite en religion, lol !) commencer par écarter tous les faits : écartons les courbes en cloche en faisant fi des moyennes statistiques parce qu'il y a un endroit où ces courbes se recoupent, écartons l'orientation sexuelle des 77 échantillons parce que ça nous gêne, établissons les hypothèses qui nous arrangent en les présentant comme des certitudes pour expliquer les faits qui ne rentrent pas dans nos croyances, comparons l'incertitude des "mesures" à l'effet du frottement de l'air sur la chute d'un caillou... Tout ce que je cite, je l'ai lu dans les pages de ce blog, que je n'ai découvert qu'il y a quelques jours...

Evidemment, je n'y ai pas vu mention des études sur les jumeaux séparés après leur naissance... Ca aurait été étonnant ! Ni sur les personnes qui changent radicalement d'opinions politiques après une lésion d'une partie du cerveau...

Ca m'aurait réellement intéressé, moi, de connaître la part de l'inné et de l'acquis dans la différentiation sexuelle, mais ce n'est pas là que je vais la trouver ! Peut-être que quand la mode du genre sera passée, on trouvera de véritables scientifiques qui pourront s'exprimer clairement sur le sujet.

En attendant, je vous laisse vous amuser entre vous.

Spipou a dit…

Ce que j'appelle une attitude scientifique, c'est ça :

Le Dr Meyer-Balhlburg écrit donc en conclusion : « Ces données ne corroborent pas la théorie de la détermination biologique du développement de l'identité sexuelle par les hormones prénatales et/ou par les facteurs génétiques. On est obligé de convenir que l'attribution d'un genre ou de l'autre à l'individu, et les facteurs sociaux concomitants, ont une influence majeure sur la constitution définitive de son identité sexuelle ».

Conclusion prudente, non exclusive d'autres facteurs. Je tâcherai de trouver des travaux de ce Dr Meyer-Balhlburg, qui, à première vue, me semble avoir une démarche scientifique, et qui ne se prend pas pour Darwin. (La comparaison avec Darwin - qui soit dit en passant, a consacré sa vie entière à observer les êtres vivants - je l'ai lue aussi dans ce blog ; un peu de modestie ne ferait pas de mal dans ces pages)

Denis Colombi a dit…

@Spipou : Alors là, utiliser la conclusion donné dans un billet pour critiquer ce même billet, on me l'avait jamais faite, mais c'est exceptionnellement fort. Le plus grave, c'est que le reste de vos commentaires sont encore plus délirants. Par exemple, sur la question des courbes en cloche : mon argument est qu'il faut savoir bien lire ce qu'est une différence statistiquement significative pour ne pas créer artificiellement des oppositions radicales entre des catégories logiques lorsque l'on a affaire à une stratification, et vous en tirez comme conclusion que je veux écarter les faits... Bref, vous faites comme si les faits, il n'était pas nécessaire de savoir les lire ! Et vous osez réclamer une démarche scientifique ? Même chose sur l'orientation sexuelle des 77 personnes en question : je vous ai répondu qu'il fallait prendre cela avec prudence étant donné les incertitudes de cette expérience naturelle... Je ne fais que reprendre la conclusion de Meyer-Balhlburg. Mais si celle-ci trouve grâce à vos yeux sous sa plume, ce n'est pas le cas sous la mienne ! Bref... Ne vous faites pas passer pour ce que vous n'êtes pas. Ce sont les travaux sur le genre qui ont initié la réflexion sur la part relative d'innée et d'acquis dans la différenciation sexuelle. Si vous ne voulez pas les lire, je suis désolé, c'est que vous êtes bête. C'est votre problème.

lyly a dit…

J'ai une interrogation. Pourquoi interprète-t-on dans les cas des hermaphrodites ou transexuels les conflits de ne pas être parfaitement conforme à un genre comme étant forcément la faute de l'"autre" sexe biologique?C'est le cas de tout le monde. Si on dit à un petit garçon qu'il n'a pas le droit d'avoir peur, il y a des risques qu'il soit traumatisé par une activité imposée sans pédagogie. Si on lui dit qu'il a le droit d'avouer ses peurs, il y a des risques qu'il soit traumatisé car mis de côté des autres garçons à qui on a interdit d'avouer leurs peurs et de le faire payer cher aux autres.
Un ami est en dépression après une rupture familiale car il n'a fait que pharmacie au lieu de polytechnique, doit-t-on en conclure qu'en fait c'est une femme parce qu'il n'avait pas autant d'ambition que ce que sa famille voulait?
Quand un petit garçon ne souhaite pas jouer au ballon alors qu'il est fortement incité à le faire par sa famille et la société, il le vivra mal on lui fera sentir qu'il n'est pas un "vrai" petit garçon. Et faillir à une norme de la boîte, c'est sortir de la boîte en entier surtout pendant l'enfance. Que lui-reste-t-il socialement à part intégrer l'autre boîte et adhérer aux autres normes en entier? Les garçons qui se sentent plus d'affinités avec certaines normes dites féminines (et dans certains quartiers, être bon élève suffit à être déclaré "tapette" par les autres garçons) seront obligés d'adhérer à toutes les normes des groupes de filles et vice-versa pour les garçons "manqués", elles devront choisir clairement leur clan.
Il y a 6% de personnes qui ont une particularité génétique d'ordre sexuel, ça fait des millions de personnes qui peuvent recevoir des messages physiques ou hormonaux ou de phéromones contradictoires qui peuvent leur faire ressentir une homosexualité ou bi-sexualité à un âge où l'hétérosexualité est la norme imposée socialement. Cela peut amener des garçons à être mal à l'aise avec d'autres garçons ne comprenant pas ce qui leur arrivent et donc de facto à se rapprocher des filles et donc devoir rejeter les normes de l'autre groupe et vice-versa. 6% de la population, c'est beaucoup plus que les hermaphrodites "visibles". C'est beaucoup trop pour continuer à vivre dans un monde binaire où on rejette la différence.

Jan SIODERSKI a dit…

Votre promotion des "éducations non-genrées" est ignoble. C'est dès le début de sa vie que l'enfant se construit comme homme ou femme, et en lui apportant une éducation "genrée", les parents lui permettent une sécurité affective, lui apportent des repères.
On note, au passage, que les expériences d'éducation "neutre" dans des crèches se transforment en séances de violence du style de Money : les enfants se voient interdire les jouets "genrés", sous prétexte de préserver leur liberté de choix...
Prenons une petite comparaison : c'est un peu comme si, sous prétexte de préserver la liberté de choix de mon enfant en matière d'alimentation, je ne le nourrissais pas avant qu'il ait l'âge de choisir...

Denis Colombi a dit…

Votre commentaire est stupide et ignare. L'éducation non-genrée, c'est précisément ne rien interdire aux enfants. Et l'expérience de Money est précisément celle d'une éducation généré à tout prix. Si vous cherchez ce qui a tué David Reimer,c'est l'éducation genré. C'est vous qui êtes ignoble.

Julie S. a dit…

J'ai vraiment du mal à saisir que l'on fasse un procès à la notion de genre et à son introduction au sein de l'éducation nationale sous-prétexte qu'elle serait idéologique.

1.L'éducation genrée est éminemment idéologique, et pose problème parce qu'elle catégorise les individus sur la base d'éléments biologiques. C'est cette catégorisation socialement acceptée, et ce qu'elle a de "limitante" pour le développement de l'individu qui pose problème.
2.Ce n'est pas parce qu'un état de fait est accepté socialement qu'il ne faut pas chercher à le comprendre, et donc à le déconstruire. Il ne s'agit pas de tout détruire, ni de jeter le bébé avec l'eau du bain, mais de dépasser certains comportements pour construire une société plus juste parce que plus inclusive.
3.C'est précisément tout l'intérêt d'introduire cette notion dans l'éducation nationale (elle l'est d'ailleurs en SES, comme vous le précisez), pour faire prendre conscience aux jeunes que cette catégorisation est avant toute chose une construction sociale. Et qu'il faut en comprendre les limites et les faiblesses afin de réfléchir en profondeur à la manière dont se tissent les relations entre individus. Il s'agit, donc, d'inciter les jeunes à prendre du recul par rapport à sa condition dans un contexte donné. Il n'y a rien de dangereux à cela, bien au contraire. Si cette démarche de déconstruction et prise de conscience est idéologique, alors c'est l'idéologie la moins dogmatique qu'il m'ait été donné de voir.

Merci beaucoup Denis Colombi pour vos éclairages sur ces questions fondamentales.

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