<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897</id><updated>2012-01-28T09:46:13.487+01:00</updated><category term='Sociologie des médias'/><category term='Epistémologie'/><category term='Notes de lecture'/><category term='Sociologie économique'/><category term='Sociologie de la mondialisation'/><category term='Sociologie de la modernité'/><category term='Enjeux de la sociologie contemporaine'/><category term='Sociologie des classes sociales'/><category term='Sociologie de la culture'/><category term='Sociologie politique'/><category term='Sociologie de la famille'/><category term='Sociologie de la violence'/><category term='Sociologie du genre'/><category term='Sociologie des groupes sociaux'/><category term='Sociologie urbaine'/><category term='Sociologie du travail'/><category term='Blog(s)'/><category term='Enseigner la sociologie'/><category term='Sociologie de la connaissance'/><category term='Réactions à chaud'/><category term='Une heure de lecture'/><category term='Sociologie de la déviance'/><category term='Sciences économiques et sociales'/><category term='Sociological Songs'/><category term='Sociologie du corps'/><category term='Sociologie humouristique'/><category term='Photos de vacances'/><category term='Sociologie des conflits'/><category term='Sociologie de l&apos;Etat'/><category term='Méthodologie'/><category term='Sociologie classique'/><category term='Sociologie des organisations'/><category term='Sociologie de l&apos;immigration'/><category term='Sociologie de l&apos;éducation'/><category term='Sociologie pratchetienne'/><title type='text'>Une heure de peine...</title><subtitle type='html'>Sociologie de l'actualité et actualité de la sociologie.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><link rel='next' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default?start-index=101&amp;max-results=100'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>229</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5193440794821721127</id><published>2012-01-12T15:39:00.004+01:00</published><updated>2012-01-13T15:55:37.571+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><title type='text'>Le sexisme fait-il vendre ?</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a des choses sacrées dans la vie. Les Lego en font partie. Ayant passé un pourcentage important de mon enfance à manipuler les petits blocs plastiques - et un autre pourcentage, non-négligeable, à hurler de douleur après avoir marché pieds nus sur l'un d'entre eux - et ayant, entre temps acquis un certain penchant féministe, la &lt;a href="http://shop.lego.com/en-US/FriendsTeaser?icmp=SHHomeM1_FriendsTeaser"&gt;nouvelle gamme&lt;/a&gt; volontairement girly de la marque ne pouvait me laisser indifférents. &lt;a href="http://www.nytimes.com/2011/12/30/opinion/does-stripping-gender-from-toys-really-make-sense.html"&gt;D'autres ont déjà dit mieux que je ne pourrais le faire combien les choix faits sont sexistes, et pseudo-rationalisés sur la base d'études "anthropologiques" de plusieurs années montrant que les filles et les garçons jouent différemment...&lt;/a&gt; N'oublions pas, pour autant, que Lego est une entreprise. Est-elle condamnée à être sexiste pour vendre ses jouets ? &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-iei_eyck-8k/Tw7Rw2T7y2I/AAAAAAAAAVU/_RLAZBG9Heo/s1600/legoneutralgender.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-iei_eyck-8k/Tw7Rw2T7y2I/AAAAAAAAAVU/_RLAZBG9Heo/s400/legoneutralgender.jpg" width="315" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;La publicité ci-dessus nous montre que le sexisme n'a pas toujours été de mise : Lego pouvait, à une époque pas si lointaine - 1981 -, proposer une image d'une petite fille jouant fièrement avec ses briques colorés loin de tous les stéréotypes du type talons hauts, figures longiformes, oisiveté friquée et autres activités d'intérieur... En 1963, le fils du fondateur de l'entreprise citait "for girls and for boys" parmi les dix caractéristiques des Lego. &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2012/01/01/beauty-and-the-new-lego-line-for-girls/"&gt;Le retournement est de ce point de vue assez impressionnant,&lt;/a&gt; et &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2010/12/07/more-sexy-toy-makeovers-my-little-pony-rainbow-brite-and-candy-land/"&gt;ne se limite sans doute pas à Lego&lt;/a&gt;. Et il ne porte pas seulement sur les rôles proposées aux petites filles, entre petites lolitas et divas, mais aussi sur le contenu même du jeu puisque, de l'aveu même du fabricant, la nouvelle gamme contient moins de construction que celles markétées pour les garçons, parce que, bien évidemment, les gonzesses, ça veut d'abord raconter une histoire, pas de la technologie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-Tczx2dFfy78/Tw7U9xP4YqI/AAAAAAAAAVg/o6F7mTZDj_A/s1600/legopageaccueil.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="296" src="http://4.bp.blogspot.com/-Tczx2dFfy78/Tw7U9xP4YqI/AAAAAAAAAVg/o6F7mTZDj_A/s400/legopageaccueil.JPG" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Capture d'écran du site Lego&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Comment en est-on arrivé là ? &lt;a href="http://www.businessweek.com/magazine/lego-is-for-girls-12142011.html#"&gt;Cet article de Bloomsberg Businessweek&lt;/a&gt; indique que l'entreprise s'est concentré sur les garçons à partir de 2005 : les gammes consacrés à Star Wars ou aux Ninja, encore actives, sont clairement marketés pour les petits garçons (et j'avoue que la Batcave m'a fait regretter d'être déjà un vieux croûton). Il faut dire que la marque connaissait des difficultés avec la multiplication des concurrents, tant du côté des autres jouets, et particulièrement des jeux vidéo, que de celui des copies et autres look-alikes. La nouvelle offensive, dotée de quelques 40 millions de dollars comme force de frappe promotionnelle, cherche à reconquérir le marché des petites. Autrement dit, Lego n'a pas eu le choix : il leur a fallut s'adapter à un marché déjà structuré en deux catégories. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On en vient donc à cela : un marché n'est pas quelque chose de naturel, il est construit et pas seulement sur une base purement "économique". Il ne serait en effet pas absurde pour les entreprises de pouvoir vendre le même jouet aussi bien aux garçons qu'aux filles : on peut imaginer que les profits n'en seraient pas négligeables, au contraire. &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2011/05/19/more-examples-of-gendered-products-for-kids/"&gt;Non, le marché est organisé par des normes, par des règles, par des modes de calculs qui autorisent à mettre en équivalence certains biens et pas d'autres&lt;/a&gt; : pour comparer des jouets entre eux, consommateurs et producteurs réfléchissent au sein de catégories bien définies. C'est ce qu'étudie toute une branche de la sociologie économique française, de Lucien Karpik à Michel Callon en passant par Franck Cochoy. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste à savoir ce qui fait la force de ce qu'il faut bien appeler des institutions : qu'est-ce qui leur permet de s'imposer ainsi aux entreprises et aux consommateurs ? La réponse est plus difficile qu'il n'y paraît, mais le cas des Lego permet de comprendre certains points. Considérons ainsi la nouvelle gamme en question : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-gU3s7E7wBG4/Tw7jnxKllvI/AAAAAAAAAWE/yLqdWxpBsVA/s1600/feature_lego52__01__370.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="300" src="http://1.bp.blogspot.com/-gU3s7E7wBG4/Tw7jnxKllvI/AAAAAAAAAWE/yLqdWxpBsVA/s400/feature_lego52__01__370.jpg" width="370" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnages sont bien différents de ceux produits par le passé, et donc plutôt destinés, depuis 2005 et encore plus maintenant aux garçons. Une comparaison plus rigoureuse le montre bien (image empruntée &lt;a href="http://toysnbricks.com/lego-friends-2012-press-release/"&gt;ici&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-ixpbMLv3Ir8/Tw7jcWyuhtI/AAAAAAAAAV4/XFosZth5W3c/s1600/LEGO-Friends-2012-.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="210" src="http://4.bp.blogspot.com/-ixpbMLv3Ir8/Tw7jcWyuhtI/AAAAAAAAAV4/XFosZth5W3c/s400/LEGO-Friends-2012-.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est pas la première fois : la gamme Belleville, également destinée aux filles, proposait déjà un graphisme et des formes nettement différentes de celles traditionnellement adoptées par les produits de la marque. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-lxMPzJZryxo/Tw7kaR3DNcI/AAAAAAAAAWQ/6XaQi9VmfPg/s1600/belleville.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="271" src="http://1.bp.blogspot.com/-lxMPzJZryxo/Tw7kaR3DNcI/AAAAAAAAAWQ/6XaQi9VmfPg/s400/belleville.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Un constat s'impose alors : les jouets pour filles sont rendus incompatibles avec ceux des garçons. Même si les petits enfants ont tendance à mélanger leurs jouets sans faire trop de cas de la cohérence de l'ensemble - jusqu'au moment, fatal, où un adulte intervient - on rend la combinaison entre jeux pour filles et jeux pour garçons plus difficile et donc moins probables. La conséquence de cela, c'est que l'on forme ainsi la demande et les consommateurs. Non seulement on habitue les enfants à différencier entre jeux de garçons et jeux de filles - et à un âge où l'identité de genre est la seule disponible, il ne faut pas s'étonner que les uns comme les autres s'y engouffrent avec joie... - mais on oblige également les parents à réfléchir en ces termes. Dans un magasin de jouets, ceux-ci sont bien obligés de se situer par rapport aux rayons garçons et filles. &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2009/12/12/first-things-first/"&gt;Et même lorsqu'ils font leurs courses sur Internet, le sexe de l'enfant peut-être la première question qu'on leur pose pour les aider à faire leurs choix.&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Habitués à réfléchir dans ces termes - et ce d'autant plus s'ils ont eux-mêmes eu des jouets divisés suivant les mêmes termes -, ils ne peuvent s'orienter en dehors d'eux. Et voilà les jouets neutres désavantagés. D'autant plus que les magasins auront bien du mal à les mettre en rayons, eux qui se sont entièrement organisés autour de ces catégories. Même remarque pour les catalogues... Au final, la stratégie de faire du jouet "neutre" est bien risqué. Le sexisme devient une condition d'accès au marché : il ne fait pas vendre, mais il est difficile de vendre sans lui...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On est face à un mécanisme d'auto-renforcement : l'offre de jouet sexiste modèle une demande de jouets sexués qui elle-même s'impose aux fabricants, et ainsi de suite. &lt;a href="http://www.brynmawr.edu/socialwork/GSSW/schram/pierson2000.pdf"&gt;La dépendance au sentier, voilà comment cela s'appelle&lt;/a&gt; : des décisions passées rendent difficile de prendre un autre chemin que celui dans lequel on s'est engagé. Une fois engagé dans une voie, celle de l'organisation du marché par des catégories sexistes, il devient extrêmement difficile d'en sortir. Les économistes aiment à parler de situations d'équilibre : en voici, non pas produite par l'égalisation de l'offre et de la demande, mais par la façon dont l'une et l'autre se fabriquent mutuellement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les conditions d'un tel équilibre sont cependant propre au marché des jouets : elles résident à la fois dans le fait que le jouet est un vecteur de socialisation et qu'il existe une certaine co-production du bien. Les consommateurs, parents et enfants, construisent une partie du sens prêté aux jouets en les achetant et en les utlisant, l'investissement émotionnel et personnel dans ceux-ci étant fort. C'est la même chose sur le marché des comics, par exemple, où les lecteurs, rassemblés dans le "fandom", collaborent presque avec les producteurs : les histoires et les personnages sont réinterprétés, fortement commentés, souvent redessinés, de telle sorte que les créateurs peuvent observer et tenir compte de ce qui passe ou ne passe pas chez les lecteurs. Sans surprise dans ce marché également très sexuées, &lt;a href="http://dcwomenkickingass.tumblr.com/"&gt;les femmes&lt;/a&gt; ont du mal &lt;a href="http://dcwomenkickingass.tumblr.com/post/12038717202/would-you-please-stop-whining-about-sexism-of-the-art"&gt;à se faire entendre&lt;/a&gt; : c'est que pour un éditeur, répondre à leurs demandes, c'est prendre le risque de s'aliéner son public captif masculin. Dépendance aux sentiers encore une fois. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que faudrait-il alors pour transformer le marché des jouets (ou celui des comics d'ailleurs) dans une voie moins sexiste ? Des mobilisations existent, comme en témoigne &lt;a href="http://osezlefeminismebelgique.wordpress.com/2011/12/01/lancement-de-la-campagne-im-not-a-sex-toy/"&gt;celle de Osez le féminisme !&lt;/a&gt;. Elles sont le bienvenues. Mais si vous êtes un lecteur régulier du blog, vous savez de quoi on a besoin lorsque l'on veut faire bouger les structures économiques : &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/11/le-stratege-ou-weber-au-pays-du.html"&gt;de la force d'une prophétie&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html"&gt;de la puissance du charisme&lt;/a&gt;. Il faut un acteur avec une autorité suffisamment forte pour pouvoir transformer les règles du jeu. Cela n'a pas à être un individu seul : le charisme, parce qu'il est une construction sociale, peut être celui d'un groupe, d'une entreprise ou d'un mouvement social. Le mouvement féministe, s'il veut être efficace ici, doit trouver une telle force. La dénonciation n'est qu'une étape : il faut maintenant promettre des jours meilleurs. Et s'intéresser au fonctionnement de l'économie des jouets, dans laquelle réside les principaux mécanismes qui conduisent au sexisme. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5193440794821721127?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5193440794821721127/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5193440794821721127' title='7 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5193440794821721127'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5193440794821721127'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2012/01/le-sexisme-fait-il-vendre.html' title='Le sexisme fait-il vendre ?'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-iei_eyck-8k/Tw7Rw2T7y2I/AAAAAAAAAVU/_RLAZBG9Heo/s72-c/legoneutralgender.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>7</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-1870307431842406442</id><published>2012-01-01T16:17:00.001+01:00</published><updated>2012-01-02T09:48:22.683+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>A kick-ass new year</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;En guise de bonne année, le chef vous propose quelques lolz supplémentaires, admirablement préparés par mes décidément talentueux lecteurs. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;Une contribution de &lt;a href="http://twitter.com/#!/joelgombin"&gt;Joël Gombin&lt;/a&gt; qui traduit bien ce que l'on ressent lorsque l'on commence à se plonger dans certains logiciels de statistiques - les amateurs apprécieront :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-FRUvbXQ63Ms/TwB0m34TybI/AAAAAAAAATQ/Qfls0UzOnPo/s1600/Joel_Gombin.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="234" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-FRUvbXQ63Ms/TwB0m34TybI/AAAAAAAAATQ/Qfls0UzOnPo/s400/Joel_Gombin.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Et toute une série de Nicrobe : la première dit tout ce que vous avez à savoir du post-modernisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-uUk6BFgHKTI/TwB2Chu0w3I/AAAAAAAAAUQ/hV_LPPIEoEY/s1600/Nicrobe5.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://1.bp.blogspot.com/-uUk6BFgHKTI/TwB2Chu0w3I/AAAAAAAAAUQ/hV_LPPIEoEY/s400/Nicrobe5.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-ju0bAVVwUkU/TwB2BbV5gxI/AAAAAAAAATc/lqJHArme5Zg/s1600/Nicrobe1.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://1.bp.blogspot.com/-ju0bAVVwUkU/TwB2BbV5gxI/AAAAAAAAATc/lqJHArme5Zg/s400/Nicrobe1.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour la suivante, &lt;a href="http://pierremerckle.fr/2011/12/de-bonnes-raisons-de-croire-au-pere-noel/"&gt;vous pourriez aller lire ceci au passage&lt;/a&gt;...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-85rDQvliwQs/TwB2BXlPCjI/AAAAAAAAATo/fwIqqbXrEUU/s1600/Nicrobe2.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="330" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-85rDQvliwQs/TwB2BXlPCjI/AAAAAAAAATo/fwIqqbXrEUU/s400/Nicrobe2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-JYxuJa2gMUY/TwB2BmfWiQI/AAAAAAAAAT4/coNoCtK4sas/s1600/Nicrobe4.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="386" src="http://3.bp.blogspot.com/-JYxuJa2gMUY/TwB2BmfWiQI/AAAAAAAAAT4/coNoCtK4sas/s400/Nicrobe4.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-h9KinREN1tM/TwB2dD4baeI/AAAAAAAAAUY/4g_r6zoT76Y/s1600/Nicrobe3.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="330" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-h9KinREN1tM/TwB2dD4baeI/AAAAAAAAAUY/4g_r6zoT76Y/s400/Nicrobe3.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Et pour finir, quelques créations de ma part... Certaines ont été inspirées par des conversations diverses et variées. Je vous laisse interpréter. Mais pas mésinterpréter, attention je vous ai à l’œil. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-hxT8E53WFRE/TwB4NF7GqHI/AAAAAAAAAVI/JMBxq78Iru4/s1600/SSF.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="325" src="http://1.bp.blogspot.com/-hxT8E53WFRE/TwB4NF7GqHI/AAAAAAAAAVI/JMBxq78Iru4/s400/SSF.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-nKDZBS44eUI/TwB4L63PYKI/AAAAAAAAAUk/rIyZMFQT06g/s1600/Zoidberg.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="304" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-nKDZBS44eUI/TwB4L63PYKI/AAAAAAAAAUk/rIyZMFQT06g/s400/Zoidberg.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;(Vous l'avez lu avec la voix de Zoïdberg dans votre tête, hein ?)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-_PpmFC0gTuU/TwB4MMft39I/AAAAAAAAAUw/PUtSasvjgRM/s1600/Opinionpoll2.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="374" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-_PpmFC0gTuU/TwB4MMft39I/AAAAAAAAAUw/PUtSasvjgRM/s400/Opinionpoll2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-sC7TTq53tds/TwB4MhcOUkI/AAAAAAAAAU8/SaQMm8BPWCg/s1600/Retranscription.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="395" src="http://3.bp.blogspot.com/-sC7TTq53tds/TwB4MhcOUkI/AAAAAAAAAU8/SaQMm8BPWCg/s400/Retranscription.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je rappelle que le concours est toujours ouvert : &lt;a href="http://cheezburger.com/builder"&gt;à vos lolz !&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-1870307431842406442?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/1870307431842406442/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=1870307431842406442' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1870307431842406442'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1870307431842406442'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2012/01/kick-ass-new-year.html' title='A kick-ass new year'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-FRUvbXQ63Ms/TwB0m34TybI/AAAAAAAAATQ/Qfls0UzOnPo/s72-c/Joel_Gombin.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-589000976274245002</id><published>2011-12-27T10:34:00.002+01:00</published><updated>2011-12-27T18:21:55.018+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la déviance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><title type='text'>Des effets pervers dans la lutte aveugle contre la délinquance</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/12/22/01016-20111222ARTFIG00496-delinquance-etrangere-gueant-veut-legiferer.php"&gt;Claude Guéant a décidé que, comme on ne change pas une recette qui marche, il était temps de refaire le coup du mélange "insécurité" et "identité nationale" à quelques mois de la présidentielle&lt;/a&gt;. Même le plus convaincu des électeurs UMP aura du mal à ne pas voir un lien entre cette annonce et la proximité des échéances électorales... &lt;a href="http://obouba.over-blog.com/article-delinquance-des-fran-ais-et-des-etrangers-94933019.html"&gt;Olivier Bouba-Olga se demande pourquoi s'en prendre spécifiquement à la délinquance étrangère alors que la délinquance bien de chez nous est proportionnellement plus forte&lt;/a&gt;. On peut en dire plus encore. En fait, même si les étrangers avaient effectivement plus de chances d'être délinquants que les nationaux, des mesures spécifiques les visant seraient non seulement inefficaces mais en plus nuisibles.&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;Sur son blog, Olivier Bouba-Olga compare la part des faits de délinquance attribuée à des nationaux et celle attribuée à des étrangers. On pourrait cependant dire qu'il faut tenir compte que les deux populations ne sont pas également nombreuses et se demander si l'on a plus de chances de devenir délinquant lorsque l'on est étranger que l'on est français. Mais là encore ce serait insuffisant : en effet, il est possible que le groupe des étrangers soit plus souvent délinquant non pas du fait de la caractéristique "étranger" mais d'autres caractéristiques comme la richesse économique, le lieu d'habitation, le niveau de diplôme, etc. Il faudrait alors mener un raisonnement toutes choses égales par ailleurs pour vérifier si, effectivement, le fait d'être étranger a un effet propre, indépendant des autres variables, sur la délinquance des individus. Et encore : il faudrait se poser la question du recueil des données, dans la mesure où il n'est pas impossible que l'activité de la police soit plus forte sur le groupe des étrangers que sur celui des français...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme je n'ai pas de données suffisantes sous la main pour se faire (mais n'hésitez pas à m'indiquer des sources qui auraient fait ce travail), je vais adopter un raisonnement différent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur quoi se basent les mesures proposées par Claude Guéant, comme d'ailleurs une partie importante des politiques en matière de sécurité menées dans ce pays depuis à peu près 1997 ? Il s'agit de renforcer les peines appliquée aux délinquants étrangers : on ajoute à la condamnation pénale une interdiction de séjour sur le territoire et on affirme que ça n'a rien à voir avec &lt;a href="http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2011/12/26/Claude-Gueant-nous-fait-une-double-peine"&gt;la double peine que le président de la République avait eu à cœur de supprimer&lt;/a&gt;. Autrement dit, on suppose implicitement que la délinquance peut s'expliquer sur la base d'un calcul rationnel : l'individu compare les gains de l'activité illégale et ses coûts, le tout avec les probabilités de réussir ou d'être condamné, et si le résultat est positif et supérieur aux gains d'une activité légale, il enfreint la loi, sinon il reste dans les clous. La théorie du choix rationnel : voilà le petit nom de ce type de raisonnement dans nos contrées sociologiques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A partir de là, si l'on augmente les coûts de la délinquance par des peines plus fortes, on doit obtenir une réduction des activités illégales. Et la suite du raisonnement toujours implicitement mené par notre sémillant ministre se fait ainsi : s'il y a un groupe dans la population qui est plus délinquant que les autres, on peut modifier son calcul en lui appliquant des peines plus lourdes et une surveillance plus forte, ce qui est rationnel et économise des moyens. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plutôt que d'essayer de montrer que le paradigme adopté est faux, restons dedans et poussons juste le raisonnement plus loin que cela n'a été fait en haut lieu. Considérons donc une situation où l'on a deux groupes, dont l'un - minoritaire - est plus fortement délinquants que l'autre - majoritaire. Supposons que l'on décide de contrôler et de punir plus fortement le groupe le plus délinquant en mobilisant les moyens de police et de justice plus fortement sur celui-ci. Que va-t-il se passer ? Va-t-on assister à une réduction globale de la délinquance ? La réponse est : non. Il est plus probable que l'on obtienne une hausse globale de celle-ci. Pourquoi ? Pour deux raisons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Premièrement, si la délinquance découle effectivement d'un calcul rationnel, comme le suggère l'idée récurrente qu'en alourdissant les peines on va la décourager, alors il faut prendre cela au sérieux. Pour choisir d'entrer ou non dans la délinquance, un individu regarde certes les gains et les coûts de cette activité, mais il les compare avec les gains et les coûts des activités légales. Or il est fort possible que le groupe le plus délinquant soit dans cette situation précisément parce que les activités légales auxquelles il peut prétendre ne sont pas assez intéressantes. Cela peut être dû à des phénomènes de discriminations, des difficultés d'accès à l'emploi légal ou à des emplois suffisamment rémunérateurs. Par conséquent, la sensibilité de ce groupe aux coûts de la délinquance va être plus faible : une augmentation de 10% de ces coûts va provoquer une diminution de la délinquance inférieure à 10% - c'est ce que l'on appelle une élasticité. Il est possible que cette élasticité soit proche de zéro - une augmentation des coûts de la délinquance n'a aucun effet ou un effet négligeable sur la délinquance - voire soit positive : dans ce cas-là, une augmentation des coûts de délinquance parce qu'il stigmatise un peu plus le groupe en question, et renforcerait les discriminations ou les difficultés d'accès à l'emploi, entraînerait une augmentation de la délinquance...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parallèlement, il est possible que dans l'autre groupe l'élasticité soit inférieure à -1. Dans ce cas, une augmentation de 10% des coûts de la délinquance entraîne une baisse de celle-ci supérieure à 10%. Il est donc rationnel de concentrer là les efforts car ils sont plus efficaces. Évidemment, cela ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire pour le groupe minoritaire : simplement que les actions à suivre devraient emprunter d'autres voies que l'alourdissement de la surveillance et des peines, par exemple par l'amélioration de l'accès à l'emploi. Une fois de plus, c'est ce à quoi mènent les outils intellectuels implicitement utilisées par le gouvernement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement - car il y a un deuxièmement - si on tient compte du fait que les moyens de police et de justice sont limités - et quand on nous parle sans cesse d'austérité, on peut supposer qu'ils le sont -, se concentrer sur le groupe minoritaire revient à diminuer les risques et donc les coûts de la délinquance dans le groupe majoritaire. Or on vient de voir que celui-ci était probablement très sensible à ce coût. On risque donc de provoquer une augmentation de la délinquance dans le groupe majoritaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le comprendre, prenons un exemple simple. Supposons que, considérant que les femmes conduisent globalement mieux que les hommes, on décide de ne plus effectuer de contrôle routiers que sur ces derniers. Peut-être obtiendra-t-on une baisse des infractions routières chez les hommes, si ceux-ci n'ont pas une élasticité trop faible, liée par exemple au fait que leur virilité est mise en cause s'ils roulent au pas... Mais on a toutes les chances d'encourager les femmes susceptibles de commettre des infractions d'en commettre encore plus. Au final, il est fort probable que la délinquance routière chez les femmes augmente - "vas-y chérie, c'est toi qui conduit... Oui,tu as bu trois fois plus que moi, mais au moins, on se fera pas emmerder" - et compense voire dépasse la baisse du côté des hommes... Il n'en va pas autrement dans le cas des Français et des étrangers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href='http://cheezburger.com/devlin1/lolz/View/5422052352'&gt;&lt;img class='event-item-lol-image' src='http://images.cheezburger.com/completestore/2011/11/11/24ab2879-ab1e-4fa4-a4f1-220ab46a068d.jpg' id='_r_a_5422052352' title="They Learned His Hours" alt="They Learned His Hours" /&gt;&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résumons : faible voire absence de baisse de la délinquance dans le groupe minoritaire, augmentation de la délinquance dans le groupe majoritaire... Au final, au niveau global, une augmentation de la délinquance. Comme je le disais plus haut, les conséquences d'une telle politique ne se mesurent pas seulement en termes d'inefficacité, mais aussi d'effets pervers, d'aggravation, autrement dit, de la situation de départ. Et cela, je le répète pour que les choses soient parfaitement claires, en suivant un raisonnement dans la droite ligne de celui tenu par le ministre et le gouvernement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela ne veut évidemment pas dire qu'il ne faut rien faire - je connais les trolls sur ces débats et je sais qu'il y a de fortes chances pour que l'un d'eux m'apostrophe avec des "bien-pensance" et autre "angélisme" qui ne tiennent lieu d'arguments que lorsque l'on est dans les commentaires du Figaro ou du Monde... Mais ce que montre ce raisonnement, c'est qu'il ne faut pas segmenter la justice ou l'action de la police. L'égalité de tous face à la loi n'est pas seulement une exigence éthique : c'est aussi une condition de son efficacité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Edit : Pour une analyse plus large des politiques visant les étrangers :&lt;br /&gt;&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/09/lorsque-lethique-de-responsabilite.html"&gt;Lorsque l'éthique de responsabilité devient une doctrine&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/09/lentetement-therapeutique-comme.html"&gt;L'entêtement thérapeutique comme nouvelle éthique politique&lt;/a&gt;  &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-589000976274245002?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/589000976274245002/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=589000976274245002' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/589000976274245002'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/589000976274245002'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/12/des-effets-pervers-dans-la-lutte.html' title='Des effets pervers dans la lutte aveugle contre la délinquance'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2279353460120185026</id><published>2011-12-22T19:13:00.000+01:00</published><updated>2011-12-22T19:13:40.113+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Mes lecteurs ont du talent</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce mois de décembre est chargé pour mes activités hors blog : outre le fait que je dois doctorisé à tout va, il se trouve que Zelda a disparu, et bon, quand même, ça peut pas trop attendre... En plus, &lt;a href="http://www.challenges.fr/economie/20111201.CHA7754/faut-il-envoyer-les-professeurs-d-economie-faire-des-stages-en-entreprise.html"&gt;il y a plein de gens qui me donnent envie d'être méchant avec eux&lt;/a&gt; alors que l'on est dans une période qui doit déborder d'amour et de joie. Bref. Heureusement, mes lecteurs prennent un peu le relais en participant à l'&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/12/sociological-lol.html"&gt;International Kick-Ass Une Heure de Peine Lolz Concours&lt;/a&gt;. J'en attends encore &lt;a href="http://sociologiesauvage.blogspot.com/"&gt;certains qui se sont engagés&lt;/a&gt;, mais voici déjà les premières participations... &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Contribution de &lt;a href="http://twitter.com/mgout"&gt;Marine Gout&lt;/a&gt; qui nous rappelle que nous avons la chance, en sociologie, d'avoir des stars dont la renommée dépasse les frontières disciplinaires : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-mWpBf4xFAAE/TvNwwLqd2-I/AAAAAAAAASU/oG1ozp4y16Q/s1600/KLklj.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-mWpBf4xFAAE/TvNwwLqd2-I/AAAAAAAAASU/oG1ozp4y16Q/s400/KLklj.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Contribution de Rudi qui rappelle que la sociologie est un super-pouvoir :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-3vVI_O2LteM/TvNxcWk6qXI/AAAAAAAAASg/oghZXFYQzeQ/s1600/Rudi.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="383" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-3vVI_O2LteM/TvNxcWk6qXI/AAAAAAAAASg/oghZXFYQzeQ/s400/Rudi.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;(A ce propos, le scénario de The League of Sociological Justice est en cours d'écriture : au tournant du siècle, une équipe d'êtres exceptionnels - Emile, Max, Karl et Georg - est envoyé pour lutter contre une menace dormante, les économistes... Pour négocier les droits d'adaptation cinématographique, me contacter). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux contributions de Mathieu, qui m'ont beaucoup fait rire, avec une mention spéciale pour avoir utilisé le docteur Zoïdberg, notre maître à tous :  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-Sw8cImQTpSs/TvNyTn2GpOI/AAAAAAAAAS4/a9vzUjWhK0o/s1600/Mathieu_2.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="320" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-Sw8cImQTpSs/TvNyTn2GpOI/AAAAAAAAAS4/a9vzUjWhK0o/s400/Mathieu_2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-V6WY7h_txmg/TvNyTWGmc8I/AAAAAAAAASs/MXilIWYSqMQ/s1600/Mathieu_1.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="273" src="http://1.bp.blogspot.com/-V6WY7h_txmg/TvNyTWGmc8I/AAAAAAAAASs/MXilIWYSqMQ/s400/Mathieu_1.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Une contribution de Sylvain qui me fait dire "si seulement on avait Spidey avec nous..." :  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-C095CgFDpsQ/TvNymv-rpgI/AAAAAAAAATE/2ZdQgUvImyI/s1600/Sylvain.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="285" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-C095CgFDpsQ/TvNymv-rpgI/AAAAAAAAATE/2ZdQgUvImyI/s400/Sylvain.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le concours est toujours ouvert, alors dépêchez-vous de participer ! (Voir rubrique contact). &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2279353460120185026?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2279353460120185026/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2279353460120185026' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2279353460120185026'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2279353460120185026'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/12/mes-lecteurs-ont-du-talent.html' title='Mes lecteurs ont du talent'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-mWpBf4xFAAE/TvNwwLqd2-I/AAAAAAAAASU/oG1ozp4y16Q/s72-c/KLklj.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-898275783981016228</id><published>2011-12-16T16:44:00.001+01:00</published><updated>2011-12-16T18:59:39.890+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie classique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Sociological lol</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a des choses qui, dans un univers bien ordonné, ne devraient jamais arriver. &lt;a href="http://cheezburger.com/builder"&gt;Par exemple, me mettre dans les mains un générateurs de lolz et de demotivational posters...&lt;/a&gt; Parce que, évidemment, je fais en faire des conneries avec. Et la bonne nouvelle, c'est que vous pouvez en faire aussi...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;  &lt;br /&gt;En fait, tout a commencé par &lt;a href="http://twitter.com/sociosauvage"&gt;une conservation sur Twitter&lt;/a&gt; avec l'&lt;a href="http://sociologiesauvage.blogspot.com/"&gt;apprenti&lt;/a&gt;. Celui-ci cherchait un moyen simple d'expliquer en quoi la sociologie est une science pour intégrer à un de ses billets. Je venais juste de découvrir le fameux générateur. Alors j'ai fait ça :  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-aIg5Vk2mhj0/Ttpr1eeQyrI/AAAAAAAAAPI/WK916_o0Hoc/s1600/batman_sociology.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="246" src="http://2.bp.blogspot.com/-aIg5Vk2mhj0/Ttpr1eeQyrI/AAAAAAAAAPI/WK916_o0Hoc/s400/batman_sociology.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Parce que, face aux bêtises récurrentes que l'on peut entendre aussi bien chez ceux qui attaquent les gender studies que de ceux qui s'en prennent aux sciences sociales - &lt;a href="http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2011-2012/20120077.asp#P666_201407"&gt;souvent les mêmes qui ne parviennent pas à comprendre que dans sciences sociales il y a, ô surprise, science&lt;/a&gt; -, les explications rationnelles sont si peu efficaces que l'on a envie de faire comme Batman : aller chercher la justice dans la rue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis ensuite, bien sûr, tout s'est enchaîné. Et j'en ai fait d'autres. Vous en trouverez la plupart ci-dessous (moins ceux dont j'ai vraiment honte). Mais avant ça j'en profite pour lancer le &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-fj5HIXWdlcQ/TuXlhOqdDAI/AAAAAAAAAQE/iVdSDk9tdCA/s1600/lolzconcours.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-fj5HIXWdlcQ/TuXlhOqdDAI/AAAAAAAAAQE/iVdSDk9tdCA/s400/lolzconcours.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;édition 2011. Autrement dit, je vous invite cordialement à participer en m'envoyant (uneheuredepeine(at)gmail(point)com) une de vos créations réalisées à l'aide du &lt;a href="http://cheezburger.com/builder"&gt;builder&lt;/a&gt; sus-cités ou d'un autre ou même de vos petites mains pleines de doigts. Je les publierais ici même, au fur et à mesure ou en une seule fois en fonction du volume de réponse (et si celui-ci est trop faible, je n'en parlerais plus mais maudirais votre nom jusqu'à la fin des temps). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, pour être recevable, il y a des règles, sinon ce n'est pas vraiment un concours. Donc il faut que votre création se rapporte d'une façon ou d'une autre à la sociologie (ou, à la rigueur, se moque des économistes, je prends aussi). Après, c'est libre, en gardant en tête que les "kikoo ptdr ^^, la socio c'est trop pas une science &lt;:-?" recevront un virus en retour de mail.Qu'est-ce qu'on y gagne ? Parce que l'honneur de vous voir cité sur mon auguste blog ne vous suffit pas ? Bon, j'ajoute un cadeau surprise. Et puis une place dans le jury du prix Robert Nobel de sociologie quand j'aurais le temps de le relancer. Pour la suite du billet, et dans le désordre le plus total, quelques créations de ma part qui me fermeront sans doute un jour l'accès à toutes les universités un peu sérieuse. Comme vous le comprendrez, je suis dans une phase superheroes en ce moment. Apparemment, c'est à la mode : je ne suis jamais qu'un homme de mon époque (une façon comme une autre de dire "un misérable résidu de bidet du marketing ambiant"). Commençons par le commencement.&lt;a href="http://twitter.com/SH_lelabo"&gt; Xavier Molénat, qui twitte pour Sciences Humaines,&lt;/a&gt; avait noté un certain recul de ma beckerophilie au profit d'un certain penchant weberien pour cette saison du blog. Je me suis donc fait une piqûre de rappel. Pour mémoire, Howard Becker a défendu l'idée que la déviance ou la délinquance nécessitaient un "étiquetage", c'est-à-dire qu'elle doit être reconnue et dénoncée publiquement comme telle par des entrepreneurs de morales. La "labelling theory" pourrait-elle avoir du succès auprès des super-héros ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-ALSUZXNTn-c/Ttpr1UhahDI/AAAAAAAAAPQ/3GZfKbAMZSM/s1600/c0bd1418-90be-434e-b64a-2e5bc63686cf.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-ALSUZXNTn-c/Ttpr1UhahDI/AAAAAAAAAPQ/3GZfKbAMZSM/s400/c0bd1418-90be-434e-b64a-2e5bc63686cf.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Les suivants mettent en scène &lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Deadpool"&gt;Deadpool&lt;/a&gt;, un de mes personnages favoris. L'un de ses pouvoirs - la "comic awareness" ou "conscience d'être dans un comic" - pourrait presque en fait un sociologue goffmanien, conscient de la théâtralité à laquelle il prend part (c'est fou quand même les trucs qu'on peut être amené à écrire...). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les "gender studies" &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/de-piss-christ-aux-theories-du-genre.html"&gt;ont provoqué&lt;/a&gt; &lt;a href="http://sociologiesauvage.blogspot.com/2011/10/il-faut-enseigner-la-theorie-du-genre.html"&gt;pas mal de remous&lt;/a&gt; &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/le-sexe-est-bien-une-construction.html"&gt;en France ces derniers temps&lt;/a&gt;, à cause de quelques incompétents qui "pensent" que si l'on ne parle pas de l'homosexualité, celle-ci va disparaître... Evidemment, ils n'ont rien compris à ce dont il s'agissait. Voici un hommage qui leur est destiné : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-JL6Rr9KjMy8/Ttpr1s4uoNI/AAAAAAAAAPk/wLUQ_9q07Dg/s1600/4d96431e-52a6-4736-b983-b068a889c95a.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://1.bp.blogspot.com/-JL6Rr9KjMy8/Ttpr1s4uoNI/AAAAAAAAAPk/wLUQ_9q07Dg/s400/4d96431e-52a6-4736-b983-b068a889c95a.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Je pense faire partie de ces sociologues qui s'irritent encore et toujours du sens commun, surtout lorsque celui-ci est prononcé avec assurance, certitude et évidence. Ce n'est pas toujours très à la mode comme attitude, mais lorsque l'on voit les nombreuses attaques dont les sciences sociales font l'objet en France, je me demande quelle autre attitude est possible. Deux affiches qui illustrent ce point de vue...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-ggbp-k5UE4E/Ttpr2JfVV9I/AAAAAAAAAP0/oAfY5qZYIjw/s1600/Deadpool_commonsense1.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="359" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-ggbp-k5UE4E/Ttpr2JfVV9I/AAAAAAAAAP0/oAfY5qZYIjw/s400/Deadpool_commonsense1.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-LeZOLFuZJj8/Ttpr2BWvomI/AAAAAAAAAPs/3aNK9MEcgjs/s1600/Deadpool_commonsense2.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://4.bp.blogspot.com/-LeZOLFuZJj8/Ttpr2BWvomI/AAAAAAAAAPs/3aNK9MEcgjs/s400/Deadpool_commonsense2.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Faire des lolz, c'est aussi l'occasion de faire passer des messages sous une forme différente. Je ne vais apprendre à personne combien l'image peut être puissante. Tenez un seul exemple : &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/sexe-marches-et-jeux-videos.html"&gt;je peux résumer l'idée clef d'un de mes posts classiques en un poster&lt;/a&gt; : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-FprA5Bkamxg/TupryGASq7I/AAAAAAAAAQQ/kUfUCcT5MKw/s1600/Feminist_campaign8.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://3.bp.blogspot.com/-FprA5Bkamxg/TupryGASq7I/AAAAAAAAAQQ/kUfUCcT5MKw/s400/Feminist_campaign8.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour mémoire, je défendais dans le dit post l'idée que le sexisme dans les jeux vidéo trouvait moins son origine du côté des éditeurs ou des personnages, mais plutôt du côté des joueurs et des fans qui ont tendance à faire une relecture bien particulière des "strong female characters", co-produisant ainsi les biens qu'ils consomment. Voir un personnage aussi merveilleux que Samus Aran débarrasser de toutes ses qualités pour devenir cadrer avec l'idéal féminin incarnée par les photos de charme, c'est quelque chose qui me déçoit... J'en dirais sans doute plus bientôt, parce que le marché des comics est pas mal dans son genre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette dernière image s'inscrit dans une série commencé à la suite de la lecture de ce post sur le blog américain &lt;a href="http://www.everydaysociologyblog.com/2011/10/im-not-a-feminist-but.html"&gt;Everyday Sociology&lt;/a&gt; : il y est question du fait que des femmes renâclent à se dire féministes même quand elles veulent défendre l'égalité des sexes... "Féministe" serait devenu un stigmate négatif, ce qui contribue à couper les femmes d'un mouvement social à même de les défendre, et, en les isolant, affaibli de fait la cause de l'égalité des sexes. La féministe américaine Anita Sarkeesian ne dit pas autre chose dans &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2011/10/06/anita-sarkeesian-on-the-straw-feminist/"&gt;cette très belle vidéo où elle commente notamment un certain nombre de programme télé qui font des féministes les "méchantes"&lt;/a&gt;. Une analyse qui pourrait sans problème être importé en France &lt;a href="http://hyperbate.fr/dernier/?p=18686"&gt;quand on voit certains traitements médiatiques qui se croient subversifs&lt;/a&gt;... En réaction, j'avais donc proposé d'affirmer la fierté qu'il y à être féministe pour les femmes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-t21sTuaXDnc/TupvuJn3ZwI/AAAAAAAAAQc/h29jMXKYNHk/s1600/Feminist_campaign5.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://4.bp.blogspot.com/-t21sTuaXDnc/TupvuJn3ZwI/AAAAAAAAAQc/h29jMXKYNHk/s400/Feminist_campaign5.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-pQ4HNAbMWqM/TupvuZmKXjI/AAAAAAAAAQk/fmP1E_O4ofQ/s1600/Feminist_campaign4.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="387" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-pQ4HNAbMWqM/TupvuZmKXjI/AAAAAAAAAQk/fmP1E_O4ofQ/s400/Feminist_campaign4.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;...mais aussi pour les hommes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-5KMOJr2DwQE/Tupvuo7c9II/AAAAAAAAAQ0/NWpzIrZwG-w/s1600/Feminist_campaign7.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="386" src="http://3.bp.blogspot.com/-5KMOJr2DwQE/Tupvuo7c9II/AAAAAAAAAQ0/NWpzIrZwG-w/s400/Feminist_campaign7.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;...avec quelques limites toutefois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-1Tyt1OGRSLY/TupvvUGNI2I/AAAAAAAAARA/R7WXNlLKcLQ/s1600/Feminist_campaign6.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://3.bp.blogspot.com/-1Tyt1OGRSLY/TupvvUGNI2I/AAAAAAAAARA/R7WXNlLKcLQ/s400/Feminist_campaign6.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;J'ai parlé plus haut de la couleur weberienne de cette cinquième saison du blog, particulièrement en ce qui concerne les réflexions sur le charisme et sa place dans l'économie et le capitalisme. L'autorité charismatique méritait donc bien un poster : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-11DP_ybm2YU/TuruQMY-1yI/AAAAAAAAARM/KbliTh30oe0/s1600/charismaticauthority.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="264" src="http://3.bp.blogspot.com/-11DP_ybm2YU/TuruQMY-1yI/AAAAAAAAARM/KbliTh30oe0/s400/charismaticauthority.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour faire bonne mesure, restons dans les classiques de la sociologie et tournons vers Emile Durkheim et la notion d'anomie : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-HOPiSJkud5c/TurujJDy5zI/AAAAAAAAARY/pElRiL0nbS0/s1600/anomie.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="369" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-HOPiSJkud5c/TurujJDy5zI/AAAAAAAAARY/pElRiL0nbS0/s400/anomie.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;De là, on peut sauter vers une autre notion classique, celle d'habitus dans le sens qui a été donné à ce mot par Pierre Bourdieu : "structure structurante, qui organise les pratiques et la perception des pratiques, l’habitus est aussi structure structurée : le principe de division en classes logiques qui organise la perception du monde social est lui-même le produit de l’incorporation de la division en classes sociales" (une définition qu'il est toujours bon d'essayer de placer quelque part). Mais que se passe-t-il lorsqu'un individu intériorise deux habitus différents ? On a un habitus clivé. La chose est plus courante qu'on ne le pense...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-MufxxpihPTA/Tur3bmtT-8I/AAAAAAAAARw/-p6H7gwn3r0/s1600/Batmanhabitus.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="369" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-MufxxpihPTA/Tur3bmtT-8I/AAAAAAAAARw/-p6H7gwn3r0/s400/Batmanhabitus.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, il arrive que je me souvienne parfois que je suis aussi enseignant de sciences économiques et sociales, surtout quand je regarde les deux pochettes pleines de copies qui attendent sournoisement sur le coin de mon bureau... Cette activité me conduit notamment à parler régulièrement de mes pires ennemis, voire même d'en faire la promotion (habitus clivé encore, vous voyez que c'est pas facile). Alors parfois, je fais des trucs comme ça : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-tXmtA7-fO7M/Tuti9SONqlI/AAAAAAAAAR8/WOzlNfaf_ZA/s1600/Opportunitycost.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="328" src="http://4.bp.blogspot.com/-tXmtA7-fO7M/Tuti9SONqlI/AAAAAAAAAR8/WOzlNfaf_ZA/s400/Opportunitycost.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Et puis comme tout n'est pas rose dans ce beau métier, parfois j'ai envie de croire qu'il existe une explication unique, simple et rationnelle à ce qui nous arrive. Voici la seule que j'ai trouvé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-_vmAr6KkOqM/TutlDch0XuI/AAAAAAAAASI/gLSw68BNWKE/s1600/EducationNationaleDeadpool.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="327" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-_vmAr6KkOqM/TutlDch0XuI/AAAAAAAAASI/gLSw68BNWKE/s400/EducationNationaleDeadpool.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Excellente conclusion pour cette note décousue et sans grand intérêt, il faut bien le dire. De toutes façons, il est possible que je vous abreuve encore de cet art très particulier si certaines idées me frappent par surprise (je suis sûr que je peux faire quelque chose avec R). A vous de jouer maintenant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Note : j'ai utilisé plein d'images dont je connais pas forcément les auteurs et dont les droits sont parfois douteux - ça fait partie des règles de l'exercice. Si les auteurs passent dans le coin et ne sont pas contents, qu'ils m'écrivent et je retirerais ou créditerais l'objet du délit. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-898275783981016228?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/898275783981016228/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=898275783981016228' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/898275783981016228'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/898275783981016228'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/12/sociological-lol.html' title='Sociological lol'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-aIg5Vk2mhj0/Ttpr1eeQyrI/AAAAAAAAAPI/WK916_o0Hoc/s72-c/batman_sociology.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-1605495597498079483</id><published>2011-11-30T08:00:00.001+01:00</published><updated>2011-12-05T08:36:28.605+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><title type='text'>Le stratège, ou Weber au pays du baseball</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;i&gt;&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Moneyball_%28film%29"&gt;Moneyball&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ou, en version française, &lt;i&gt;&lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Strat%C3%A8ge"&gt;Le stratège&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; fait partie de ces films que l'on va voir un peu par hasard, mais qui s'avèrent être au-dessus de la moyenne de ceux que l'on va voir avec une bonne raison. Le film raconte comment des méthodes venues de l'économie et de la statistique sont venues transformer le petit monde du baseball, sport que l'on n'a absolument pas besoin de connaître ni même de vraiment comprendre pour apprécier le film. Evidemment, il n'était pas question pour moi de laisser tout cela aux seuls économistes : ce que j'y ai vu, c'est matière à réfléchir sociologiquement sur les transformations de l'économie et même sur la constitution du charisme, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html"&gt;question que j'avais déjà abordé il y quelques mois dans un désormais mythique billet consacré à Steve Jobs&lt;/a&gt;.  &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/zElCdZugslc" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux disclaimers avant de commencer le post. Premièrement, ce serait quand même mieux que vous ayez lu le film. Peut-être pas tout à fait obligatoire, mais ce serait quand un peu plus. Vous pouvez y aller, hein, je vous attends, je bouge pas de là. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deuxièmement, plus important : je ne suis pas un spécialiste du baseball, loin de là, et je n'en connais pas dans les détails toute l'histoire. En fait, mon expertise en la matière se limite à ce que l'on peut en voir dans ma série de prédilection (et parce que je veux vous pourrir la vie en vous mettant une chanson dans tête, je met la vidéo, tiens) : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/oK2nLHApavw" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le film bénéficiant de ce fameux label "d'après une histoire vraie" (lequel mériterait une analyse à lui seul) et semblant tiré d'un bouquin "non-fictionnel", je fais l'hypothèse que ce qui y est raconté, même si cela est sans doute romancé, est grosso modo vrai. Je n'ai évident pas le temps de mener une sociologie du baseball au Etats-Unis. Si des gens plus compétents que moi veulent corriger certains points, qu'ils n'hésitent pas à le faire. Et s'il vous semble qu'il y a une grande distance entre ce que raconte le film et la réalité, prenez mon post comme une façon d'illustrer et de clarifier certaines idées en sociologie, et non comme une analyse en bonne et due forme d'un objet empirique...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De quoi parle &lt;i&gt;Moneyball&lt;/i&gt; ? D'une prophétie rationnelle comme dirait, sans doute, Max Weber (à qui, vous l'aurez compris, je vais repiquer plein de trucs dans cette note, beaucoup de choses viennent aussi du séminaire de sociologie économique de Pierre François à l'Ehess que j'ai suivi en 2010). Les deux héros du film, Billy Beane, manager des Athletics d'Oakland, et son assistant Peter Brand (un certain Paul DePodesta dans la vraie vie), cherchent à imposer une nouvelle façon de manager une équipe de baseball. Depuis l'origine de ce sport, ses adeptes se sont fiés à la fois à des statistiques héritées du XIXème siècle (comme les "moyennes de frappes") et à l'expertise et l'instinct des différents recruteurs, leur capacité à reconnaître un futur grand joueur. Beane et Brand disent : "table rase de tout cela, on va faire autrement, on va utiliser d'autres statistiques et on ne va plus se fier à votre sagesse millénaire". Voilà pour la prophétie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi rationnelle maintenant ? Parce que la nouvelle façon de faire se veut plus efficace, plus à même d'atteindre les objectifs fixés - gagner des matchs - que l'ancienne. D'un côté, on a la tradition - un des collaborateurs de Beane lui reproche de jeter aux orties un siècle d'expertise -, de l'autre, la raison et la science, appuyées sur les statistiques et le diplôme d'économie de Brand. Prophétie rationnelle, donc. Comme le fût, en son temps, les prophéties qui fondèrent le capitalisme en expliquant que, désormais, on accumulerait indéfiniment des biens dans le but d'en accumuler encore plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui est intéressant, c'est que cette nouvelle façon de faire, , significativement nommée &lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Sabermetrics"&gt;sabermetrics&lt;/a&gt;, s'appuie, on l'aura compris, sur une importation depuis l'économie. Et de fait, c'est chose courante pour cette discipline que de proposer de changer les choses dans un sens plus rationnel, cette rationalité s'appuyant sur ses outils et notions. Des économistes peuvent ainsi proposer, comme cela a été fait il y a quelques temps en France, de rémunérer les élèves en fonction de leurs résultats, afin de rendre l'éducation plus efficace. On a aussi suffisamment rappeler que la libéralisation financière découlait des propositions des économistes concernant l'efficacité des marchés financiers. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le thème est même si populaire qu'il prend parfois la forme d'une force particulière prêtée à l'économie, comme si celle-ci était capable d'agir par elle-même sur le monde. Cela découle parfois d'une mauvaise compréhension des recherches sur la "performativité" de l'économie, les auteurs de ce champ de recherche étant bien conscients que les choses ne sont pas aussi simples. Et c'est précisément cette complexité que le film permet de saisir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car la prophétie rationnelle ainsi formulée commence par échouer. Beane et Brand ont pourtant toute la force de la science et de la raison avec eux, mais ils ne sont pas suivis : dans leur équipe, que ce soit du côté des divers collaborateurs ou des joueurs, ils ne rencontrent que l'incompréhension et le scepticisme. Pire que cela : ils sont même court-circuité dans leurs tentatives, d'abord par les recruteurs, ensuite par leur propre entraîneur qui garde la main-mise sur la stratégie mise en œuvre sur le terrain et refuse de faire faire jouer comme le lui dicte une mystérieuse logique statistique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans leur entreprise prophétique, les deux personnages vont se heurter à deux types de résistances. La première est celle de ceux qui perdent leur statut et leur rôle dans l'affaire : tous les professionnels de la sélection qui voient leur expertise mise en danger. Ceux-ci cherchent à clôturer leur champ de compétence face à de nouveaux venus. On retrouve Weber et la sociologie des professions qui en découle. La seconde résistance est celle des joueurs qui ne comprennent pas bien ce que leurs supérieurs entendent faire, même ceux qui ont le plus à y gagner. Ils ont aussi du mal à croire qu'on leur confie des postes pour lesquels ils pensaient ne pas avoir le niveau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces deux résistances permettent de mieux comprendre la nature d'une telle prophétie : elle se propose à la fois de redistribuer le pouvoir et les gains entre les individus - et donc menace nécessairement des groupes qui avaient su gagner une position privilégié dans l'ordre ancien - et de recomposer les façons de percevoir, de juger et d'évaluer en vigueur. Comme sur n'importe quel marché, on trouve - et c'est là un résultat classique de la sociologie des économiques - des institutions à qui il est délégué le pouvoir de dire la valeur des biens et d'orienter les autres acteurs : prescripteurs, labels, mais aussi catégories de jugements, normes, allant-de-soi, etc. C'est tout cela qui est remis en cause. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment faire alors pour imposer ce qui devrait rationnellement trouver l'adhésion des uns et des autres - puisque, après tout, une équipe qui gagne est dans l'intérêt de tous les acteurs de la chose ? Autrement dit, comment parvient-on à imposer une prophétie rationnelle ? Ce n'est certainement pas par la seule séduction de la froide rationalité économique, même si celle-ci peut exercer une séduction sur certains individus (il n'y a qu'à lire &lt;a href="http://www.amazon.fr/Freakonomics-Stephen-Dubner/dp/2207257967"&gt;Freakonomics&lt;/a&gt; pour se rendre compte combien ses auteurs se délectent d'avancer des idées "choquantes"...). &lt;a href="http://www.amazon.fr/Nouvel-esprit-du-capitalisme/dp/2070749959"&gt;Boltanski et Chiappello&lt;/a&gt; avaient déjà relevé que la science économique, s'il peut servir à justifier, avec une prétention de rationalité, le capitalisme, est bien incapable d'engager les individus dans les comportements correspondants :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;[P]récisément du fait de leur caractère très général et très stable dans le temps, ces raisons ne nous semblent pas suffisantes pour engager les personnes ordinaires dans les circonstances concrètes de la vie, et particulièrement de la vie au travail, et pour leur donner des ressources argumentatives leur permettant de faire face aux dénonciations en situation ou aux critiques qui peuvent leur être personnellement adressés (Le nouvel esprit du capitalisme, 1999, p. 70)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Bref, pour advenir, la prophétie rationnelle portée par la science économique a besoin de s'appuyer sur autre chose, sur une autre force. On sait que Weber faisait de la prophétie protestante l'élément clef capable de transformer les structures et les comportements économiques anciens, et faire ainsi naître le capitalisme. La force d'imposition vient d'ailleurs. Et elle vient typiquement du charisme : de la croyance que le prophète a des qualités qui le singularise suffisamment pour qu'on lui accorde de pouvoir changer les choses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment nos deux managers s'y prennent-ils dans le film ? Ils doivent obtenir en fait deux adhésions à leur prophétie : d'abord celle des joueurs, ensuite celle du monde du baseball, journalistes, commentateurs, fans, entraîneurs, propriétaires d'équipes, etc. Dans les deux cas, ils doivent se construire un charisme. Et la façon dont ils le font dans les deux cas est particulièrement intéressante pour qui cherche à comprendre comment le charisme se construit, comment un individu, un nom ou une pratique peut devenir une institution, une référence. Pour briser les règles de l'ordre ancien, les deux prophètes vont devoir en respecter d'autres, non moins anciennes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Auprès des joueurs, la construction du charisme va passer par un travail intense auprès des joueurs, qui va notamment demander à Beane de reprendre contact avec eux, chose qu'il s'interdisait de faire jusqu'alors. Il va aller les voir dans les vestiaires, il va leur parler, il va chercher à en convaincre certains plus directement, en promettant, par exemple, à un joueur déjà âgé, qu'il pourrait rester sous les feux des projecteurs. Bref, il va chercher à se comporter au plus proche de ce que les joueurs attendent d'un bon manager. Jusque dans les énervements en cas de défaite, qui sont aussi un attendu dans le monde sportif : de la même façon que dans certains cas un enseignant doit se mettre en colère, un entraîneur doit savoir engueuler ses joueurs. C'est en se présentant sous le jour d'un "bon manager" que Beane peut espérer, par ailleurs, changer les façons de manager. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Auprès du monde du baseball, les choses sont encore plus simples. Là où l'exemple du sport est particulièrement intéressant pour ces questions, c'est qu'il donne à voir un milieu finalement extrêmement normé : un sport se caractérise évidemment par ses règles, explicites et partagées, et par une compétition bien organisée. Pour convaincre, il faut donc d'abord gagner. Il faut respecter les règles du sport : la compétition sportive n'est jamais qu'une institution qui est capable de dire qui est meilleur que qui. C'est là qu'évidemment quelque chose qu'aucune prophétie ne pourrait remettre en cause. Voilà un corps de principes qui ne saurait être remis en cause : tous les autres s'organisent autour de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Acquérir la légitimité nécessaire à la transformation des règles du jeu économique demande donc à ce que l'on s'appuie sur d'autres règles, sur d'autres institutions ou sur ce qui, au sein même du monde que l'on espère transformer, est le plus puissamment enraciné. En même temps que l'on peut comprendre la source de la puissance prophétique, on en voit aussi les limites : changer tout... mais pas l'essentiel. Il n'en va pas autrement lorsque, par exemple, &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_M._Parker,_Jr."&gt;Robert Parker&lt;/a&gt; boulverse, comme il est devenu banal de le dire, le classement des grands vins : il peut se permettre de subvertir celui-ci sur certaines valeurs en promouvant des vins peu connus, mais ne remet pas en cause totalement une échelle de perception héritée de la tradition ni même les catégories de classement les plus anciennes. Les grands vins restent en haut de la nouvelle échelle. L'audace prophétique a quelque chose de limité. De la même façon que Beane et Brand ne peuvent se permettre de remettre en cause aussi la perception que l'on a d'un bon manager...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenons rapidement au monde du baseball : comme signalé précédemment, il est tout à fait particulier. La compétition sportive a pour caractéristique d'être organisée selon des règles et des critères précis et explicites. Les choses sont plus compliquées dans les autres sphères économiques, où les règles de la réussite sont moins profondément fixés. Il y existe cependant, la plupart du temps, une institution également capable de dire, selon la belle formule de Luc Boltanski, "ce qu'il en est de ce qui est" : le marché. Pour être reconnu comme un innovateur, pour changer quelques règles dans le monde de l'économie, il faut passer par la sanction du marché. Mais celui-ci, malgré sa réputation de froideur et d'objectivité, est beaucoup moins organisé et beaucoup plus chaotique qu'une compétition sportive. Plus hétérogène, il offre un nombre d'alliance plus important : pour une équipe sportive, le seul salut est la victoire, éventuellement la performance exceptionnelle comme les vingt victoires consécutives des Athelics qui leur permet d'être rapproché symboliquement d'autres équipes légendaires (ce qui renforce, on le notera, le charisme de leurs dirigeants) ; sur un marché, il y a bien plus de stratégies disponibles, selon le public que l'on veut séduire, selon la façon dont on définit la réussite - le "succès d'estime" étant une ressource mobilisable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprends alors que le capitalisme et plus généralement l'économie marchande multiplie les prophètes que l'on rhabille le plus souvent en innovateurs - mais le portrait de l'innovateur schumpeterien n'est-il pas celui d'un prophète ? C'est que son institution centrale est tout à fait favorable à une telle multiplication par les ressources qu'elle met à dispositions des prétendants au changement : il y aura toujours un marché sur lequel vous pourrez chercher à obtenir l'auréole nécessaire à réinvestir sur les autres... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On notera surtout qu'il n'y a aucune nécessité à ce que la sanction du marché vienne confirmer la prophétie à réaliser : elle peut être intervenue avant. C'est tout auréolé d'un succès passé, après avoir réussi l'épreuve du marché, que l'on pourra se permettre de nouvelles propositions transformatrices. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html"&gt;Revenons à Steve Jobs et à Apple&lt;/a&gt; : le succès économique finalement très classique de l'un (y compris dans son parcours scolaire et universitaire) comme de l'autre devance leurs propositions les plus révolutionnaires. Comme dans d'autres domaines, les miracles précèdent finalement la prédication. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La conséquence, et peut-être le prix à payer de cela, c'est que l'on ne peut pas remettre facilement en cause les institutions et les principes qui vous ont fait. Si le capitalisme multiplie les adeptes du changements, les innovateurs et tout ceux qui annoncent sans cesse qu'il faut "faire table rase du passé" - sans doute plus que ne l'a jamais fait une doctrine opposée - et, plus généralement, les "nouvelles économies" - combien de fois avez-vous entendu un commentateur ou un chef d'entreprise ou encore un économiste vous expliquer que tout est différent et que le vieux monde était en train de s'écrouler ? - il n'en existe pas moins un corps de principes particulièrement difficile à remettre en cause, à contester et plus encore à transformer. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/10/la-mentalite-de-marche-est-obsolete-ou.html"&gt;J'avais déjà eu l'occasion de dire combien la "mentalité de marché" avait résisté à sa mort annoncée&lt;/a&gt;, d'autant plus qu'elle se retrouve même dans des groupes qui entendent lutter contre - un constat que faisaient déjà Boltanski et Chiappello en 1999. Il me semble que celle-ci a même toujours tendance à s'étendre. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-1605495597498079483?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/1605495597498079483/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=1605495597498079483' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1605495597498079483'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1605495597498079483'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/11/le-stratege-ou-weber-au-pays-du.html' title='Le stratège, ou Weber au pays du baseball'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/zElCdZugslc/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5459104229045741221</id><published>2011-11-07T08:00:00.001+01:00</published><updated>2011-11-11T12:08:23.073+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des conflits'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du corps'/><title type='text'>A poil camarade, le vieux monde est derrière toi</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et pour faire face au capitalisme tout puissant et à la finance devenue folle, &lt;a href="http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/01/le-strip-tease-anti-g20-de-quatre-lyonnais-a-nice"&gt;ils se déshabillèrent dans la rue&lt;/a&gt;... Et ils ne furent pas les premiers à le faire, et ils ne furent pas non plus les derniers. Se foutre à poil : voilà une méthode de protestation qui fait florès dans les différents mouvements sociaux, des enseignants en colère aux manifestants altermondialistes, des féministes aux amis des animaux. Une méthode de plus versée au répertoire des actions possibles ? "Répertoire" ? "Action collective" ? &lt;a href="http://www.youtube.com/watch?v=5Kek3GqbsTk"&gt;Hum, my sociological sense is tingling&lt;/a&gt;...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Se dénuder pour protester contre quelque chose n'est en soi pas complètement nouveau. On en trouve déjà une trace dans la fameuse campagne "Plutôt à poil qu'à fourrure" de l'association de défense des animaux PETA : mettre des tops-models ou des actrices célèbres et jolies nues face au photographe pour protester contre l'utilisation de la fourrure animale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-SjI1GhOLbNA/TrUanlE5MJI/AAAAAAAAAO8/1YckKlABfCg/s1600/RatherNaked.JPG" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="234" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-SjI1GhOLbNA/TrUanlE5MJI/AAAAAAAAAO8/1YckKlABfCg/s400/RatherNaked.JPG" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mais bien d'autres mouvements ont repris cette topique. Ce qui est intéressant, c'est que si l'on pouvait trouver une justification directe dans la campagne de la PETA - puisque celle-ci portait sur la question des vêtements finalement - l'utilisation de la nudité est souvent plus métaphorique. Dans le cas du strip-tease organisé par l'association Oxfam dans le cadre des manifestations autour du G20 de Nice, il est même nécessaire de bien lire les explications pour comprendre &lt;a href="http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/01/le-strip-tease-anti-g20-de-quatre-lyonnais-a-nice"&gt;de quoi il s'agit&lt;/a&gt; (et encore, ce n'est pas d'une clarté cristalline je trouve) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;« L’idée de ce strip-tease est de montrer que la mise en place d’une taxe de 0,05 % sur les transactions financières que nous revendiquons, c’est un petit chiffre qui changerait beaucoup de choses », explique Magali Rubino, d’Oxfam France, jointe hier par « Le Progrès ».&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-S8U8Qu9jHZA/TrLcyYt_EpI/AAAAAAAAAOM/LI41sJXEHt8/s1600/Striptease_DBedel-16521.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="267" src="http://1.bp.blogspot.com/-S8U8Qu9jHZA/TrLcyYt_EpI/AAAAAAAAAOM/LI41sJXEHt8/s400/Striptease_DBedel-16521.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/01/le-strip-tease-anti-g20-de-quatre-lyonnais-a-nice"&gt;Photo empruntée ici.&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;On peut aussi penser au calendrier des &lt;a href="http://www.lepost.fr/article/2011/09/16/2591473_depouilles-des-profs-posent-nus-dans-un-calendrier.html"&gt;"profs dépouillés"&lt;/a&gt; qui a fait, il y a quelques temps, le tour du petit monde de l'éducation. Là encore, l'usage de la nudité, d'ailleurs assez bien contrôlée - n'espérez pas vous rincer l’œil, bande de pervers - est tout métaphorique : il s'agit de dénoncer les manques de moyens dont souffre notre belle Education Nationale. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-bk6bGTYjYh4/TrLeNDgtMrI/AAAAAAAAAOY/lia080wf4EI/s1600/h-20-2591490-1316166269.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="298" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-bk6bGTYjYh4/TrLeNDgtMrI/AAAAAAAAAOY/lia080wf4EI/s400/h-20-2591490-1316166269.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Enfin, toujours dans l'actualité brûlante du moment, on peut noter &lt;a href="http://www.lepost.fr/article/2011/10/31/2626652_des-feministes-ukrainiennes-a-dsk-fuck-me-in-porsche-cayenne.html"&gt;ces féministes ukrainiennes qui, grimées en femmes de chambre tendance "hentaï", s'en sont pris au domicile de DSK pour protester contre le sexisme et les violences faites aux femmes&lt;/a&gt;. Là encore, le happening s'est terminée sur le dévoilement de la poitrine de ces dames, &lt;a href="http://www.francesoir.fr/people-tv/sexeinsolite/dsk-fuck-me-in-porsche-cayenne-152376.html"&gt;ce qui semble être une habitude du mouvement auxquelles elles appartiennent&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-qTzcMONQCSo/TrLfklVtDEI/AAAAAAAAAOk/WIcKFnleIAg/s1600/h-20-2626721-1320071233.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="297" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-qTzcMONQCSo/TrLfklVtDEI/AAAAAAAAAOk/WIcKFnleIAg/s400/h-20-2626721-1320071233.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur ce dernier exemple, on pourrait discuter longuement de la pertinence de ce genre d'opération par rapport à ce que défendent ces femmes, en particulier quand un journaliste peut finir un article par "Mais avec de tels arguments, il est certain que les féministes se sont bien fait entendre" (ben oui, on va quand même pas se mettre à écouter les moches non plus...).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y aurait d'autres exemples à donner : en 2009, &lt;a href="http://coulmont.com/blog/2008/12/12/debats-seins-nus-piscine/"&gt;Baptiste Coulmont évoquait les opérations "seins nus" dans les piscines orchestrées par certains groupes de femmes&lt;/a&gt;, et à peu près à la même époque, des Mexicains se deshabillaient pour protester contre la privatisation de l'entreprise pétrolière nationale...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut voir apparaître des points communs et des différences entre ceux relevés ci-dessus. Premier point commun : la nudité protestataire semble toujours collective. On ne se met pas à poil seul : cela se fait en groupe, soit de façon directe lorsqu'il s'agit d'un strip-tease collective, soit de façon indirecte en reproduisant un geste déjà fait par d'autres et en s'inscrivant, donc, dans le même mouvement. Deuxième point commun : la nudité protestataire fait l'objet d'une certaine retenue. On ne montre pas tout, quitte à se contorsionner un peu ou à trouver quelques accessoires pour cela. Même nos féministes ukrainiennes, si elles en montrent plus que les autres, ne vont finalement pas beaucoup plus loin que ceux que font quelques milliers de femmes chaque année sur les plages : dévoiler leurs poitrines. Dévoilement qui, de toutes façons, se heurte au floutage journalistique, ouf, la morale est sauve... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette première retenue se recoupe sans doute d'une seconde. &lt;a href="http://www.amazon.fr/femmes-regards-dhommes-Kaufmann-Jean-Claude/dp/2266109804"&gt;Jean-Claude Kaufmann avait analysé les enjeux autour des seins nus sur les plages&lt;/a&gt; : il y montrait notamment que, derrière l'apparente liberté et hédonisme affichée par la pratique, se jouait en fait un fort contrôle social. Pour qu'une femme ôte le haut de son maillot, encore fallait-il qu'elle se "sente à l'aise", ce qui voulait dire avoir le sentiment que son corps était acceptable pour les autres et surtout pour les hommes. Ces derniers, regardant sans regarder, ne se privaient pas de jugement sur ce que devait être le sein méritant publicité. Il y a fort à parier que le même genre de mécanisme est à l’œuvre lorsqu'il s'agit de montrer son corps à des fins politiques : l'engagement pour la cause peut être minoré par l'engagement dans le regard des autres, particulièrement ceux dont on se soucie le plus du regard... D'ailleurs, sur les photos des Robins des Bois d'Oxfam, si les corps ne sont pas tous identiques, tout au moins peuvent-ils se targuer d'une certaine jeunesse. Et je suis prêt à parier que si les retraités avaient recourus à un tel happening au moment où ils défilaient l'accueil n'aurait pas été le même dans le public... Et rien ne dit que ces enjeux soient les mêmes pour les hommes et pour les femmes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, les différences sont nombreuses, et elles portent principalement sur la logique qu'il y a derrière ces différentes opérations. Analyse classique et intuitive : présenter son corps nu est un moyen d'attirer une attention médiatique rare, un moyen de "faire parler", d'attirer l'attention, etc. Il est vrai que, pris dans une économie médiatique resserrée, les mouvements protestataires sont en concurrence pour l'accès aux grands moyens de communication. Mais cette analyse n'éclaire pas complètement tous les cas cités. Elle vaut surtout pour ceux - et surtout celles - qui ont un capital particulier à investir dans l'action : capital de popularité pour les actrices de la Peta ou capital "érotique" - faute de meilleur mot - pour les féministes ukrainiennes... Pour les enseignants, si l'objectif est bien d'attirer l'attention, c'est moins la nudité en elle-même qui est utilisée, d'autant plus qu'elle est bien dissimulé, que le geste de "dépouillement" lui-même. Et pour les Robins des Bois d'Oxfam, il est difficile de penser que l'excitation sexuelle soit un ressort bien utile. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les limites d'une telle explication se renforcent si l'on prend en compte le fait que la nudité est une arme à double tranchant. Elle peut tout autant permettre qu'interdire l'accès à une arène médiatique qui reste, quoi qu'on en dise, soumise à des normes de décence minimale. La nudité attire donc d'autant plus l'attention que l'on a quelque chose d'autre pour motiver le spectateur à aller au-delà de ce qu'il peut trouver dans les grands médias : on est sans doute prêt à rechercher une photo dénudée d'une célébrité (même si je n'ai pas d'explication rationnelle concernant Eve Angeli), pas forcément lorsqu'il s'agit d'une bande d'anonyme dans la rue... En outre, si on veut aller par là, il existe bien d'autres moyens d'attirer l'attention médiatique : les happenings sont multiples et peuvent être plus marquant que la nudité, Act'Up l'a bien montré. Le strip-tease est peut-être un happening du "pauvre" : il n'a finalement un coût de préparation et d'organisation tout minimal... Mais il ne semble pas non plus pouvoir engranger des gains bien importants : lorsque j'ai voulu trouver une photo du strip-tease d'Oxfam, je n'ai rien trouvé dans les médias classiques, si ce n'est quelques lignes évoquant la chose, et c'est vers uns site de l'association elle-même que j'ai dû me tourner. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'usage de la nudité ne résulte donc pas d'un calcul rationnel visant à maximiser l'efficacité de la protestation. C'est déjà toujours bon de le rappeler. Il semble plutôt que cette pratique ait rejoint ce que &lt;a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1984_num_4_1_1719"&gt;Charles Tilly appelle le "répertoire d'action collective"&lt;/a&gt; : lorsqu'ils veulent se lancer dans une entreprise protestataire, les acteurs puisent dans un ensemble de pratiques disponibles de la même façon que les acteurs de la commerdia dell'arte puisaient dans un répertoire de rôles et de situations prédéfinies. La notion est importante : elle établit notamment que les formes que prend les protestations a une histoire propre, que l'on ne peut rabattre sur d'autres dimensions. La façon dont s'organisent les mouvements protestataires n'est pas un pur décalque des opportunités qui leur sont offertes. Ces formes évoluent dans le temps, soit par une modification des conditions de la protestation - l'introduction du suffrage universel a contribué à massifier les formes de la protestation, incitant à faire de la manifestation un pseudo-suffrage - soit par la dynamique interne des formes de protestation - ce qui semble plus être le cas de figure qui nous intéresse ici. Le fait que la nudité et le déshabillage rejoignent les formes auxquels les protestataires estiment pouvoir avoir recours - même s'ils ne le font ni tous ni systématiquement - nous dit quelque chose de l'état des conflits et des mouvements sociaux dans nos sociétés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que relève Charles Tilly, c'est une évolution du XIXème au XXème siècle d'un répertoire "localisé et patronné" vers un répertoire "national et autonome". En simplifiant un peu, les protestations du XIXème, héritées en fait du XVIIIème, s'adressaient à des "patrons", notables et autres puissants dont on cherchait le soutien contre d'autres dans un cadre local, en particulier lors de fêtes et d'assemblées publiques, et centré sur les lieux et demeures de ceux que l'on estimait fautif. Le charivari, l'exercice direct de la violence, l'invasion étaient les formes préférées. Au contraire, le répertoire du XXème, hérité, donc, d'évolutions qui ont cours dès le XIXème (oui, c'est de l'histoire, les évolutions ne sont pas simples, il faut vous y faire), privilégie les grèves et les manifestation : on ne recherche plus le soutien d'un puissant contre une autre mais on s'organise soi-même, et on intervient sur les institutions publiques du pouvoir plutôt que par la subversion d'autres espaces. Autrement dit, apparaît un véritable mouvement social autonome, qui prend place dans le cadre privilégié de l'Etat nation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute introduite par l'importance croissante des médias dans les opérations protestataires, la pratique du dénudément public se range de ce point de vue dans une première évolution du répertoire d'action collective qui privilégie les happenings de toutes sortes. On peut l'interpréter comme un approfondissement de l'autonomisation du mouvement social, qui tend vers une spécialisation de certains acteurs non seulement dans son animation, mais aussi dans sa pratique : de petits groupes actifs ne se contentent plus de planifier la mobilisation d'un grand nombre de personnes mais sont directement la mobilisation. Se déshabiller pour la cause, c'est aussi montrer son engagement personnel dans celle-ci, pas seulement en vue d'un public, mais aussi vis-à-vis de ses compagnons de lutte. L'exercice pourrait bien signifier un certain refermement des mouvements protestataires sur eux-mêmes. Il tend peut-être moins à convaincre les autres qu'à rassembler le groupe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une deuxième chose apparaît : luttant contre des "logiques" (néolibérales essentiellement) à qui il n'est pas toujours facile de donner un visage précis, on est bien à peine de savoir quoi faire et plus encore de le dire. Si ce n'est, la plupart du temps, se mobiliser, lutter, manifester. Soit l'on n'a pas de solutions précises à proposer, soit l'on ne sait pas à qui se vouer pour l'obtenir - quelles personnes soutenir pour obtenir les changements désirés au G20 ? - soit il faut avant tout que la "masse" prenne conscience du problème et agisse - en arrêtant d'acheter de la fourrure, en cessant d'être sexiste, en rejoignant les "indignés", etc. L'action protestataire ne propose en fait pas grand chose de plus que sa propre poursuite. Donc pourquoi ne pas se déshabiller ? La protestation se nourrit elle-même de sa propre action, le déshabillage est une fuite en avant pour "faire quelque chose". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est peut-être de cela dont témoigne le plus le recours courant à la nudité protestataire : d'une autonomisation finalement radicale des mouvements sociaux, reposant sur leurs propres forces et se prenant comme propres fins. Derrière le côté bon enfant de la pratique, il y a quelque chose qui est beaucoup moins rigolo. Peut-être bien une crise la protestation...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5459104229045741221?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5459104229045741221/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5459104229045741221' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5459104229045741221'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5459104229045741221'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/11/poil-camarade-le-vieux-monde-est.html' title='A poil camarade, le vieux monde est derrière toi'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-SjI1GhOLbNA/TrUanlE5MJI/AAAAAAAAAO8/1YckKlABfCg/s72-c/RatherNaked.JPG' height='72' width='72'/><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5376630316112385120</id><published>2011-10-31T08:00:00.001+01:00</published><updated>2011-10-31T09:07:44.923+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><title type='text'>AAA(bracadabra) : sur l'efficacité des agences de notation...</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Et les agences de notations, après avoir ébranlé les Etats-Unis, entreprirent de faire vaciller l'Europe et la France... Si, comme le souligne &lt;a href="http://www.20minutes.fr/article/808100/dette-publique-les-notes-agences-notation-epiphenomene-relevent-symbole"&gt;Alexandre Delaigue&lt;/a&gt;, il ne faut exagérer la puissance de la menace, il n'en reste pas moins que l'impact médiatique et politique est réel : voilà des gouvernants et futurs gouvernants sommés de prendre pour objectif le métier du nouvellement sacro-saint triple A. Autrement dit qu'importe la réalité qui se cache derrière la définition de cette note, celle-ci est &lt;i&gt;efficace&lt;/i&gt; : elle change et définit en même temps la réalité. Exactement ce que fait la magie...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-b6k-qlBjsO8/Tq0qTPExvBI/AAAAAAAAAOA/_vTw42jZcdw/s1600/1319877249.png" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-b6k-qlBjsO8/Tq0qTPExvBI/AAAAAAAAAOA/_vTw42jZcdw/s400/1319877249.png" width="267" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Créée avec &lt;a href="http://magic.falseblue.com/"&gt;ce site&lt;/a&gt;. Je suis sûr que l'on peut construire un deck autour, noir-bleu, avec des trucs pour faire piocher l'adversaire...&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Ce que font les agences de notation - ainsi qu'un bon nombre d'institutions centrales de nos économies - ressemblent à s'y méprendre à de la magie. Pas à de la prestidigitation mais bien à de la magie. La différence ne tient pas seulement à ce que l'une évoque Gandalf le gris tandis que l'autre évoque David Copperfield, même si cela est plus important que l'on ne pourrait le croire. Selon Hubert et Mauss, dans un texte classique, la magie se définit par le fait que les individus y croient :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Les rites magiques et la magie tout entière sont, en premier lieu, des faits de tradition. Des actes qui ne se répètent pas ne sont pas magiques. Des actes à l'efficacité desquels tout un groupe ne croit pas ne sont pas magiques.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Personne ne croit à David Copperfield : tout le monde sait qu'il y a un "truc", et tout le monde a déjà été assis à côté d'un gros lourd qui tient à tout prix à vous expliquer quel est ce truc (en général 250 fois et de façon toujours différente). C'est tout différent que de croire que le grand mage Maugul peut effectivement réparer mon ordinateur par la force de sa pensée si je lui envoie 250€ et une copie recto-verso de ma carte bleue. C'est la croyance qui fait la magie, qui définit une classe de fait tout à fait particulière. Nous croyons, aujourd'hui, au verdict des agences de notation, à l'importance et à la vérité de leurs sanctions, d'autant plus fortement que celles-ci se répètent, s'implantent et s'institutionnalisent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais cela ne suffit pas encore à faire de la magie. Que l'on croit en quelque chose, c'est courant. C'est même plus moins là-dessus que reposent la plupart de nos institutions humaines. Mais la magie a, toujours selon Hubert et Mauss, un autre trait : ils sont efficaces. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Les actes rituels [...] sont, par essence, capables de produire autre chose que des conventions : ils sont éminemment efficace ; ils sont créateurs ; ils font.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Qu'est-ce que cela veut dire ? Évidemment, ce n'est pas que la magie est réelle. Mais elle devient capable de créer quelque chose ou de modifier le monde qui nous entoure. Mais le groupe croit en leurs effets : on pense que si l'on fait telle chose, alors telle autre va se produire. On tient les productions du magicien pour vraies. Un lieu maudit ou une personne frappée de malédiction changent socialement de nature pour ceux qui y croient, quand bien même il n'y a rien qui les distinguent physiquement de ce qu'ils étaient avant : on les évitera ou on les rejettera. Autrement dit, le pouvoir de la magie est réel dans sa capacité à requalifier le monde et par là à produire la réalité. Celui qui est sacrifié pour purifier le groupe peut sentir combien le couteau du magicien, même guidé par des préceptes scientifiquement erronés, est réel.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprend bien le rapport avec les agences de notation : elles aussi ont un pouvoir sur le réel au travers de la croyance qu'on leur accorde, elles aussi ont le pouvoir de changer la nature des êtres et des choses. Selon la note qu'elles accordent à un acteur économique, celui-ci va être traité différemment par ses comparses. Les conséquences sont réelles qu'importe la pertinence de la note : avant même qu'elle soit appliqué, l'austérité pointe déjà le bout de son nez...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais tout acte de notation, parce qu'il est acte de qualification, serait alors un acte de magie. C'est en partie vrai. La note que l'on applique à l'élève vient bien changer sa nature et sans une croyance forte de la part de l'ensemble de la société dans la puissance de l'institution scolaire - au moins quand il s'agit de juger les élèves... - cela ne serait pas possible. Mais il faut un peu plus pour cela. Il faut se demander justement d'où vient l'efficacité de la magie : qu'est-ce qui donne ce pouvoir au magicien ? Qu'est-ce qui fait que lorsqu'un individu tente de requalifier le monde, cela marche ? Pourquoi le verdict des agences de notation est-il aussi puissant ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut se tourner cela vers un autre acte magique : celui de la marque ou du nom. C'est ce qu'ont fait Bourdieu et Deslaut  d&lt;a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_1975_num_1_1_2447?_Prescripts_Search_tabs1=standard&amp;amp;"&gt;ans un texte non moins classique consacré à la haute couture&lt;/a&gt;. Quel rapport avec les agences de notation ? Cette question : qu'y a-t-il dans la "griffe" d'un couturier ? Celle-ci consiste aussi en une capacité à changer la nature des choses en les qualifiant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Ce qui vaut pour une Eau de Cologne de Monoprix ne vaut pas pour un parfum de Chanel. Lors même que le parfum de Chanel ne serait qu'une eau de Cologne de Monoprix sur laquelle on aurait appliqué la griffe de Chanel. Produire un parfum portant la griffe de Chanel c'est fabriquer ou sélectionner un produit fabriqué, mais c'est aussi produire les conditions de l'efficacité de la griffe qui, sans rien changer à la nature matérielle du produit, le transforme en bien de luxe, transformant du même coup sa valeur économique et symbolique.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Une fois de plus, la différence avec les agences de notation est minime. Elles aussi ont leur "griffe", leur marque, c'est-à-dire la puissance de leur nom. Et comme l'indique le passage ci-dessus, la croyance qui en fait l'efficacité n'est pas immanente, mais réside bien dans des "conditions" particulières, qui sont au cœur de l'activité économique. Construire sa légitimité, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html"&gt;son charisme&lt;/a&gt;, son "mana", est l'une des activités les plus importantes pour ces entreprises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'on en restait là, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. En effet, on pourrait penser qu'il suffit aux agences de notation de produire des verdicts de bonne qualité - i.e. que les mal notés soient ceux qui connaissent effectivement des difficultés tandis que les bien notés engrangent de profits à tours de bras - pour qu'elles acquièrent la réputation nécessaire à leurs affaires. Autrement dit, le marché sélectionnerait les meilleurs, &lt;i&gt;and Bob's your uncle&lt;/i&gt; comme disait l'autre. En un sens, c'est ce que prédisent bon nombre d'approches économiques : une institution existe parce qu'elle est efficace, c'est-à-dire qu'elle remplit une fonction qui mène à la situation la meilleure. Si ce n'était pas le cas, elle disparaîtrait. . Et c'est tout au moins l'un des discours de justification de l'existence des agences. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais si, en tant que sociologue, on peut reconnaître une efficacité aux agences de notation, ce n'est pas dans ce sens-là, mais bien dans celui-ci de l'efficacité magique. Comme la griffe du couturier ou comme le rituel magique, le pouvoir des agences de notation n'est pas soumis au verdict de l'expérience : c'est un pouvoir a priori. Le sorcier qui, après avoir effectué sa danse du soleil, constate qu'il ne peut toujours pas aller se dorer la pilule à la plage ne considérera pas qu'il ferait mieux de regarder la météo : il pourra dire qu'il n'a pas exécuté correctement la danse, qu'il est maudit ou que les démons invoqués sont fâchés (et il se mettra en quête d'un moyen de les apaiser). Le choix d'un objet portant une "griffe" précède également le verdict de l'expérience : on ne le choisit pas parce qu'on le sait meilleur, parce qu'on l'a essayé ou qu'on l'a comparé aux autres, mais parce qu'il est griffé. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html"&gt;Si vous trouvez que les produits d'une grande marque d'informatique dont le nom évoque un fruit sont peu pratiques à utiliser, on pourra toujours vous dire que ce n'est pas le produit qui est en cause, mais vous qui êtes un gros lourdaud&lt;/a&gt;.     &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est la même chose pour les jugements des agences de notation : si jamais elles se trompent, cela ne remettra pas forcément en cause leur pouvoir. On pourra trouver d'autres explications. Si un pays mal noté s'avère faire de meilleures performances que prévue, c'est grâce à la mauvaise note qui l'a obligé "à faire les efforts nécessaires" bien sûr ! Et si, de l'autre côté, &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_des_subprimes"&gt;des produits formidablement bien notés finissent par provoquer une crise mondiale&lt;/a&gt;, ce n'est pas que les agences de notation ont mal fait leur boulot, c'est la faute aux autres agents...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est pas, comprenons-le bien, seulement une question d'erreurs statistiques de la part des individus. Ce n'est pas parce que le sorcier ne connaît pas la corrélation et la causalité qu'il continue à danser pour le soleil. Il se trouve dans une toute autre logique, une pensée magique qui a sa propre rationalité et dans laquelle l'absence de corrélation n'est pas problématique. C'est dans ce type de pensée que sont pris, également, un certain nombre d'acteurs de l'économie. Certains le font pas opportunisme, parce qu'ils ont intérêt à croire ou affecter de croire aux verdicts des agences de notation : ainsi en est-il de tout ceux qui trouvent là une justification à une austérité longuement souhaités. Mais même pour ceux-là, il n'est pas évident de distinguer ce qui relève d'un calcul bien compris et ce qui relève de la sincère croyance...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c'est là que réside précisément la puissance du jugement : dans le fait que, comme le disent Bourdieu et Delsaut, la croyance collective est avant tout une méconnaissance collective. C'est-à-dire l'ignorance de le production collective de la "griffe" et de la magie. Le pouvoir du couturier repose sur un travail collectif qui implique non seulement toute l'organisation qu'il y a derrière son nom - les petites mains qui fabriquent - mais aussi des journalistes, des clients, des magazines, des institutions, etc. De la même façon que l’œuvre d'art est une production d'un monde de l'art. Comme la notation des agences a besoin d'être co-produite par journalistes, grands entrepreneurs, hommes politiques, etc. L'acte de magie est l'appropriation de ce pouvoir collectif en un geste perçu comme individuel. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autrement dit, le verdict de l'agence de notation ne consiste pas tant une évaluation réelle de la situation économique d'un pays qu'il exprime les croyances du champ de l'économie et du pouvoir. Si, par hasard, il venait à ne pas le faire, il ne pourrait avoir pouvoir et efficacité. Imaginons que les calculs d'une agence de notation viennent à contredire les croyances dominantes : il serait ignoré et ne pourrait acquérir la puissance de faire le monde qu'il a dans d'autres cas. Cela ne veut pas dire que les agences de notation ne font que décalquer les croyances dominantes, mais elles ne peuvent se permettent d'aller complètement contre : si elles les remettent en cause, ce ne peut être que de façon partielle, sur quelques points précis, mais sans secouer toutes les croyances. De la même façon qu'un critique d'art, s'il veut être pris au sérieux, ne peut se permettre de mettre à bas toute la hiérarchie classique : critiquer Duchamp, oui, mais sans remettre en cause l'impressionisme, l'abstraction, etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour que tout cela marche, il faut, deuxième point sur lequel insistent Bourdieu et Delsaut, qu'il y ait donc un groupe qui prête son pouvoir à l'individu ou à l'institution : le magicien a besoin d'un public qui lui donne, de fait, son pouvoir. Ce groupe, c'est le champ, et pour ce qui nous intéresse, le champ de l'économie. Le champ : un ensemble de positions en tension autour d'un enjeu collectif, des individus et des institutions qui luttent pour s'approprier un pouvoir et des positions dominantes. Et l'une des caractéristiques d'un champ est de pouvoir s'autonomiser, c'est-à-dire fonctionner selon leurs propres critères et leurs propres règles sans que d'autres domaines/champs ne viennent les perturber. Le champ de l'art s'autonomise lorsque l'art ne se pratique que pour lui-même, lorsque ceux qui produisent et ceux qui reçoivent les jugements se retrouvent dans une lutte pour les mêmes enjeux. Le champ de l'économie s'autonomise lorsque les jugements produits par certains acteurs tirent, de la même façon, leur force de la croyance exclusive de tous les autres. L'efficacité des agences de notation témoigne de l'autonomisation du champ de l'économie et de la finance, qui fonctionne de façon de plus en plus autoréférentielle. On me dira que la leçon n'est pas nouvelle. Certes, non. Mais la pédagogie, dit-on, c'est répéter...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5376630316112385120?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5376630316112385120/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5376630316112385120' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5376630316112385120'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5376630316112385120'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/10/aaabracadabra-sur-lefficacite-des.html' title='AAA(bracadabra) : sur l&apos;efficacité des agences de notation...'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-b6k-qlBjsO8/Tq0qTPExvBI/AAAAAAAAAOA/_vTw42jZcdw/s72-c/1319877249.png' height='72' width='72'/><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2901492821044402991</id><published>2011-10-11T10:25:00.001+02:00</published><updated>2011-10-12T16:56:50.214+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><title type='text'>Portrait de la crise en arnaque professionnelle</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C'est un fait bien connu : il suffit d'un joli costume et de beaucoup d'assurance pour mener à bien une arnaque. Ou pour faire le buzz, comme on dit joliment désormais. C'est grosso modo ce qu'a fait &lt;a href="http://www.leadingtrader.com/about/"&gt;Alessio Rastani&lt;/a&gt; dans une désormais médiatiquement célèbre prestation télévisée sur la BBC (vidéo après le saut). Ni vraiment trader, ni tout à fait imposteur, le bonhomme a en tous cas fait sensation. Le saisissement qui en ressort tant dans les médias que dans le grand public nous permet de donner une lecture pas totalement inintéressante de la crise et des discours qui l'entourent : et si, finalement, tout cela ne servait, comme le dit Erving Goffman, qu'à "calmer le jobard" ?&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe frameborder="0" width="480" height="360" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xlc9qy"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.dailymotion.com/video/xlc9qy_rastani-le-trader-qui-priait-pour-la-recession-et-le-krach_news" target="_blank"&gt;Rastani, le trader qui &amp;quot;priait&amp;quot; pour la...&lt;/a&gt; &lt;i&gt;par &lt;a href="http://www.dailymotion.com/asi" target="_blank"&gt;asi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rapidement colportée sous le nom de "trader qui rêve de la crise" ou de "trader qui dit la vérité", l'intervention d'Alessio Rastani a été rapidement considérée comme &lt;a href="http://www.rue89.com/schneidermann-9-15/2011/09/28/alessio-rastani-trader-pro-krach-de-la-bbc-et-salaud-ideal-224045"&gt;"trop belle pour être vraie"&lt;/a&gt;. Les attitudes qui ont présidé à son commentaire ont varié entre la satisfaction de certains d'y trouver enfin la confirmation de ce qu'ils pensaient déjà sur les traders mais dont ils n'arrivaient pas toujours - et n'arrivent toujours pas - à convaincre, et l'incrédulité des autres - et parfois des mêmes - de voir quelqu'un tenir un discours aussi choquant : rêver d'une crise qui mettrait des quelques millions de personnes dans la mouise, excusez du peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à ce qui a pu se dire ici ou là, il ne semble pas que le personnage soit un véritable imposteur, &lt;a href="http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2011/sep/29/alessio-rastani-no-prank"&gt;du moins dans le sens que l'on donne par exemple aux interventions des Yes Men, premiers soupçonnés d'ailleurs&lt;/a&gt; : sa démarche ne semble pas relever de l'acte militant ou critique. Il est même possible qu'il soit convaincu de ce qu'il dit. En même temps, &lt;a href="http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=12135"&gt;il n'est pas non plus vraiment un trader pur sucre&lt;/a&gt; : &lt;a href="http://www.forbes.com/sites/emilylambert/2011/09/27/trader-or-prankster-we-called-alessio-rastani-and-asked/"&gt;il semble qu'il s'agisse d'un petit indépendant sur les marchés financiers, mettant en jeu son argent dans l'espoir de récolter le pactole,&lt;/a&gt; et qu'il ne soit pas forcément très doué pour cela. On est loin du trader qui amasse des millions à tours de bras et roule en BMW cc avec trois danseuses de clip de R'n'B sur le capot (le mythe du trader n'est pas franchement féministe). C'est sans doute cette position très dominée dans le champ de la finance qui lui permet de répondre à des journalistes dans des termes qui cadrent bien peu avec les pratiques dominantes, sans doute aussi parce que le désir brûlant de rejoindre les cénacles de la haute finance le pousse à surjouer ce qu'il pense devoir être le comportement d'un "vrai" trader - le grand sociologue Robert K. Merton aurait parlé de "socialisation anticipatrice".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais revenons aux réactions suscitées par la vidéo : de quoi relève le saisissement qu'a provoqué l'absence d'ambiguïté de ses déclarations ? Par contraste, le crudité du message délivré fait apparaître combien les déclarations généralement faîtes autour de la crise économique ont un caractère rassurant, combien, même lorsqu'elles annoncent des temps difficiles à venir, entre rigueur et sacrifices, elles lissent les choses et les relations en promettant que, si les efforts nécessaires sont consentis, tout rentrera dans l'ordre. En un mot, combien elles nous incitent à accepter les pertes auxquelles nous sommes confrontées, soit qu'elles soit inévitables, soit qu'elles soit passagères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Erving Goffman appelle cela "calmer le jobard" ou, en version originale, "&lt;i&gt;&lt;a href="http://www.tau.ac.il/~algazi/mat/Goffman--Cooling.htm"&gt;cooling the mark out&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;". Il emprunte l'expression à l'argot des arnaqueurs, lesquels lui fournissent un cadre théorique pour étudier la façon dont les individus font généralement face à une perte. Dans une arnaque (&lt;i&gt;confidence game&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;con game&lt;/i&gt;), nous dit-il, la victime - le jobard - fait face à une importante perte. Celle-ci ne consiste pas seulement en quelques milliers de dollars prélevés par les "opérateurs", elle est également un coup porté à son moi (&lt;i&gt;self&lt;/i&gt;) : il se croyait suffisamment malin et intelligent pour profiter de l'opportunité financière, du "coup qui ne pouvait rater", de "l'affaire du siècle" que lui proposait l'arnaqueur, et il découvre qu'il est le dindon de la farce. Le problème, pour les arnaqueurs, c'est que que le jobard peut, du coup, comme le cave, se rebiffer : il peut aller voir la police ou se montrer violent, et leur poser plein de problèmes. D'où la nécessité, souvent, que l'un des opérateurs de l'arnaque se charge de le calmer : s'étant fait passer pour son ami, il reste avec lui pour s'assurer qu'il ne se livre pas à ce que ses partenaires considéreraient comme une bêtise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Calmer le jobard, c'est l'amener à accepter sa perte : comme le dit joliment Goffman, il reçoit une leçon de philosophie de l'échec ("&lt;i&gt;the mark is given instruction in the philosophy of taking a loss&lt;/i&gt;"). Ce qu'il faut, c'est lui permettre de "sauver la face", face qu'il a perdu dans l'opération. Il s'accordait une certaine valeur sociale, un ensemble de propriétés valorisées par lui et par les autres - sa "face" - et il se rend compte qu'il ne l'avait pas ou qu'il ne l'a plus et que d'autres le savent. Cette perte peut le conduire à des actions dérangeantes pour les opérateurs s'il cherche à la reconquérir par la force ou par le droit. Le calmer peut alors consister à lui permettre de cacher sa perte ou lui fournir une nouveau set de propriété, une nouvelle face qu'il pourra présenter aux autres. On peut lui expliquer que les affaires ne sont pas faites pour lui ou qu'il a appris une précieuse leçon qui lui sera fort utile dans l'avenir par exemple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que nous dit Goffman, c'est que, dans la plupart des situations où le moi de l'individu est violemment menacé, où une perte importante vient déstabiliser le statut qu'occupait l'individu ou qu'il pensait occuper, bref dans la plupart des situations où il y a un jobard, il existe des individus ou des institutions dont le travail spécifique est de le calmer, de lui faire accepter sa perte avec un minimum de dérangement, et surtout sans menacer les autres ou le système qui l'a amené là où il est. Face à la perte d'un emploi, face à un repas au restaurant qui ne satisfait par les désirs du client ou encore face à l'annonce d'une mort prochaine, le moi de l'individu est déstabilisé : il perd la face, c'est-à-dire ce qui, à ses yeux, faisait sa valeur auprès des autres (son identité professionnelle, son statut de client qui ne s'en laisse pas compter, sa bonne santé...). Des directeurs de ressources humaines, des spécialistes de la reconversion professionnelle, des serveurs, des médecins, des prêtres et d'autres encore vont alors se charger de lui pour essayer, avec succès ou non, de le calmer, soit en préservant son identité (on écoutera avec attention la plainte du client) ou en lui en proposant une nouvelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La plupart des discours politiques et économiques qui encadrent aujourd'hui les différentes crises qui se succèdent sous nos yeux relèvent de cet exercice de style : il faut beaucoup de monde - journalistes, éditorialistes, hommes politiques, économistes proclamés ou professionnels, lobbyistes de tout poil, financiers de tout crins, traders de toutes formes... - pour calmer des jobards qui ne sont pas moins en grand nombre. On peut se rassurer en disant que ce n'est pas la première fois. Les années 80 avaient déjà été le théâtre d'une telle activité, sans grande subtilité il faut bien le dire, et si la forme est moins explicite et dramatisée, elle n'en est pas moins prégnante :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe frameborder="0" width="480" height="360" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xnhou"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.dailymotion.com/video/xnhou_montand-la-crise-mais-quelle-crise_fun" target="_blank"&gt;Montand &amp;quot;La crise? Mais quelle crise?&amp;quot;&lt;/a&gt; &lt;i&gt;par &lt;a href="http://www.dailymotion.com/boudzi" target="_blank"&gt;boudzi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La crise a amené des pertes économiques nettes pour un grand nombre de personnes, et il convient d'aider ceux-ci à accepter leurs nouvelles conditions avec le plus de calme possible ou du moins sans qu'ils ne menacent trop directement les autres. Il faut donc leur faire endosser un rôle qui conviennent à leur nouveau statut : pourquoi celui des cigales qui, ayant dansé tout l'été, se trouvent fort dépourvues lorsque la crise fut venu... Et voilà donc des pays à qui l'on explique qu'ils doivent expier leurs excès passés en leur tentant le manteau du pénitent. D'autres ont cru, parfois avec enthousiasme, aux promesses de la financiarisation de l'économie, et à ceux-là, il faut expliquer qu'ils ne se sont pas tromper, qu'au contraire, ils doivent encore garder confiance dans le système même si celui-ci a été sérieusement secoué.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On aurait tort cependant d'interpréter ces analyses journalistes ou économiques, ces tribunes, débats, annonces, promesses, discussions et autres comme de simples manipulations des masses. Il n'est pas sûr, en effet, qu'elles aient un effet aussi puissant que l'on pourrait le penser, ne serait-ce que parce que bon nombre d'entre elles sont à l'usage quasi-exclusif des plus protégés, plus susceptible de les lire, les entendre et plus encore d'y croire, plutôt que des plus affaiblis. Mais calmer le jobard ne sert pas seulement au jobard, mais aussi aux arnaqueurs :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;"The cooler protects himself from feelings of guilt by arguing that the customer is not really in need of the service he expected to receive, that bad service is not really deprivational, and that beefs and complaints are a sign of bile, not a sign of injury"&lt;br /&gt;(Traduction : Celui qui calme le jobard se protège lui-même des sentiments de culpabilité qui pourraient l'assaillir en se disant que le  client n'avaient pas vraiment besoin du service qu'il espérait recevoir, qu'un mauvais service n'est pas vraiment une perte, et que les jérémiades et les plaintes sont le signe d'un mauvais caractère, pas d'un mauvais service).&lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Autrement dit, l'activité qui consiste à calmer le jobard n'a pas seulement pour fonction de limiter ou de contrôler les dégâts faits au moi du jobard, mais également de prévenir ceux qui pourraient affecter celui des opérateurs. Répéter que la crise est un accident de parcours, le fait de quelques traders peu consciencieux et non-représentatifs - souvenons-nous du mouton noir Kerviel -, ou encore de la mauvaise gestion et de l'avidité des populations met à l'abri d'une remise en cause plus générale, de la même façon que les arnaqueurs pouvaient se dire que le jobard était plus victime de sa propre avidité que de la leur. Cette rationalisation est renforcée, dans le cas qui nous préoccupe, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/10/la-mentalite-de-marche-est-obsolete-ou.html"&gt;par l'ensemble des justifications et des principes de justice qu'offre l'idéologie du marché à ses hérauts&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste que les choses ne sont pas si simples. Les discours généralement portés sur la crise ont pour fonction d'en faire accepter les pertes par ceux qui en sont victimes. Mais qu'en est-il de celui d'Alessio Rastani ? Sans discuter des intentions inaccessibles du personnage, sa nature n'est peut être pas si différente. Il autorise une narration de la crise qui n'est pas moins susceptible d'en calmer certains : il permet à tout un chacun d'endosser les habits de victime d'un petit groupe d'arnaqueurs professionnels, les traders. Ce sont eux qui apparaissent comme trop avides, trop désireux d'en avoir toujours plus, ce sont eux qui ont eu des comportements exagérés, inacceptables, immoraux. Autrement dit, nous pouvons ainsi sauver la face : la crise, c'était eux, pas nous. Or, comme le sous-entend Goffman, si les arnaques sont un business aussi courant aux Etats-Unis, ce n'est pas par hasard :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;"The con is said to be a good racket in the United-States because most Americans are willing, nay eager, to make easy money, and will engage in action that is less than legal in order to do so"&lt;br /&gt;(Traduction : l'arnaque à la confiance est réputée être un bon business aux Etats-Unis parce que la plupart des Américains souhaitent gagner de l'argent facilement - pour ne pas dire qu'ils en sont avides - et son prêts à s'engager dans des activités bien peu légales pour y parvenir)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Faire comprendre au jobard qu'il est la victime de personnes mal intentionnées ou de forces qui le dépassent est aussi un moyen très sérieux de le calmer en le déchargeant de toute responsabilité dans l'affaire. C'est une méthode qui a été utilisée plus d'une fois en matière politique ou économique. Donner un visage au bourreau peut faire oublier trop facilement tout le système qui l'autorise à mener sa basse besogne. Ici, il n'est pas impossible que donner un visage au trader maléfique, s'il soulage quelque peu les victimes, fasse également disparaître tout ce qui, dans chacun de nous, ressemble terriblement à ce qui se passe aux sommets des grandes banques, ce que Karl Polanyi appelait la "mentalité de marché".&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2901492821044402991?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2901492821044402991/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2901492821044402991' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2901492821044402991'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2901492821044402991'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/10/portrait-de-la-crise-en-arnaque.html' title='Portrait de la crise en arnaque professionnelle'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-455204200838722935</id><published>2011-10-02T16:31:00.003+02:00</published><updated>2011-10-03T14:15:49.946+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><title type='text'>Boris, par pitié, reste en dehors de tout cela</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Malgré l'adoubement médiatique dont il a fait l'objet, parfois même dans mon magazine de référence à moi, Boris Cyrulnik ne m'a jamais semblé être plus qu'un de ces intellectuels médiatiques comme Alain Finkielkraut ou Alain-Gérard Slama qui développent une pensée plus proche du slogan que de la réflexion. Ses sautillements sur la "resilience" - un concept dont le vide intersidéral n'a d'égal que la quantité de papier qu'il a contribué à gâcher - font certes les beaux jours des magazines à grand tirages (parce qu'expliquer à ses lecteurs que s'ils échouent, c'est parce qu'ils ne sont pas résilients, ça fait vendre), et lui donne donc une tribune médiatique dont des gens plus sérieux ne font que rêver. &lt;a href="http://www.lepoint.fr/societe/boris-cyrulnik-face-au-suicide-des-enfants-29-09-2011-1378795_23.php"&gt;Et voilà que le monsieur l'utilise pour tacler les théories du genre&lt;/a&gt;. Ecoute, Boris, tu gâches déjà la vie des psychiatres, alors s'il te plaît, reste en dehors de tout ça, laisse nous tranquille. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Allez, comme d'habitude, je vais être sympa, je vais d'abord donner la parole à l'adversaire, que chacun puisse mesurer par lui-même l'étendue des bêtises proférées avec une assurance qui, chez certains, passeraient pour de l'arrogance, mais qui chez un intellectuel de plateau passe pour de la profondeur :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;Les partisans de la théorie du genre considèrent qu'on éduque distinctement les filles des garçons pour perpétuer la domination masculine. Les croyez-vous ?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne crois pas du tout à la suprématie des garçons, bien au contraire. Vers 17 mois, les filles disposent de cinquante mots, de règles de grammaire et d'un début de double réarticulation, par exemple être capable de dire "réembarquons", au lieu de "on va encore une fois dans cette barque". Avec quatre phonèmes, les filles expriment un discours. Les garçons obtiennent cette performance six mois plus tard ! 75 % des garçons commettent de petites transgressions (chiper un biscuit, pincer un bras, etc.), contre 25 % des filles. Alors ces filles, plus dociles, parlant aisément, sont bien mieux entourées. Il est plus aisé d'élever une fille qu'un garçon. D'ailleurs, en consultation de pédopsychiatrie, il n'y a que des petits garçons, dont le développement est bien plus difficile. Certains scientifiques expliquent ce décalage par la biologie. La combinaison de chromosomes XX serait plus stable, parce qu'une altération sur un X pourra être compensée par l'autre X. La combinaison XY serait, elle, en difficulté évolutive. Ajoutons à cela le rôle majeur de la testostérone, l'hormone de la hardiesse et du mouvement, et non de l'agressivité, comme on le croit souvent. À l'école, les garçons ont envie de grimper aux murs, ils bougent, ils souffrent d'être immobilisés. Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l'excellence des résultats scolaires. Elle valorise la docilité des filles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Pourquoi n'avoir rien dit dans cette querelle autour de la théorie du genre ?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pense que le "genre" est une idéologie. Cette haine de la différence est celle des pervers, qui ne la supportent pas. Freud disait que le pervers est celui qu'indisposait l'absence de pénis chez sa mère. On y est. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Boris Cyrulnik, un néoréactionnaire qui s'ignore&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commençons par la partie facile, la réponse à la deuxième question recopiée ci-dessus. Boris Cyrulnik identifie les théories du genre et même le genre lui-même à une "haine de la différence". C'est honnêtement magnifique. Parvenir à rassembler en seulement trois lignes autant d'erreurs, de préjugés et de crétineries est en soi une forme d'art qui mérite un moment d'admiration béate. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Erreur :&lt;/b&gt; les théories du genre ne visent en rien à "nier" ou à "haïr" la "différence". Elles prennent actes qu'il existe des différences entre hommes et femmes, mais constatent également que celles-ci ne peuvent pas vraiment s'expliquer par la biologie. Qu'au contraire, il existe une vaste de gamme de différenciation entre hommes et femmes entre les cultures et entre les époques. Et elles cherchent à expliquer ces différences. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De ce fait, le genre n'est pas une idéologie. Ni une théorie. C'est un fait, un fait scientifique, aussi solide que peut l'être un tel fait. Le genre est la construction sociale des différences entre masculin et féminin. N'importe qui, même Boris Cyrulnik, peut constater qu'il existe des activités masculines (le football en Europe) et des activités féminines (le soccer aux Etats-Unis) et que celles-ci font l'objet d'une reconnaissance et d'une légitimité différente. Et n'importe qui, à part peut être Boris Cyrulnik, peut comprendre que cela ne s'expliquer en rien par une histoire de chromosomes. C'est cela le genre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Préjugé :&lt;/b&gt; Boris Cyrulnik parle de "haine de la différence". Depuis Christian Vanneste clamant que l'homosexualité, c'est la haine de la différence, on n'avait pas osé. Cyrulnik semble identifier "différence entre les sexes" à "différence". Malheureusement, ce n'est pas la même chose. Il existe un grand nombre de façon pour deux individus donnés d'être différents, et leur sexe n'en est qu'une toute petite partie. Si Boris et moi sommes tout les deux des mâles, il n'en reste pas moins que je suis assez fier d'être sur tous les autres plans aussi loin de lui qu'il m'est possible de l'être. Les homosexuels préfèrent avoir des relations sexuelles avec des personnes de leur sexe, cela ne veut pas dire qu'ils veulent coucher avec leurs "semblables" : il y a plus de différence entre les deux membres de certains couples homosexuels qu'entre ceux de certains couples hétérosexuels (si vous ne me croyez pas, regardez une pub pour The Kooples...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Crétinerie :&lt;/b&gt; comme d'autres, Boris Cyrulnik exploite le fait que l'on parle de "théories" du genre pour les délégitimer en les faisant passer pour une "idéologie". Mais si l'on parle de théorie du genre, c'est de la même façon que l'on parle de théorie de l'évolution. L'évolution est un fait, et il existe différentes théories pour l'expliquer : est-ce de la sélection sexuelle ? de la sélection du mieux adapté ? Une combinaison de plusieurs principes ? Le genre, c'est pareil : il faut être un idiot pour ne pas voir que cela existe. Après, on peut discuter sur les façons de l'expliquer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque l'on croise ces différents élèments, on se rend compte d'une chose : Boris Cyrulnik, après avoir introduit la "résilience" en France, semble bien décidé à y introduire une forme particulièrement basse de néoconservatisme. Il utilise une rhétorique qui est celle des néoréactionnaires : affaiblir une théorie scientifique par une mésinterprétation du mot "théorie" tout en surfant sur les valeurs les plus consensuelles (la différence, que l'on ramène discrètement à la seule différence de sexe...). La pathologisation de l'adversaire - "les théoriciens du genre sont juste des pervers" - appuyée sur une interprétation approximative de Freud achève le tableau : faute d'argument, on raconte n'importe quoi qui plaise aux médias...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Boris Cyrulnik, un mauvais scientifique&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais je n'ai pas franchement de raison d'en rester là. La réponse que Boris Cyrulnik donne à la question précédente vaut également le détour. Après une bonne explication bien naturalisante sur les différences de comportements entre petits garçons et petites filles - ou plutôt une liste de fait dont il espère que la juxtaposition donnera l'impression, au mépris de la plus élémentaire logique, d'une causalité -, l'intellectuel de salon nous balance l'une des plus belles perles qu'il m'ait été donné de lire ces derniers temps : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Or notre société ne valorise plus la force et le courage physique, mais l'excellence des résultats scolaires.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Comment peut-on prétendre écrire un discours un tant soit peu rationnel sur les jeunes garçons et si mal les connaître ? Comment peut-on se poser en expert de la petite enfance et ne jamais avoir mis les pieds dans une cours d'école, ne jamais avoir étudié les productions culturelles destinées aux plus jeunes, ne jamais avoir mis le nez hors de chez soi ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La force et le courage physique ne sont plus valorisé ? Mais au sein des cours d'école, elles sont un puissant moyen d'obtenir du respect et de la reconnaissance. Plus que cela, les sanctions scolaires servent très bien de validation à l'identité masculines : ceux qui refusent l'ordre scolaire, ont le courage d'affronter les enseignants et les personnels d'éducation, s'imposent auprès des autres par le physique, le sport et la force jouissent d'une bonne reconnaissance au sein de la société des élèves. C'est ce que révèlent de nombreux travaux sociologiques, comme par exemple ce très beau texte de &lt;a href="http://socio-logos.revues.org/2486"&gt;Sylvie Ayral&lt;/a&gt;. Celui-ci souligne combien cette question est lié à la construction du genre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;L’injonction à la virilité et à l’hétérosexualité qui est faite aux garçons encourage également chez eux la violence physique, sexiste ou homophobe, à l’origine de nombreuses sanctions. La grande affaire est de se démarquer de tout ce qui est « féminin » ou assimilé au « féminin » (faiblesse, homosexualité réelle ou supposée) : il s’agit de ne pas « en être ». Et « ne pas en être » c’est, bien souvent, dominer les autres en montrant ou en laissant supposer qu’on peut être violent, y compris sexuellement, même si cela reste généralement à un niveau symbolique. La violence physique entre garçons est donc omniprésente mais revêt plusieurs formes : elle peut s’exercer dans le cadre d’une bagarre dans la cour de récréation, à la vue de tous et de toutes pour asseoir la réputation, au risque (en essayant ?) de se faire sanctionner mais également sur les garçons les plus jeunes et/ou les plus faibles. Elle s’accompagne alors d’une volonté de terroriser pour mieux régner et accéder au rôle de « petit caïd ». Cette violence ritualisée de domination est courante. Plusieurs garçons l’évoqueront au cours des entretiens :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Comme l’année dernière, j’étais en 6ème, les 3èmes, ils s’amusaient à mettre des pancartes, à nous attraper, à les mettre dans les toilettes, à fermer la porte, à…à nous mettre des coups de pied au cul…enfin…voilà, à pousser et puis voilà .&lt;br /&gt;- Question : Et c’était des garçons ou des filles ?&lt;br /&gt;- Que des garçons.&lt;br /&gt;- Question : Et ils faisaient ça aux garçons et aux filles ou… ?&lt;br /&gt;- Non ils faisaient qu’aux…enfin… oui…ils faisaient aux garçons. Et je pense aussi, que…enfin, les 3èmes, quand ils étaient en 6ème, ils ont vécu ça, c’est… une chaîne, je pense pas que ça s’arrêtera. Les 3èmes, ils se sont fait…ils se sont fait taper en 6ème, alors, ils étaient…ils étaient faibles, et maintenant qu’ils sont en 3ème, ils sont contents parce que c’est plus…c’est plus eux les faibles. Alors ils se vengent à cause de ça… »&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Voilà qui révèle une deuxième leçon sur Boris Cyrulnik : il ne fait pas le boulot d'étude et d'analyse que demanderait son sujet. Je ne pense pas que l'on puisse mettre cela sur le compte de la discipline à la quelle il tente de se raccrocher, la psychiatrie : ce n'est pas que celle-là est incapable de voir ce que la sociologie est capable de mettre en valeur, même s'il y a incontestablement des différences de méthodes. C'est ici un problème d'ignorance beaucoup plus profond de l'objet dont on prétend parler : si Boris Cyrulnik veut émettre des propositions sur l'état de la société, alors, il doit connaître celle-ci un minimum. Ici, ce n'est pas le cas. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et le reste de l'entretien me direz-vous ? Disons qu'il ne m'inspire qu'une chose : notre homme s'est fendu d'un rapport sur le suicide des enfants vendu 21,90€ pour 160 pages, alors que &lt;i&gt;Le suicide&lt;/i&gt; d'Emile Durkheim peut se trouver pour une dizaine d'euros et fait dans les 500 pages. Si vous êtes vraiment intéressé par le sujet, vous savez ce qu'il vous reste à faire. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-455204200838722935?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/455204200838722935/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=455204200838722935' title='23 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/455204200838722935'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/455204200838722935'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/10/boris-par-pitie-reste-en-dehors-de-tout.html' title='Boris, par pitié, reste en dehors de tout cela'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>23</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3816765180457429904</id><published>2011-09-16T08:00:00.000+02:00</published><updated>2011-09-16T08:00:03.687+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><title type='text'>Steve Jobs, sur le charisme en économie</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans la liste des évènements qui, cet été, ont secoué la planète - comprenez les classes supérieures urbaines salariés d'Europe et des Etats-Unis - on peut s'attarder sur l'annonce, tonitruante à une échelle toute médiatique, du retrait de Steve Jobs des affaires et d'Apple. L'homogénéité du tonnerre de lamentations qui a suivi témoigne en effet de la place particulière acquise par le barbu à col roulé : un pouvoir charismatique qui n'est pas moins destructeur en économie qu'en politique.  &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/CZGIn9bpALo" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Steve Jobs renonce à la présidence d'Apple en précisant bien que "hélas le moment est venu" de reconnaître qu'il n'a plus les capacités d'exercer cette responsabilité. Je n'écris pas ces lignes par obligation mais elles me causent une vraie tristesse que j'ai besoin de partager.&lt;br /&gt;Je ne trouve pas le bonhomme sympathique mais personne n'en a rien à foutre. Je le rappelle ici seulement par honnêteté. Sa parano, sa passion pour les systèmes fermés me choquent. On s'en fout.&lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ce bref extrait du &lt;a href="http://pisani.blog.lemonde.fr/2011/08/25/steve-jobs-se-retire-tristesse/"&gt;billet que le journaliste Francis Pisani consacre sur son blog au départ à la retraite le plus commenté de l'année&lt;/a&gt; illustre à lui seul toute la puissance charismatique du personnage de Steve Jobs, et résume, en même temps, la tonalité générale de tous les autres commentaires qui ont pu être fait. En un mot : Steve Jobs est au-dessus de tous - et de nous par la même occasion - et qu'importe ce qu'il ait pu faire, nous lui pardonnerons tout. Steve Jobs a bénéficié, et bénéficie encore, d'une aura particulière qui lui a permis de faire ce qui aurait été innacceptable venant d'autres. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme tout charisme, celui de Steve Jobs n'a pas besoin de résider dans des capacités exceptionnelles réelles : il suffit que les autres, et plus particulièrement un petit groupe actif rassemblé autour du leader, soient convaincu de l'exceptionnalité de celui-ci. C'est ce que montre Ian Kershaw à propos d'Hitler qui, quand on y pense, n'avait pas grand chose d'objectivement charismatique. Evidemment, comparer quelqu'un, Steve Jobs ou autre, à Hitler risque toujours d'entraîner les réactions épidermiques de ceux qui ne veulent pas qu'on tire la moindre leçon de ce qu'ils voudraient être une parenthèse historique. Pourtant, ce que nous apprend le parcours d'Hitler, c'est bien que tout charisme est toujours une construction sociale, une croyance qui n'a nul besoin que le leader soit véritablement plus fort que les autres, pas plus qu'un meilleur leader ne sera forcément reconnu comme charismatique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La magie du charisme de Steve Jobs ne réside pas dans une vision véritablement plus profonde que celle des autres ou de qualités gestionnaires, informatiques ou de leadership qu'il serait le seul à posséder. Cela ne veut pas dire qu'il ne les a pas effectivement - je ne l'ai jamais rencontré, difficile d'en juger - mais que d'autres personnes les avaient et n'ont pas connu la même héroïsation. C'est donc d'abord la façon dont a été mise en récit son parcours, avec ce qu'il faut de légendes, de mystères, de traversées du désert et tout ce qu'il fallait pour respecter un canevas finalement déjà écrit, qui lui a conféré son charisme. Et celui-ci, loin d'être individuel, ne fait que concentrer un double travail collectif : un travail de production de la légende, entretenu activement tant par Apple que par ses fans, et un travail de production classique, de biens et de services. Steve Jobs n'a pas crée seul l'Iphone, mais sa présence fait disparaître tous les ingénieurs, designers, créatifs et autres commerciaux qui l'ont rendu possible, de la même façon que le chanteur fait disparaître le travail du compositeur ou du parolier dans son interprétation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Steve Jobs avait donc du charisme. Socialement produit, certes, mais vous serez peut-être tenté de me dire "et alors ?". Et alors, il se trouve qu'il y a un auteur qui s'est particulièrement intéressé à cette question du charisme, un certain Max Weber. Et il s'est aussi intéressé au capitalisme et à l'économie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que nous dit Max Weber sur le charisme ? Beaucoup de chose. Retenons celle-là : le charisme est le mode d'exercice du pouvoir privilégié par les prophètes. La religion fournit une matrice de la domination, politique ou économique. Si le chaman s'appuie sur la tradition et le prêtre sur l'institution, le prophète s'appuie sur l'exceptionnalité qu'on lui prête - d'où l'importance, par exemple, des miracles (pas de la magie : la magie est une technique de chaman qui respecte des règles anciennes, les miracles sont quelque chose qui n'appartient qu'au prophète). A la fois à cause de cela et en conséquence de cela, le prophète est celui qui boulverse l'ordre ancien : il nous dit "ce qui a été est terminé, table rase de tout ça, maintenant les choses seront différentes". Jésus Christ n'a pas fait autre chose. Calvin, qui n'est pas un prophète au sens religieux mais au sens sociologique, aussi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Boulverser l'ordre ancien : c'est ce qui était nécessaire à la naissance du capitalisme. Pendant des siècles, les hommes ont travaillé et ont parfois dégagé un surplus, que l'on appellerait profit. Lorsque c'était le cas, soit ils l'épargnaient en prévision de jours moins heureux, soit ils le consommaient de façon rituelle et festive. Et puis certains se sont mis à utiliser ce profit pour le réinvestir dans leur entreprise. Et ils ont cherché un profit encore plus grand. Non pas pour le consommer, mais pour le réinvestir, et en obtenir un encore plus grand encore. Et ainsi de suite. L'accumulation donc : le capitalisme. Ce qui a permis cette transformation, c'est la force prophétique de la Réforme calviniste : c'est elle qui en imposant l'idée de pré-destination a pu convaincre des hommes de changer radicalement le comportement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quel rapport avec Steve Jobs ? A bien des points de vue, Steve Jobs a aussi contribué à balayer l'ordre ancien pour imposer des règles nouvelles. Et il ne l'aura jamais autant fait qu'à la période où son charisme a été le plus reconnu. Faire basculer massivement les individus dans des systèmes fermés alors qu'ils utilisaient jusqu'alors des systèmes ouverts, mettant à bas le plus gros de l'idéologie libertaire qui avaient présidé à la création et au développement d'Internet : voilà, sans doute, le plus grand héritage de Jobs. Il fallait une légitimité charismatique pour faire accepter l'idée que l'on allait rentrer dans un système où une entreprise pourrait exercer sa propre censure - Apple ne veut pas de pornographie sur ses appareils, mais autorise &lt;a href="http://www.francesoir.fr/loisirs/nouvelles-techno/juif-ou-pas-juif-apple-retire-l-appli-associations-satisfaites-137656.html"&gt;ça&lt;/a&gt; (retiré seulement du marché français...). Il fallait la légitimité charismatique pour imposer &lt;a href="http://actu-des-ebooks.fr/2011/08/23/apple-accuse-entente-illicite-sur-le-prix-des-ebooks/"&gt;un accès à la presse et aux livres pour le moins discutable&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Apple a très largement redéfini les règles du jeu économique. Mais elle ne l'a pas fait à cause de sa taille, encore moins à cause de l'efficacité de ses propositions qui auraient été dûment sélectionnées par une main invisible infaillible. Elle a pu le faire grâce à la construction charismatique de son leader. De façon classique, elle est aujourd'hui confronté à la question de la routinisation du charisme : comment transformer le pouvoir et la légitimité pour qu'ils puissent vivre sans le leader ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais qu'importe finalement ce que deviendra Apple. Les changements insufflés dans les façons de penser, les conceptions de l'économie et du web, les relations entre les différents acteurs - internautes et entreprises surtout - ont plus de chances de survivre que la boîte elle-même. Le capitalisme a finit par vivre sans le protestantisme : il est devenu indépendant, et s'est imposé à tous sans avoir besoin du support charismatique qui l'a engendré. Il y a fort à parier que la fermeture des systèmes informatiques survivra à Steve Jobs et même à Apple. Pas sûr que ce soit une bonne nouvelle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que nous apprend cette histoire, c'est qu'en économie comme en politique, la force de la légitimité charismatique, la puissance du prophète, est sans doute la seule à même de rebattre les cartes. Le capitalisme évolue sans doute moins au rythme des contraintes et des découvertes techniques, des goulots d'étranglements et des nouveaux marchés, des variations du stock de capital et de celles des marchés financiers qu'à celui de ses propres prophètes et de ses ennemis. On peut s'amuser à les repérer dans le paysage actuel : là, certains en appellent à la "moralisation", ici, d'autres veulent plus encore de libéralisation, un peu plus loin certains en appellent à la "démondialisation" tandis que les autres veulent mondialiser plus, et un peu partout on promet le développement durable, l'économie verte ou post-carbone, ou encore la décroissance... (la liste n'est pas exhaustive) Et comme tous les prophètes, on passe souvent plus de temps à s'engueuler avec ses amis pour savoir lequel est le plus béni qu'à lutter effectivement contre ses adversaires. Qu'est-ce qui permettra aux uns ou aux autres de gagner ? La réponse réside sans doute dans les conditions d'apparition d'une légitimité charismatique. Mais ça, c'est une autre histoire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3816765180457429904?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3816765180457429904/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3816765180457429904' title='23 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3816765180457429904'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3816765180457429904'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/steve-jobs-sur-le-charisme-en-economie.html' title='Steve Jobs, sur le charisme en économie'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/CZGIn9bpALo/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>23</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-604531629998714063</id><published>2011-09-14T19:23:00.000+02:00</published><updated>2011-09-14T19:23:41.696+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Blog(s)'/><title type='text'>I like</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Pour ceux qui aurait raté l'info parce qu'ils étaient en vacance (et dans ce cas-là, je les hais de toute mon âme noircie) ou parce qu'ils ne consultent le blog qu'au travers d'un reader rss et ne viennent jamais sur la page proprement dite (c'est pas top mais je vous pardonne), Une heure de peine dispose de &lt;a href="http://www.facebook.com/pages/Une-heure-de-peine/183270218404820"&gt;sa propre page Facebook ici&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous pouvez donc me liker ou devenir fan ou dire "j'aime" ou je ne sais pas trop quoi. Cela vous permettra a priori de suivre les mises à jours du blog et, éventuellement, de dire tout votre amour pour moi ou toute votre détestation (ou pas : je pense que je ferais le ménage comme je le fais déjà ici). L'outil a sans doute plein d'autres possibilités insoupçonnées et insoupçonnables, mais je ne sais pas encore si je les découvrirais. &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-604531629998714063?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/604531629998714063/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=604531629998714063' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/604531629998714063'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/604531629998714063'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/i-like.html' title='I like'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-6925530396433742018</id><published>2011-09-08T08:37:00.001+02:00</published><updated>2011-09-15T20:53:43.825+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><title type='text'>Le sexe est bien une construction</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Commençons la nouvelle saison d'Une heure de peine de la même façon que &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/le-darwinisme-et-linquietante-normalite.html"&gt;la précédente s'est terminée&lt;/a&gt; : en discutant nature, culture et féminisme. Pascal Picq, paléoanthropologue de son état, a fait paraître dans le Monde &lt;a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/09/03/le-sexe-n-est-pas-que-construction_1567378_3232.html"&gt;une tribune &lt;/a&gt;renvoyant dans les cordes les 80 imb... abru... députés qui "pensent" (quand on écrit "théorie du genre sexuel" et qu'on prétend que cela a pour objectif de justifier la pédophilie, c'est que l'on est soit un crétin, soit quelqu'un de très malhonnête, et j'ai trop de respect pour nos représentant pour choisir la seconde option) qu'il ne faut pas dire aux lycéens que les gênes ne déterminent pas tout le comportement sexuel de l'être humain. Pourtant - peut-être du fait d'un certain opportunisme editorial - son texte s'intitule "Le sexe n'est pas que construction". Et de fait, il y critique certaines orientations "antibiologistes" (radicales, ajoute-t-il) des sciences sociales. Pourtant, le sexe - pas seulement le genre, pas seulement la sexualité - est bien une construction sociale. Il faut juste savoir ce que cela veut dire... &lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donnons d'abord la parole à Pascal Picq, en profitant pour redire la très haute tenue de son texte et en saluant sa défense de la place des théories du genre dans la formation scientifique des lycéens :  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;C'est là qu'une partie des sciences humaines pose problème. En raison d'un antibiologisme radical, elles refusent cette réalité biologique qui fait que nous sommes dans le groupe des espèces les plus déterminées biologiquement par le sexe. C'est inepte d'un point de vue scientifique, stupide d'un point de vue philosophique et ouvert à toutes les idéologies. Par-delà le sexe (biologique), il y a la sexualité, c'est-à-dire la diversité et la plasticité des comportements qui amènent des individus à avoir des relations sexuelles. Heureusement, une partie des sciences humaines travaille avec l'anthropologie évolutionniste, notamment autour de la sexualité et de la construction sociale de l'identité sexuelle des individus.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On regrettera que Pascal Picq ne dise pas plus précisément quels auteurs ou quels travaux il vise, mais c'est sans doute la conséquence du format choisi : on ne peut pas truffer une tribune dans un grand quotidien, fut-il du soir, de références savantes. Il revient cependant un peu plus loin sur cette question pour préciser qu'il faudrait quand même pas pousser Mémé dans les orties :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Je m'oppose à toutes ces théories qui détournent les &lt;i&gt;gender studies&lt;/i&gt;, avec pour seul argument imbécile d'affirmer qu'il n'y a pas de sexe biologique, et qui plient les observations faites dans la diversité des sociétés humaines et de grands singes.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On le voit, le ton est sans concessions. Le problème que j'ai avec ce texte, c'est que par son titre et les passages cités, on pourrait en retenir qu'il n'y a pas lieu de dire que le sexe est une construction sociale. Or, il est tout à fait légitime et scientifique de l'affirmer. A condition de bien savoir ce que cela veut dire. S'il y a un problème, c'est donc dans la compréhension de la métaphore, courante en sciences sociales, de la "construction sociale".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dire que le sexe est une construction sociale, qu'est-ce que cela veut dire ? Certainement pas que le sexe n'existe pas ou peut être ignoré ou, encore, n'a pas de pertinence pour comprendre le comportement d'un individu. La métaphore de la construction sociale doit être prise au sérieux : une construction, ça existe, et c'est solide.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérons une autre construction sociale : la ville. Il serait aberrant de dire qu'une ville n'est pas construite socialement. Le tracé de ses rues, la répartition de ses quartiers et de ses activités, les règles qui régissent en son sein la circulation des hommes et des choses : toutes cela est le produit d'une histoire faite d'interactions entre les hommes. Si Paris n'avait pas connu Haussman et  si celui-ci n'avait pas eu à sa disposition le monopole de la violence légitime fourni par le Second Empire, et bien Paris ne serait pas la ville que l'on connaît aujourd'hui. Et rien ne distingue l'avenue Montaigne de Barbès si ce n'est les croyances et les relations des individus qui accorde plus de valeur ici et un sens différent là...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et pourtant, bien que socialement construite, Paris n'en est pas moins solide. Si je veux me rendre de Place d'Italie à Nation, je ne peux qu'emprunter les rues disponibles - l'usage d'un bulldozer est certes envisageable, mais incontestablement contraignant. Et j'aurais beau penser qu'il n'y a pas de raison que les prix de l'immobilier soit plus élevé Boulevard Raspail qu'à Bobigny, le fait que plein d'autres personnes ne partagent pas vraiment cet avis m'imposera toujours de trouver cent-cinquante mille cautions solidaires pour louer une chambre de bonne pleine de cafards.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en de même pour le sexe : dire qu'il y a là une construction sociale ne veut pas dire qu'il s'agit d'une chose inexistante, loin de la. Mais qu'est-ce que cela veut dire plus précisément ? Si l'on comprend bien que le genre soit une construction sociale - les qualités prêtés au masculin ou au féminin ne s'appliquant pas seulement aux hommes mais aussi aux choses - et qu'il soit tout à fait solide (les discriminations liées au genre et qui touchent aussi bien les femmes que les hommes pas suffisamment "virilisés" ne sont pas une illusion...), c'est plus difficile pour le sexe :  ne s'agit-il pas d'une donnée biologique ? Les chromosomes ne sont-ils pas indifférents à nos petites histoires sociales ? Oui et non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La question commence à se poser, comme le fait remarquer Judith Butler, lorsque l'on prend conscience qu'il n'existe pas forcément deux sexes, mais peut-être bien plus. Pascal Picq le signale également dans son texte : "un très faible pourcentage d'individus, écrit-il, naît avec différentes formes d'indéterminations sexuelles". Et voilà le problème. Qu'est-ce qui permet de qualifier ces situations de "formes d'indéterminations sexuelles" ? S'il s'agissait de formes de vie non-viable, on pourrait le comprendre, mais ce n'est pas le cas. On pourrait parfaitement considéré les personnes en question non pas comme souffrant d'un handicap, mais comme relevant d'un troisième/quatrième/etc. sexe. Ou comme des manifestations divines. Ou comme les victimes d'une malédiction. Ou de biens d'autres façons encore. Mais dans nos sociétés, on considère cela sous l'angle médical et on s'empresse d'opérer les enfants concernés pour les faire rentrer dans l'un ou l'autre des deux sexes que nous connaissons bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est donc bien par une construction sociale que nous attribuons des individus à l'un des deux sexes que nous connaissons et nommons &lt;i&gt;socialement&lt;/i&gt;. Cela n'annule pas l'existence de chromosomes différents, pas plus que celle du sexe, mais cela prend acte qu'il y a et qu'il y a eu d'autres façons de gérer cette différence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on peut aller encore plus loin, d'autant plus que certains auront tôt fait de rejeter d'un revers de main ces cas en les considérant comme "minoritaires". Ils posent, en fait, une question plus générale : comment attribuons-nous un sexe à un individu ? Là encore, c'est par une construction sociale. Après tout, il est possible de changer de sexe au cours de sa vie  - de sexe, et pas seulement de genre. Des personnes qui étaient des mâles deviennent des femelles, et vice-versa. Leurs chromosomes n'ont pas changé, souvent "seulement" leurs organes génitaux. Et les hommes devenus femmes ne peuvent toujours pas avoir d'enfants. Mais socialement, ils changent de sexe. C'est donc bien qu'en plus du sexe biologique, déterminé par ces fameux XX ou XY, il y a un sexe social, qui n'est pas autre chose qu'une construction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prenons une comparaison pour bien montrer que le fait que le sexe soit une construction sociale ne lui retire en rien de sa réalité. Wittgenstein s'est intéressé à la question de la connaissance dans le monde des mathématiques. Il s'est posé la question suivante : que faut-il pour qu'une proposition devienne une règle, pour qu'il soit autoriser, par exemple d'utiliser, tel théorème ? La réponse peut paraître évidente : il faut que ce théorème soit vrai. Oui, mais ce n'est pas suffisant. Après tout, le carré de l'hypoténuse était égal à la somme des carrés des deux autres côtés bien avant que Pythagore s'en mêle. Il faut donc a minima que le théorème soit formulé. Mais même cela ne suffit pas. Avant que les mathématiciens ne soient autorisés à l'utiliser sans en refaire toute la démonstration, il faut que la communauté des matheux se penche dessus et reconnaisse que, oui, effectivement, il a pas tort, c'est bon les gars, ça va nous épargner du code TeX. En un mot, il faut qu'il soit institutionnalisé, et ce socialement. Un théorème mathématique est une construction sociale, comme d'ailleurs toute proposition scientifique. Cela ne dit rien de sa véracité ou de sa fausseté, cela dit simplement qu'il est le produit d'une activité et d'un accord social - et si les néo-réactionnaires parvenaient à leurs fins, je ne donnerais pas cher de nos connaissances scientifiques les mieux établies...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois de plus, on peut reprendre la métaphore de la construction au sérieux : un château fort et une cabane dans un arbre sont deux constructions, pourtant, il y a une des deux qui est préférable si votre objectif est de vous protéger d'une attaque ennemie. De la même façon, la science et la religion sont deux constructions sociales, mais si on veut soigner des gens ou faire voler des avions, il y a  eu des deux qui a un peu plus de réussite à son actif... Toute les constructions sociales ne se valent pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Revenons-en au sexe. Quand vous êtes venu au monde, braillant à celui-ci la joie de votre arrivé, vous aviez évidemment un sexe : des chromosomes XX ou XY. Mais cela n'a pas suffi pour que l'on vous attribue aux mâles ou aux femelles. Il a fallu que quelqu'un jette un oeil au bon endroit, fasse "hum... hum...", coche une case sur un formulaire, le transmette à toute une série d'autres personnes - dont une au moins finira par l'archiver pour le cas où souhaiteriez contester le "hum... hum..."  en question - et l'annonce à qui de droit : parents, médecins, état civil... : il en faut du monde pour faire de vous officiellement un petit garçon ou une petite fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et alors, me direz-vous ? Et alors, il est possible qu'il y ait une erreur. Il est possible que les personnes chargées de cette identification soient prise d'un doute et ne sachent pas quoi faire. Il est possible que vous ne soyez pas d'accord avec elles, et que bien qu'elles vous répètent que oui, vous êtes un garçon/fille, vous ayez l'intime certitude  que vous êtes une fille/garçon - et ce même si vos chromosomes et votre appareil génital ne semblent pas totalement d'accord avec vous. Bref, votre sexe est une construction sociale. Et ce n'est pas parce que cette une construction qui, la plupart du temps, occupe si bien sa place que vous voyez même plus les traces de sa fabrication qu'elle cesse de l'être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème est que cette construction n'est pas sans lien avec les autres qui occupent également l'espace social. C'est que l'on a une représentation sociale bien particulière du sexe, et que celle-ci n'est pas sans influence avec celle que l'on peut avoir du genre - avec la façon dont celui-ci est socialement construit. C'est comme souvent dans le langage que cela se fait le mieux sentir : ne parle-t-on pas, le plus souvent, de "sexes opposés" ? Mais qu'ont-ils de vraiment opposés ? D'un point de vue biologique, c'est bien difficile de le dire. Pourtant, même des chercheurs aguerris reconnaîtront que les grands singes sont leurs proches cousins tandis qu'ils décriront leur collègue de labo comme leur "opposé"... Comment ne pas y voir un lien avec les nombreuses tentatives, scientifiquement fragiles mais toujours avancées à grands cris, de montrer que les cerveaux masculins et féminins sont opposés ? Cordelia Fine (Delusions of Gender) et Rebecca Jordan-Young ont récemment publiés deux bouquins qui démontent ces travaux (voir le Sciences Humaines d'Octobre 2011, p. 76).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette construction sociale des sexes - et, une fois  de plus, il s'agit bien des sexes et pas du genre - comme ayant des caractéristiques nécessairement opposés, et pas seulement différentes, est d'une importance fondamentale. Elle ne signifie pas l'inexistence du sexe biologique. C'est que, qu'on le veuille ou non, sciences de la nature et sciences sociales ne partagent pas les mêmes ordres de discours, ni les mêmes objets. Les biologistes parlent des chromosomes là où les sociologues parlent d'un fait social. Le "dépassement des disciplines" a beau être à la mode, il est le plus souvent vain si l'on ne comprends pas que les disciplines, justement, ont des économies internes particulières. Pour éviter les confusions, le plus simple est peut-être d'offrir un enseignement de sciences sociales à tous les lycéens. J'dis ça, j'dis rien. &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-6925530396433742018?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/6925530396433742018/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=6925530396433742018' title='12 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/6925530396433742018'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/6925530396433742018'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/le-sexe-est-bien-une-construction.html' title='Le sexe est bien une construction'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>12</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3806316367132249965</id><published>2011-09-02T07:00:00.001+02:00</published><updated>2011-09-08T08:43:09.076+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (10)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on essayera de dévoiler la dimension langagière et quelque peu performative de l'activité économique...&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Probably no other world in the multiverse has warehouse for things which only exist in potentia, but the pork future warehouse in Ankh-Morpork is a product of the Patrician's rules about baseless metaphors, the literal-mindedness of citizens who assume that everything must exist somewhere, and the general thinness of the fabric of reality around Ankh, which is so thin that it's as thin as a very thin thing. The net result is that trading in pork futures - in pork that doen't exist yet - led to the building of the warehouse to store it in until it does. The extremely low temperatures are caused by the imbalance in the temporal energy flow. At least, that's what the wizards in the High Energy Magic Building say. And they've got proper pointy hats and letters after their name, so they know what they're telking about.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;i&gt;Men at Arms&lt;/i&gt;, p. 182&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'activité économique repose en grande partie sur des jeux de langage et sur des métaphores : un point largement oublié que Pratchett pointe ici en montrant comment une simple métaphore pour expliquer certaines formes de spéculation peut se transformer en un objet tout à fait réel : la construction d'entrepôt pour stocker du porc qui n'existe pas encore, si ce n'est comme l'objet d'un commerce spéculatif. Une illustration simple mais puissante de la performativité du langage - j'en connais qui seront ravis. Dans notre monde, les échanges sur des marchandises qui n'ont pas plus de réalité matérielle qu'un souffle sont étonnamment nombreuses. Et nous venons tous d'en sentir, une fois de plus, les conséquences bien réelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On notera cependant que cette performativité repose également sur des dispositions institutionnelles, à commencer par les lois du dirigeants de la cité en question qui obligent les individus à justifier leur métaphore - comme cela est écrit dans un autre roman, le poète qui prétendrait qu'un joli minois a lancé sur les mers quelques milliers de bateaux aurait intérêt à présenter les bons  de commande adressés aux chantiers navaux...C'est donc d'une méfiance des pièges du langage que naît la puissance performative de celui-ci. Il n'en va peut-être pas si différemment sur ce qu'il faut bien appelé notre "roundworld" (par opposition au "discworld" que décrit Pratchett) : le langage que nous utilisons oblige le plus souvent à construire sans cesse un nouveau vocabulaire pour le préciser, engendrant à nouveau un besoin de précisions, et ainsi de suite jusqu'à plus soif. Tous ceux qui se confrontent aujourd'hui à l'hermétisme du langage des traders et des grands financiers doivent avoir une idée de ce dont je veux parler. Et sinon, ils peuvent se tourner plus modestement vers l'inflation de sigles et de jargons dans le petit monde de l'éducation nationale, les principes ne sont pas tellement différents...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le rôle du langage dans l'économie mérite approfondissement. Présenter l'activité économique comme une guerre ou comme une échange n'est pas neutre. Cela n'implique pas, chez ceux qui y prennent part, les mêmes comportements, ni même les mêmes institutions. C'est aujourd'hui le vocabulaire de la guerre qui prédomine : la concurrence est compétition, les marchés doivent être conquis, les entreprises et les pays s'affrontent... Cela implique une approche bien particulière des problèmes. A commencer par l'envie de construire des lignes Maginot pour se protéger de tout cela : les appels au protectionnisme ne sont pas sans liens avec la façon dont est mise en métaphore l'activité économique. Même si ceux qui font l'éloge de la guerre économique sont politiquement très différents de ceux qui en appellent à l'édification de murailles tarifaires, ils sont complices dans l'utilisation d'une même façon de présenter les choses. Et ce vocabulaire agonistique n'est pas sans rapport avec la recherche du profit toujours plus grand, car l'objectif est bien évidemment de battre les autres : le capitalisme est aussi une affaire de mots. &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3806316367132249965?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3806316367132249965/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3806316367132249965' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3806316367132249965'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3806316367132249965'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/09/elements-de-sociologie-pratchettienne.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (10)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-1619156892149752322</id><published>2011-08-17T08:00:00.000+02:00</published><updated>2011-08-17T08:00:08.128+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la modernité'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (9)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on rencontrera le conflit central qui est l'origine de toute la modernité, et où l'on reconnaîtra quelques ressemblances avec ce que nous vivons à cette heure...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;blockquote&gt;'Tell me... those robes some of the dwarfs were wearing. I know they wear them on the surface so they're not polluted by the nasty sunlight, but why wear them down there ?'&lt;br /&gt;'It's traditionnal, sir. Er, they were worn by the... well, it's what you'd call the knockermen, sir.'&lt;br /&gt;'What did they do ?'&lt;br /&gt;'Well, you know about firedamp ? It's a gas you get in mines sometimes. It explodes.'&lt;br /&gt;Vimes saw the images in his mind as Cherry explained...&lt;br /&gt;The miners would clear the area, if they were lucky. And the knockerman would go in wearing layer after of chain-mail and leather, carrying his sack of wicker globes stuffed with rags and oil. And his long pole. And his slingshot.&lt;br /&gt;[...] [A] knockerman who was either very confident or extremely suicidal would step back, light the torch on the end of hiis pole and thrust it ahead of him. The more careful knockerman would step back rather more, and slingshot a ball a burning rags in the unseen death. Either way, he'd trut in his thick leather clothes to protect him from the worst of the blast. [...]&lt;br /&gt;And then , fifty years ago, a dwarf tinkering in Ankh-Morpork had found that if you put a simple fine mesh over your lantern flame it'd burn blue in the presence of the gas but wouldn't explode. It was a discovery of immense value to the good of dwarfkid and, as so often happens, with such discoverues, almost immediately led to a war.&lt;br /&gt;'And afterwards there were two kinds of dwarf,', said Cherry sadly. 'There's the Copperheads, who all use the lamp and the patent gas exploder, and the Schmaltzbergers, who stick to the old ways. Of course we're all dwarfs,' she said, 'but relations are rather strained'. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;a href="http://www.amazon.fr/Fifth-Elephant-Terry-Pratchett/dp/0552146161/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1313180488&amp;sr=8-1"&gt;The Fifth Elephant&lt;/a&gt;, p. 235-237&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S'il y a bien un thème central dans l'oeuvre de Pratchett, c'est le combat entre la modernité, le désenchantement du monde, la rationalisation et les forces conservatrices, la tradition, le passé. Il y a un thème profondément weberien là-derrière. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les "méchants" sont presque toujours des "conservateurs" : des comploteurs qui rêvent de revenir à la monarchie et qui ne supportent pas les étrangers (dans The Thruth ou Men at Arms par exemple), des Auditeurs qui voudraient voir disparaître la vie et le changement, des traditionnalistes de tout poils comme des nains (dwarfs) prêt à mettre en péril tout leur peuple pour le protéger du changement dans The Fifth Elephant...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, la modernité n'est pas présentée parée de toutes les vertues. Guidée par le commerce et l'économie, force formidable qui abat peu à peu toutes les résistances - c'est par le commerce que le peuple nain finit par rejoindre la modernité incarnée par Ankh Morpork dans The Fifth Elephant -, elle est le plus souvent moquée. Elle est souvent extrêmement dangereuse parce qu'elle finit par se retourner contre elle-même. D'entreprise de rationalisation, elle finit presque toujours par devenir irrationnelle. L'exemple typique est le "gonne" (gun) dans Men at Arms : une arme issue de la modernité mais qui se trouve dotée d'un esprit propre qui pousse ceux qui posent la main sur elle à la folie. Une arme qui s'allie d'abord avec des conservateurs... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En mettant ce conflit au centre de son univers, Pratchett ne fait que nous renvoyer l'image de notre propre monde, de notre fin de XXème et début de XXIème siècle. L'économie, cette formidable force de rationalisation, n'a cessé de s'appuyer sur un principe irrationnel - la recherche infinie du profit et du gain à l'exclusion de toute autre considération. C'est toujours à cette lutte que nous assistons. Mais Pratchett montrent que ceux qui voudrait s'opposer à cette puissance, par exemple en fermant les frontières à toute vitesse, finiront pas s'allier avec les conservateurs les plus inquiétants : ils sont alliés "objectifs".  &lt;br /&gt; &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-1619156892149752322?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/1619156892149752322/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=1619156892149752322' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1619156892149752322'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1619156892149752322'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-9.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (9)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-4529989141245336449</id><published>2011-08-15T08:00:00.009+02:00</published><updated>2011-08-15T08:00:09.060+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (8)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre une façon pas complètement inintéressante de théoriser les règles et les normes...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Dialogue entre Lu-Tze (un vieux maître) et Lobsang (un disciple) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;'Isn't that, et, interfering with history ? I mean, I was told that sort of thing is all right up in the valleys, but down here in the world...'&lt;br /&gt;'No, it's absolutely forbidden,' said Lu-Tze. ''cos it's Interfering With History. Got to be careful of your witch, of course. Some of them are pretty canny.' He caugt Lobsang's expression. 'Look, that's why there's rules, understand ? So that you &lt;i&gt;think&lt;/i&gt; before you break'em.'&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;i&gt;Thief of Time&lt;/i&gt;, p. 251&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je l'évoquais déjà dans la dernière note : &lt;i&gt;Thief of Time&lt;/i&gt; est un livre sur les règles. Tout le monde y suit des règles : les Moines de l'Histoire qui ne doivent pas "Intervenir dans l'Histoire", Susan, la maîtresse d'école, qui s'impose à elle-même de ne pas manger plus d'un chocolat par jour, les Auditeurs, sorte de guardiens de l'univers qui n'ont d'autres objectifs que de stopper toute vie - trop désordonnée pour être surveillée - qui croient tellement aux règles qu'ils cherchent à toutes les suivre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et justement, lorsque ces derniers s'incarnent dans des corps humains, ils commencent à enfreindre des règles, dont les leurs. Et Lu-Tze, tout en fixant sans cesse des règles (à commencer par la règle n°1 : "Do not act incautiously when confronting little bald wrinkly smiling men"), passe son temps à les contourner. Et, bien sûr, Susan a une conception bien particulière de sa propre règle :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;She put it her mouth.&lt;br /&gt;Damn&lt;i&gt;damn&lt;/i&gt;damn&lt;i&gt;damn&lt;/i&gt; ! It was &lt;i&gt;nougat&lt;/i&gt; inside ! Her one chocolate today and it was damn artificial pink-and-white damn sickly damn stupid &lt;i&gt;nougat&lt;/i&gt; !  &lt;br /&gt;Well, no-one could be expected to believe that counted. She was entitled to another-&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ibid, p. 123&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le problème de la règle est un vieux problème en sociologie, et plus généralement même en philosophie. Pourquoi suit-on une règle ? Qu'est-ce qui lui permet de s'appliquer ? Qu'est-ce qui en fait l'efficacité ? Il y a toujours le risque, en sociologie et en sciences sociales, de conceptualiser les règles comme ayant une force en soi ou comme étant trop contraignante - Mark Granovetter parlerait d'un individu "sur-socialisé" -, ou à l'inverse comme ne reposant que sur un système de récompense ou de contrainte - le biais de nombreux travaux économiques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett propose une voie différente : la règle n'est pas efficace parce qu'elle peut contraindre les individus à la suivre, mais parce qu'elle les oblige à réfléchir. Elle leur est extérieure et elle s'impose à eux : elle change la signification de leurs actions. Enfreindre une règle en sachant qu'elle existe, c'est quand même agir en fonction de cette règle. Aucune règle - et on va sans doute encore reparler de rajouter des règles à la finance internationale - n'empéchera qu'il y ait des déviants. Aucune règle n'empéchera qu'il y ait des crises. Tout au plus permettra-t-elle que les individus responsables se sentent effectivement responsables. Ce sera déjà beaucoup, dans la situation actuelle. Parce que pour l'instant, il n'est pas évident que les responsables aient mauvaise conscience...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-4529989141245336449?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/4529989141245336449/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=4529989141245336449' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4529989141245336449'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4529989141245336449'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-8.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (8)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-627042709907664181</id><published>2011-08-13T08:00:00.002+02:00</published><updated>2011-08-13T08:00:01.303+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la connaissance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (7)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on continuera à explorer les capacités de l'humain à prendre le monde tel qu'il vient et à surtout, surtout, exclure ce qui ne cadre avec ce qui est déjà connu...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;The most selected of these club was Fidgett's, and it operated like this : Susan didn't need to make herself invisible [but she can - too long to explain (NDM)], because she knew that the members of Fidgett's would simply not see her, or believe that she really existed even if they did. Women weren't allowed in the club at all excet under Rule 34b, which grudginly allowed for female members of the family or respectable married ladies over thirty to be entertained to tea in the Green Drawning Room between 3.15 and 4.30 pm, providedd at least one member of staff was present at all times. This had been the case for so long that many members now interpreted it as being the only seventy-five minutes in the day when womem were actually allowed to exit and, therefore, any women seen in the club at any other time were a figment of their imagination.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, Thief of Time, p. 102&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Gaspode (the Wonder Dog). Small, bow-legged and wiry; basically a rusty grey but with patches of brown, white and black in outlying areas. [...]&lt;br /&gt;Oh, and he can talk. But not many people pay any attention, because everyone knows that dogs can't talk.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett &amp; Stephen Briggs, The new Discworld Companion, p. 188&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les deux cas, les individus cherchent à maintenir un certain équilibre, et pour cela, ils ont appris à ne pas voir ce qui ne peut pas être acceptable, ce qui représenterait une information trop dérangeante. Ce thème est récurrent chez Pratchett : c'est qui évite de voir la Mort/la mort, ce qui évite de voir les conséquences de ses propres actions, ce qui évite de devenir fou... On retrouve du Schultz, ou du Berger et Luckmann là-dedans. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette capacité repose, comme on peut le voir, sur l'apprentissage de certaines règles - et &lt;i&gt;Thief of Time&lt;/i&gt; n'est rien d'autre qu'un ouvrage sur les règles, leur origine et leur utilisation. Nous apprenons à ne pas voir ce qui ne cadre pas avec le cadre de ce que nous définissons comme la réalité. Ce n'est pas que nous ne voulons pas voir, c'est que nous ne pouvons pas voir, car cela exigerait que nous reconfigurions l'ensemble de notre conception du monde pour faire de la place à des faits qui sont manifestement erronés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'ai déjà longuement blogué sur le capitalisme comme mode de pensée et d'actions et sur son emprise sur nos esprits (&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/le-retour-des-contradictions-du.html"&gt;voir notamment ce billet&lt;/a&gt;), sur nos difficultés à penser en dehors de lui (&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/10/la-mentalite-de-marche-est-obsolete-ou.html"&gt;voir celui-ci&lt;/a&gt;), à inventer quelque chose de nouveau. A l'heure où la crise revient (ce n'est ni la première ni la dernière), Pratchett fournit sans doute un bon cadre pour comprendre ce qui se passe : il nous faut comprendre quels mécanismes nous amènent à prendre les choses comme elles sont, ce que menace, pour nous, le fait que le chien se soit mis à parler.&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-627042709907664181?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/627042709907664181/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=627042709907664181' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/627042709907664181'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/627042709907664181'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-7.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (7)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-464908390592360755</id><published>2011-08-11T08:00:00.000+02:00</published><updated>2011-08-11T08:00:02.559+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la connaissance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (6)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on s'attachera à quelques éléments de cognition, où l'on présentera l'ennui comme le propre de l'homme et où, d'une façon plus généralement, on rentrera au coeur de la théorie sociologique pratchettienne... (oui, parce que tout cela est pensé et présenté dans un certain ordre, qu'est-ce que vous croyiez ?)&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;You had to hand it to human beings. They had one of the strangest powers in the universe. Even her  grandfather* had remarked upon it. No other species anywhere in the world had invented &lt;i&gt;boredom&lt;/i&gt;. Perhaps it was boredom, not intelligence, that had propelled them up the evolutionnary ladder. Trolls and dwarfs had it, too, that strange ability to look the universe and think 'Oh, the same as yesterday, how dull. I wonder what happens if I bang this rock on that head ?'&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;And along with this had come an associated power, to make things &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;. The world changed mightily, and within a few days humans considered it was &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;. They had the most amazing ability to shut out and forget what didn't fit. They told themselves little stories to explain away the inexplicable, to make things &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.amazon.fr/Thief-Time-Terry-Pratchett/dp/0552148407/ref=sr_1_2?ie=UTF8&amp;qid=1312390454&amp;sr=8-2"&gt;Thief of Time&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, p. 215-216  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;* Death. Big guy, wear black, use a scythe, TALK LIKE THAT. You know him. Well, he know you (NDM). &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-464908390592360755?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/464908390592360755/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=464908390592360755' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/464908390592360755'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/464908390592360755'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-6.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (6)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2417548268062294709</id><published>2011-08-08T08:00:00.000+02:00</published><updated>2011-08-08T08:00:06.328+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la mondialisation'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (5)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre une théorie géographique de la légitimité et de la puissance du prophète - Weber aurait approuvé - et, plus subtilement, peut-être l'une de mes premières sources d'inspiration sociologique...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;[A propos de Miss Marietta Cosmopolite, couturière à la retraite] She is known occasionally to run a haberdashery shop and is also, much against her wishes, a religious icon. This is because people always assume that wisdom is, well, more wise if it comes from a long way away. So while impressionnable people in Ankh-Morpork follow the parth of distant religious teachers with names like Rimpo and Gompa, the orange-robed, bald young men from the hight mountains follow the Way of Mrs Cosmopolite (down to the shops, dropping in on her sister for a cup of tea, an appointment with the chiropodist, and then back home). Principal among these was the skilled Lu-Tze, who has collected all her cosmically wie saying (such as 'It'll all end in tears'), and find them a pretty good guide to understanding the universe. Wisdom is where you find it.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett (avec la collaboration de Stephen Briggs), &lt;a href="http://www.amazon.fr/New-Discworld-Companion-Terry-Pratchett/dp/0575075554/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1312389832&amp;sr=8-1"&gt;The new Discworld Companion&lt;/a&gt;, p. 96-97&lt;br /&gt; &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2417548268062294709?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2417548268062294709/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2417548268062294709' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2417548268062294709'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2417548268062294709'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-5.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (5)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5865101776267736839</id><published>2011-08-05T08:00:00.002+02:00</published><updated>2011-08-05T08:00:05.794+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des classes sociales'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (4)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre une théorie "botière" des inégalités socio-économiques...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;The reason that the rich were so rich, Vimes reasonned, was becase they managed to spend less money.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Take boots, for example. He earned thirty-eight dollars a month plus allowances. A really good pair of leather boots cost fifty dollars. But a an &lt;i&gt;affordable&lt;/i&gt; pair of boots, which were sort of OK for a season or two and then leaked like hell when the cardboard gave out, cost about ten dollars. Those were the kind of boots Vimes always bought, and wre until the soles were so thin that he could where he was in Ankh-Morpork on a foggy night  by the feel of the cobbles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;But the thing was that &lt;i&gt;good&lt;/i&gt; boots lasted for years and years. A man who could afford fifty dollars had a pair of poor of boots that'd still keeping his feet dry in ten years' time, while a poor man who could only afford cheap boots would have spent a hundred dollars on boots in the same time &lt;i&gt;and would still have wet feet.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;This was Captain Samuel Vimes 'Boots" theory of socio-economic unfairness. &lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, Men at Arms, p. 35 &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5865101776267736839?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5865101776267736839/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5865101776267736839' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5865101776267736839'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5865101776267736839'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-4.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (4)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-732977907014737355</id><published>2011-08-03T18:21:00.000+02:00</published><updated>2011-08-03T18:21:23.134+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des classes sociales'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (3)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre les prémisses d'une théorie des différents capitaux, ainsi que des éléments pour penser la légitimité...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;When he was a little boy, Sam Vimes had thought that the very rich ate off gold plates and lived in marble houses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;He'd learned something new : the very rich &lt;i&gt;very&lt;/i&gt; could afford to be poor. Sybil Ramkin lived in the kind of poverty that was only available to the very rich, a poverty approached from the other side. Women who were merely well-saved up and bought dresses made of silk edged with lace and pearls, but lady Ramkin was so rich she could afford to stomp around the place in rubber boots and a tweed skirt that had belonged to her mother. She was so rich she could afford to live on biscuit and cheese sandwiches. She was so rich she lived in three rooms in a thirty-four-roomed mansion ; the rest of them were full of very expensive and very old furniture, covered in dust sheets.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, Men at Arms, p. 34&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-732977907014737355?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/732977907014737355/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=732977907014737355' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/732977907014737355'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/732977907014737355'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/08/elements-de-sociologie-pratchettienne-3.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (3)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3238956633830358723</id><published>2011-07-30T01:43:00.001+02:00</published><updated>2011-07-30T01:46:00.686+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie urbaine'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (2)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre une théorie de la ville comme forme sociale qui n'aurait pas déplue à Simmel, où l'on devine la naissance d'une solidarité organique bien durkheimienne, et où l'on notera qu'un bon esprit sociologique commence toujours par une attention à ce qui est à la fois quotidien et caché...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Every day, maybe a hundred cows died for Ankh-Morpork. So did q flock of sheep and a herd of pigs and the gods alone knew how many ducks, chickens and geese. Flour ? He'd heard it was eighty tons, and about the same amount of potatoes and maybe twenty tons of herring. He didn't particularly &lt;i&gt;want &lt;/i&gt;to know this kind of thing, but once you started having to sort out the everlasting traffic problem these were facts that got handed to you.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evry day, forty thousand eggs were laid for the city. Every day, hundreds, &lt;i&gt;thousands of carts and boats and barges converged on the city with fish and honey and oysters and olives and eels and lobsters. And then think of the horses dragging the stuff, and the windmills... and the wool coming in, too, every day, the cloth, the tobacco, the spices, the ore, the timber, the cheese, the coal, the fat, the tallow, the hay &lt;i&gt;EVERY DAMN DAY&lt;/i&gt;...&lt;/i&gt; [...]&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Against the dark screen of night, Vimes had a vision of Ankh-Morpork. It wasn't a city, it was a &lt;i&gt;process&lt;/i&gt;, a weight on the world that distorted the land for hundreds of miles around. People who'd never see it in their whole life nevertheless spent their life working for it. Thousand and thousand of green acres were part of it, forests were part of it. It drew in and consumed...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;...and gave back the dung from its pens and the soot of its chimneys, and steel, and saucepans, and all the tools by which its food was made. And also clothes, and fashions and ideas and interesting vices, songs and knowledge and something which, if looked at it in the right lightm was called civilization. That's what civilization &lt;i&gt;meant&lt;/i&gt;. It meant the city.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;a href="http://www.amazon.fr/Night-Watch-Terry-Pratchett/dp/0552148997/ref=sr_1_1?ie=UTF8&amp;qid=1311982957&amp;sr=8-1"&gt;Night Watch&lt;/a&gt;, p. 389-390&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3238956633830358723?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3238956633830358723/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3238956633830358723' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3238956633830358723'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3238956633830358723'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/07/elements-de-sociologie-pratchettienne-2.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (2)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5093376750551578693</id><published>2011-07-27T18:19:00.000+02:00</published><updated>2011-07-27T18:19:43.626+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie pratchetienne'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie classique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie humouristique'/><title type='text'>Eléments de sociologie pratchettienne (1)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Où l'on découvre une conception très durkheimienne de l´homme comme animal social, où l'on peut deviner les effets de l'anomie et une théorie qui croise socialisation et encastrement et, finalement, où l'on commence une série d'été... &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;"It was said later that he came under bad influences at this stage. But the secret of the history of Edward d'Eath was that he came under no outside influences at all, unless you count all those dead kings. He just came under the influence of himself.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;That's where people get it wrong. Individuals aren't naturally paid-up members of the human race, except biologically. They need to be bounced around by the Brownian motion of society, which human being constantly remind one another that they are... well... human beings. He was also spiralling inward, as tends to happen in cases like this."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Terry Pratchett, &lt;i&gt;&lt;a href="http://www.amazon.fr/Men-at-Arms-Novel-Discworld/dp/0552140287/ref=sr_1_2?ie=UTF8&amp;qid=1311783385&amp;sr=8-2"&gt;Men at Arms&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, p. 11&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5093376750551578693?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5093376750551578693/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5093376750551578693' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5093376750551578693'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5093376750551578693'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/07/elements-de-sociologie-pratchettienne-1.html' title='Eléments de sociologie pratchettienne (1)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-6705887305147948837</id><published>2011-07-10T19:56:00.001+02:00</published><updated>2011-07-10T19:57:18.884+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Photos de vacances'/><title type='text'>Popper in Paris</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Depuis un bon moment, je voulais prendre cette photo là où je fais mon jogging (un esprit sain dans... tout ça quoi)... L'occasion s'est enfin présentée, alors voilà, comprend qui peut maintenant. En tout cas, mon ami Karl aurait été ravi.&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-RdWbIz-mF5A/ThnnLBvcD1I/AAAAAAAAANM/eRoRxOx84o4/s1600/Divers%2B020.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-RdWbIz-mF5A/ThnnLBvcD1I/AAAAAAAAANM/eRoRxOx84o4/s400/Divers%2B020.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-6705887305147948837?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/6705887305147948837/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=6705887305147948837' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/6705887305147948837'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/6705887305147948837'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/07/popper-in-paris.html' title='Popper in Paris'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-RdWbIz-mF5A/ThnnLBvcD1I/AAAAAAAAANM/eRoRxOx84o4/s72-c/Divers%2B020.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2497639495174168510</id><published>2011-07-01T23:49:00.000+02:00</published><updated>2011-07-01T23:49:53.736+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Blog(s)'/><title type='text'>Four more years !</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;C'était il y a quatre ans, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2007/07/une-heure-de-peine.html"&gt;jour pour jour&lt;/a&gt; : fraîchement émoulu d'une long période agrégative, je me lançais dans la folle aventure du blogging, au milieu des rares blogs à caractère plus ou moins sociologiques. Mille quatre cent soixante jours plus tard, je suis toujours un peu étonné de ne pas avoir laissé tomber et, pire, de trouver de plus en plus de plaisir à l'exercice. Surtout lorsque je reçois la reconnaissance suprême. Car oui, j'ai accepté, bien que ma modestie doivent en souffrir, de dévoiler devant vos yeux ébahi le nouveau classement Wikio des blogs de sciences humaines, notre classement de Shangaï à nous...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;table cellpadding="0" cellspacing="0" width="100%" border="0" &gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;1&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Une heure de peine...&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;2&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://www.scriptopolis.fr" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Scriptopolis&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;3&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://coulmont.com" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Baptiste Coulmont&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;4&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://agora.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;AGORA / sciences sociales&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;5&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://pierremerckle.fr" target="_blank" rel="nofollow" &gt;pierremerckle.fr&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;6&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://decouvertes-archeologiques.blogspot.com" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Les d&amp;eacute;couvertes arch&amp;eacute;ologiques&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;7&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://www.inrp.fr/vst/blog" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Ecrans de veille en &amp;eacute;ducation&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;8&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://laboiteaoutils.blogspot.com/" target="_blank" rel="nofollow" &gt;La Boite &amp;agrave; Outils des Historiens&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;9&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://didier-moulinier.over-blog.com/" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Miettes (non-)philosophiques&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;10&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://www.mapping-experts.fr/" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Mapping Expert&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;11&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://quanti.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;QUANTI&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;12&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://mexiqueancien.blogspot.com" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Mexique ancien&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;13&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://evaluation.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;&amp;Eacute;valuation de la recherche en SHS&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;14&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://mameetfils.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Mame &amp;amp; fils&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;15&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://socioargu.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Socio-informatique et argumentation&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;16&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://fht.hypotheses.org" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Femmes au travail&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;17&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://adane.canalblog.com" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Arch&amp;eacute;ologie poitevine&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;18&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://anthropopotamie.typepad.fr/anthropopotame/" target="_blank" rel="nofollow" &gt;ANTHROPOPOTAME&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;19&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://lyonelkaufmann.ch/histoire/blog/" target="_blank" rel="nofollow" &gt;histoire.lyonelkaufmann.ch&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr class="bg"&gt;&lt;td class="td1" valign="top" width="30"&gt;20&lt;/td&gt;&lt;td class="td2"&gt;&lt;a href="http://recherche.collegedesbernardins.fr" target="_blank" rel="nofollow" &gt;Le Blog de la Recherche&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;a title="Classement r&amp;eacute;alis&amp;eacute; par Wikio" href="http://www.wikio.fr" target="_blank"&gt;Classement r&amp;eacute;alis&amp;eacute; par Wikio&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;\begin{rire_malefique}&lt;br /&gt;Ahahahahahahahahahah !&lt;br /&gt;\end{rire_malefique}&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, me voilà premier, devant mes deux adversaires de toujours, &lt;a href="http://www.scriptopolis.fr/"&gt;Scriptopolis&lt;/a&gt; - qui m'est régulièrement passé devant - et surtout l'indétrônable numéro 1, du moins jusqu'à présent, j'ai nommé &lt;a href="http://coulmont.com/blog/"&gt;Baptiste Coulmont&lt;/a&gt;. Comme le disait Thierry Roland dans d'autres circonstances, maintenant qu'on a vu ça, on peut mourir...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus sérieusement, quatre ans de blog, ça commence à faire une paye. Les lecteurs les plus anciens auront sans doute déjà remarqué la lente modification de mon écriture au cours du temps : billets plus courts, disparition des titres, ajout des images, et surtout un style beaucoup plus direct et moins engoncé. Car c'est sans doute cela qui me motive le plus à continuer à alimenter la bête - outre sa simple existence, dans une veine très pratchettienne - : le jeu d'écriture. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si je ne devais tirer qu'une seule leçon de l'exercice du blogging, ce serait sans doute celle-là : il n'y a pas de meilleur moyen pour se rendre compte à quel point l'écriture est un processus actif. On a tendance à s'imaginer qu'il faut avoir une idée claire que ce que l'on veut dire et la coucher sur le papier/l'écran comme on développe une photographie. En fait, la plupart de mes billets commencent sur une idée assez vague, et je commence à les écrire sans avoir une idée très précise de là où ils vont m'emmener : cela relève beaucoup plus de la composition d'un dessin ou d'un tableau où l'on se laisse mener par le trait. Des idées inattendues apparaissent, d'autres attendues s'évanouissent. Parfois les billets n'aboutissent pas, et restent pour l'éternité sous forme d'ébauches dans le méta du site. Parfois ce qui ne devait être qu'une blague s'étend et devient autre chose. Le billet sur &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/sexe-marches-et-jeux-videos.html"&gt;le sexe dans les jeux vidéo&lt;/a&gt; - à  mon avis, l'un des plus originaux - ne devait être qu'une mise en valeur de Samus Aran comme personnage féministe, avant de devenir complètement autre chose quand j'ai découvert ce qui pouvait se trouver sur elle avec google image. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/scenes-de-la-lutte-politique-dans-des.html"&gt;Quelques photos de tag se sont transformés en réflexion sur la politique&lt;/a&gt;. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/le-feminisme-est-lavenir-de-lhomme-et.html"&gt;Un énervement passager peut m'amener à faire le point sur mes propres engagements...&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a des choses étonnantes. Les billets dont je suis le plus content et qui, à mon avis, disent les choses les plus fondamentales n'ont pas toujours le succès escompté. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/search?q=capitalisme&amp;x=0&amp;y=0"&gt;Mes textes sur le capitalisme&lt;/a&gt;, sujet qui est au centre de mes réflexions pas seulement bloggiques, n'ont pas eu autant de visiteurs que ceux portant sur ce qui s'écrit sur les murs des chiottes. Sauf quand il s'agissait de commenter un vieil épisode de Picsou. Le plus gros succès, pour l'année écoulée, demeure &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/01/lentretien-dembauche-bientot-une.html"&gt;"L'entretien d'embauche : bientôt une institution totale ?"&lt;/a&gt;. Il semble en fait que le succès d'un billet soit directement corrélé à sa capacité à circuler : soit qu'il mette en lumière un fait alors peu connu mais à fort potentiel "d'indignation" (le texte sur l'entretien d'embauche partait d'une information encore peu diffusée), soit que son thème soit suffisamment "rigolo" pour permettre un envoi aux copains. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais j'ai pris le parti de continuer à écrire d'abord sur ce qui me plaît et ce qui m'intéresse. Et surtout sur les questions où j'estime avoir quelque chose à dire. Si je me fiais au nombre de visite, je serais déjà en train d'explorer toutes les toilettes publiques de Paris un appareil photo à la main... Il y a des réactions à chaud, et le blog me sert alors d'exécutoire. Il y a le partage de petites choses rigolotes, et le blog me sert alors à raconter mes blagues. Il y a la concrétisation d'idées et de réflexions qui ne trouvent pas de meilleurs endroits à un moment donné. Je blogue, dans l'ensemble, assez peu sur les questions qui occupent le plus mes journées, même si cela arrive et que cela arrivera sans doute d'autant plus à l'avenir, au fur et à mesure que ces choses se mettront mieux en place. Je me suis surtout rendu compte que le blog était une activité complémentaire de toutes celles que j'accumule par ailleurs : je ne blogue jamais autant que lorsque je fais dix mille autres choses en même temps. Quand un esprit bout, il prend plus de place, et s'exprime donc un peu partout...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis, ça m'a permis de rencontrer des gens sympas, même "in real life" comme on dit à l'occasion d'un twitapero. Et de passer à la radio aussi. Et de me rendre compte que je ressemblais de façon incroyablement inquiétante à mon avatar Simpson, vu le nombre de personnes qui sont venus me voir en me disant "c'est toi Une heure de peine ?" sur la simple base de la ressemblance avec celui-ci. Difficile de trouver des aspects négatifs à cette activité en fait, à part peut-être les commentaires bas de plafonds de certains qui, heureusement, ne s'expriment pas ici... Alors que dire de plus ? C'est reparti pour quatre ans. Mais pas tout de suite : comme chaque année, je fais une pause jusqu'à septembre, le temps de me consacrer à d'autres projets estivaux, et, peut-être même, de me reposer à un moment donné. Mais ça, c'est moins sûr... Allez, see ya, et à l'année (scolaire) prochaine. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2497639495174168510?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2497639495174168510/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2497639495174168510' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2497639495174168510'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2497639495174168510'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/07/four-more-years.html' title='Four more years !'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-4797607487578360598</id><published>2011-06-21T16:49:00.000+02:00</published><updated>2011-06-21T16:49:43.429+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la déviance'/><title type='text'>Le darwinisme et l'inquiétante normalité du viol</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Via Twitter, on attire mon attention sur un article de Slate intitulé "&lt;a href="http://www.slate.fr/tribune/39737/affaire-dsk-viol-darwin"&gt;Affaire DSK: C'est de la banalité qu'on crève&lt;/a&gt;". Son objet est de partir de l'affaire DSK et des réactions à celle-ci pour montrer que ces événements peuvent être expliqués à l'aide du darwinisme et de la sélection sexuelle. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/miseres-de-levolutionnisme.html"&gt;J'ai déjà dit mon scepticisme&lt;/a&gt; quant aux travaux qui entendent appliquer les théories de l'évolution au monde social. Après lecture, je maintiens celui-ci. Pourtant l'argumentation développée par Peggy Sastre est plus subtilement construite et plus solidement référencée que la moyenne, à défaut d'être vraiment convaincante. Alors, qu'est-ce qui cloche ? Simplement le fait que je ne suis pas sûr que, parvenu à la fin, on ait vraiment expliqué grand chose. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Rendons à Peggy Sastre (dont je découvre l'existence à cette occasion) d'avoir produit un article qui est d'une qualité supérieure à ceux que l'on croise généralement sur ce thème : elle a potassé son sujet, elle connaît la littérature, y fait plus que référence, et, dans l'ensemble, elle évite de tomber dans certains des pièges - pas tous, on le verra - les plus courants en la matière. En particulier, elle finit son article en rappelant que le darwinisme montre une nature en perpétuel changement, et qu'il est donc stupide d'essayer de justifier moralement quelque chose par le fait que c'est ainsi dans la nature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Évidemment, tout n'est pas parfait, et il y a quelques passages pour le moins étonnant, comme lorsqu'elle utilise un google fight pour essayer de prouver que combien le viol est répandu... Mais bon, dans l'ensemble, on reste au-dessus de la moyenne de ce qui s'écrit généralement à partir des mêmes sources. Et cela ne rend que plus visible les manques et les limites de cette façon d'aborder les choses. Car, ce qui apparaît au final clairement, c'est combien il est vain de recourir au darwinisme pour expliquer le viol aujourd'hui, ce que prétend pourtant faire l'article (je ne m'engage pas pour la littérature scientifique citée, que je n'ai pas eu le temps d'étudier en détail). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résumons brièvement son argument - même si le lecteur vigilant préférera lire &lt;a href="http://www.slate.fr/tribune/39737/affaire-dsk-viol-darwin"&gt;l'original&lt;/a&gt;, ne serait-ce que pour s'assurer que je ne déforme pas trop. Peggy Sastre emprunte à différents chercheurs l'idée selon laquelle le viol aurait à voir avec la sélection sexuelle darwinienne. En effet, écrit-elle, certains défendent que le viol permet aux hommes de mieux se reproduire, d'autres qu'il est la conséquence des formes prises par la sexualité humaine, féminine et masculine. L'article ne tranche pas entre les deux alternatives, faute de consensus dans la communauté scientifique. Mais il y est soutenu que le viol s'explique par la sélection naturelle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne vais pas contester les articles cités par Peggy Sastre, ni l'idée que le viol pourrait présenter des avantages évolutifs ou celle selon laquelle il serait courant en tant que tel chez les animaux. Je ne suis pas compétent pour juger de cela. Mais la suite de l'article procède à un glissement qui ne peut que me faire tiquer : il déduit de cela des explications du viol. Et pour cela, il ne tranche jamais entre deux options : soit il s'intéresse au viol en tant que phénomène individuel, soit il s'intéresse au viol en tant que phénomène ou, comme le dirait quelqu'un que je ne vais tarder à citer plus longuement, comme fait social. Dans les deux cas, il faut reconstituer ce qui n'est pas dit dans l'article, et ces raisonnements implicites posent très largement problème. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, la suite de l'article affirme que c'est l'évolution qui explique certaines réactions à l'affaire DSK qui semblent sonner comme, sinon une justification, au moins une minimisation du viol : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Banalités donc que ces réflexes de caste (ou devrait-on dire «de vestiaire»). Toutes ces minimisations, ces recherches d'excuses, ces il n'y a pas mort d'homme sont parfaitement logiques, si on raisonne en termes évolutifs: le caractère négatif et la gravité du viol, en tant que stratégie reproductive annihilant totalement le choix reproductif de la femme, ne vont pas de soi, en moyenne, dans des yeux masculins. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On est bien en peine de suivre Peggy Sastre sur ce terrain, qui sous-entend assez fortement que les hommes violent ou minimisent le viol pour avoir un avantage reproductif. Revenons-en à une vieille distinction wittgensteinienne : lorsqu'on s'intéresse à la société, il faut distinguer les causes et les raisons. Qu'est-ce qui différencie les deux ? La façon dont on en prend connaissance : pour prendre connaissance des causes, il faut se placer dans un processus expérimental ; pour prendre connaissance des raisons, il faut se placer dans la perspective de celui qui agit : elles doivent être susceptibles d'être reconnues comme telles par celui qui agit, on y accède donc en reconstituant un raisonnement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ici, Peggy Sastre confond causes et raisons. Le processus évolutionnaire ne donne pas les raisons des réactions auxquelles elles s'intéressent. Il est évident que Jean-François Kahn ne s'est pas dit "Ah, je vais parler de troussage de domestique pour défendre la possibilité des hommes de transmettre leurs gênes/de faire un maximum de gosses !". Comme le soutenait Wittgenstein, le vocabulaire des causes est impropre pour parler des actions : il faut reconstituer des raisons, i.e. s'intéresser à des actions au sens de Weber, c'est-à-dire dotées d'un sens subjectif. Le viol, comme les réactions à l'affaire DSK, sont de cet ordre-là : les violeurs n'ont pas comme raisons de leurs actions la volonté de transmettre leurs gênes. Pas plus que ceux qui minimisent le viol ne cherchent à défendre un mode de reproduction plus favorable aux mâles. Le darwinisme est bien incapable d'expliquer le viol en tant qu'action, il est incapable de nous dire pourquoi les individus s'y adonnent, et pourquoi certains et pas d'autres - cette idée que le viol serait également répartis et que tous les hommes seraient également susceptibles de s'y livrer me semble on ne peut plus douteuse. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste donc une hypothèse implicite dans ce raisonnement, mais d'importance : si les hommes se livrent au viol, c'est qu'ils y sont déterminés par leur nature masculine elle-même. Une inscription naturelle qu'ils transmettraient à leur descendant, et qui les contraindraient à leur insu. C'est la seule façon de comprendre l'affirmation selon laquelle l'évolution serait la cause première ou ultime du viol : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Mais dans tous les cas, et en attendant que cette question soit définitivement tranchée, les causes ultimes (ou premières) du viol restent à chercher du côté de l'évolution divergente de la sexualité féminine, et de la sexualité masculine. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On peut facilement comprendre que l'idée d'un gène du viol n'est pas loin... Ici, le darwinisme prudent laisse place à l'idée que tout cela serait quand même génétique/naturel, et que les hommes auraient, quelque part, un penchant plus ou moins naturel pour le viol - ce que confirme l'utilisation du chiffre selon lequel 36% des hommes seraient prêt à violer, alors même que l'article cité semble suggérer que tous les hommes n'ont pas la même probabilité de se livrer à un tel acte...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fait, pour dépasser ce premier problème, il aurait fallut prendre la peine, comme le fait Durkheim (oui, c'est de lui dont je parlais un peu plus haut) pour le suicide, de redéfinir l'objet en question pour bien préciser qu'il n'est pas question du viol en tant qu'acte individuel mais en tant que fait social - de la même façon que Durkheim parle moins des suicides que du suicide ou des taux de suicide. Si cette question est également effleuré - comme je l'ai dit, l'article ne choisit pas - le darwinisme mobilisé par Peggy Sastre n'explique pas grand chose non plus en la matière. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'idée qui affleure est la suivante : le viol serait une institution sociale qui aurait été sélectionnée par l'évolution pour son efficacité, au moins du côté des hommes. Il déduit de l'efficacité supposée du viol en terme de reproduction les représentations et la considération sociale du viol : celles-ci découleraient directement de celle-là. Cela n'est pas dit, mais il pourrait y avoir derrière un raisonnement qui supposerait que les sociétés ou les normes sociales sont elles-mêmes sélectionnées selon leur efficacité en terme de reproduction et de transmission de patrimoine génétique pour leur membre. L'idée que l'image de la femme passive reproduite dans les productions cultuelles serait un simple décalque des conditions reproductives des hommes et des femmes est en tout cas présent : on rabat bien ici le culturel sur une donnée "naturelle". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Ce qui se retrouve, de manière tout aussi peu surprenante, dans toute une production culturelle, commerciale, esthétique et idéologique de femmes passives, de femmes en attente, en seconde ligne. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Mais si l'on retient cela, alors on ne comprends plus rien. Si le viol est efficace du point de vue de la reproduction, comment expliquer qu'il soit condamné dans tant de société ? Bien sûr, on me dira qu'il a très longtemps été toléré dans de nombreux contextes, et qu'encore aujourd'hui il ne fait pas toujours l'objet d'une réprobation aussi forte que ce qu'il devrait. Il y a effectivement dans notre société occidentale une relation assez ambigüe avec le viol, par exemple au travers de son esthétisation (voir la fameuse publicité Dolce &amp; Gabbana reproduite ci-dessous). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-3zVrqGJEmik/TgB6iwfaNeI/AAAAAAAAANE/fsNM_d3NmHo/s1600/213.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="281" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-3zVrqGJEmik/TgB6iwfaNeI/AAAAAAAAANE/fsNM_d3NmHo/s400/213.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Mais il n'en est pas moins vrai que dans notre société comme dans beaucoup d'autres le viol fait l'objet d'une interdiction. Et celle-ci n'est pas remise en cause : ceux qui défendent les violeurs essayent plutôt de montrer qu'il ne s'agissait pas vraiment de viols (au mépris des victimes) plutôt que de réclamer directement un droit à violer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la plupart des autres sociétés aussi, le viol a fait l'objet d'une interdiction. Bien sûr, certaines formes de viols ont été plus nettement toléré, mais toujours de façon "encadrée" si on peut dire : on ne viole pas n'importe qui, n'importe quand ou même n'importe comment. Les viols en temps de guerre, par exemple, ne peuvent s'exercer que sur les femmes ou les hommes ennemis. De même le viol conjugal qu'évoque Peggy Sastre n'a longtemps été toléré que dans la mesure où il s'exerçait dans la sphère privée entre un mari et une femme : une fois de plus, il ne signifiait pas que les hommes pouvaient violer n'importe qui. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Est-il utile que je dise toute l'horreur que m'inspirent ces différents exemples ? Peut-être que oui quand on sait la teneur que peuvent prendre certains commentaires... Alors je précise que je ne tente pas de minimiser ces actes ou de les excuser, mais simplement de constater la façon dont les choses se déroulent)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi y aurait-il alors autant d'obstacles sociaux à une pratique que le darwinisme mobilisé dans l'article présente comme sélectionnée par l'évolution ? On est bien en peine de le comprendre. Comment expliquer que les hommes se soient donnés à eux-mêmes autant de limitations vis-à-vis d'une activité qui serait tout à leur avantage (du moins, c'est ce que l'article sous-entend fortement) ? L'interdit du viol ne date pas des années 60, ce n'est pas une invention récente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comment expliquer aussi la diversité du viol, le fait que selon les époques et les sociétés, il n'y en ait pas eu autant ou sous les mêmes formes ? Aujourd'hui, en Afrique du Sud, le viol est utilisé par certains comme une arme contre l'homosexualité féminine. Peut-on vraiment croire, comme Peggy Sastre le sous-entend pour le viol conjugal, qu'il n'y a chez ces hommes qu'une peur de voir leur capacité reproductive et leur transmission génétique menacée ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On le voit, on n'explique pas grand chose à l'aide de ce darwinisme, pour ne pas dire que l'on explique rien. Et d'ailleurs, à la fin de son texte, Peggy Sastre est bien obligée de reconnaître que si le viol devient aujourd'hui une stratégie visiblement moins intéressante pour les hommes, c'est parce que le contexte social a changé, que les femmes sont aujourd'hui mieux à même de se défendre ayant acquis une position plus favorable dans la société. Mais alors, pour comprendre le statut du viol par le passé, il est inutile de recourir aux circonvolutions darwinistes, il suffit d'étudier les conditions économiques et politiques des femmes. &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rasoir_d%27Ockham"&gt;Ce bon vieux rasoir d'Ockham&lt;/a&gt; nous invite à aller vers l'explication la plus simple. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, on ne peut qu'être d'accord avec l'un des points centraux de l'article de Peggy Sastre : celui de la "banalité" du viol. Quoique le terme soit mal choisi : il vaudrait mieux parler de "normalité", de la même façon que Durkheim disait que le crime ou le suicide sont des phénomènes normaux. Il ne voulait pas dire par là qu'ils étaient tolérables ou justifiables sur le plan moral, mais qu'ils se présentaient avec une suffisante régularité statistique pour que l'on ne les considère pas comme des "anomalies" mais plutôt comme des faits sociaux, des phénomènes qui s'expliquent par la société elle-même. Comme il le disait, une situation pathologique pour la société n'est pas l'existence du crime, pris comme transgression des normes, mais le crime non-puni, le moment où la société ne fait pas respecter ses propres normes. De ce point de vue là, on peut considérer le viol comme quelque chose d'une inquiétante normalité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durkheim donnait également un autre sens à cette idée, particulièrement intéressant ici. Cherchant à définir le suicide, il écrivait : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;[Les suicides] ne constituent pas, comme on pourrait le croire, un groupe tout à fait à part, une classe isolée de phénomènes monstrueux, sans rapport avec les autres modes de la conduite, mais au contraire, qu'ils s'y relient par une série continue d'intermédiaires. Ils ne sont que la forme exagérée de pratiques usuelles. [...] Un homme qui s'expose sciemment pour autrui, mais sans qu'un dénouement mortel soit certain, n'est pas, sans doute, un suicidé, même s'il arrive qu'il succombe, non plus que l'imprudent qui joue de parti pris avec la mort tout en cherchant à l'éviter, ou que l'apathique qui, en tenant vivement à rien, ne se donne pas la peine de soigner sa santé et la compromet par sa négligence. Et pourtant, ces différentes manières d'agir ne se distinguent pas radicalement des suicides proprement dits. Elles procèdent d'état d'esprit analogues, puisqu'elles entraînent également des risques mortels qui ne sont pas ignorés de l'agent, et que la perspective de ces risques ne l'arrête pas ; toute la différence, c'est que les chances de mort sont moindres (&lt;i&gt;Le suicide&lt;/i&gt;, p. 7)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On peut dire la même chose du viol : il n'est que la forme exagérée de pratiques usuelles. Ces pratiques sont bien connues : elles sont toutes les formes de la domination masculine et de la dévalorisation de la féminité. Entre considérer que toute femme seule est disponible pour être draguée et le viol, il y a une terrible continuité : il y a toujours l'idée qu'une femme n'a pas de raison de refuser l'attention que lui donne un homme... Entre la dévalorisation des pratiques identifiées comme féminines, l'homophobie et le viol homosexuel en prison, il y a également des liens terrifiants : si celui qui est actif est dominant, alors la sodomie devient une façon de marquer son pouvoir sur les plus faibles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut donc recourir à la construction socio-historique du genre et des différences et inégalités entre hommes-femmes. Peggy Sastre semble préférer à cela l'idée que tout découlerait du fait que les hommes peuvent avoir beaucoup d'enfants sans trop d'efforts tandis que les femmes prennent plus de risque en la matière - une donnée naturelle qui fonderait toutes les autres différences. Mais si cette différence a pu expliquer la mise en place d'une inégalité originelle, elle n'explique ni sa perpétuation au travers de temps, ni l'extension formidable de celle-ci à un nombre toujours croissant de domaine, et encore moins les trajectoires diverses d'une société à l'autre. Pour cela, il faut accepter que le genre en tant que construction sociale a une dynamique propre que l'on ne peut réduire à des données naturelles, fussent-elles darwiniennement établies. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Résumons : qu'explique au final le recours à l'évolutionnisme dans cette affaire ? Il ne permet pas de comprendre le viol en tant qu'action parce qu'il ne dit rien des raisons des individus au moment où ils agissent. Il ne permet pas non plus de comprendre le viol en tant que fait social parce qu'il est incapable d'expliquer la diversité des situations et leurs évolutions. Il n'explique donc pas grand chose de ce qui nous intéresse le plus urgemment. A part dire que le viol n'est pas absurde du point de vue de l'évolution de l'espèce, il ne nous permet pas vraiment d'expliquer ce que nous avons sous les yeux. On voit par contre le risque qu'il y a à vouloir chercher une explication unique des comportements humains, qui résideraient tout entier dans la recherche de la transmission d'un patrimoine génétique : cela sous-entend toujours l'existence d'une donnée naturelle, comme lorsque l'on est ici amené à penser, de façon implicite, que les hommes sont "naturellement" des violeurs. Plus que jamais, il faut manipuler ces recherches avec prudence. Et, plus que jamais, c'est aux vulgarisateurs comme Peggy Sastre de faire attention. Force est de reconnaître que ce n'est pas parfaitement réussi ici. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-4797607487578360598?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/4797607487578360598/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=4797607487578360598' title='8 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4797607487578360598'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4797607487578360598'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/le-darwinisme-et-linquietante-normalite.html' title='Le darwinisme et l&apos;inquiétante normalité du viol'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-3zVrqGJEmik/TgB6iwfaNeI/AAAAAAAAANE/fsNM_d3NmHo/s72-c/213.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>8</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-1917596655423423549</id><published>2011-06-15T11:46:00.006+02:00</published><updated>2011-06-16T22:24:43.799+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la culture'/><title type='text'>Picsou et la morale du capitalisme</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;A la faveur d'un retour dans mon sud natal, je suis retombé sur un vieux numéro de Mickey Parade, religieusement conservé avec toutes sortes d'autres bandes-dessinées dont, un jour, je ferais un inventaire complet. "Qu'est-ce que ça peut bien nous faire ?" vous dites-vous. Et bien, il se trouve qu'entre mai 1994, date de publication de l'objet en question (ce qui ne me rajeunit guère) et aujourd'hui, mon regard s'est légèrement modifiée. Et entre Dingo qui prend un sérum pour la mémoire et Picsou qui sauve son premier sou des griffes de l'infâme Miss Tick, on trouve également une controverse économique sur la dette publique... qui nous dit beaucoup de la réception des messages économiques. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-Z2ZnQ6pgxgQ/TfcqzAkB5VI/AAAAAAAAAME/uuu6ecZ0BpI/s1600/MickeyParade173_30052009_131220.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="249" src="http://3.bp.blogspot.com/-Z2ZnQ6pgxgQ/TfcqzAkB5VI/AAAAAAAAAME/uuu6ecZ0BpI/s400/MickeyParade173_30052009_131220.jpg" width="170" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;La couverture de l'objet du délit, &lt;a href="http://www.bedetheque.com/album-88078-BD-Picsou-contre-miss-tick.html"&gt;empruntée ici&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;L'histoire en question - en deux parties, s'il vous plait - s'intitule "La valse des emprunts". Comme d'habitude avec les productions Disney, impossible de trouver un nom d'auteur ou même une date de première publication. A vue de nez, et en mobilisant mes très imparfaites connaissances sur la production dessinée commandée par la compagnie américaine, j'aurais envie de l'attribuer à l'école italienne - à cause de certains éléments du scénario et de la forme des favoris de Picsou, c'est vous dire si mes critères sont pointus. &lt;strike&gt;Si des personnes plus compétentes de moi passent pas là, je serais heureux d'être corrigé. Quant à la date, elle reste assez mystérieuse pour moi. Les débats auxquels fait référence l'intrigue me donnerait une fourchette large allant de 1960 à 1990, ce qui ne nous avance pas des masses&lt;/strike&gt;. Là encore, l'éclairage de spécialiste est le bienvenu. EDIT : dans les commentaires, un vigilant lecteur me signale que c'est bien une bd italienne, et qu'elle date de 1992. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-LCd2ZBj6_TI/TfhV1wu5r_I/AAAAAAAAAMM/XBswQVw1r74/s1600/picsou.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="291" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-LCd2ZBj6_TI/TfhV1wu5r_I/AAAAAAAAAMM/XBswQVw1r74/s400/picsou.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Venons-en à l'histoire justement. Tout commence par quelques vues générales de Donaldville : les rues sont en mauvais état, et les citoyens ne respectent rien. A commencer par Donald lui-même, qui fonce vers l'hôtel de ville pour retrouver son onc'Picsou afin d'obtenir une petite rallonge financière, problème récurrent s'il en est. Le bon oncle est en train de menacer le maire de quitter la ville si celui-ci ose augmenter les impôts - hé, oui, l'exode fiscal, le bouclier, et tout le bazar... L'élu est bien embêté puisque les caisses sont vides. Heureusement, Donald arrive avec une solution : il suffit d'emprunter, et ce auprès des citoyens eux-mêmes. Les "bons ordinaires de Donaldville" ou B.O.D. sont lancés : ils constituent le cœur de l'intrigue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-EUjZT8JhP3U/TfhYOMbeumI/AAAAAAAAAMU/14hqBDyeRhw/s1600/picsou3.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="192" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-EUjZT8JhP3U/TfhYOMbeumI/AAAAAAAAAMU/14hqBDyeRhw/s400/picsou3.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Picsou lui n'est pas favorable : il pense que la ville devrait investir dans des activités productives, "des usines et pas des trottoirs", et prédit que tout cela finira mal. Suit la description des conséquences de cette nouvelle politique d'emprunt : la ville est plus riche, les citoyens prêtent en masse et les prix augmentent. On trouve d'amusantes mises en scène des conséquences de cette politique sur les taux d'intérêt - un entrepreneur vient demander un prêt à la banque et on lui répond que les intérêts ont doubler à cause des B.O.D. - ou de l'effet d'éviction dont on sait pourtant qu'il est fortement discuté chez les économistes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-BVCunLSykpg/TfhZXTBdSmI/AAAAAAAAAMc/_EXtxIW1wo8/s1600/picsou4.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="398" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-BVCunLSykpg/TfhZXTBdSmI/AAAAAAAAAMc/_EXtxIW1wo8/s400/picsou4.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est que la stratégie de Donald, promu expert spécial auprès du maire, consiste à remplacer tout ce qui est détruit, même lorsqu'un vandale met le feu à une nouvelle cabine téléphonique pour fêter le remplacement de celle qu'il avait incendié par le passé, même lorsque des usagers peu soucieux mettent le feu à un bus par négligence (décidément, le feu est partout : où est Gaston Bachelard quand on a besoin de lui ?). Parallèlement, il accède à toutes les demandes d'augmentation des fonctionnaires municipaux désireux de profiter du nouveau pactole. Son idée est qu'il pourra toujours rembourser sur les impôts futurs ou, au pire, sur les emprunts futurs... Les taux d'intérêt sont donc régulièrement augmenté pour que les B.O.D. restent avantageux, et on multiplie les dépenses somptuaires pour donner confiance aux citoyens-investisseurs. S'en suit donc une forte inflation. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-wOrs5DA_sw4/TfhbmVnIWUI/AAAAAAAAAMk/Y2TQtFt5FJk/s1600/picsou5.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="189" width="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-wOrs5DA_sw4/TfhbmVnIWUI/AAAAAAAAAMk/Y2TQtFt5FJk/s400/picsou5.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, tout cela finit par s'écrouler, parce qu'il faut toujours emprunter plus, surtout face à une inflation galopante. C'est alors que Picsou intervient : ayant acheté une masse importante de B.O.D., il exige un remboursement immédiatement et obtient que la ville lui donne, pour effacer sa dette, la propriété d'une autoroute récemment construite. Un péage, et hop, les donaldvillois se rendent compte que les choses se barrent en eau de boudin et vont réclamer leur dû, que la ville ne peut leur rendre... Sauf à redistribuer tous les biens publics à chacun. Une privatisation générale en d'autres termes. Et chacun de devenir responsable de son bien privé, d'un feu rouge, d'un bout de trottoir ou de quelques mètres carré d'un parc. L'histoire se termine sur l'image idyllique d'une ville où chacun veillant sur sa propriété, le plus grand bonheur de tous est enfin réalisé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-wKGDRyENB0w/TfhdwLEwRdI/AAAAAAAAAMs/VXOwmJhz3J4/s1600/picsou-.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="384" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-wKGDRyENB0w/TfhdwLEwRdI/AAAAAAAAAMs/VXOwmJhz3J4/s400/picsou-.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Fascinant, non ? On retrouve tous les termes des discussions enflammées sur la dette publique, preuve s'il en fallait une que le débat public a une sérieuse tendance à tourner en rond. Donald joue le keynéssien hydraulique un peu naïf, tandis que Picsou endosse le rôle du libéral responsable : les auteurs et éditeurs ont choisi leur camp. Il y aurait long à faire à relever toutes les imprécisions du récit : par exemple, le fait que ne soit perçues comme activités productives, dans le bec de l'onc' Picsou, rien d'autres que les "usines", alors que l'amélioration des transports et des services publics est également productives - d'ailleurs, dès qu'elle est endossé par l'initiative personnelle, elle redevient souhaitable... On n'en voudra pas trop au canard écossais, &lt;a href="http://ecointerview.wordpress.com/2011/06/11/nicolas-baverez-diva-du-declin/"&gt;un certain Nicolas Baverez raconte les mêmes salades&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant que certains ne me tombent dessus en hurlant à la mort (et il est possible qu'il y en ait de toutes façons), je précise que je ne suis pas en train de dire que Donald a raison et que l'on peut s'endetter sans crainte. Simplement la position adoptée par le célèbre canard est un brin caricaturale et ne correspond pas véritablement aux arguments des économistes qui s'interroge sur l'utilité effective que peut avoir un certain endettement public dans certaines circonstances. Ne serait-ce que parce que l'emprunt se fait par captation de l'épargne préalable plutôt que par création monétaire. Je ne développe pas plus, parce que je n'ai pas envie de dériver vers l'économie proprement dite. Disons simplement que, sans surprise, un numéro de Mickey Parade de 1994 n'est pas vraiment un bon manuel d'économie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'ailleurs, si je me fendais d'un billet uniquement pour dire que on ne retrouve pas la vérité ou même simplement les nuances d'un débat scientifique un tant soit peu bien menée dans les comics de Disney, je serais assez ridicule. Ce qui n'est déjà pas vrai du débat public le mieux organisé, voire de certaines discussions entre scientifiques, a peu de chances de l'être d'une publication destinée aux jeunes fans d'une certaine &lt;a href="http://www.urbandictionary.com/define.php?term=Mickey%20Mouse&amp;defid=4269389"&gt;"evil corporation" (comme le dit joliment Bart Simpson)&lt;/a&gt;. Que peut-on en dire d'autre alors ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les plus vigilants de mes lecteurs l'auront déjà compris, ce genre de publication contribue à diffuser une certaine conception de l'économie auprès de ses lecteurs. Avant de crier à la manipulation des masses, souvenons-nous que j'ai lu la chose en 1994 et que je n'en ai pas moins une vision un brin plus raffinée - c'est le moins qu'on puisse dire - des problématiques soulevées. S'il peut y avoir un effet sur le lectorat, celui-ci est loin d'être mécanique et mériterait une étude en terme de réception. Ceci dit, on peut repartir de là pour poser cette question classique : pour que les individus aient le comportement que le capitalisme attend d'eux, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/le-retour-des-contradictions-du.html"&gt;comme j'ai déjà pu l'argumenter auparavant&lt;/a&gt;, il faut qu'ils y soient formés. C'est toute la question de Weber dans &lt;i&gt;L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme&lt;/i&gt;. Acceptons que cette histoire de Donald et Picsou puisse participer, au moins chez certaines personnes et sans doute dans certains contextes, à la formation d'un individu répondant aux exigences du capitalisme - après tout, la conclusion n'est pas autre que celle d'Adam Smith, répétée à l'infini depuis : la poursuite par chacun de son intérêt personnel finit par réaliser l'intérêt général. La question est alors de savoir ce qui lui permet d'avoir quelques effets. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce simplement la description de mécanismes économiques perçus comme objectifs, tel que celui de l'effet d'éviction représenté plus haut ou les conséquences inflationnistes de l'endettement public (tout deux discutables) ? On peut en douter. Avec un soupçon d'ironie, je dirais que ce serait une révolution si les faits avaient enfin quelques effets sur les positions des individus en matière d'économie... Mais surtout l'intérêt de ces mécanismes en termes de régulation globale ne sont pas forcément évident à saisir, même lorsqu'ils sont aussi fortement caricaturés. Une lecture moralisante sera toujours possible : le patron qui préfère licencier son personnel pour faire un placement financier peut être perçu de façon négative par le lecteur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et justement, c'est en matière de morale que l'histoire fixe surtout les choses. Si on y prête attention, d'un bout à l'autre de l'histoire, un autre thème ne cesse de courir : celui de la responsabilité individuelle de chacun, ou plutôt du manque de responsabilité des citoyens qui dégradent leur ville et refuse d'en payer le prix, qui veulent, pour le dire avec une expression usée jusqu'à la corde, le beurre et l'argent du beurre. L'onc' Picsou ne cesse de le répéter : il veut, par son geste final, donner une bonne leçon aux donaldvillois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-qDaYYkMRBDk/Tfhpw0_9zuI/AAAAAAAAAM8/i5mTF4xhqR4/s1600/picsou8.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="193" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-qDaYYkMRBDk/Tfhpw0_9zuI/AAAAAAAAAM8/i5mTF4xhqR4/s400/picsou8.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le propos strictement économique se double donc de considérations morales : il faut que les individus soient responsables. Riri, Fifi et Loulou, les trois neveux sans père, jouent d'ailleurs le rôle de chœurs antiques en reprenant au fur et à mesure les arguments moraux des uns et des autres. L'avant-dernière page est à l'avenant : en terme d'édification du lecteur, on a rarement fait plus explicite. Au cas où vous ne l'auriez pas compris, "la chose publique n'est plus une abstraction" (je ne me souviens plus de ma réaction à cette remarque lorsque j'étais petiot, mais je fais l'hypothèse que cela devait se rapprocher de "gné ?"), vous avez appris un truc, vous êtes contents. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-P3HVWksOtss/TfhpWmkuanI/AAAAAAAAAM0/NHbCEQetpRc/s1600/picsou7.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="272" src="http://3.bp.blogspot.com/-P3HVWksOtss/TfhpWmkuanI/AAAAAAAAAM0/NHbCEQetpRc/s400/picsou7.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est sans doute ce qui fait la force potentiellement socialisatrice d'une telle histoire : sa capacité non pas à détailler des mécanismes objectifs, mais bien à proposer des justifications et une véritable morale en accord avec ce que le lecteur peut déjà penser. Une fois de plus, loin d'être amoral, le capitalisme propose bien une morale, et c'est sans doute là que réside sa force de conviction. C'est exactement ce qu'argumentaient Luc Boltanski et Eve Chiapello dans &lt;i&gt;Le nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt; : selon eux, les propositions pures de la science économique ne peuvent suffire à motiver les individus à se plier aux exigences du capitalisme. On peut bien expliquer le principe du marché auto-régulateur aux gens, ce n'est pas pour cela qu'ils vont se plier aux âpres exigences d'un comportement maximisateur et calculateur. Boltanski et Chiapello écrivent : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;[P]récisement du fait de leur caractère très général et très stable dans le temps, ces raisons [celles données par la sciences économiques] ne nous semblent pas suffisantes pour engager les personnes ordinaires dans les circonstances concrêtes de la vie, et particulièrement de la vie au travail, et pour leur donner des ressources argumentatives leur permettant de faire face aux dénonciations en situation ou aux critiques qui peuvent leur être personnellement adressés&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il faut donc qu'il y ait d'autres raisons, d'autres justifications pour faire les efforts nécessaires. Celles de la responsabilité individuelle opposée à la paresse et aux vandalismes développées par la bande-dessinée répondent à cette exigence. Elles sont puissantes dans la mesure où elles sont cohérentes avec d'autres conceptions, ou pour le dire mieux d'autres institutions au sens le plus durkheimien du terme, en vigueur dans la société. Ici, c'est la figure du bon citoyen qui est convoqué pour justifier les principes et l'organisation capitalise extrême, à savoir la privatisation totale de la ville, y compris ses rues et ses trottoirs. Il n'est peut-être pas utile que je dise que, bien évidemment, les comportements réels peuvent dévier de l'idéal utilisé pour se justifier...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà qui explique sans doute le parasitage continuel de tout discours sur l'économie par des considérations a priori extérieures, de l'ordre de la morale ou de l'éthique. Deux récentes vidéos mettant en scène une pseudo-controverses entre Keynes et Hayek reposent d'ailleurs en grande partie sur ce type de ressort, comme l'a très justement fait remarquer &lt;a href="http://www.mafeco.fr/?q=node/253"&gt;le mari de&lt;/a&gt; &lt;a href="http://www.mafeco.fr/?q=node/254"&gt;l'économiste&lt;/a&gt;, auquel je laisse d'ailleurs brièvement la parole après la vidéo. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe width="560" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/GTQnarzmTOc" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Le problème c’est que ce n’est pas un délire, mais une vidéo qui entend être « éducative » (educational) et donc avoir un contenu pédagogique, un message à faire passer. Le message était déjà amené de manière assez lourde dans la première vidéo, mais pour ceux qui n’avaient pas bien compris là on y va au marteau-piqueur : la joute oratoire entre Keynes et Hayek se double en fond d’un combat de boxe, où Keynes prend cher face à Hayek, mais est néanmoins déclaré vainqueur par un arbitre vendu. Pour ceux qui ont besoin d’une traduction, la morale de l’histoire, encore renforcée par d’autres passages sur lesquels je reviendrai, est que les arguments de Hayek l’emportent face à ceux de Keynes alors même que le keynésianisme domine le monde académique et politique. Pourquoi ? mais parce qu’il correspond aux intérêts de la classe dominante, représentée par de gros banquiers qui fument des cigares en manipulant des tas de billets, en une habile synthèse marxo-hayékienne. &lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Hé oui, l'immoralité d'un Keynes tricheur - et qui se prenait une cuite dans le premier opus de ce dyptique... - opposée à la stricte tenue d'un Hayek paré de toutes les vertues, on n'est plus à ça prês en matière d'argumentation. Comme l'analyse encore Jean-Edouard, ces ressorts dramatiques grossiers, "David contre Goliath" ou l'anti-intellectualisme/universitaires rampant, sont essentiels dans cette histoire. Ils participent en fait de la puissance politique de tels dispositifs. La leçon de Picsou est peut-être là : la puissance sociale d'un discours sur l'économie tient peut être moins à son fond qu'à sa forme, à l'apparence morale et en accord avec les conceptions préalablement en vigueur qu'il peut se donner. "Moraliser le capitalisme", ce n'est pas une invention d'un homme politique français, c'est sans doute ce qui s'est toujours fait...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-1917596655423423549?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/1917596655423423549/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=1917596655423423549' title='11 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1917596655423423549'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1917596655423423549'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/picsou-et-la-morale-du-capitalisme.html' title='Picsou et la morale du capitalisme'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-Z2ZnQ6pgxgQ/TfcqzAkB5VI/AAAAAAAAAME/uuu6ecZ0BpI/s72-c/MickeyParade173_30052009_131220.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>11</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-334525264648961911</id><published>2011-06-10T16:16:00.001+02:00</published><updated>2011-06-15T08:14:31.832+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><title type='text'>De Piss Christ aux théories du genre : Sociologie des offensives néo-réactionnaires</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il y a d'abord eu les attaques contre la théorie de l'évolution, à grand coup de constructions pseudo-scientifiques mais vraiment religieuses qui ne valent pas beaucoup mieux qu'&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Flying_Spaghetti_Monster"&gt;un mauvais plat de spaghetti&lt;/a&gt;. Il y a, depuis peu, l'extension de ce "combat" contre l'astronomie, la condamnation renouvelée de Galilée et le retour tonitruant de la Terre au centre de l'Univers. Il y a eu, surtout, juste à côté de chez vous, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/bienheureux-les-simples-desprit.html"&gt;la destruction d'une œuvre d'art dans une indifférence presque totale&lt;/a&gt;. Et, dernier épisode de cette triste série, &lt;a href="http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/06/01/01016-20110601ARTFIG00666-les-catholiques-mobilises-contre-les-manuels-de-biologie.php"&gt;ce sont les théories du genre, introduites dans les programmes d'éducation sexuelle du collège, qui font l'objet des assauts des néo-réactionnaires&lt;/a&gt;. A chaque fois, la même stratégie : occuper le terrain pour re-définir le monde à leur avantage. Et ce qui est inquiétant, c'est que ça marche.&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;C'est donc &lt;a href="http://www.partichretiendemocrate.fr/index.php/toutes-les-actualites/13/594-lettre-ouverte-de-christine-boutin-a-luc-chatel-sur-le-gender"&gt;Christine Boutin&lt;/a&gt;, des "associations familiales chrétiennes", l'enseignement catholique et quelques autres qui ont décidé de s'en prendre aux théories du genre au moment où celles-ci apparaissent dans les cours d'éducation sexuelle du collège - bientôt, ils tomberont sur les manuels de sciences économiques et sociales et pousseront sans doute les mêmes cris d’orfraie.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'objet de leur ire ? L'idée qu'il faut différencier le sexe du genre, en considérant le sexe comme une donnée biologique et le genre comme une construction sociale. Ce que l'on appelle également les &lt;i&gt;gender studies&lt;/i&gt;, et autour desquelles se rassemblent des disciplines aussi variées que la philosophie, l'anthropologie ou la sociologie, s'attachent à montrer que ce que nous attribuons comme étant des caractéristiques "féminines" ou "masculines" - comme la douceur aux femmes et la force aux hommes, le romantisme fleur bleu aux premières et le sexe sans sentiments mais avec alcool aux seconds (voyez l'image suivante si vous ne me croyez pas...), etc. -, loin de reposer sur des différences de "nature" sont des constructions sociales. Et ces constructions sociales débouchent sur des traitements différenciés et des inégalités. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-Njo5Yopswps/TfHMRjRlPeI/AAAAAAAAAL8/84f9OogUvIs/s1600/432n00.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="227" src="http://3.bp.blogspot.com/-Njo5Yopswps/TfHMRjRlPeI/AAAAAAAAAL8/84f9OogUvIs/s400/432n00.jpg" width="200" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Un bel exemple de construction du genre : &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2008/03/01/steak-and-a-blow-job-day/"&gt;le "steak and blow job day"&lt;/a&gt;, une soi-disante réponse masculine à la St-Valentin parce que, bien sûr, la fête des amoureux, c'est pour les gonzesses, les mecs, ça veut du sexe et de la bidoche...&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;J'ai déjà longuement documentée &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/search/label/Sociologie%20du%20genre"&gt;cette approche sur ce blog&lt;/a&gt;. Il s'agit aujourd'hui de quelque chose de tout à fait classique pour les sciences sociales, &lt;a href="http://www.richard-descoings.net/2010/05/26/creation-dune-chaire-sur-le-genre-a-sciences-po-liberation/"&gt;à tel point que Science-Po Paris les a rendu obligatoire pour tous ses étudiants&lt;/a&gt;. Et c'est pas du luxe. Ces travaux montrent par exemple que les stéréotypes de genre sont très prégnants à l'école : à niveau égal, les enseignants ont des attentes plus fortes pour les garçons - dont on pense toujours qu'ils en ont "sous le pied" - que pour les filles - toujours perçues comme de bonnes petites travailleuses scolaires qui tournent à pleine capacité ; &lt;a href="http://www.puf.com/wiki/Autres_Collections:La_fabrique_des_gar%C3%A7ons._Sanctions_et_genre_au_coll%C3%A8ge"&gt;les sanctions au collège viennent raffermir la construction de la masculinité des garçons&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en va de même dans le domaine de la sexualité : le genre des individus ne peut se réduire à leur sexe. Que l'on pense par exemple à la façon dont l'homosexualité féminine est érotisée pour le regard masculin, au point de constituer une catégorie pornographique à part entière : on voit bien que les pratiques sexuelles, loin d'être fixées par une donnée biologique, sont un produit social. Si les femmes sont plus nombreuses à pouvoir se livrer occasionnellement à des pratiques lesbiennes - dans un récent numéro de Place de la Toile, Marie Bergstorm soulignait que sur les sites de rencontre libertins, les femmes se signalaient plus souvent que les hommes comme "bisexuelles" - c'est parce que la sexualité est une construction sociale. Le simple enfermement dans des catégories hermétiques, la bisexualité étant toujours perçues comme un mensonge à soi-même surtout si elle est masculine, témoigne déjà de ce que la société travaille nos comportements sexuels. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, rien de tout cela ne trouve grâce aux yeux des intégristes chrétiens. L'objectif de ceux-là est de revenir coûte que coûte à une vision aussi naturalisante que possible de la sexualité. Notamment parce que celle-ci permet de dévaloriser et d'exclure l'homosexualité, bête noire de ce christianisme politique qui se donne à voir de plus en plus dans les médias. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.smbc-comics.com/index.php?db=comics&amp;id=1055"&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src="http://www.smbc-comics.com/comics/20080113.gif"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut avoir un sentiment de malaise face à ces gesticulations : est-il bien utile de prendre la peine de répondre à des gens qui sont non seulement totalement incompétents à comprendre ce dont ils prétendent parler - comme nous allons le voir dans un instant - mais qui en outre ne constituent qu'un groupe minoritaire au sein de la société et, du moins je fais l'effort de l'espérer, au sein de ce qu'il faut bien appeler la communauté chrétienne ? N'y a-t-il pas une formidable perte de temps à essayer de répondre à des excités qui sont simplement incapables de mettre le nez hors de ce qu'ils croient être la vérité révélée ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/bienheureux-les-simples-desprit.html"&gt;Ce que nous a enseigné l'affaire Piss Christ&lt;/a&gt;, ou, du moins, ce qu'elle aurait dû nous apprendre, c'est que ce qui n'est pas défendu finit par être détruit, y compris par des groupes minoritaires mais suffisamment excités pour occuper l'espace public. Personne n'a cherché à expliquer ce qu'était l'oeuvre "Piss Christ" d'Andres Serrano, ce qui a laissé toute la place à la bêtise des intégristes qui n'ont eu aucun mal à convaincre qu'il ne s'agissait que d'une provocation sans valeur dont la perte n'avait pas à être pleuré. Même un défenseur patenté de la liberté d'expression comme Daniel Schneidermann s'est fait avoir : &lt;a href="http://www.rue89.com/schneidermann-9-15/2011/04/19/piss-christ-robert-menard-la-une-choisit-la-transgression-200524"&gt;dans un post publié quelques jours après&lt;/a&gt;, il moquait la photo en question, oubliant l'offense faite à la plus élémentaire liberté d'expression. Puisque c'est de l'art contemporain et qu'il ne l'apprécie - surtout si c'est de l'art qui se vend... - Daniel Schneidermann pense que tout cela n'est pas très grave... On se demande ce qu'il aurait dit si les mêmes intégristes s'en étaient pris à une oeuvre un peu plus légitime, comme un Caravage, qui, il fut un temps, ne soulevait pas de moins grandes indignations... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en va de même pour les théories du genre. la stratégie des intégristes est d'ailleurs la même : pour "Piss Christ", il s'agissait d'imposer une lecture unique de l’œuvre comme un blasphème ou une provocation volontaire, évacuant le sens chrétien et modeste que peut avoir l’œuvre ; pour les théories du genre, il s'agit d'évacuer pas moins que la valeur scientifique des travaux attaqués pour les ramener à une simple question d'opinion ou d'option plus ou moins philosophique, en fait purement personnelles. La lettre de Christine Boutin est particulièrement explicite là-dessus : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Comment ce qui n’est qu’une théorie, qu’un courant de pensée, peut-il faire partie d’un programme de sciences ? Comment peut-on présenter dans un manuel, qui se veut scientifique, une idéologie qui consiste à nier la réalité : l’altérité sexuelle de l’homme et la femme ? Cela relève de toute évidence d’une volonté d’imposer aux consciences de jeunes adolescents une certaine vision de l’homme et de la société, et je ne peux accepter que nous les trompions en leur présentant comme une explication scientifique ce qui relève d’un parti-pris idéologique.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Ce qu'oublie la si fièrement "ancienne ministre", c'est que les travaux qu'elle stigmatise sont le produit d'enquêtes, qu'ils s'agit de résultats scientifiques, les exemples cités ci-dessus en témoignent. Ce qu'elle présente comme la "réalité" butte sur des faits étonnamment réels : il y a une variété de pratiques sexuelles chez les êtres humains qui dépassent très largement ce qu'un représentant de l'enseignement catholique appelle, dans le Figaro, "l'anthropologie chrétienne". Car l'anthropologie est une science, et donc parler d'anthropologie chrétienne est aussi crétin que de parler de "physique chrétienne" ou de "biologie musulmane". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que cache donc cette attaque contre les théories du genre, c'est donc une attaque plus générale contre la science, la raison et, finalement, le plus bel héritage de la modernité. C'est une attaque réactionnaire. Elle se présente sous le masque du respect de la position de la chacun et de la "neutralité républicaine". C'est une attaque néo-réactionnaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;"Définir la situation" est le mot clef : toutes ses attaques, même émanant de groupes minoritaires, ont pour objectif d'imposer une définition particulière des choses qui, une fois acceptées par des personnes moins convaincues par le cœur du discours intégristes, laisseront ceux-ci donner libre cours à leur haine. "Piss Christ" a été redéfini comme simple provocation. La "théorie de l'évolution" est redéfinie comme une simple hypothèse dont on est pas vraiment sûr, alors que l'évolution est un fait scientifique, confirmé par des milliers de fossiles, d'observations et d'indices, et que les théories de l'évolution, au pluriel, portent sur les explications à donner de ce fait (selon que l'on privilégie, par exemple, la sélection du plus adaptée ou la sélection sexuelle) et sont, elles aussi, solidement argumentées. Une fois que l'on a accepté ce premier message, qui, en invoquant le respect de la liberté de pensée de chacun, se veut présentable, on est amené à reconnaître le bien-fondé du reste de la position intégriste. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La stratégie néo-réactionnaire est complétée par un choix assez subtil des cibles contre lesquelles lancées des offensives : attaquer là où il se trouve peu de personne pour venir défendre les idées que l'on veut abattre. Il s'est trouvé peu de personnes pour défendre l'art contemporain attaqué au travers de "Piss Christ" parce que l'on n'a pas fait assez d'efforts pour diffuser et rendre accessible celui-ci. Les théories de l'évolution sont certes bien diffusées, mais peu de gens ont une connaissance un peu fine de la différence entre un fait et une théorie, et les thèses darwiniennes sont généralement mal connues ou saisies avec des biens importants, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/miseres-de-levolutionnisme.html"&gt;souvenez-vous&lt;/a&gt;. Avec des arguments un peu pédants, un créationniste peut semer le doute chez quelqu'un qui n'a qu'un très vague souvenir de ses cours de SVT de collège. Voilà pourquoi l'astronomie est, pour les plus motivés des intégristes, la nouvelle frontière : peu de gens connaissaient les démonstrations, parfois anciennes, du mouvement des astres et peuvent se laisser avoir par un discours un peu assuré et d'apparence cohérent même si le contenu est complètement délirant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et bien sûr, c'est exactement ce qui se passe avec les théories du genre. Celles-ci sont d'usage essentiellement universitaire, parfois militant du côté des féministes. Elles n'ont fait l'objet d'une vulgarisation au mieux limitée au pire franchement confidentielle. Il faut entretenir une certaine proximité avec les sciences sociales pour avoir été en contact avec elles. Et leur caractère contre-intuitif, leur refus du naturalisme primaire et leur goût pour l'utilisation des situations marginales pour éclairer les problèmes dominants - comme l'étude de la transexualité pour comprendre la construction de toutes les sexualités, y compris "hétéro" - achève de les rendre fragiles à une entreprise de "définition de la situation" menée avec suffisamment de conviction. Et comme il n'y a pas de petits artifices rhétoriques, on va les renommer "théories du gender" parce qu'un terme anglais fait encore plus peur et souligne bien que c'est un truc américain pas bien de chez nous...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois ceci posé, on comprend qu'il est essentiel de prendre la défense des théories du genre contre les attaques des néo-réactionnaires, aussi minoritaires et fermés à la discussion soient-ils. C'est qu'un groupe minoritaire peut avoir un grand pouvoir s'il parvient à imposer sa définition de la situation, encore plus s'il parvient à s'approprier une "neutralité républicaine" dont il ne connait que le nom. Il arrivera toujours un moment où la science sera en désaccord avec les religions. Dans ce cas-là, le devoir d'un Etat qui se veut laïc au point de vouloir en faire le quatrième terme de sa devise nationale sera toujours de trancher du côté de la science. Car ce n'est qu'à cette condition qu'il peut réaliser la sacro-sainte laïcité, cette règle que l'Etat s'impose à lui-même de ne reconnaître aucune religion. On pourrait espérer que Luc Chatel adresse cette réponse à Christine Boutin. On pourrait même rêver que les nouveaux hérauts de la laïcité se manifeste plus ici que pour le moindre bout de tissu qui passe. Mais peut-être que l'on berce d'illusions... &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-334525264648961911?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/334525264648961911/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=334525264648961911' title='18 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/334525264648961911'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/334525264648961911'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/de-piss-christ-aux-theories-du-genre.html' title='De Piss Christ aux théories du genre : Sociologie des offensives néo-réactionnaires'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-Njo5Yopswps/TfHMRjRlPeI/AAAAAAAAAL8/84f9OogUvIs/s72-c/432n00.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>18</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2824314804445114714</id><published>2011-06-05T17:28:00.000+02:00</published><updated>2011-06-05T17:28:01.056+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la déviance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la connaissance'/><title type='text'>La rationalité du chauffard</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;On a les débats enflammés qu'on mérite : en France, ce sont ceux autour des radars et des limitations de vitesse. D'un côté, des associations pour la sécurité routière qui dénoncent le "clientélisme" des élus qui cherche à ménager leur électorat contre les amendes toujours mal vécues, de l'autre, des automobilistes et des représentants qui ont tôt fait de dénoncer le "fascisme" ou le "totalitarisme" des dites associations qui veulent soumettre tout un chacun à un contrôle permanent. Bref, du débat comme on les aime : inaudible. Pourtant, il y aurait quelques choses à en dire, si on prenait la peine de regarder la conduite automobile comme un objet sociologique. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Le débat, s'il a fait grand cas de diverses études scientifiques brandies par l'une ou par l'autre des parties prenantes, s'est en effet cantonné à une discussion statistique pour savoir si, oui ou non, la vitesse est le facteur, ou un facteur, déterminant des accidents ou de la gravité de ceux-ci. D'ailleurs, c'est toute la stratégie de lutte contre l'insécurité routière qui est marqué par ce biais : ses cibles ont été, depuis bien des années, la vitesse et l'alcool. Avec toujours la même idée : il faut que les conducteurs changent de comportements. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Laissons de côté la question de savoir si la vitesse est un facteur de risque ou pas - et à quel moment elle le devient, et dans quelles conditions, etc. Quelque soit la réponse que l'on donne à cette question, la suite est toujours la même : il faut fixer les bonnes normes en matière de conduite - celles qui réduisent les risques - et obliger les conducteurs à les respecter. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La question de la norme et de son respect est pleinement une question sociologique, peut-être l'une des plus classiques qui soit. Mais elle est considérablement appauvrie dans les débats sur la sécurité routière. Le comportement des conducteurs est généralement présenté suivant deux topiques : d'un côté, il serait la mise en œuvre presque aveugle des normes imposées par le code de la route - et ce serait pour certains le comportement idéal, qu'il faudrait obtenir coûte que coûte par la multiplication des contrôles et des sanctions -, de l'autre, il serait l'expression de passions, celles de la vitesse, un magma d'irrationalité où les individus se laisseraient aller à la recherche de leur seul plaisir et de leur seul intérêt : arriver le plus rapidement à destination, faire les kékés en grosse bagnole pour se la péter grave. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un cas comme dans l'autre, on perd de vue le fait que la conduite automobile est une action sociale dans un sens tout ce qu'il y a de plus weberien, c'est-à-dire dont le sens prêté par l'individu est rapporté aux autres. Le conducteur, quel qu'il soit, même le plus soucieux de sécurité routière, ne sera jamais une simple machine à appliquer les règles du code : celles-ci sont générales, et l'automobiliste fait face à des situations particulières où il faut composer et faire des choix en quelques instants. La majorité des contrevenants n'est pas non plus constituée de purs amoureux de la vitesse qui confondent circuits de F1 et routes départementales.  Ils se contentent de conduire de la façon qui leur semble la plus appropriée étant données les conditions auxquelles ils font face. "Leur semble" est le point important : leurs décisions ne sont pas les meilleures dans l'absolu, et les erreurs d'appréciation sont monnaie courante, mais la plupart des conducteurs, on peut en faire sans trop de mal l'hypothèse, essayent de faire au mieux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autrement dit, &lt;a href="http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&amp;cpsidt=1165420"&gt;comme le défend Patrick Peretti-Wattel dans un article portant précisément sur ce sujet&lt;/a&gt;, les automobilistes mettent en œuvre une rationalité cognitive. Ils ont de "bonnes raisons" de faire ce qu'ils font. "Bonnes" de leur point de vue : ils n'agissent pas de façon irrationnelle ou incohérente, et ils peuvent donner des justifications de leurs actes. Ainsi, lorsqu'ils ne respectent pas une règle, comme, disons à tout hasard, une limitation de vitesse, ce n'est pas par folie ou par amour immodéré du risque, mais plus souvent parce qu'ils pensent soit que c'est ce qu'il faut faire - ils s'y sentent contraint par le comportement des autres, par exemple pour effectuer un dépassement - soit qu'il n'y a pas de risques particuliers à le faire. Certains peuvent par exemple penser qu'ils sont moins dangereux en roulant vite sur une autoroute qu'en y roulant doucement. D'autres savent bien que, sur telle ou telle route, le panneau de limitation de vitesse n'a pas de sens parce qu'il n'y a pas vraiment de danger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les représentations de la conduite et du bon conducteur ont donc leur importance pour comprendre les comportements routiers. Et ces représentations ne sont pas forcément des rationalisations a posteriori des amoureux de la vitesse : celui qui est obligé de déboîter soudainement pour éviter la petite voiture qui fait du 60 sur la file de gauche de l'autoroute voit bien, de ses propres yeux, que l'on peut être plus dangereux en roulant à une allure plus que modérée plutôt qu'en allant vite. Les certitudes des uns et des autres peuvent très bien s'enraciner dans les expériences les plus concrètes. Une fois de plus, cela ne les rends pas vraies : l'expérience est souvent trompeuse. Si une voiture très lente au milieu d'une route très rapide peut être dangereuse, cela n'implique pas, du point de vue logique, qu'une réduction globale de la vitesse augmente les risques. Mais ce genre d'expériences enracine les croyances et donc les modes de conduite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Regarder les choses sous cet angle amène à réfléchir sur la façon dont on peut influencer les comportements des conducteurs. On a privilégié jusqu'ici la sanction : radars, amendes, etc. Mais cela se heurte au fait que les individus considèrent, pour la plupart, qu'ils conduisent bien, qu'ils n'ont pas de fautes parce que, même s'ils peuvent reconnaître avoir enfreint la règle, ils avaient quelques bonnes raisons de le faire. Difficile alors d'accepter la sanction, difficile, même, d'accepter d'être surveillé sur le respect d'une règle dont on peut reconnaître la légitimité sans toutefois cesser de percevoir que sa grande généralité exige des aménagements. De là vient la grogne permanente à l'encontre d'une sanction qui ne peut, simplement, être bien comprise. De là aussi son interprétation comme un simple moyen de remplir les caisses de l'Etat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qu'il faudrait - et cela n'est pas exclusif des radars, automatiques ou pas - c'est appuyer sur d'autres leviers visant à modifier les comportements des individus. C'est à leurs bonnes raisons qu'il faut s'attaquer, et donc aux représentations de ce qu'est un conducteur ou une voiture. Celles-ci, le plus souvent marketées comme des objets masculins - difficile de faire l'économie d'une analyse en terme de genre - témoignant de la force et de la maîtrise (cf. le magnifique exemple ci-dessous : ou comment une voiture peut remplir exactement la même fonction qu'une bonne chaussette roulée en boule dans le calbar), ne sont pas sans lien avec la sous-estimation des risques et la sur-estimation de ses propres compétences. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe width="560" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/mSLAF_DjiDU" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait aussi prendre en compte plus sérieusement cette rationalité cognitive des automobilistes : puisqu'ils ont toujours de "bonnes" raisons de faire ce qu'ils font, y compris lorsqu'il s'agit de faire des erreurs ou de prendre des risques inconsidérées, alors il faut leur donner de bonnes raisons de faire des choix mieux adaptées. C'est plus ou moins ce que font les ralentisseurs - ou "gendarmes couchés" comme on les appelle de par chez moi : les gens ralentissent, comme avec un radar, mais râlent sans doute moins ou ressentent moins profondément une injustice. Si les gens ont tendance à rouler trop vite, on peut soit concevoir des routes qui leur permettent de le faire avec le minimum des risques, soit mettre en place des dispositifs qui les amènent naturellement à lever le pied, sans les faire crier à l'injustice. Il y aura toujours des incorrigibles sur qui cela n'aura que peu d'effet, et pour eux la sanction sera toujours possible. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2007/08/rpression-prvention-lexemple-de-la_12.html"&gt;Mais ici comme ailleurs, elle n'est pas la seule solution&lt;/a&gt;. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/12/leternel-retour-de-la-responsabilite.html"&gt;Nous avons toujours autant de mal à oublier notre marteau de la responsabilité individuelle&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2824314804445114714?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2824314804445114714/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2824314804445114714' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2824314804445114714'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2824314804445114714'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/06/la-rationalite-du-chauffard.html' title='La rationalité du chauffard'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/mSLAF_DjiDU/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3827235113636022981</id><published>2011-05-18T14:16:00.000+02:00</published><updated>2011-05-18T14:16:31.508+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des médias'/><title type='text'>Près d'un jeune sur trois voudrait bien qu'on arrête avec les sondages idiots</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Un sondage tombe toujours comme un arbre dans la  forêt : il ne fait du bruit que s'il y a quelqu'un pour l'entendre. Le problème, comme le fait remarquer Terry Pratchett, c'est qu'il y a toujours quelqu'un : habitants de la forêt, animaux, insectes, parasites et autres. En matière de sondage, on a l'équivalent : hommes politiques, commentateurs et éditorialistes peu scrupuleux, chroniqueurs divers... Nul doute qu'ils vont se repaître avec gourmandise pour les années à venir de ce nouveau résultat : "&lt;a href="http://social.blog.lemonde.fr/2011/05/18/pres-dun-jeune-sur-trois-souhaite-etre-fonctionnaire/"&gt;près d'un jeune sur trois souhaite être fonctionnaire&lt;/a&gt;". &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Il ne reste plus qu'à s'assoir et à attendre patiemment le début de la rumeur, puis de la curée, des commentaires culturalistes qui vont s'appuyer sur un tel chiffre - qui perdra bien assez vite son origine pour devenir une vérité tenant d'elle-même - pour nous expliquer que, décidément, la France a un problème avec les entreprises, que les jeunes Français manquent de cette volonté d'entreprendre, cet esprit d'initiative, cette disposition générale de l'entrepreneur seul contre tous, debout au bord d'une falaise avec le vent dans les cheveux qui seule pourrait nous sauver des Chinois qui vont nous bouffer. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/01/faut-il-affamer-les-fonctionnaires.html"&gt;Ce n'est pas la première fois : il y a peu de temps encore, on pouvait entendre dire, sans savoir d'où cela venait, que 75% des jeunes voulaient devenir fonctionnaire&lt;/a&gt;. Ce ne sera pas la dernière. Il faut malheureusement reconnaître que la répétition d'une même farce finit par avoir quelque chose de tragique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il suffit, pour se convaincre que c'est là le destin qui attend ce chiffre, de lire un peu plus l'article du Monde que je prends en référence. Son titre est clair : "Près d'un jeune sur trois souhaite devenir fonctionnaire". Mais lorsque l'on lit un peu plus avant, on tombe sur ceci : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;La proportion de jeunes attirés par le statut de salarié du privé est également nettement plus marquée que la moyenne (27%, + 8 points), tout comme celle de ceux qui se verraient bien en travailleurs indépendants (24%, + 4 points), précise ce sondage effectué selon la méthode des quotas auprès d’un échantillon de 1139 personnes représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi l'auteur de l'article n'a-t-il donc pas titré "Un jeune sur quatre souhaite travailler dans le privé" ou "Près d'un jeune sur quatre voudrait devenir travailleur indépendant" ? Si l'on fait mine de prendre au sérieux ce sondage, ce sont là des résultats tout aussi significatifs et importants. La différence avec la moyenne nationale est même plus marquée pour ceux qui veulent travailler dans le privé que pour ceux qui veulent rejoindre les rangs des fonctionnaires ("+ 4 points par rapport à la moyenne nationale" nous précise l'article). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est donc que ce résultat s'inscrit dans un cadre idéologique bien particulier qui, soit par l'intention consciente du commentateur, soit par le poids que font peser les débats passés sur l'écriture présente, pousse à privilégier cette information là sur les autres. Les autres commentaires suivront, dans les colonnes du Figaro ou dans la bouche d'Alain-Gérard Slama et consorts, pour expliciter ce qui n'est ici qu'implicite : que tant de jeunes veuillent perdre leur vie à devenir fonctionnaire est un problème pour la France. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a quelque chose d'admirable dans la capacité qu'a le débat public à brasser ainsi du vent. Car c'est bien ce que fait ce sondage : agiter, avec une force et une conviction peu commune, de l'air. Je l'ai dit précédemment : le plus gros problème avec le sondage n'est pas dans leur méthodologie mais dans la capacité de ceux qui les commentent à les interpréter. Ceux-là se laissent prendre par un piège positiviste qui prêtent une objectivité et une évidence au chiffre en tant que tel : un sondage dit forcément quelque chose puisque c'est un chiffre ! Et un chiffre, c'est simple à lire ! Pourtant ce chiffre de 30% des jeunes souhaitant devenir fonctionnaire ne nous dit strictement rien. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, qu'est-ce que que cette question "Dans l’idéal,vous souhaiteriez être / auriez aimé être …? (une seule réponse possible)" avec comme proposition de réponse "Fonctionnaire ; Travailleur indépendant (comme artisan, commerçant...) ; Salarié du privé ; Profession libérale ; Homme/Femme au foyer ; Ne se prononce pas". Que veut dire fonctionnaire ? La fonction publique est malheureusement pour les sondeurs quelque chose de vaste et de complexe : à peine &lt;a href="http://www.fonction-publique.gouv.fr/article1701.html"&gt;quelques&lt;/a&gt; millions de &lt;a href="http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&amp;ref_id=NATnon03141"&gt;membres&lt;/a&gt;... Et les représentations de ce qu'est un fonctionnaire ne sont pas simples : on y confond facilement la fonction publique territoriale et d'Etat, les contractuels et les titulaires, les différentes catégories, etc. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que peut donc vouloir dire ce terme pour les répondants ? Sans doute des choses très différentes : certains ont en tête un poste précis, et auraient souhaité devenir enseignant ou conservateur du patrimoine ou professeur au Collège de France ou facteur, d'autres n'y attache que l'idée que c'est un emploi de bureau, éloigné des difficultés du travail ouvrier auquel ils ont pu être confronté - les jeunes interviewés par Stéphane Beaud par exemple -, d'autres encore ne doivent y voir qu'un poste tranquille et protégé et hésiteraient peut-être si on leur proposait de devenir militaire ou policier... Bref, on agrège ici des réponses qui ont des origines tellement différentes, des raisons, des justifications et des causes qui sont si diverses, que l'on ne peut strictement rien en dire : impossible d'en inférer, par exemple, un refus de la concurrence ou une paresse bien française, car certains espèrent trouver dans la fonction publique un travail qui fasse sens pour eux et d'autres seront attirés par les postes de pouvoir... Aucun commentaire n'est possible. C'est la conclusion à laquelle devrait parvenir toute personne qui se pencherait un peu sur ce chiffre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il aurait été possible pourtant d'avoir des informations plus précises, soit en posant une série de questions sur les préférences des individus en matière d'emploi ("préféreriez-vous un salaire élevé ou un faible risque de perdre votre emploi ?", "Quelle est la caractéristique de l'emploi qui est la plus importante pour vous ?", etc.), soit en proposant une liste d'emplois divers et en demandant aux enquêtés de les classer en fonction de leurs préférences. Mais tout cela prends du temps, en conception et en analyse. Et pour cela, ni les instituts de sondages ni ceux qui consomment leurs produits jusqu'à plus soif n'y sont bien disposé.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soi, ce sondage n'est pas sans intérêt. Mais il nous apprends plus de choses sur ceux qui l'ont commandé, conçu et commenté, et sur tous ceux qui à l'avenir l'utiliserons, que sur la population et les phénomènes qu'il prétend mettre en lumière. Il nous dit beaucoup de l'allant-de-soi concernant les problématiques de l'emploi et du travail en France. Le sondage prétend "&lt;a href="http://www.harrisinteractive.fr/news/2011/17052011b.asp"&gt;appréhender l’image que les Français, et plus particulièrement les premiers concernés à savoir les 18-24 ans, ont de la situation professionnelle des jeunes&lt;/a&gt;". Mais cette situation professionnelle se résume en fait à des questions sur l'emploi : ni sur le contenu du travail, ni sur les conditions de celui-ci. la question privilégié est celle de l'obtention d'un emploi, et les questions tournent essentiellement autour de l'optimisme ou du pessimisme des jeunes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est dans ce cadre-là que l'on peut mieux comprendre le sens de l'échelle proposée dans le sondage "Fonctionnaire ; Travailleur indépendant (comme artisan, commerçant...) ; Salarié du privé ; Profession libérale ; Homme/Femme au foyer ; Ne se prononce pas". Ce que doit mesurer, dans l'esprit de ceux qui ont fait le sondage, cette échelle est très probablement le risque et l'optimisme des jeunes, - "Fonctionnaire" constituant, semble-t-il, le degré le plus bas. L'interprétation est presque déjà écrite donc. La curée peut commencer. &lt;br /&gt; &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3827235113636022981?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3827235113636022981/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3827235113636022981' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3827235113636022981'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3827235113636022981'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/05/pres-dun-jeune-sur-trois-voudrait-bien.html' title='Près d&apos;un jeune sur trois voudrait bien qu&apos;on arrête avec les sondages idiots'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-5658740150924594181</id><published>2011-05-05T20:28:00.000+02:00</published><updated>2011-05-05T20:28:19.169+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie classique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Photos de vacances'/><title type='text'>"Marx likes it"</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2011/05/05/happy-birthday-karl-marx-8/?utm_source=feedburner&amp;utm_medium=feed&amp;utm_campaign=Feed%3A+SociologicalImagesSeeingIsBelieving+%28Sociological+Images%3A+Seeing+Is+Believing%29&amp;utm_content=Google+Reader"&gt;Sociological Images me rappelle que c'est l'anniversaire de papy Karl&lt;/a&gt;. Alors oui, je n'ai pas fait ceux de Durkeim, Weber ou Simmel sur ce blog. Mais je ne peux résister au plaisir de partager cette photo récemment prise non loin de chez moi. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-odWYTA5sBzE/TcLl0cT6WxI/AAAAAAAAALc/ENgFrlJbQmw/s1600/Divers%2B009.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://4.bp.blogspot.com/-odWYTA5sBzE/TcLl0cT6WxI/AAAAAAAAALc/ENgFrlJbQmw/s400/Divers%2B009.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Difficile de dire si la figure de Marx et le "Marx aime ça" sont l’œuvre de la même personne. Il est possible que le texte et la main soient un ajout au pochoir du barbu. Voilà en tout cas un graffiti qui organise la rencontre entre le mur réel et le mur virtuel, celui de Facebook d'où est tiré - est-il besoin de le rappeler - le "aime ça/likes it". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'ailleurs, ce n'est pas la seule mention de cette expression sur un mur "analogique" que j'ai trouvé. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/scenes-de-la-lutte-politique-dans-des.html"&gt;Etant retourné dans les toilettes que j'ai très modestement contribué à rendre célèbre (pour des toilettes, hein...)&lt;/a&gt;, j'ai pu prendre cette nouvelle photo : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-zrssSvcsxfY/TcLnMzeXXiI/AAAAAAAAALk/a1tSXicz2sk/s1600/Divers%2B008.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-zrssSvcsxfY/TcLnMzeXXiI/AAAAAAAAALk/a1tSXicz2sk/s400/Divers%2B008.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le dialogue a donc continué, et cette mention du "j'aime", accompagné du dessin sans ambiguïté du fameux pouce levé, s'est tout naturellement inséré dans la conversation. Alors, contamination du réel par le virtuel ? Pas vraiment : ce serait plus un échange, Facebook ayant bien emprunté l'idée de mur/wall comme lieu d'expression publique ou semi-publique au graffiti et au street art. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut filer la métaphore : qu'est-ce que ce mur sinon une forme de troll, dans le sens qui a été donné à ce mot sur Internet ? Après tout, &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_%28Internet%29"&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;, qui ne peut qu'être une référence extrêmement légitime sur ce sujet, définit ainsi le &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_%28Internet%29"&gt;troll&lt;/a&gt; : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Un troll est une action de nature à créer une polémique en provoquant les participants d’un espace de discussion (de type forum, newsgroup ou wiki) sur un réseau informatique, notamment Internet et Usenet. Le mot désigne également un utilisateur qui a recours à ce type d’action.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par métonymie, on parle de troll pour un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou est excessivement provocateur, ou auquel on ne veut pas répondre et que l’on tente de discréditer en le nommant ainsi. &lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Certains messages laissés sur des murs bien réels s'apparentent bien à ce type d'attitude. En témoigne celui-ci, toujours tiré du même affrontement, que je soupçonne d'être la réponse de l'auteur du message originel qui appelait déjà de ses vœux une nouvelle commune : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-Na0id2-gIk8/TcLpHoywc4I/AAAAAAAAALs/Nzqe9ABGtFE/s1600/Divers%2B005.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://3.bp.blogspot.com/-Na0id2-gIk8/TcLpHoywc4I/AAAAAAAAALs/Nzqe9ABGtFE/s400/Divers%2B005.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cela permet de comprendre que ce n'est pas Internet qui a fait naître une pratique comme celle du troll. C'est bien plutôt une forme particulière de dialogue qui conduit à ce genre de réaction. Non pas tellement, comme on pourrait a priori le penser, l'anonymat que partagent le graffiteur avec le posteur, mais plutôt la multiplicité des intervenants et des spectateurs. Dans un tel contexte, la principale difficulté est d'obtenir une réaction des autres : le fameux "I like it" que partagent ici mondes réel et virtuel (bien que cette distinction n'est pas vraiment de sens...). Rien n'est pire qu'un message sans réponse. Dès lors, pour obtenir en fait une forme de validation qu'est la réponse, le troll devient une solution viable. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois de plus, le débat politique plus classique n'est pas éloigné de cela. Là aussi, il faut conquérir une existence au travers des réactions des autres, médias ou politiques. Là aussi, les mêmes stratégies, petites phrases chocs et provocations, ont le même rendement. Dès lors, on ne devrait pas s'étonner que ce soit &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marine_Le_Pen"&gt;les meilleurs trolleurs&lt;/a&gt; que l'on entendent le plus. Une fois de plus, la forme même du dialogue y contribue, sans tout expliquer. On ferait sans doute bien d'y réfléchir. &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-5658740150924594181?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/5658740150924594181/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=5658740150924594181' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5658740150924594181'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/5658740150924594181'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/05/marx-likes-it.html' title='&quot;Marx likes it&quot;'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/-odWYTA5sBzE/TcLl0cT6WxI/AAAAAAAAALc/ENgFrlJbQmw/s72-c/Divers%2B009.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-8321621268295635423</id><published>2011-05-04T08:00:00.003+02:00</published><updated>2011-05-04T14:53:01.088+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><title type='text'>Le problème dans la cuisine</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Une vigilante lectrice m'a fait part de son énervement devant une des nombreuses publicités sexistes qui émaillent notre quotidien. Elle a bien raison : l'objet d'une délit est en effet superbe dans son genre. Surtout qu'il me permet de faire quelques réflexions sur l'évolution des représentations de la femme, et sur la place des hommes. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-eCqDWz72m08/TcB4flWkWWI/AAAAAAAAALU/TeZobtBqk3g/s1600/Divers.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://1.bp.blogspot.com/-eCqDWz72m08/TcB4flWkWWI/AAAAAAAAALU/TeZobtBqk3g/s400/Divers.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voici donc une publicité pour une grande marque de cuisine, accompagnée de son slogan "la recette du bonheur". A chaque fois qu'une slogan aussi manifestement nul est utilisé, un diplômé d'école de commerce gagne sa place au paradis. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une femme donc bien sûr. Mais attention : pas une femme qui se contente de faire la cuisine. Non bien sûr, nous sommes au XXIème siècle quand même, et il est quand même arrivé aux oreilles de certains publicitaires que les femmes n'avaient plus tellement envie qu'on les cantonne à faire la popote en attendant que le chéri revienne avec son attaché-case à la main. Donc une femme qui visiblement travaille. Surfe sur Internet. Fait la cuisine. Et, quand même, s'occupe du gosse parce qu'il faut pas déconner, faut bien que quelqu'un se le cogne le chiard. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et cette femme, elle est vachement forte parce que, wahou, elle y arrive. Bon, ok, elle est aidée par la super-cuisine de la mort qui tue qu'à tout les coups, tu y met un poulet vivant dans le four, il en sort un magret de canard au miel pommes salardaises. Mais quand même elle assure. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En sociologie, on parle de "double journée des femmes". Ou comment celles-ci, si elles ont pu conquérir le monde du travail, n'ont vu ces responsabilités ne faire que s'ajouter à ce qu'elles avaient déjà. L'injustice ménagère fait que, revenues à la maison, elles peuvent commencer leur deuxième journée, en plus de celle du travail. On y ajoute aussi généralement la "charge mentale" : même si l'homme participe aux tâches ménagères, il est courant que ce soit à la femme que soit dévolue la responsabilité d'organiser, planifier et contrôler les dites tâches. Et on sait, depuis &lt;a href="http://www.amazon.fr/trame-conjugale-Kaufmann/dp/2266122479"&gt;Jean-Claude Kaufmann&lt;/a&gt;, que les hommes, même s'ils sont des gros geeks qui t'installent la dernière version de Linux tout en roxant du noobs sur WOW, sont biens démunis quand il s'agit de s'y retrouver dans les trois programmes de lavage du lave-linge. La "tactique du mauvais élève" qu'on appelle ça : ils voudraient bien, mais ils y arrivent pas, jusqu'au moment où le professeur craque et fait les choses lui-même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais au-delà de cela, on peut aussi voir dans cette publicité une modification de la femme idéale. A l'idéal traditionnel de la féminité se sont ajoutées certaines caractéristiques jadis réservées à la masculinité : l'activité, le travail, l'initiative, l'informatique même ici... Mais il est notable que les incitations s'ajoutent et ne s'annulent pas : loin d'avoir étendu le choix des femmes, cela a surtout contribué à empiler quelques obligations dans une liste déjà longue. Cela provient en grande partie du fait que ce qui est attaché à la masculinité demeure dominant dans nos sociétés et que ce qui est attaché à la féminité est dévalorisé :  difficile, dès lors, d'inciter les hommes à se ruer sur des activités que les femmes désirent abandonner. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/le-feminisme-est-lavenir-de-lhomme-et.html"&gt;Une fois de plus&lt;/a&gt;, le problème qu'il y a derrière tout cela, ce n'est pas seulement la femme, c'est aussi l'homme. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ah, et pour ceux que ça intéresse, la cuisine, c'est mon domaine. Au quotidien, pas seulement quand il s'agit de se croire dans TopChef. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-8321621268295635423?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/8321621268295635423/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=8321621268295635423' title='5 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8321621268295635423'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8321621268295635423'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/05/le-probleme-dans-la-cuisine.html' title='Le problème dans la cuisine'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-eCqDWz72m08/TcB4flWkWWI/AAAAAAAAALU/TeZobtBqk3g/s72-c/Divers.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-8674952403226188710</id><published>2011-05-01T18:00:00.004+02:00</published><updated>2011-05-10T12:16:15.877+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la culture'/><title type='text'>Remarques en vrac sur les geeks</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Vous avez sans doute déjà écouté &lt;a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-y-a-t-il-une-culture-geek-petite-histoire-de-l-arobase-2011-05-01.html"&gt;l'émission Place de la Toile qui vient juste de se terminer sur France Culture&lt;/a&gt;. Si ce n'est le cas, je suis très fâché, mais je veux bien vous pardonner &lt;a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-y-a-t-il-une-culture-geek-petite-histoire-de-l-arobase-2011-05-01.html"&gt;si vous allez la podcaster fissa&lt;/a&gt;. Une très belle expérience que cette participation à une émission de radio : ce fut un moment vraiment très agréable, et la discussion a été à la fois très intéressante et très amusante. Le problème, c'est bien sûr qu'on y serait bien rester des heures... Du coup, quelques réflexions en vrac sur la même thématique : la culture "geek" &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-G1IHGGPswPk/Tbxc7v_9t0I/AAAAAAAAAK8/MqJWLzSi59M/s1600/tshirt.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-G1IHGGPswPk/Tbxc7v_9t0I/AAAAAAAAAK8/MqJWLzSi59M/s400/tshirt.jpg" width="300" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Je n'avais pas pu mettre mon t-shirt de geek le jour de l'émission, alors j'en poste un aperçu ici&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;On n'a pas parlé du terme "geekette" :&lt;/b&gt; il est pourtant très intéressant, parce qu'il témoigne d'un certain sexisme bien implanté dans notre langage propre. En effet, pourquoi dire, comme l'ont fait beaucoup de magazines féminins, "une geekette" plutôt que "une geek" ? Pourquoi féminiser le mot en "-ette" alors que l'anglais originel ne voit pas l'intérêt, à raison, de genrer tout cela ? De toute évidence, on considère que geek, c'est par essence masculin, et que si ce doit être féminin, il faut le montrer de façon ostensible, i.e. les femmes sont un type particulier tandis que les hommes sont le type "standard" ou "normal" comme dirait une députée UMP. Mais encore ne marque-t-on pas cette spécificité par une simple accentuation de la syllabe finale, mais par un diminutif qui sonne comme "coquette" ou "pauvrette". De la même façon qu'on a Superman et Supergirl, on dévalorise la féminité en la renvoyant au monde du petit et de l'enfance. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;On a juste évoqué les problèmes de l'importation du terme "geek" en France :&lt;/b&gt; il y aurait long à en dire et on ne pouvait pas tout traiter. Mais il faut bien reconnaître que le geek made in France n'est pas le geek US. Le terme doit son explosion à un travail journalistique de mobilisation du terme, sur le thème du "les geeks sont comme ci, les geeks sont comme ça". Le terme pouvait déjà exister dans certains milieux très proches de l'informatique (comme les écoles d'ingénieur) mais n'était pas aussi répandu qu'aujourd'hui. Ce sont très largement les journalistes qui ont modelé la vision la plus courante aujourd'hui du geek, contrairement aux Etats-Unis où le terme avait un ancrage scolaire et universitaire plus marquée. On pourrait faire le parallèle avec le terme "bobo" qui a connu une même importation en France. D'ailleurs, &lt;a href="http://www.liens-socio.org/La-France-invisible"&gt;un certain Xavier de la Porte avait écrit un très bel article là-dessus dans &lt;i&gt;La France invisible&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;J'ai avancé l'hypothèse que les geeks ne se rencontraient pas dans n'importe quel "habitat" - plutôt urbain que rural - et pas dans n'importe quelle classe - classes supérieures plutôt que populaires :&lt;/b&gt; c'est peut-être un peu audacieux de ma part dans la mesure où je n'ai pas fait d'enquête là-dessus, mais il y a de bonnes raisons de le pensée. Dont celle-ci qui ne m'est venue en tête qu'après l'émission : la culture geek témoigne d'un rapport "savant" à la culture populaire. Il s'agit en effet toujours de traiter des biens culturels peu légitimes, souvent rejetés par l'école par exemple, comme pouvant s'apprécier sur le même mode que les œuvres légitimes. On fait l’exégète de Douglas Adam comme on ferait celle de Robert Musil, on acquiert une connaissance extensive de &lt;i&gt;Star Trek &lt;/i&gt;avec le même sérieux que d'autres se plongent dans la &lt;i&gt;Comédie Humaine&lt;/i&gt;. Et on s’enorgueillit d'en savoir plus que les autres, d'être plus fan, plus savant, plus lettré, plus connaisseur que le commun des mortels et que les autres geeks. D'où le succès de jeux comme &lt;i&gt;&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_Unseen_University_Challenge"&gt;The Unseen University Challenge&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; qui exige une connaissance de l’œuvre de Terry Pratchett dans ses moindres recoins. Tout cela demande, il faut bien le dire, un certain capital culturel. Une raison de plus de penser que nous ne sommes pas tout égaux face à la geekitude. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les vrais geeks éprouveront sans doute un vif besoin de nous allumer de toutes parts, nous reprochant sans doute de ne pas parler d'eux, les "vrais geeks".&lt;/b&gt; Qu'il me soit permis de leur répondre ici. Dans l'émission, je soutiens que la culture geek repose largement sur un modèle de distinction. Et que sont les interminables débats pour savoir ce qu'est vraiment le "vrai geek" si ce n'est une forme profonde et radicale de distinction, une façon de se poser comme plus savant, comme plus raffiné, comme plus geek que l'autre ? Être geek, ce n'est peut-être finalement pas si différent que d'être un(e) fashionisto(a) à la poursuite de la dernière tendance. Simmel analysait la mode comme la combinaison de la passion démocratique pour l'égalité et de la passion aristocratique pour la distinction. Je crois pouvoir dire sans trop me tromper qu'il aurait trop kiffé le geeks. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-8674952403226188710?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/8674952403226188710/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=8674952403226188710' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8674952403226188710'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8674952403226188710'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/05/remarques-en-vrac-sur-les-geeks.html' title='Remarques en vrac sur les geeks'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-G1IHGGPswPk/Tbxc7v_9t0I/AAAAAAAAAK8/MqJWLzSi59M/s72-c/tshirt.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-8272399259615682585</id><published>2011-04-30T08:00:00.002+02:00</published><updated>2011-05-05T16:00:27.622+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><title type='text'>Le feminisme est l'avenir de l'homme (et réciproquement)</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Deux articles de Libération, deux hommes qui se disent féministes, deux dérapages sexistes. Face à cela, moi-même, féministe récent, mais pour de vrai - enfin, j'espère. Entre les deux, une question fondamentale : qu'est-ce que c'est d'être féministe lorsqu'on est un homme ? Et pourquoi est-ce aussi important, et aussi libérateur, de l'être ? Petit récit de ma conversion, qui doit beaucoup, si ce n'est tout, à la sociologie. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.smbc-comics.com/index.php?db=comics&amp;id=1626"&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src="http://www.smbc-comics.com/comics/20090902.gif"&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Commençons par le comment : deux articles de Libé, donc. Points communs : les deux sont écrits par des hommes ; les deux parlent de femmes ; les deux se prétendent féministes ; les deux sont sexistes. &lt;a href="http://www.liberation.fr/politiques/01012325989-la-fille-du-bedouin"&gt;Le premier est écrit par Régis Jauffret&lt;/a&gt;, que je ne connaissais pas avant et que je n'ai pas plus envie de connaître après. Il parle de Marine Le Pen. L'article, sous forme d'une espère de récit au style passablement pédant, commence ainsi : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Elle entre dans l’hôtel Saint-Aygulf (Var). Jeans, bottes à talons, plus sexy que son père. Si je n’étais pas féministe et partisan de la parité au Parlement, je me serais dit que c’est exactement le genre de fille qu’on a envie de sauter entre deux portes en espérant qu’elle vous demande de lui donner des baffes avant de jouir pour pouvoir se mettre un instant dans la peau d’un sans-papiers macho et irascible.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Bonheur que d'être écrivain et de pouvoir, sous couvert de style, écrire des horreurs sans avoir à les assumer. Quel est l'intérêt de cette remarque ? Aucun. Si ce n'est confondre le sexe et la haine, le sexe et la domination masculine. Parce que, visiblement, dans l'esprit de Régis Jauffret, coucher avec une femme, c'est l'humilier. Humilier Marine Le Pen, soyons clair, je suis pour. Mais je veux que cela se fasse dans le débat d'idée, par la confrontation, pas par les corps, pas par ce qui est, parait-il, un acte d'amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.liberation.fr/societe/01012331686-moi-philippe-caubere-acteur-feministe-marie-et-client-de-prostituees"&gt;Deuxième article, à l'écho beaucoup plus important, celui de Philippe Caubère&lt;/a&gt;, que j'avoue avoir découvert également à cette occasion, et que je n'ai pas non plus envie de connaître plus. Le titre de son article brandi déjà son "féminisme" - oui, là, les guillemets sont nécessaires. C'est censé légitimer son point de vue apparemment. Le brave homme se livre à une critique de la proposition de Roselyne Bachelot de pénaliser les clients de prostituées. Et quelle critique, il mène notre acteur de gauche. Lisez plutôt : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Interdire, réprimer, ostraciser, humilier, frapper au plus intime, au plus secret, au plus fragile, dégrader enfin à travers le désir et le sexe, l’homme, la femme et en jouir. Et faire jouir. En toute tranquillité, toute bonne conscience. Voilà la vérité. J’avais de l’estime pour madame Bachelot. Mais je me souviens, comme d’une drôle d’histoire, d’un conflit qui l’avait opposé à un animateur de télévision qui, lors d’une soirée - où d’ailleurs, l’on se demandait un peu ce qu’elle foutait là… Que font les hommes ou femmes politiques dans de telles galères ?- s’était moqué de son rire, lui prêtant une connotation sexuelle. Sa réaction, très violente, dramatique même -elle était allée jusqu’à refuser les excuses publiques de cet animateur- m’avait paru compréhensible et légitime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’ayant vu l’autre soir à la télévision, les mâchoires serrées, le visage fermé, déclarer sa faveur pour ce texte répressif, dégradant, attentant de plein fouet aux libertés publiques, celle de se prostituer, comme celle de payer un service sexuel à un adulte consentant, j’ai pensé soudain que Laurent Ruquier avait du mettre le doigt (si j’ose dire…) sur un vrai problème. Que je connais. Ma mère avait le même. Il m’a fallu quelques années (et que je la joue dans de nombreux spectacles) pour le comprendre et l’assumer. Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice. Pour ses enfants, pour son mari et surtout pour elle-même. Elle en a tout perdu, jusqu’à la vie.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Oui, vous avez bien lu : Caubère le féministe nous explique que si Roselyne Bachelot propose de pénaliser les clients des prostituées, c'est parce qu'en fait, c'est une obsédée frustrée qui trouve aussi son plaisir. Osons une traduction plus directe : c'est qu'elle est mal-baisée, la pauvre. Ce n'est pas que c'est un être rationnel, doué d'intelligence, qui défend une position parce qu'elle y croit, c'est juste qu'elle est handicapée par une sexualité insuffisante, sans quoi, bien évidemment, elle serait d'accord avec notre ami qui lui "ne représente pas vraiment le prototype du mec frustré, sexuellement ou sentimentalement" comme il dit. Autrement dit, il baise donc il peut avoir un avis éclairé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quel est le point commun entre ces deux références au féminisme ? Les deux le brandissent comme un bouclier contre les critiques à venir, une façon de dire : "vous ne pouvez pas nous attaquer là-dessus, nous sommes féministes !". Mais surtout les deux partagent une conception relativement simple du féminisme : une vague inclinaison, très vague même, pour l'égalité entre les hommes et les femmes. Pour Regis Jauffret, c'est la parité. Pour Philippe Caubère, c'est que les femmes doivent travailler et ne pas dépendre d'un homme. Ici commence et s'arrête leur féminisme. C'est un féminisme qui s'applique aux femmes : jamais il n'en vient à affecter les hommes. Il faut que les femmes s'élèvent au niveau des hommes, pas que les hommes changent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Longtemps, j'ai partagé cette vue du féminisme. Peut-être est-ce beaucoup dire : j'étais féministe par obligation, parce qu'il fallait bien se dire comme tel et parce que, oui, l'égalité, c'est quand même important. Ce n'est que très récemment que j'ai compris que le féminisme pouvait et devait être beaucoup plus. C'est aux approches sociologiques du genre, et à un certain nombre de blogs sociologiques américains car ce thème est beaucoup plus développé et dynamique de l'autre coté de l'Atlantique, que je dois cela. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de gens sont conscients, certes parfois de façon confuse, que les comportements que nous qualifions de féminins sont des constructions sociales qui n'ont rien de nécessaires. La lutte contre les discriminations, c'est précisément cela : lutter contre le fait que l'appartenance au sexe féminin aille de pair avec des traitements de moins bonne qualité. Mais la sociologie oblige à ne pas se limiter à ce point de vue : la masculinité est tout autant un construit que la féminité. C'est inévitable dès lors que l'on fait l'effort de penser scientifiquement le monde. Or il est encore courant de la considérer comme l'appareillage de base de l'humanité, comme le point de vue neutre. Comme disent les américains : "men = people ; women = women", soit "les hommes, c'est les gens ; les femmes, c'est les femmes". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On connaît toutes les injonctions faites aux filles et aux femmes : "être belle", "être sexy", "être passive", "être une princesse", etc. Et on sait tout le mal qu'elles font. On voit moins toutes les injonctions, non moins nombreuses, qui sont faites aux hommes : "être viril", "être dominateur", "être violent", "être le plus fort", "être sportif", etc. Les hommes, pour être des "vrais mecs", doivent se plier à certaines normes extrêmement pesantes. Un seul exemple : l'obligation d'être disposé à coucher avec n'importe qui, n'importe quand, sans sentiment. Souvenez-vous du premier épisode de &lt;i&gt;Sex and the City&lt;/i&gt; : c'est ainsi qu'est définit "have sex as a man". Dans &lt;i&gt;Friends&lt;/i&gt;, dans "The One With Joey's New Brain", Chandler révèle à une Monica étonnée qu'il ne s'inquiète pas de ne pas avoir l'occasion de coucher avec d'autres femmes une fois qu'ils seront mariés : pour lui, cela représente beaucoup de stress et d'anxiété. La surprise attendue sur laquelle repose le ressort comique de la situation souligne combien le désir sexuel sans objet est un trait naturalisé de la masculinité. En même temps, elle souligne combien ces incitations enferment les hommes : les obligations de performances masculines ne sont pas forcément plus faciles à vivre que l'obligation faite aux femmes de porter des talons hauts pour être féminine...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De la même façon, pensons au fait que l'expression "avoir des couilles" est devenue synonyme de courage et de force, comme si la possession de ces attributs suffisaient à garantir la force de caractère. Et l'on sera par conséquent admiratif des femmes "qui ont des couilles". On ne fera pourtant jamais un compliment que de dire à un homme ou à une femme qu'il ou elle a un "sacré vagin". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est cela qui se retrouve dans les deux articles pré-cités : une idéologie largement viriliste, où l'homme est incontestablement dominant, surtout quand il baise. Tout deux répondent à l'obligation pour un homme d'afficher une sexualité dominante et tout azimut et de s'affirmer au travers d'elle, à tel point que chez Philippe Caubère cela devient une caution que sa parole a de la valeur. Leur féminisme s'arrête à l'idée qu'il faut que les femmes se comportent de la même façon. C'est en cela qu'il ne sont pas féministes, si ce n'est un féminisme de façade. Pour un homme, être féministe ne peut signifier simplement considérer que les femmes doivent pouvoir accès avoir à ce que l'on attache à la masculinité. Il faut pousser plus loin le "trouble dans le genre" et poser la question de cette masculinité et de sa légitimité. Et les femmes féministes doivent également s'y intéresser.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce carcan masculiniste est d'autant plus puissant qu'il est valorisé : il est facile de mener une critique de la féminité et de défendre l'idée que les femmes doivent s'en extraire, dans la mesure où cette féminité est largement dévalorisée. Il est beaucoup plus difficile de le faire pour la masculinité : quelqu'un comme Philippe Caubère aura toujours beau jeu de dire que ma position féministe et ma critique de l'idéologie viriliste qu'il défend ne peut provenir que du fait que je suis un "mec frustré, sentimentalement ou sexuellement". De même, quelqu'un comme David Douillet pourra toujours dire que je suis un homme "qui ne s'assume pas", autrement dit, comme il le dit joliment, une "tapette". &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://cereales.lapin.org/index.php?number=977"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-IGsMyOu0Rrw/TbrkitSEyVI/AAAAAAAAAK0/QV2-Vqh3POE/s400/1120post-feminisme.gif" width="379" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C'est là sans doute que le féminisme a du travail. Ce mouvement a contribué à améliorer de façon significative la position des femmes. Le chemin reste encore long j'en conviens. Je suis cependant convaincu que la libération des femmes ne pourra se poursuivre qu'à la condition de libérer également les hommes de la tyrannie du genre, qu'à la condition qu'ils se sentent autorisés à exprimer des désirs, des envies et des attitudes que l'idéologie viriliste dominante leur interdit pour l'instant. Car la domination masculine blesse aussi les hommes, surtout lorsque les femmes y adhèrent également. La poursuite du féminisme passe par les hommes et les hommes ont besoin du féminisme comme discours critique. C'est du moins ce que la sociologie m'a permis de comprendre, et pour cela, je pense qu'elle valait bien une heure de peine. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-8272399259615682585?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/8272399259615682585/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=8272399259615682585' title='14 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8272399259615682585'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8272399259615682585'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/le-feminisme-est-lavenir-de-lhomme-et.html' title='Le feminisme est l&apos;avenir de l&apos;homme (et réciproquement)'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-IGsMyOu0Rrw/TbrkitSEyVI/AAAAAAAAAK0/QV2-Vqh3POE/s72-c/1120post-feminisme.gif' height='72' width='72'/><thr:total>14</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3734835599938452097</id><published>2011-04-27T16:23:00.000+02:00</published><updated>2011-04-27T16:23:07.222+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la culture'/><title type='text'>Yakking it up on the old yak box</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Ce dimanche, de 17 à 18h, vous pourrez m'entendre ramener ma fraise sur &lt;a href="http://www.franceculture.com/emission-place-de-la-toile-y-a-t-il-une-culture-geek-petite-histoire-de-l-arobase-2011-05-01.html"&gt;le thème de la culture geek chez Xavier de la Porte, tenancier de l'émission &lt;i&gt;Place de la toile&lt;/i&gt; sur France Culture&lt;/a&gt;. Et bien sûr, vous pourrez podcaster la chose parce que vous êtes de vrais geeks, et que vous allez quand même pas écouter la radio comme au moyen-âge. En attendant, vous pouvez toujours aller relire &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/01/aux-sources-de-la-culture-geek.html"&gt;mon post sur les origines de la culture geek&lt;/a&gt; à l'origine de cette invitation. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;Et si vous savez d'où j'ai tiré le titre de cette note, et bien vous êtes un bon gros geek quand même. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe title="YouTube video player" width="425" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/-_R32qu3mBc" frameborder="0" allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3734835599938452097?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3734835599938452097/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3734835599938452097' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3734835599938452097'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3734835599938452097'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/yakking-it-up-on-old-yak-box.html' title='Yakking it up on the old yak box'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/-_R32qu3mBc/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2917681687864762598</id><published>2011-04-18T09:31:00.002+02:00</published><updated>2011-04-22T09:26:27.329+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la culture'/><title type='text'>Bienheureux les simples d'esprit...</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Il aura donc fallu que la haine qui se rassemblait depuis quelques temps en Avignon se manifeste sous une forme irréparable pour que quelques voix commencent &lt;a href="http://www.la-croix.com/afp.static/pages/110417165819.4b53x2ao.htm"&gt;timidement&lt;/a&gt; à s'élever contre elle. On apprenait hier, quelques heures après que j'ai terminé un billet désormais obsolète sur cette question, que &lt;a href="http://www.lemonde.fr/culture/article/2011/04/17/une-photographie-d-art-polemique-detruite-a-avignon_1509023_3246.html"&gt;deux des chrétiens qui manifestaient depuis la galerie Lambert s'y étaient introduit et avaient pu détruire à coups de pioches et de marteaux le &lt;i&gt;Piss Christ&lt;/i&gt; de Andres Serrano, une œuvre controversée depuis sa création mais qui vient donc de disparaître ici, en France&lt;/a&gt;. Mais au-delà de la haine qu'expriment ces extrémistes, c'est bien à la place de l'art que nous devrions réfléchir : car il ne s'est pas trouvé grand monde pour défendre cette fameuse photo. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-4wOXmp2oKeU/TavPjff2m7I/AAAAAAAAAKM/xrwihhVyZ-4/s1600/Piss_Christ_by_Serrano_Andres_%25281987%2529.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-4wOXmp2oKeU/TavPjff2m7I/AAAAAAAAAKM/xrwihhVyZ-4/s400/Piss_Christ_by_Serrano_Andres_%25281987%2529.jpg" width="284" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Photo empruntée à &lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Piss_Christ"&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Si l'on regarde rétrospectivement les réactions à cette affaire, les prises de position face aux manifestations initiées par des groupements catholiques, des mouvements proches de l'extrême droite et même par la hiérarchie catholique en la personne de l’archevêque d'Avignon, ce qui étonne, c'est l'absence de réactions des défenseurs de la liberté d'expression et de la laïcité. Que des musulmans en viennent à prier dans la rue parce qu'ils manquent de place pour se faire, et ils sont une menace pour la laïcité. Que des chrétiens organisent des prières de rue dans l'espoir d'interdire ce qu'ils appellent un blasphèmes, et les hérauts de la laïcité ne se sentent pas tenus de réagir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-qciktgJlPlo/TarZsVr1zcI/AAAAAAAAAJ8/rX9uYGCJYvg/s1600/priere_rue.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="273" src="http://3.bp.blogspot.com/-qciktgJlPlo/TarZsVr1zcI/AAAAAAAAAJ8/rX9uYGCJYvg/s400/priere_rue.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Photos Pascal Pochard, &lt;a href="http://www.laprovence.com/article/region/avignon-cest-de-lart-cretin-pas-de-lart-chretien"&gt;empruntée ici&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Où sont les &lt;a href="http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/04/15/97001-20110415FILWWW00648-gueant-contre-les-prieres-dans-la-rue.php"&gt;Claude Guéant&lt;/a&gt; qui ne voyaient dans les prières de rues "une véritable entorse au principe de laïcité" et affirmait qu'on "ne prie pas son dieu dans la rue" ? Où est le "débat sur la laïcité" qui aurait pu suivre les premières manifestations ? Je n'évoque même pas le cas du Front National : sans surprise, le nouveau champion de la laïcité apportait samedi &lt;a href="http://www.frontnational.com/?p=6815"&gt;son soutien sans ambage&lt;/a&gt; à ceux qui, le lendemain, s'armeraient de masse et de pioche pour aller détruire quelque chose qu'ils ne comprenaient pas. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les manifestants catholiques ont beau se plaindre du "deux poids, deux mesures", arguant que l'on défend mieux l'Islam que leur religion : l'acte de destruction qu'ils ont perpétré ne sera pas interprété comme un signe de l'incompatibilité totale de toute leur religion avec les "valeurs de la République". On ne remettra pas en cause leur position en France, et sans doute reconnaîtra-t-on sans difficulté qu'il n'y eu là que l'acte isolé de quelques extrémistes et que cela ne remet nullement en cause ni la religion ni la portée de son message. Qu'ils le veuillent ou non, le christianisme est la seule religion en France qui peut ainsi toujours éviter d'être confondues avec ses extrêmes - &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2009/11/david-douillet-est-il-francais.html"&gt;rien de nouveau sous le soleil, il faut bien le dire&lt;/a&gt;. Qu'importe la destruction d'une œuvre d'art, certains ne se sentiront pas gêner pour continuer à faire l'apologie des "racines chrétiennes" de la France. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y a peut-être plus étonnant ou plus choquant. Si l'on reprend les articles et les réactions qu'a suscité les manifestations catholiques contre "Piss Christ", ce qui étonne ou, du moins, ce qui devrait étonner, c'est la solitude de cette œuvre : il n'est pas trouvé grand monde, dans la presse, pour tenter de la défendre, ou même seulement de l'expliquer. Personne n'a seulement posé la question du sens de la photographie, personne n'a essayé même d'en expliquer ou d'en comprendre la portée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les nombreuses leçons que l'on peut tirer du maître-ouvrage d'Howard Becker sur &lt;i&gt;Les mondes de l'Art&lt;/i&gt;, il y a celle-ci : une œuvre d'art est fondamentalement quelque chose de fragile, quelque qu'en soit la nature, quelque qu'en soit la forme. Qu'est-ce qui fait une œuvre en effet ? C'est toujours, nous dit Becker, des discours, des justifications, des théories. Elle n'existe pas par elle-même, elle n'existe même pas dans l'objet qu'elle peut, dans certains cas être, comme le support photographique. Elle existe en tant qu’œuvre d'art parce qu'elle est intégré à un monde de l'art, lequel produit une esthétique, c'est-à-dire un discours et des conventions venant en justifier l'existence. C'est cela qui fait que tout peut devenir art, même un urinoir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-ti7IakJnfW8/Tavou6F09BI/AAAAAAAAAKs/ZJ6Rwp03O6U/s1600/marcel_duchamp_fontaine_1919-194f5.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="337" src="http://1.bp.blogspot.com/-ti7IakJnfW8/Tavou6F09BI/AAAAAAAAAKs/ZJ6Rwp03O6U/s400/marcel_duchamp_fontaine_1919-194f5.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Si l'on peut parler d’œuvre pour le célèbre &lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt; de Duchamp, c'est précisément parce qu'il existe un discours, une théorie qui le justifie en tant qu’œuvre, parce qu'il a pu être replacé dans l'histoire de l'art. Mais on oublie trop facilement l'autre projet de Duchamp, jamais mis en œuvre : celui d'utiliser une toile célèbre comme planche à repasser, inverser le &lt;i&gt;ready-made&lt;/i&gt;, refaire de l'art un objet. C'est ce que souligne en creux tant le travail du sociologue que celui de l'artiste, c'est qu'il suffit que le discours qui institue l'art en tant que tel cesse pour que celui-ci soit ravalé à un rang autre, et puisse donc être traité de la sorte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Or on est bien en peine de trouver quelques tentatives de défendre "Piss Christ" en tant que tel. Rien, dans la presse ou dans les déclarations qui ont été faites autour des manifestations d'Avignon, n'a tenté d'expliquer et de justifier le geste de Serrano de tremper un petit crucifix en plastique dans sa propre urine et d'en prendre une photo. Le champ libre était donc laissé aux extrémistes pour en proposer et en imposer leur propre sens et leur propre lecture : celle d'un blasphème. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant d'autres interprétations étaient possibles, et même une simple consultation de la page Wikipedia peut le laisser entrevoir. On peut y lire ceci : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Sister Wendy Beckett, an art critic and Catholic nun, stated in a television interview with Bill Moyers that she regarded the work as not blasphemous but a statement on "what we have done to Christ": that is, the way contemporary society has come to regard Christ and the values he represents.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Étrangement, on pouvait trouver une traduction de ce passage sur la version française jusqu'à hier. Elle a aujourd'hui disparu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais qui s'est intéressé à cela ? Qui s'est intéressé au fait qu'Andres Serrano se dise lui-même chrétien ? Qui s'est intéressé à la charge critique que pouvait avoir cette photo quant à la modernité, quant au sacré, quant à la religion, quant au monde qui nous entoure ? Qui a essayé de replacer cela dans l'histoire de l'art, en faisant le lien par exemple avec les nombreuses représentations du christ qui n'ont longtemps qu'était une façon pour les artistes de représenter, de façon parfois érotisé, des corps nus voire de la souffrance ? Qui a essayé de montrer les liens qui peuvent exister avec une histoire de la photographie où le jeu avec les immersions et les couleurs est un processus ancien ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'on regarde la presse et le débat public des dernières semaines, la réponse est simple : personne. &lt;a href="http://www.liberation.fr/societe/01012331772-l-artiste-doit-il-etre-irrespectueux"&gt;On s'est interrogé vaguement sur la position de l'artiste&lt;/a&gt;, mais pas sur la réception par le public. Qu'on le veuille ou non, ce silence a fragilisé l’œuvre, et il continuera à fragiliser l'art. Il a laissé la place aux extrémistes pour imposer leur propre interprétation de l’œuvre, celle d'un blasphème. Voilà la seule interprétation qui a été proposé au public de cette photo : celle d'un blasphème qui excite les milieux conservateurs de tout poil. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis pas en train de dire qu'il aurait suffit que l'on explique tout cela aux catholiques qui faisaient leurs prières dans la rue pour sauver "Piss Christ" : on ne peut pas discuter avec ceux qui sont abrutis par la haine. Mais il n'en reste pas moins que pour le reste du public, il ne restera de cette affaire que cet épilogue : des catholiques ont détruit la photo d'un crucifix dans un pot d'urine. L'enjeu de l'art et donc l'art lui-même sont passé à la trappe. On ne comprends pas ce qui s'est réellement passé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les néo-conservateurs français s'en prennent pourtant de plus en plus à l'art, et spécifiquement à l'art contemporain. Ce sont eux qui protestent à chaque fois que celui-ci investit Versailles, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/10/lart-contemporain-et-le-kilt-ecossais.html"&gt;inventant de toutes pièces une tradition pour un lieu qui a toujours accueilli l'art contemporain&lt;/a&gt;.  C'est qu'ils ont, eux aussi, une théorie esthétique : on peut la trouver dans le communiqué de presse du Front National sur l'affaire qui nous occupe, même si elle s'exprime également à d'autres occasions : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Cette abjection n’est pas seulement odieuse ; elle est minable. Comme tant d’autres, elle ne traduit que l’incapacité de son auteur à créer de la beauté, ce qui est pourtant la finalité du travail de l’artiste. Ici l’ « artiste » Andres Serano n’a trouvé que ce moyen de se venger ainsi de sa propre impuissance.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Pour les extrémistes, l'art, c'est le beau. Et le beau définit par eux. Cette définition peut d'autant plus avoir du succès qu'elle a l'aspect de l'évidence. Mais elle signifie aussi que l'on abandonne tout art qui dénonce, tout art qui fait réfléchir, tout art qui se donne d'autres questions que celles de la pure recherche formelle. En fait, à peu près tout ce qui fait la dynamique de l'art, pas seulement de l'art contemporain. Symboliquement, la soif de destruction du commando catholique s'est étendu à une autre photo : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-qlEz2jFihBc/TavnH_gHwhI/AAAAAAAAAKk/2eOBr_DeGFE/s1600/serrano2.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://4.bp.blogspot.com/-qlEz2jFihBc/TavnH_gHwhI/AAAAAAAAAKk/2eOBr_DeGFE/s400/serrano2.jpg" width="329" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Photo empruntée &lt;a href="http://thesisters-diary.blogspot.com/2011/02/un-petit-tour-la-mep-par-hayley.html"&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Face à cela, il n'y a malheureusement pas grand monde qui ait pris la parole. Et pas seulement dans cette affaire. L'habitude française est de croire que l'art se suffit à lui-même, qu'il suffit de mettre le public devant les œuvres pour qu'il soit touché et qu'il les apprécie. C'est sur cette base que se construisent nos musées, nos programmes d'éducation artistique, nos politiques culturelles et notre débat public. Cette idée est on ne peut plus fausse : tout art fait l'objet d'un apprentissage. On apprend à reconnaître les tableaux classiques comme étant de l'art en voyant leurs nombreuses reproductions dans les manuels scolaires : si cela ne conduit pas forcément à les apprécier, tout au moins retient-on qu'il s'agit bel et bien d'art, et qu'il mérite d'être défendu. Il n'en va pas de même pour l'art contemporain, qui doit être soit transmis par la famille soit conquis au prix d'un apprentissage ou d'une conversion bien moins encadrée. Et c'est cela qui fragilise les œuvres. Et c'est cela qui peut faire le lit des extrémismes quant on ne donne pas les clefs au public pour comprendre les œuvres auxquelles il se confronte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une telle violence aurait-elle été possible s'il n'existait pas une certaine coupure entre l'art contemporain et une partie importante de la population ? Peut-être pas. Mais cette coupure ne doit pas être attribuée aux œuvres elles-mêmes qui ne sont ni plus ni moins ésotériques que ne peut l'être n'importe quelle représentation classique du Christ sur la croix. Elle repose avant tout sur le refus ou la négligence de défendre l'art contemporain auprès du public, si ce n'est en montrant les œuvres sans jamais les expliquer. On laisse ainsi le champ libre à tous ceux qui promettent le royaume des cieux à ceux qui ne comprennent pas des choses que l'on ne veut pas leur expliquer. C'est peut-être là la leçon qu'il faudrait retenir de cette affaire : la lutte contre les extrêmes passe aussi par la lutte esthétique. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2917681687864762598?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2917681687864762598/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2917681687864762598' title='10 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2917681687864762598'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2917681687864762598'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/04/bienheureux-les-simples-desprit.html' title='Bienheureux les simples d&apos;esprit...'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-4wOXmp2oKeU/TavPjff2m7I/AAAAAAAAAKM/xrwihhVyZ-4/s72-c/Piss_Christ_by_Serrano_Andres_%25281987%2529.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>10</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2108339905511663179</id><published>2011-03-28T07:00:00.006+02:00</published><updated>2011-03-28T07:00:02.855+02:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la déviance'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Photos de vacances'/><title type='text'>Scènes de la lutte politique dans des toilettes publiques</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La sociologie a ce défaut qu'elle finit rapidement par contaminer tous les aspects de votre vie, au point qu'il peut être difficile d'arrêter de regarder le monde sous cet angle. Même lorsque l'on se rend dans un lieu normalement dédié à la satisfaction de bien naturels besoins. Certains y voient des signes divers d'&lt;a href="http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&amp;amp;id_article=26941"&gt;inégalités&lt;/a&gt; ou de &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2010/09/02/guest-post-go-where-sex-gender-and-toilets/"&gt;sexisme&lt;/a&gt;. Pour ma part, dans la continuité de ce que j'ai pu &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/politique-des-espaces-publics-changer.html"&gt;écrire récemment&lt;/a&gt;, j'ai vu dans des toilettes récemment visité un espace d'expression politique. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;C'est en me rendant dans la bibliothèque d'une grande école parisienne que je suis tombé par hasard sur quelques graffitis qui m'ont réfléchir. Commençons tout d'abord par poser les choses, afin de rendre le propos aussi vérifiable que possible. L'objet du délit se trouve donc situé au 30 rue Saint-Guillaume dans le 7ème arrondissement de Paris, au premier étage du bâtiment - et, pour des raisons évidentes, je n'ai visité que le côté réservé aux hommes. Voici une photo générale (oui, sortir son appareil photo dans un tel lieu peut sembler étranger, mais c'est aussi ça, d'être &lt;a href="http://coulmont.com/blog/2011/03/27/combien-de-temps-combien-de-temps/"&gt;sociologue&lt;/a&gt;) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-puF729LPZ80/TYzvdtA5DKI/AAAAAAAAAIg/ydN9Th8iNtM/s1600/scpopo%2B005.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="300" src="http://2.bp.blogspot.com/-puF729LPZ80/TYzvdtA5DKI/AAAAAAAAAIg/ydN9Th8iNtM/s400/scpopo%2B005.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Cliquez sur les images pour les voir en plus grand&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;A priori, rien de bien folichon. Des tags dans les toilettes, ce n'est pas exactement ce que l'on peut appeler une découverte sociologique de première ampleur. Et j'ai traîné mes guêtres dans suffisamment d'établissements d'enseignement, secondaires ou supérieurs, pour ne pas m'étonner outre mesure de la présence de quelques graffitis. Alors pourquoi ceux-ci ont-ils retenus mon attention ? Observons de plus près : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-XOJfPqseu5E/TYzv_C6h6sI/AAAAAAAAAIo/aDZ0h2-o-JI/s1600/scpopo%2B002.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="300" src="http://4.bp.blogspot.com/-XOJfPqseu5E/TYzv_C6h6sI/AAAAAAAAAIo/aDZ0h2-o-JI/s400/scpopo%2B002.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il ne s'agit pas des habituels petites annonces invitant à des échanges que Benoit XVI réprouve, mais d'un véritable dialogue politique qui s'est visiblement instauré entre plusieurs participants. Un tag originel, en noir, peut-être distingué au centre : il liste une série de grandes dates historiques, toutes renvoyant à des révolutions ou révoltes françaises - de 1793 (étrange d'ailleurs de choisir la Terreur comme point de référence) à 1968 - et se termine par un "2011" accompagné d'un point d'interrogation. La signification ne demande donc pas d'avoir fini son cursus dans la maison pour être saisie. Mais au cas où, l'auteur a cru bon de rajouter "la commune refleurira".  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce premier message me fascine pourtant. Habitué à chercher à expliquer les comportements des individus, celui-ci, le fait de laisser à cet endroit une marque écrite, et celle-là en particulier, me pose quelques problèmes. Difficile d'y voir l'intérêt quand le gain d'un tel message, anonyme qui plus est, est de l'ordre du zéro absolu. Difficile aussi d'y voir, simplement, le sens prêté par l'auteur à sa propre action. C'est donc de là dont je suis parti, de la difficulté de comprendre l'expression politique par les tags dans les toilettes publiques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait d'abord essayer de rationaliser tout cela en se tenant compte de l'institution où cette forme d'expression prend place. Que les étudiants qui fréquentent le plus cette bibliothèque fassent sciences popo, ça pourrait ne pas être si étonnant (désolé, il fallait que je fasse ce jeu de mot). Il me semble cependant que la chose est ici un peu différente de ce qui peut se faire le plus souvent. Fions-nous pour cela à une source inattaquable, à savoir le Guide du Routard de l'IEP de Bordeaux, édition 2005-2006, création de &lt;a href="http://www.facebook.com/pages/Mie-de-Pain-et-D%C3%A9mocratie/155735724108"&gt;Mie de Pain et Démocratie&lt;/a&gt;, journal simple et funky auquel j'ai eu l'honneur et la joie de participer en mon jeune temps. Voilà ce que l'on peut lire dans une rubrique consacrée aux toilettes de l'institut de Pessac (le texte n'est pas de moi, mais probablement de Choléra ou de Bartabas, je ne suis plus sûr) : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Vous avez le temps de repérer les meilleurs citations. Dans mon meilleur de (je me refuse à parler de best of, parce que j'aime pas le McDo), citons le mythique : "- M. Le tapon est professeur d'économie ? - Héron, Héron, petit, pas Tapon", le grinçant "Sardin m'a tuer", le facile "Institut de l'Eradication de la Pensée", le philosophique "Dieu est mort (Nietzsche)/Nietzsche est mort (Dieu)", ou encore le suréaliste "message de l'Amicale des bouchers girondins"...&lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Florilège rigoureusement authentique (je le sais, j'y étais), et qui laisse à penser que, si dans ces lieux de haute tenue intellectuelle, on préfère tutoyer les hautes sphères de la pensée plutôt que d'y rechercher quelques partenaires d'un soir, on y exprime d'abord des messages à caractère humoristique (d'une folle drôlerie, il faut bien le dire) plutôt que des incitations à la mobilisation politique. On a d'ailleurs un exemple sur la photo ci-dessus avec le "Mieux vaut chier à la bibli ici que bosser à l'Apple Store en face" (je vous avais prévenu, on se bidonne grave).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On notera toutefois qu'un certain nombre de ces graffiti, tant ceux relevés à Bordeaux que les parisiens que je commente ici, ont pour thème la dévalorisation de l'institution dans laquelle les étudiants se sont pourtant plus ou moins battu pour rentrer (voir l'image suivante, qui a subit une rotation de 90° pour être plus lisible). Ce type d'expression se comprend plus facilement, parce qu'elle est finalement assez classique dans la pratique du graffiti. Porter un regard désabusé ou humoristique sur l'environnement dans lequel on évolue est presque la raison du graffiti depuis qu'il a dépassé le stade du simple tag, c'est-à-dire de la simple signature. S'exprimer dans les toilettes a dès lors du sens. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-xyVIShz1eng/TYz8JFZ8BqI/AAAAAAAAAI4/qImDJ5IGJYA/s1600/scpopo%2B007.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-xyVIShz1eng/TYz8JFZ8BqI/AAAAAAAAAI4/qImDJ5IGJYA/s400/scpopo%2B007.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour un slogan politique plus radical, les choses sont encore un peu difficile à comprendre. Continuons donc à observer le mur en question. Comme on peut le voir, le premier graffito et son invitation à la révolte populaire n'est pas resté sans répondre. On peut tenter de reconstituer une chronologie. Un deuxième intervenant, armé d'un marqueur violet, lui a fait une première réponse par un commentaire laconique sur chaque date, concluant que l'on était pas "parti pour" le refleurissement de la commune, avec visiblement quelques regrets au bout de la plume. Vient ensuite un commentaire du commentaire au-dessus, relié au premier par d'autres flèches. Et en même temps, ou après, ou avant - il devient difficile de reconstituer la séquence - d'autres remarques soit sur les réponses, soit sur le débat lui-même (voir photo suivante). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-uK1xSpPT8jI/TYz32kKheKI/AAAAAAAAAIw/oyAxJfTOmaY/s1600/scpopo%2B003.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-uK1xSpPT8jI/TYz32kKheKI/AAAAAAAAAIw/oyAxJfTOmaY/s400/scpopo%2B003.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voici donc cet innocent mur de toilette transformé en lieu de débat politique, où l'on s'affronte avant tout sur la définition des évènements et le sens à leur prêter - définir si les dates évoquées sont, ou non, de "vraies" révolutions, de vraies révoltes. L'actualité, d'ailleurs, intervient assez vite dans cet affrontement. Trois semaines après avoir pris la première photo, je suis retourné au même endroit pour découvrir qu'un nouvel intervenant avait pris part à la discussion. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-MuDzhvTUXLU/TYz897uHhiI/AAAAAAAAAJA/_836Gr9JPwI/s1600/scpopo%2B010.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-MuDzhvTUXLU/TYz897uHhiI/AAAAAAAAAJA/_836Gr9JPwI/s400/scpopo%2B010.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le stylo bille noir pense que les révoltes dans le monde arabe constituent le soulèvement tant attendu pour l'année en cours. Ce point est important. Il témoigne qu'il ne s'agit pas simplement de réactions rigolardes à quelqu'un qui aurait le mauvais goût de s'exprimer dans les toilettes, mais bien d'un dialogue politique : il y a des gens qui discutent d'un sujet, et d'autres qui commentent leurs discussions, éventuellement en s'en moquant ou en remettant en cause sa légitimité ou sa forme. C'est exactement ce qui se passe quotidiennement dans le débat public français. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pourquoi répondre au message original ? Pourquoi prendre la peine d'interrompre ou de prolonger son passage aux lieux d'aisance pour ajouter une intervention à un débat dont on n'est même pas sûr qu'il s'agisse bien d'un dialogue ? Alors que l'on n'a aucune certitude, loin de là, que celui à qui on s'adresse verra la réponse qu'on lui fait ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut supposer que c'est la forme écrite du message qui suscite la réponse, ce qui verse de l'eau au moulin d'une performativité de l'écrit. C'est parce que le message est là, parce qu'il n'est pas une parole qui s'envole mais un écrit qui reste, parce qu'il acquiert, en étant transformé en partie d'un environnement quotidien, une certaine permanence qu'il appelle à une réponse. On ne se sentirait pas obliger de faire la leçon à quelqu'un qui, se présentant dans le hall de la bibliothèque, crierait haut et fort la même série de date et la même conclusion. On se contenterait sûrement d'attendre qu'il soit mis dehors manu militari et on le considérait comme fou. Mais à celui qui prend la peine d'écrire le message sur un mur, même celui le moins considéré du monde, on se sent obligé de répondre, nonobstant le fait que son geste n'en est peut-être pas moins fou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la force de l'écrit n'est pas une explication suffisante. En effet, il y a dans ces mêmes lieux, d'autres messages écrits qui ne suscitent pas de réponses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-mr59cZlY4ac/TY0Cl-3c-NI/AAAAAAAAAJI/OSdZ8Iy5fmM/s1600/scpopo%2B008.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://3.bp.blogspot.com/-mr59cZlY4ac/TY0Cl-3c-NI/AAAAAAAAAJI/OSdZ8Iy5fmM/s400/scpopo%2B008.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Faut-il donc chercher l'origine de la réponse dans le contenu du message, dans quelque caractéristique grammaticale des propos tenus qui serait de nature à susciter une réponse ? C'est douteux. Le message d'où tout est parti est assez péremptoire. S'il contient un point d'interrogation, celui-ci n'est que rhétorique, et d'ailleurs les premières réponses n'ont absolument pas porté sur celui-ci. Il faut donc qu'il y ait autre chose. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La meilleure explication que je puisse trouver est la suivante. Les graffiti ont toujours été une pratique profondément agonistique, c'est-à-dire une forme de lutte et d'affrontement par l'écriture. L'objectif des premiers taggers étaient de laisser leur "signature" partout, y compris dans des endroits que les autres ne pouvaient pas atteindre - par exemple, les métros new-yorkais. Il s'agit toujours de se mesurer aux autres. On peut se reporter par exemple à ce passage de&lt;a href="http://www.amazon.com/Street-Art-Revolution-Cedar-Lewisohn/dp/0810983206"&gt; &lt;i&gt;Street Art. The graffiti revolution&lt;/i&gt; de Cedar Lewishon&lt;/a&gt;, où ce dernier interviewe la &lt;i&gt;graffiti writer&lt;/i&gt; Lady Pink :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Cedar : From 1975 to when you started in 1979, graffiti expanded incredibily fast from just being very basic tags to being this fully formed art form. Why do you think it developed so quickly ?&lt;br /&gt;Lady Pink : Because of the competition in the different boroughs. The subway trains would travel from Brooklyn to the Bronx and people would challenge each other, not verbally or physically, but for better work, bigger work, more work. &lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;C'est à une forme d'affrontement assez proche que l'on assiste sur le mur qui nous intéresse : on rivalise d'à propos, d'esprit ou même de culture, comme en témoigne le texte de Chateaubriand apparaisant sur la photo suivante : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-coshvovmB40/TY4jxP8XqwI/AAAAAAAAAJQ/Un4uL-7D928/s1600/scpopo%2B012.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://4.bp.blogspot.com/-coshvovmB40/TY4jxP8XqwI/AAAAAAAAAJQ/Un4uL-7D928/s400/scpopo%2B012.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On y voit aussi la façon dont des mots d'esprit, dont je laisse chacun seul juge de la qualité et de la profondeur, viennent se mêler aux commentaires sur le message originel. On est bien dans une forme d'affrontement, et c'est cette relation particulière qui est à l'origine des différents tags, c'est la lutte qui donne la motivation suffisante pour rentrer dans le jeu, braver l'interdiction d'écrire sur les murs pour apporter son trait d'esprit au débat. Et cet affrontement découle avant tout de la forme du message : c'est parce que celui-ci est inscrit sur un mur que ce type de relation se met en place entre les participants. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, les premiers graffiti, en se présentant sous une forme humoristique, changent la signification du mur et font de lui un lieu d'affrontement. Le reste découle naturellement de cette redéfinition de l'espace des toilettes en espace politique et en espace de lutte. La série de dates s'inscrit ainsi dans cette logique : puisque le lieu existe en tant qu'espace d'expression et d'affrontement, autant proposer un message guerrier, qui n'appelle pas tellement de réponses mais sonne plutôt comme une prévision ou un défi, en tout cas, quelque chose qu'il faut mettre à l'épreuve. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est sûr cependant que n'importe quel espace ne peut pas être redéfini ainsi. D'ailleurs, il existe d'autres pratiques de graffiti au sein de la même institution (cf. photo suivante). Celles-ci, parce qu'elles sont plus aisées à contrôler par ceux qui exercent un pouvoir sur l'espace, ne peuvent être subverties de la même façon. Il faut également tenir compte du fait que les murs des toilettes sont définis comme des lieux potentiels d'expression depuis bien longtemps. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-bc60XS21ef8/TY4m-OzuwZI/AAAAAAAAAJY/TP6NDl-gNXU/s1600/scpopo%2B004.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="300" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-bc60XS21ef8/TY4m-OzuwZI/AAAAAAAAAJY/TP6NDl-gNXU/s400/scpopo%2B004.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On pourrait penser qu'une réflexion sur les murs des toilettes, fussent-elles susceptibles de recevoir les postérieurs de futurs leaders politiques, ne mérite pas une heure de peine. Mais il y a peut-être des leçons plus générales à en tirer. A commencer par celle-ci : parce qu'il est défini comme un lieu d'affrontement, ce mur n'est pas un lieu de dialogue ou de débat, pas un espace où l'on n'essaye de convaincre l'adversaire mais l'où on essaye avant tout de l'humilier et de le ridiculiser aux yeux d'un public que l'on ne rencontre vraiment jamais. Or, de quelle façon est défini le débat politique plus classique si ce n'est celle-là ? Si l'on trouve parfois que le débat public n'a pas la qualité qu'il devrait avoir, il faut peut-être moins en chercher la raison dans les caractéristiques de ce qui y prennent part que dans la façon dont ils s'affrontent. C'est sans doute la restitution de leurs paroles sous une forme écrite ou enregistré, dans la presse écrite, puis dans la télévision et aujourd'hui, encore plus, via Internet, qui conduit à cette forme de lutte qui, finalement, n'est peut être pas si différente de ce qui se passe ici, dans ces lieux d'aisance...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2108339905511663179?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2108339905511663179/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2108339905511663179' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2108339905511663179'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2108339905511663179'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/scenes-de-la-lutte-politique-dans-des.html' title='Scènes de la lutte politique dans des toilettes publiques'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/-puF729LPZ80/TYzvdtA5DKI/AAAAAAAAAIg/ydN9Th8iNtM/s72-c/scpopo%2B005.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-9027915525239545874</id><published>2011-03-17T07:00:00.002+01:00</published><updated>2011-03-17T07:51:01.048+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la mondialisation'/><title type='text'>De la pédagogie en politique</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le désormais fameux sondage Harris, &lt;a href="http://politbistro.hypotheses.org/1107"&gt;à défaut d'avoir quelque pertinence&lt;/a&gt;, a au moins joué son rôle : celui de lancer la campagne électorale de 2012 (ou au moins de l'avoir officialisé, car elle a plus probablement démarré le 7 mai 2007) et d'en fixer la &lt;a href="http://culturevisuelle.org/totem/1170"&gt;narration&lt;/a&gt;. La question du &lt;a href="http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2011/03/09/Les-trois-moteurs-de-la-menace-Le-Pen"&gt;Front National&lt;/a&gt; est malheureusement destinée à faire de la question de l'immigration une des thématiques centrales du débat politique des prochains moins. Encore... Mais les commentateurs commencent à traduire cela sous la forme d'une "inquiétude des Français" face à la mondialisation. On peut souligner que, par rapport à celle-ci, la classe politique française fonctionne généralement selon un deux poids, deux mesures : d'un côté, la "pédagogie", de l'autre, la "réponse aux inquiétudes des Français".&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;D'un côté, il y a la mondialisation de l'économie, sa concurrence internationale et surtout celle des travailleurs entre eux, sa mobilité des capitaux, sa nécessité d'être "compétitif", son incitation, devant laquelle on ne peut guère reculer, à "réformer" le système français, particulièrement en ce qui concerne la protections sociale, pour le mettre à l'heure du monde. Face à cette mondialisation-ci, la forme d'approche politique qui s'est imposée a été celle de la "pédagogie" : il faut expliquer aux Français que le monde a changé et que pour survivre dans ce nouveau contexte, ou tout au moins maintenir sa place et sa situation, il faut consentir à quelques sacrifices plus ou moins important. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De l'autre, il y a une mondialisation complémentaire à la première, celle des hommes et des femmes, ceux qui quittent leurs pays pour aller travailler ailleurs. Non moins ancienne que la première (sans doute même plus), elle en partage certains traits, comme une invisibilisation partielle - on fait plus attention aux déplacements des pauvres qu'à ceux des riches comme on fait plus attention à certains mouvements de capitaux qu'à d'autres. Tout au moins ne les voie-t-on pas sur le même mode : il faudrait attirer les riches et empêcher les pauvres de rentrer. Comme la précédente, elle est vécue sur le mode de la menace pour  notre pays. Mais la réaction politique a été tout autre : plutôt que de tenter d'expliquer aux Français ce qu'il en est, il faut "répondre à leurs inquiétudes" sans les remettre en question. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, on pourrait traiter politiquement la mondialisation humaine comme on traite la mondialisation économique (la distinction entre les deux étant d'ailleurs douteuse). On pourrait expliquer, par exemple, seulement par exemple, que &lt;a href="http://www.repid.com/Le-temps-des-immigres.html"&gt;la France est très loin d'être le pays qui reçoit le plus de migrants en Europe&lt;/a&gt;. Que accueillir l'immigration ne revient pas, &lt;a href="http://obouba.over-blog.com/article-10418186.html"&gt;selon une formule trop souvent entendue et mal comprise&lt;/a&gt;, &lt;a href="http://www.ined.fr/fichier/t_publication/482/publi_pdf1_pop_et_soc_francais_397.pdf"&gt;à accueillir "toutes la misère du monde"&lt;/a&gt;. Que la misère, le chômage et leurs cortèges de difficultés qui frappent certains quartiers doivent moins à l'immigration qu'à la ségrégation urbaine, l'enfermement scolaire et social, et autres, bref à ce qui se passe ici et maintenant et qui frappe des personnes qui sont aussi française que moi plutôt qu'à une vague frappant depuis l'extérieur. Qu'il faudrait peut-être aussi réfléchir sur les conditions d'accueil et d'arrivée, et que même Hughes Lagrange est d'accord avec ça. En un mot, on pourrait faire preuve de "pédagogie" et expliquer aux Français quels sont les vrais enjeux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait, mais on ne le fait pas. Au contraire, celui qui s'y risquerait prendra toujours le risque de se voir reprocher un "angélisme" de mauvais aloi, de refuser de répondre aux angoisses des Français, voire de mépriser ceux-ci par "parisianisme" ou je ne sais quoi. Autant de reproches que l'on ne fera pas à celui qui voudra défendre que ces mêmes Français doivent accepter le jeu de la mondialisation économique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce point nous rappelle que les "problèmes politiques" ne s'imposent jamais tout seul, simplement parce qu'ils sont problématiques. Ils font toujours l'objet d'une lecture de la part de la classe politique. On me dira sans doute que, même si tous et toutes décidaient demain que l'on peut ignorer la mondialisation économique, celle-ci n'en cesserait pas moins d'exister et d'imposer certaines défis à la France, à sa situation économique et à sa politique du même tonneau. Et on aura raison de le dire. Mais de la même façon, continuer à lire les problèmes d'insécurité comme se ramenant à des problèmes d'immigration n'empêchera jamais que ceux-ci aient d'autres origines. On ne réglera pas les problèmes de ségrégation urbaine, par exemple, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/09/lentetement-therapeutique-comme.html"&gt;en retirant la nationalité aux Français par acquisition ayant commis certains crimes...&lt;/a&gt; Et pourtant, c'est ce que l'on continue à faire. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/09/lorsque-lethique-de-responsabilite.html"&gt;En le faisant passer pour une attitude responsable qui plus est&lt;/a&gt;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux topiques du débat politique donc : la "pédagogie" et la "réponse". Mais pourquoi l'une parvient-elle à s'imposer dans certains domaines tandis que l'autre domine sur certaines questions ? Comment expliquer leur répartition dans le débat public ? Surtout que l'on pourrait s'attendre à ce que la "réponse aux inquiétudes des Français" ait une popularité plus grande auprès de ceux qui veulent séduire "l'opinion publique" (&lt;a href="http://ethis-e.blogspot.com/2011/03/lopinion-publique-nexiste-toujours-pas.html"&gt;qui n'existe toujours pas, par ailleurs&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute faut-il revenir à la question de &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/politique-des-espaces-publics-changer.html"&gt;l'activité politique elle-même, et au fait qu'elle consiste le plus souvent à qualifier des évènements d'une certaine manière&lt;/a&gt; : les hommes politiques ne sont jamais que désigner ce contre quoi on peut lutter et ce que l'on doit accepter. Mais pour que ces tentatives de qualification soient acceptés, il faut pouvoir en donner des "preuves" - même faussées. Difficile d'obtenir des résultats en matière économique : difficile, donc, de tenter la topique de la "réponse". La "pédagogie" est donc une ressource. Il est plus facile, en revanche, d'exposer des résultats en matière d'immigration, qu'il s'agisse de lois ou d'arrestation. La "réponse" peut donc pleinement jouer. Derrière cette question, il y en a une autre, plus profonde : &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/05/crise-mondialisations-et-etats.html"&gt;celle du pouvoir des Etats, de ce sur quoi ils peuvent encore jouer&lt;/a&gt;. Rien que ça. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-9027915525239545874?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/9027915525239545874/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=9027915525239545874' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/9027915525239545874'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/9027915525239545874'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/de-la-pedagogie-en-politique.html' title='De la pédagogie en politique'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-2347182475277791638</id><published>2011-03-14T07:00:00.021+01:00</published><updated>2011-03-14T08:07:42.282+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du corps'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la culture'/><title type='text'>Sexe, marchés et jeux vidéo</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Sur le blog Sociological Images, &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2011/03/04/cultural-proliferation-and-boob-inflation-2/"&gt;un post s'intéresse à l'inflation poitrinaire de certaines héroïnes de jeux vidéo&lt;/a&gt; (pour voir l'image, cliquez sur "lire la suite", bande de pervers). On pourrait en conclure à un sexisme très fort dans les jeux vidéo. Mais alors comment expliquer que ce même univers ait pu fournir quelques exemples d'héroïnes féminines beaucoup plus "positives" ? Pour le comprendre, il faut se pencher sur l'organisation du marché (attention : ce qui est après le saut est &lt;i&gt;No Safe for Work&lt;/i&gt; comme disent les anglo-saxons). &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-9YtfXUjoxSc/TXiCzl_4HPI/AAAAAAAAAHY/nJ9LmF982B0/s1600/14.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-9YtfXUjoxSc/TXiCzl_4HPI/AAAAAAAAAHY/nJ9LmF982B0/s400/14.jpg" width="289" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Si l'image ci-dessus peut avoir quelque chose de frappant, je doute pour autant qu'elle représente une transformation récente ou même une simple évolution dans le (plus si) petit univers des jeux vidéo. La mise en avant de personnages féminins plus ou moins sexualisés n'est pas franchement nouveau, et pourrait être considéré en la matière comme une tendance lourde. Il faudrait sans doute faire quelques statistiques, objectiver un peu tout cela, mais reconnaissons qu'il y a peu d'indices qui laissent à penser que ce soit là un phénomène récent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On pourrait donc penser que le monde des jeux vidéo est un univers sexiste où le corps des femmes est exploité afin de séduire une audience que l'on suppose à la fois masculine et hétérosexuelle - les sociologues américains parlent d'hétéronormativité, une notion plus rare dans la littérature française (et c'est bien dommage). Mais quand on y pense, les jeux vidéo mettent également en avant des personnages féminins forts, assez éloignés des stéréotypes de passivité trop souvent attaché aux femmes. Il y a certes un bon lot de princesses à sauver, mais même des "enlevées" professionnelles comme Peach ou Zelda ont pu être mise en scène de façon plus "musclée" : dans la série des Super Smash Bros, par exemple, elles maravent graves des tronches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-7O4Ncpm9XOY/TX0HHa-Fv_I/AAAAAAAAAIY/e1XRsPV0OTc/s1600/tumblr_l80hkbd8zK1qbkorzo1_500.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="300" src="http://2.bp.blogspot.com/-7O4Ncpm9XOY/TX0HHa-Fv_I/AAAAAAAAAIY/e1XRsPV0OTc/s400/tumblr_l80hkbd8zK1qbkorzo1_500.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Il est très difficile de trouver une image des deux personnages en train de combattre (&lt;a href="http://fuckyeahsmashbros.tumblr.com/post/2432678647/nintyfans-zelda-vs-princess-peach-by"&gt;pour la source de celle-ci, cliquez&lt;/a&gt;). On essayera de comprendre pourquoi plus loin dans le billet. &lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, Peach ne nous épargne la rositude et les poses stéréotypes - jusqu'aux coups de poêle à frire assénés sur la tête de l'adversaire... Zelda a aussi tendance à prendre une place de plus en plus active dans sa série : de simple "objet à sauver à la fin du palais" dans les premiers, elle est devenu guide du héros (travestie, certes, en homme) dans &lt;i&gt;Ocarina of Time&lt;/i&gt; ou chef d'un bateau pirate qui ne s'en laisse pas compter dans &lt;i&gt;The Wind Waker&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais d'autres personnages évitent même ces stéréotypes. L'exemple le plus fameux est celui de Lara Croft : une archéologue qui crapahute joyeusement dans la jungle, flingue des espèces en voie de disparition à tout va, court, saute, résout des énigmes, et renverrait volontiers Indiana Jones au rang de petit rigolo avec un fouet. On me dira qu'elle porte un mini-short et a une poitrine généreuse. Certes. Mais le mini-short peut sans doute se justifier quand on se balade dans des zones tropicales. Et vue les stéréotypes attachés aux femmes poitrinairement avantagées, le fait que le joueur ne la contrôle ni pour se dégoter un mec, ni pour choisir une trente-sixième paire de talons aiguilles, c'est déjà pas mal. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sans doute certains lecteurs se disent-ils, à ce stade, que je délire : considérer Lara Croft comme un personnage féministe ! Pourtant, dans le cadre du jeu, elle en a certains aspects. &lt;i&gt;Dans le cadre du jeu&lt;/i&gt;. C'est ça qui est important. Parce que lorsque les médias &lt;i&gt;mainstram&lt;/i&gt; se sont penchés (massivement qui plus est) sur le personnage, c'est ce genre d'image qui a été utilisé et diffusé :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-WBsz3AQBKZk/TXidT52kO1I/AAAAAAAAAHg/0b0J6S9iE18/s1600/lara-croft-nue-450x361.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="321" src="http://2.bp.blogspot.com/-WBsz3AQBKZk/TXidT52kO1I/AAAAAAAAAHg/0b0J6S9iE18/s400/lara-croft-nue-450x361.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Voici une Lara Croft ramenée au statut de simple mannequin de mode. Si les médias mainstream ont été très intéressés par le physique du personnage, ils ont été beaucoup moins empressés de se souvenir que pour être archéologue, il faut en avoir dans le ciboulot. Plus encore, l'attitude donnée au personnage dans ces représentations est beaucoup plus "sensible", ici avec un petit côté craintif : exit, donc, le côté aventurier et volontaire !  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour m'en référer toujours à Howard Becker et à ses mondes de l'art, pour sortir du monde du jeu vidéo et s'intégrer à celui des médias de plus grandes audiences - le premier &lt;i&gt;Tomb Raider&lt;/i&gt; date de 1997 rappelons-le - il a fallut se plier aux conventions de ceux-ci, aux règles et aux attendus de ceux qui peuvent contrôler l'accès des biens culturels à un public plus large : journalistes, presse, etc. Et ceux-ci ont été attiré et ont diffusé des images respectant les canons de la photo de mode et de la présentation sexualisé des femmes dans la presse, y compris la passivité des attitudes. Première leçon donc : l'exploitation du corps des femmes à des fins promotionnelles n'a pas à voir seulement avec une force "naturelle" de la sexualité sur les comportements d'achat, mais sur l'existence d'une structure et d'un système d'attentes de telles représentations dans le marché des biens culturels.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n'est pas le cas seulement pour Lara Croft. Pensons au personnage de &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dora_l%27exploratrice"&gt;Dora l'exploratrice&lt;/a&gt;. Certes la série peut sembler irritante d'un point de vue adulte avec son univers sucré, ses chansons simplistes et sa façon de s'adresser au spectateur. Il n'en reste pas moins que c'est l'un des seuls personnages féminins destinés aux enfants qui ne soit pas ultra-féminisé : pas de talons hauts, pas de petites jupes ou de piercing au nombril, pas d'intérêt pour la mode et les frivolités, mais un look adapté à son activité principale - l'exploration - dans laquelle elle n'a rien à envier aux hommes. Franchement, à choisir entre ça et certaines autres séries, je sais ce que je préférerais que mes futures filles regardent... (de toutes façons, je leur lirais &lt;i&gt;&lt;a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Equal_Rites"&gt;La Huitième Fille&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; de Pratchett, elles apprendront vite). Pourtant combien de fois les médias ont-ils mis l'accent sur ce côté finalement assez féministe de Dora ? Une fois de plus, ce sont les jouets et les autres produits dérivés qui, pour attirer l'attention, ont dû se plier aux normes du sexisme. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on peut aller plus loin. Regardons donc ce qui arrive à une autre héroïne du monde des jeux vidéo, pour le coup beaucoup plus ancienne que Lara Croft : j'ai nommé &lt;a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Samus_Aran"&gt;Samus Aran&lt;/a&gt;, héroïne de la série Metroid, peut-être l'une des figures les plus anciennement féministes en la matière. Samus est une chasseuse de prime de l'espace qui met régulièrement ses services à la disposition d'un gouvernement galactique en lutte contre les inquiétants Pirates de l'espace autour d'une race extraterrestres - les metroids - à exploiter à des fins militaires quand Samus serait plutôt prête à se débarrasser de cette menace. On le voit, on est très loin de &lt;a href="http://leapassion.fr.ubi.com/"&gt;Léa Passion Talons Aiguilles&lt;/a&gt;. D'ailleurs son apparence ne laisse aucun doute là-dessus : Samus n'est pas là pour la gaudriole. Voyez plutôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-k5B0-gH6XSI/TXqCUMGNUtI/AAAAAAAAAHo/0A6-ihLiO4c/s1600/8f022f3ecdf61ebcc54a85309f3da9b3.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="386" src="http://2.bp.blogspot.com/-k5B0-gH6XSI/TXqCUMGNUtI/AAAAAAAAAHo/0A6-ihLiO4c/s400/8f022f3ecdf61ebcc54a85309f3da9b3.jpg" width="333" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La série, d'ailleurs, s'abstient généralement de jouer sur la féminité de son héroïne. Celle-ci constituait une surprise dans le premier épisode de la série (sur NES), le joueur ne découvrant que dans une séquence finale où il fallait avancer sans l'armure, que le personnage qu'il contrôlait depuis le début était en fait une femme - ce qui interrogeait de façon très intéressante nos présupposés en la matière, puisque nous avons en effet tendance à penser qu'un personnage principal est, par défaut, un homme. Mais par la suite, il n'a pas été question de mettre en scène de façon caricaturale sa féminité : certains personnages l'appellent affectueusement "young lady" ou "princess" sans que cela ne conduisent à une dévalorisation puisqu'on la voit parler d'égale à égal avec eux, voire avec une position supérieure ; on ne lui a pas adjoint un petit copain ou un amoureux auquel elle serait prête à sacrifier sa vie de chasseuses de prime est son indépendance ; dans tous les épisodes, elle est le moteur de l'action et se caractérise par son sang-froid et son courage, pas par ses émotions "hystériques" (ce que Nintendo avait pourtant fait dans Super Princess Peach où les émotions de celles-ci, comme sa tendance à pleurer, étaient ses armes - image ci-dessous).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-Vz8AkxQd5d8/TXsy-Qb2MOI/AAAAAAAAAII/68E9mJIiiHI/s1600/super-princess-peach-20060227004708930.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://1.bp.blogspot.com/-Vz8AkxQd5d8/TXsy-Qb2MOI/AAAAAAAAAII/68E9mJIiiHI/s400/super-princess-peach-20060227004708930.jpg" width="267" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Certes, on me dira que, dans les premiers épisodes (en gros avant le passage à la 3D), Samus apparaissait en &lt;a href="http://metroid.wikia.com/wiki/Bikini"&gt;bikini&lt;/a&gt; dans les génériques de fin, pour peu que le joueur réalise certains objectifs (comme parvenir à la fin dans un temps donné), ce qui pouvait laisser penser qu'elle était une "récompense". Mais c'est assez secondaire par rapport à l'ensemble de la série. Et il faut remettre les choses dans leur contexte : je me souviens avoir toujours eu, à l'époque, une vraie attente vis-à-vis des scènes finales des jeux, espérant y voir, comme récompense, des images d'une qualité graphique supérieure à l'ensemble du jeu indépendamment de leurs contenus. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce personnage a fait l'objet de réappropriation de la part des joueurs. En tapant "Samus Aran" sous &lt;a href="http://www.google.com/images?oe=UTF-8&amp;amp;gfns=1&amp;amp;q=samus+aran&amp;amp;um=1&amp;amp;ie=UTF-8&amp;amp;source=univ&amp;amp;sa=X&amp;amp;ei=4IF6TauHNI-1hAeGj7DpBg&amp;amp;ved=0CDYQsAQ&amp;amp;biw=989&amp;amp;bih=410"&gt;Google Image&lt;/a&gt;, on peut en voir un exemple très concret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-NpdPKcBqzMA/TXyJo4FqXXI/AAAAAAAAAIQ/kEl_Xkbb1JY/s1600/SamusGoogle.JPG" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="234" src="http://4.bp.blogspot.com/-NpdPKcBqzMA/TXyJo4FqXXI/AAAAAAAAAIQ/kEl_Xkbb1JY/s400/SamusGoogle.JPG" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Ici, j'ai simplement tapé "Samus" (cliquez pour voir en plus grand).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Bon nombre des résultats sont des "fan-art", c'est-à-dire dans le jargon de la pop-culture, des dessins réalisés par des fans dans une perspective à la fois d'hommage et d'appropriation - les personnages pouvant être mis en scène dans des situations qui n'existent pas dans les œuvres originales. Concernant Samus, ceux-ci sont assez parlant. Reprenant  parfois &lt;a href="http://www.smashbros.com/fr/characters/zerosuit_samus.html"&gt;le personnage version "zero suit"&lt;/a&gt; (sans armure) tel qu'il apparaît à la fin de Samus Zero Mission (remake sur GameBoy Advance du premier jeu sur NES) et dans Super Smash Bros Brawl, parfois avec son armure, beaucoup de ces fan-art consistent en des "féminisation" d'une héroïne visiblement insuffisamment stéréotypés au goût des joueurs. Qu'on en juge :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/-AacTKyQ9_Qg/TXqDoT-wl_I/AAAAAAAAAHw/j5IH4_c4szg/s1600/samus_aran_corruption_by_reiq-2167675f57.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://2.bp.blogspot.com/-AacTKyQ9_Qg/TXqDoT-wl_I/AAAAAAAAAHw/j5IH4_c4szg/s400/samus_aran_corruption_by_reiq-2167675f57.jpg" width="283" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On retrouve, comme chez Lara Croft, la même adaptation des poses des mannequins, identifiées comme typiquement féminines. Au visage souvent austère et grave que présente Samus dans la plupart des épisodes - il s'agit d'une orpheline qui consacre sa vie au combat et à la violence, elle n'a de toutes évidences que peu l'occasion de se bidonner franchement - est substitué un air beaucoup plus avenant et séducteur, recherchant visiblement le regard d'un spectateur, probablement masculin. D'autres images transforment certaines de ses caractéristiques les plus guerrières en arguments érotiques :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-R35iWGARc-A/TXqD6NV2gsI/AAAAAAAAAH4/lOF5Y77kSYs/s1600/samus_aran.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-R35iWGARc-A/TXqD6NV2gsI/AAAAAAAAAH4/lOF5Y77kSYs/s400/samus_aran.jpg" width="320" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour les ignares qui n'ont jamais joué à un Metroid, il faut savoir que l'armure de Samus lui permet de se réduire en boule ("morphball" dans le jeu) et ainsi d'accéder à des lieux difficiles d'accès ou de déposer des bombes dévastatrices. Ici, c'est juste une occasion de spéculer sur sa vie sexuelle. D'autres choses existent avec son armure, qui se trouve elle aussi pouvoir être sexualisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'autres représentations sont plus radicales encore dans la sexualisation - et je n'ai pas voulut aller voir ce qui se passe sur des sites plus particulièrement pornographiques... En se tenant à une simple recherche sur Google, on trouve déjà plusieurs situations où elle apparaît attachée et ligotée (&lt;a href="http://coulmont.com/blog/2010/12/27/fantomette-heroine-ligotee-2/"&gt;un parallèle à faire avec Fantômette ?&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-1xaUwSuMJqs/TXqFWNmCT4I/AAAAAAAAAIA/ErDkVJzeNmw/s1600/untitled.bmp" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="400" src="http://3.bp.blogspot.com/-1xaUwSuMJqs/TXqFWNmCT4I/AAAAAAAAAIA/ErDkVJzeNmw/s400/untitled.bmp" width="290" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Image trouvée &lt;a href="http://www.gamekyo.com/blog_article255315.html"&gt;ici&lt;/a&gt; : évidemment, pour montrer qu'elle est l'une des "filles les plus sexy", il faut la montrer comme ça...&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Ce dernier cas est particulièrement éclairant. Samus apparaît incontestablement comme un personnage féminin fort, ayant même des caractères généralement attribués au masculin (le courage, la détermination, un certain refus des règles, une forte indépendance). Par certains aspects, on pourrait la juger comme "dominante". Mais ce n'est apparemment pas cet aspect qui est érotisée. Au contraire, c'est précisément par une re-féminisation, une "mise à sa place" en d'autres termes, que les "fans" (je met les guillemets parce que je trouve ce traitement d'un aussi beau personnage très décevant) se la réapproprient. Pour qu'elle puisse être classée parmi les "héroïnes les plus sexy", il faut qu'elle soit attachée : une femme ne peut pas être active et sexy à la fois...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà donc une deuxième leçon : la sexualisation des héroïnes n'est pas seulement le fait des producteurs de jeux vidéo ou des médias qui les entourent, mais également du public lui-même et de la façon dont il reçoit les biens qui lui sont proposés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Essayons maintenant de répondre à cette question : pourquoi utiliser la sexualité (celle des femmes donc) pour vendre des jeux vidéo ? Sur Sociological Images, l'explication est la suivante : c'est un moyen d'attirer le regard dans le flux continu de publicité que reçoit chaque jour le spectateur moyen. C'est donc la concurrence entre les différents produits - et la structure du marché - qui explique ce recours au sexe. Mais voilà : pourquoi recourir à cela et pas à autre chose ? Pourquoi ce choix particulier ? On pourrait passer par l'humour, par la violence - &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2008/05/grand-theft-auto-consommation-nest-pas.html"&gt;j'avais déjà analysé l'utilisation de la violence dans les jeux vidéo ici&lt;/a&gt; - ou autre chose. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le comprendre, je pense qu'il faut regarder le marché du jeu vidéo d'un œil sociologique. Cela signifie qu'il ne faut pas penser le marché comme la simple rencontre d'un offreur et d'un demandeur le temps d'un échange - ou ici la tentative de séduction d'un acheteur isolé par l'usage d'une imagerie sexuelle - mais tenir compte des relations qui peuvent exister entre les différents offreurs d'un côté, les différents demandeurs de l'autre, et entre les uns et les autres. Sur le marché du jeu vidéo, les biens font l'objet, une fois distribués, d'une intense circulation entre demandeurs. Ils sont objets de discussions et supports de relations : on joue ensemble, on se rassemble entre fans, on discute. Ces relations contribuent à reconstruire sans cesse le sens des biens : comme ces relations se sont historiquement d'abord établies entre garçons - pour toutes sortes de raisons sur lesquelles il serait trop long de revenir ici - elles sont un terreau favorable à la sexualisation illustrée par le cas de Samus Aran. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette circulation des biens culturels ne demeure pas silencieuse. Elle s'exprime au contraire de différentes façons, se donne à voir, et ce de plus en plus via Internet qui contribue à la rendre publique. Les producteurs peuvent facilement l'observer. Il faut ainsi tenir compte de la façon dont les offreurs prennent connaissance de la demande. Dans le cas des jeux vidéo, il serait intéressant d'étudier ce qui se passe dans les nombreux salons de jeux où il semble bien exister une ségrégation sexuelle relativement marquée, puisque les femmes y apparaissent, au moins dans les compte-rendus fait par la presse, essentiellement comme danseuses ou potiches aguicheuses, tandis que les hommes pourraient bien être sur-représentés dans les visiteurs et les journalistes (je ne parle même pas des équipes de production, de promotion et de distribution).  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est donc là, dans l'ensemble du fonctionnement du marché, que peut se trouver l'origine du sexisme dans les jeux vidéo et de son maintien. Les joueurs, loin d'être les consommateurs passifs d'une imagerie venus d'en haut, y contribuent activement. Tout comme l'ensemble des médias, y compris les plus mainstream, y compris, peut-être, ceux dont on pourrait attendre une plus grande vigilance en la matière - combien de magazines grand public ont consacré des pages à une Lara Croft érotisée ? Loin donc de se limiter à un évènement isolé ou à la dérive d'une industrie prête à tout même à l'exploitation du corps des femmes pour maximiser ses profits, le sexisme dans les jeux vidéo devrait nous faire réfléchir tous à ce que nous faisons et à la façon dont nous y contribuons.  &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-2347182475277791638?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/2347182475277791638/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=2347182475277791638' title='16 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2347182475277791638'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/2347182475277791638'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/sexe-marches-et-jeux-videos.html' title='Sexe, marchés et jeux vidéo'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://1.bp.blogspot.com/-9YtfXUjoxSc/TXiCzl_4HPI/AAAAAAAAAHY/nJ9LmF982B0/s72-c/14.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>16</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-1249127231543688486</id><published>2011-03-10T21:32:00.002+01:00</published><updated>2011-03-11T07:01:18.485+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sciences économiques et sociales'/><title type='text'>Le président de l'UNI ne sait pas lire</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cela faisait un petit moment que je n'avais pas relayé les tribulations de la discipline que j'enseigne, ces bonnes vieilles sciences économiques et sociales. Le débat s'était en effet re-déplacé pour se faire entre enseignants et, à quelques occasions, entre chercheurs, ce qui me semblait plus sain, sans que je sois pour autant toujours d'accord avec la façon dont les choses se déroulait. C'est donc &lt;a href="http://www.atlantico.fr/decryptage/petits-mensonges-manuels-d-economie-50668.html"&gt;un nouveau post de Olivier Vial, président de l'UNI&lt;/a&gt;, le syndicat de droite des étudiants, qui me pousse à remettre le couvert. Parce que une fois de plus, &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/02/fisking-valerie-segond-ou-certaines.html"&gt;quelqu'un dont la compétence est si basse qu'il n'est même pas fichu de lire un programme&lt;/a&gt; s'imagine que les sciences sociales ne devraient être qu'une validation de ses propres opinions politiques.&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Je ne vais pas discuter des orientations politiques de l'UNI ou d'Olivier Vial. Celui-ci est de droite et visiblement libéral et le revendique, et c'est très bien. En tant que président d'un syndicat, c'est son rôle. Mais en tant que président d'un syndicat d'étudiants, on pourrait s'attendre également de sa part à un minimum de rigueur et de sérieux, surtout dans l'étude d'un texte. Et c'est là que le bât blesse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son post se veut un hommage aux nouveaux programmes de Terminale qui viennent d'être mis à la consultation (&lt;a href="http://eduscol.education.fr/cid55136/consultation-sur-les-projets-de-programmes-de-terminale.html"&gt;et que l'on pourra trouver ici&lt;/a&gt;). Le problème, c'est qu'il ne les a ni lu ni compris. Et c'est bien naturel puisque, contrairement à ce que semble passer Olivier Vial, les sciences économiques et sociales demandent des compétences spécifiques - en économie et en sociologie - et qu'il ne suffit pas d'avoir un vague intérêt pour la chose publique pour pouvoir en dire quelque chose. Surtout quand, visiblement, on ne sait pas lire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lisons donc le début de son post :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;La consultation nationale sur les programmes scolaires pour la classe de terminale des séries générales a débuté depuis le début [on appréciera, par ailleurs, la qualité de la rédaction] de cette semaine. Des programmes de SES (Sciences économiques et sociales) allégés en Marx et débarrassés des "bourdieuseries" superflues : voilà ce que devraient étudier les lycéens français à la rentrée 2012.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il y a quelques années, dans une "grande école au coeur de l'université" où j'ai eu l'honneur d'user mes fonds de culotte, un fameux enseignant de la Maison(TM) avait l'habitude de donner le conseil suivant aux étudiants qui, en début d'année, venaient lui demander comment mener à bien des démarches clairement expliqués dans nombre de papiers à leur disposition : "1) Apprendre à lire ; 2) Lire ; 3) Comprendre l'information". Je voudrais aujourd'hui conseiller à l'étudiant Vial de suivre la même démarche. En effet voici ce que l'on peut lire dans le programme de Terminale dont il pense, naïvement, faire l'éloge du libéralisme :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;On présentera les théories des classes et de la stratification sociale dans la tradition sociologique (Marx, Weber) et on s’interrogera sur leur pertinence pour rendre compte de la structuration sociale des sociétés contemporaines.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;On le voit Marx est cité. Plus que cela, il est l'un des seuls auteurs explicitement cité dans ce programme. "Allégé en Marx" ? Soyons sérieux. Les anciens programmes convoquaient également Marx, sans le citer, dans le programme d'enseignement obligatoire de première à propos des classes sociales. Certes, la spécialité de terminale où Marx était étudié en tant que tel, toujours à propos des classes sociales d'ailleurs, disparaît. Mais on y étudiait aussi d'autres auteurs classiques, comme Adam Smith ou David Ricardo, auxquels je mettrais ma main à couper qu'Olivier Vial ferait les yeux doux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Débarrassé des "bourdieuseries" nous dit également Olivier Vial. S'il connaissait un peu la sociologie, il aurait vu que le chapitre sur la socialisation du programme de première conduira naturellement les enseignants à aborder les théories bourdieusiennes. Et dans le programme de Terminale - que M. Vial a la prétention de commenter, ne l'oublions pas - on peut lire ceci :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;3.2 Les pratiques culturelles sont-elles déterminés socialement ? [question à laquelle tout enseignant répondra naturellement "oui" et consacrera le chapitre à spécifier ce que cela veut dire]&lt;br /&gt;Après voir mis en évidence que les pratiques culturelles sont différenciées en fonction des milieux sociaux et qu'elles possèdent une légitimité inégale, on montrera que les préférences et comportements culturels peuvent être éclectiques. On expliquera l'existence de profils culturels dissonants à partir de la pluralité des expériences de socialisations des individus&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Que contient ce passage ? Le début du paragraphe est une référence transparente au modèle de la légitimité culturelle... développé par un certain Pierre Bourdieu en 1979 dans &lt;i&gt;La distinction&lt;/i&gt;. La fin renvoie de toute évidence (entre autre mais particulièrement) aux travers de Bernard Lahire qui se revendique de Bourdieu et cherche à aménager le dit modèle sans lui faire perdre de sa force. Élève Vial : "quand on sait pas, on dit pas".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce n'est pas tout. Plus loin, commentant une contre-proposition certes peu enthousiasmante (mais pour de toutes autres raisons que celle qu'il avance) de programme diffusée par l'APSES, Olivier Vial se lamente de la place accordée aux conflits sociaux comme moteur du changement social - avec un argument aussi profond que de se plaindre que, quand il y a une grève, il ne peut pas prendre son train (c'est drôle d'ailleurs : c'est exactement ce que me disait Robert l'autre jour à l'apéro). Que n'a-t-il pas lu l'intitulé du point 2.2 de la partie sociologie du programme qu'il pense défendre : "La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur du changement social ?"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le plus grave ne se situe peut-être pas dans le manque de rigueur évident de l'élève Vial. Quand on prétend qu'il faut éviter le "café du commerce" - ce qu'il répète à propos du contre-programme de l'APSES -, on évite d'en faire : voir la remarque précédemment cité sur les grèves. Et surtout on se renseigne sur ce que sont les sciences sociales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car Olivier Vial "pense" - je met des guillemets pour bien marquer mes doutes quant à l'effectivité d'une telle action au moment de l'écriture de son post, je m'en explique plus loin - qu'il ne faut pas enseigner Marx ou Bourdieu. C'est qu'il ne sait pas que l'un comme l'autre ont produit des analyses et des travaux d'une grande qualité et qui sont utiles scientifiquement. Il se contente d'y voir une couleur politique qu'il faut abattre. Et on comprend bien la logique de son message : "débarrassons-nous enfin de tout ce qui est de gauche pour le remplacer par des idées de droite !". Mais non, cher Olivier Vial, les sciences sociales et les sciences économiques et sociales ne sont pas là pour valider votre opinion politique, aussi respectable soit-elle. Il y a certes des gens qui voudraient que les SES servent à défendre des valeurs "de gauche", &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/06/anelka-est-docteur-en-economie-vous-ne.html"&gt;et je les ai flingués avec la même force que je met à vous descendre lorsque j'en ai eu l'occasion&lt;/a&gt;. Parce que, que l'on veuille que les sciences sociales défendent le libéralisme ou qu'elles défendent la solidarité, on sera toujours déçu. Comme le disait Jean-Claude Passeron, les sciences sociales décevront toujours quelqu'un : révolutionnaire un jour, conservateur le lendemain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne peut pas se permettre de rejeter le travail sociologique de Pierre Bourdieu au prétexte qu'il s'est engagé politiquement à gauche. Si vous le pensez, mon cher Olivier, c'est que vous êtes un idiot. Prenons donc le travail réalisé dans &lt;i&gt;La distinction&lt;/i&gt; : vous aurez beau être de droite, vous ne pourrez pas faire autrement que de constater que les pratiques culturelles sont hiérarchisées et que cela produit et légitime des inégalités. Cela ne vous plaît pas ? Cette idée vous dérange ? Cela ne veut pas dire que c'est faux. Et le travail empirique de Pierre Bourdieu et de ceux qui l'ont suivit est là pour soutenir cette proposition. Max Weber disait, dans sa célèbre conférence sur le métier de savant, que l'un des vertu de la science était de nous obliger à accepter des idées qui nous déplaisent. C'est ainsi que les hommes ont dû accepter l'idée qu'ils descendaient du singe. C'est ainsi que même un homme de droite devrait être prêt à accepter l'idée que nous vivons dans une société de classe si les preuves que l'on apporte à cette idée sont suffisantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autrement dit, si Marx et Bourdieu figurent dans ce programme, ce n'est ni parce que les SES sont de gauche, ni parce que le groupe d'expert n'a pas fait son travail. C'est parce que ce groupe est compétent et que les travaux de Bourdieu et de Marx sont d'un incontestable intérêt pour les sciences sociales. &lt;br /&gt;Posons une dernière question en guise de conclusion : comment Olivier Vial en est-il venu à écrire un texte aussi manifestement mal informé et incompétent ? Outre sans doute un don personnel pour un tel exercice - il n'est pas le premier, souvenez-vous de &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/02/fisking-valerie-segond-ou-certaines.html"&gt;Valérie Ségond&lt;/a&gt; - je fais l'hypothèse que l'on peut reconstituer ainsi le cheminement de sa pensée : "APSES = gauche, or APSES n'aime pas nouveau programme, donc nouveau programme = droite, droite = bien". Il ne me semblerait même pas totalement impossible qu'il y ait quelque chose comme "Social = gauche, donc Prof de sciences économiques et sociales = gauche". C'est en effet l'opposition de l'APSES qui a de toute évidente susciter le mauvais pamphlet du président de l'UNI. C'est tout le malheur des sciences économiques et sociales. Elles sont certes un enjeu citoyen dont chacun devrait s'inquiéter. Elles participent certes à la formation du citoyen qui, rappelons-le, est l'un des objectifs de l'ensemble du système éducatif français. Mais il est difficile pour certains de comprendre qu'elles ne peuvent correctement remplir cette mission que si elles conduisent à un mode de pensée scientifique sur la société et son économie, c'est-à-dire qu'elles nous conduisent à renoncer temporairement à nos convictions politiques pour accepter des idées qui nous déplaisent. Quitte à reprendre ensuite nos convictions, mieux armés et mieux informés. Mais tant que l'on ne voudra que soit enseigner que les idées qui politiquement nous brossent dans le sens du poil (et qui, nécessairement, défrisent l'autre bord politique), on sacrifiera l'ambition des sciences sociales sur l'autel de la paresse intellectuelle. C'est de cela dont le texte d'Olivier Vial est la métaphore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un dernier mot encore, sur ce fameux nouveau programme de terminale. Évidemment, je ne peux que regretter que la sociologie n'ait pas une place équivalente à celle de l'économie, tout en sachant que le groupe d'experts qui l'a rédigé n'est pour rien dans ce choix. Mais les thèmes choisis me semblent intéressants, en tout cas, ils sont peu différents de ce qui se faisait précédemment. Mon sentiment est plus celui d'un bon toilettage et d'une articulation plus marquée avec le programme de première (avec la reprise de certaines notions qui pourront donc être évaluées au bac). Rien qui ne soit honteux en tout cas à la première lecture. Sans doute des points à discuter sur certaines formulations ou certaines notions. Ce qui pourra se faire, je l'espère, lors de la consultation prévue. Pour cela, il ne faudrait pas que les lectures comme celles d'Olivier Vial, de quelques bords qu'elles soient, se multiplient. Celle-ci, plutôt que d'apporter un soutien à ce programme, risque bien de provoquer des réactions du même type de la part de ses adversaires politiques. Ce ne sera au profit de personne. Et certainement pas des élèves.&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-1249127231543688486?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/1249127231543688486/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=1249127231543688486' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1249127231543688486'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/1249127231543688486'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/03/le-president-de-luni-ne-sait-pas-lire.html' title='Le président de l&apos;UNI ne sait pas lire'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-7661737428812577124</id><published>2011-02-26T11:55:00.004+01:00</published><updated>2011-02-26T21:13:14.112+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie de la connaissance'/><title type='text'>Misères de l'évolutionnisme</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Après que j'ai twitté, récemment, &lt;a href="http://www.slate.fr/story/34543/neurosexisme-etudes-con-nous-prennent-pour-connes"&gt;un article s'en prenant sans ménagement à l'usage effréné de la psychologie évolutionniste et des neurosciences pour justifier tous les préjugés sexistes des années 50&lt;/a&gt; - article que vous devriez aller lire immédaitement d'ailleurs - une petite discussion s'est engagée avec &lt;a href="http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/"&gt;Alexandre&lt;/a&gt; &lt;a href="http://twitter.com/adelaigue"&gt;Delaigue&lt;/a&gt; (que l'on ne présente plus).  Il faut dire que j'avais utilisé les 140 signes pour dire le fond de ma pensée : "Amis psychologues évolutionnaires, faites-nous plaisir : reconvertissez-vous". Sans rediscuter ce jugement (qui est quand même plus profond que 90% de la production en psychologie), Alexandre a posé une autre question : pourquoi sommes-nous aussi friands d'une sorte d'essentialisme primaire ? Tentative de réponse. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt; &lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://imgs.xkcd.com/comics/savannah_ancestry.png" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="427" src="http://imgs.xkcd.com/comics/savannah_ancestry.png" width="423" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;Si vous ne connaissez &lt;a href="http://xkcd.com/775/"&gt;xkcd&lt;/a&gt;, votre vie est triste&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&amp;amp;id_article=23155"&gt;Posons le décor&lt;/a&gt; : la psychologie évolutionniste est une branche de la psychologie qui consiste à chercher à expliquer les comportements humains par le biais de la théorie de l'évolution. En un mot, l'hypothèse de départ est la suivante : puisque l'évolution est un phénomène très lent, certaines caractéristiques de la psychologie humaine ont fait l'objet d'une sélection à l'époque de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et se sont transmis jusqu'à nous. A partir de là, la recherche consiste à repérer des comportements qui soient suffisamment généraux et répandus chez un très grand nombre d'humains (si possible universels) et à montrer que ceux-ci constituaient un avantage du temps où les mammouths courraient encore joyeusement dans la nature en fête.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un domaine essentiel de cette branche de la psychologie est bien évidemment celui des différences hommes-femmes. Cela donne des choses du genre : mais pourquoi les femmes sont-elles aussi douées pour faire du shopping ? Mais parce que leur ancêtres devaient choisir les bons fruits à manger voyons ! D'où cette capacité à chercher et à trouver qui les poussent à s'empoigner avec une violence au moins égale à celle d'un match PSG-OM dans les tribunes dès que Sonia Rykiel vend des trucs et des machins chez H&amp;amp;M (parole de vétéran). Vous croyez que je caricature ? Même pas. On trouve effectivement ce genre de chose mis à toutes les sauces aujourd'hui. L'article dont tout est parti donne des exemples bien gratinés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rajoutez à cela une bonne dose de "neuro"-quelque chose (mettez "neuro" quelque part et vous êtes sûr que vous aurez un chroniqueur de yahoo qui viendra vous poser des questions pour la une de son site) là-dedans, histoire d'expliquer qu'en fait hommes et femmes ont des capacités mentales différentes - c'est normal, c'est l'évolution, on vous dit - et vous avez une belle légitimation des toutes les inégalités entre hommes et femmes. Enfin, surtout celles en cours dans les années 50 aux Etats-Unis : il semble en effet que la femme à la maison à torcher les gosses et l'homme qui se la joue "sugar daddy", ce soit le top du top de l'évolution, le plus haut point que l'on pouvait atteindre et vers lequel tendait toute l'histoire de l'humanité. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On me dira peut-être que c'est la lecture qu'en fait la presse et que les études ne sont pas aussi caricaturales. Pourtant, l'article en question soulève de gros problèmes de méthodologie. On peut aussi se reporter à &lt;a href="http://thesocietypages.org/socimages/2010/09/13/guest-post-delusions-of-dimorphism/"&gt;ce post sur Sociological Images où l'on apprend qu'une recherche censée avoir démontré que le cerveau des bébés garçons étaient différents de celui des bébés filles a complètement sur-interprété les résultats&lt;/a&gt; : d'une petite différence statistique, sur laquelle il faudrait s'interroger en terme de significativité, on construit une opposition totale et binaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref. Le fait est que ce type de recherche jouit d'une audience médiatique qui ferait rêver la plupart des chercheurs dans les sciences humaines et sociales. En fait, il y a relativement peu de façons d'attirer plus l'œil médiatique : &lt;a href="http://www.phdcomics.com/comics/archive.php?comicid=1175"&gt;je pense que ça se classe quelque part entre les études sur les bienfaits du chocolat et les robots&lt;/a&gt;. Comment expliquer la séduction exercé par cette évolutionnisme un brin simpliste - d'autant plus qu'il est incontestable que le traitement médiatique ajoute à la simplification originelle une couche supplémentaire d'essentialisme basique ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une première façon de répondre est de noter la cohérence de ces "conclusions" avec la perception la plus courante des hommes et des femmes malgré des décennies de féminisme plus ou moins affirmé, ainsi que les intérêts qu'elles protègent du point de vue des hommes : ce n'est pas pour rien que les sociologues américains utilisent si souvent le terme "patriarchie". Je ne vais pas re-documenter la façon dont toute la société ne cesse de nous répéter que garçons et filles sont non seulement différents mais en plus radicalement opposés. Reportez-vous à vos &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/06/nouveau-soyez-sexiste-des-le-petit-dej.html"&gt;boîtes&lt;/a&gt; de &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/07/breakfast-at-sexism-2.html"&gt;céréales&lt;/a&gt; si vous avez des doutes. Ou regardez cette vidéo pour un nouveau soda light vendu aux Etats-Unis (qui devrait nous être épargné, contrairement à ce summun du bon goût que sont les publicités pour Coca Zéro) : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe allowfullscreen="" frameborder="0" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/TTs-BmLOGWQ" title="YouTube video player" width="560"&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y a peut-être autre chose. Car la question est de savoir pourquoi ces explications naturalisantes, c'est-à-dire qui rapportent les différences de genre à des différences de nature, ont plus de succès que les explications qui se rapportent à la culture et aux institutions sociales. Pour essayer de le comprendre, reportons-nous à &lt;a href="http://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-2007-3-page-587.htm"&gt;un article de Gérald Bronner consacré, justement, aux résistances au darwinisme&lt;/a&gt;. Cela peut sembler étonnant dans la mesure où il s'agit justement ici d'expliquer un tropisme pour celui-ci, mais ce sont dans les difficultés à bien saisir le sens même du darwinisme qui sont à l'origine des deux problèmes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bronner n'a pas voulut étudier les résistances les plus frontales au darwinisme, celles des religieux et des créationnismes (comme on dit de par chez moi : kif-kif bourricot), souvent prêtés avec un certain mépris aux Américains. Il s'est plutôt tourné vers l'Europe et vers des personnes qui, a priori, avaient plutôt tendance à adhérer aux thèses darwiniennes et à la science. Il a mené avec celles-ci des entretiens tournant autour de la résolution d'une petite énigme qu'il leur donnait à lire et pour laquelle les enquêtés devaient proposer des solutions. Voici l'énigme ainsi que sa solution : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;« À l’état sauvage, certains éléphanteaux sont porteurs d’un gène qui prévient la formation des défenses. Les scientifiques ont constaté récemment que de plus en plus d’éléphanteaux naissaient porteurs de ce gène (ils n’auront donc pas de défenses devenus adultes). Comment expliquez cette situation ? »&lt;br /&gt;En fait, ce mystère a été révélé et résolu par le professeur Zhang Li, zoologue à l’université de Pékin, qui a mené ses recherches depuis 1999 dans une réserve naturelle dans la région du sud-ouest de Xishuangbanna, où vivent les deux tiers des éléphants d’Asie chinois (la Chine est l’une de 160 nations qui ont signé un traité en 1989 interdisant le commerce de l’ivoire et des produits d’autres animaux en voie d’extinction ou menacés de l’être).&lt;br /&gt;Les braconniers ne tuant pas les éléphants sans défenses (ceux-ci n’ont aucune valeur marchande pour eux), explique-t-il, ces mutants sont plus nombreux dans la population et le gène qui prévient la formation des défenses se propage parmi les éléphants. Alors que ce gène se trouve habituellement chez 2 à 5 % des éléphants d’Asie, on le trouve, à présent, chez 5 à 10 % de la population des éléphants Chinois. Cette « énigme », comme on le voit, peut être facilement résolue si l’on mobilise le programme darwinien.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Que ressort-il de cette enquête ? Peu de réponses vont dans le sens proposé par le darwinisme. Beaucoup d'enquêtés avancent, par exemple, que les défenses sont devenus inutiles aux éléphants et donc qu'ils s'en débarrassent. D'autres que, se sentant menacé par les chasseurs, les éléphants ont réagi en mutant et en faisant disparaître leurs défenses. Bien que tout cela ne correspondent pas au darwinisme, les enquêtes sont souvent persuadé qu'ils mobilisent un argumentaire tout à fait scientifique :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Le plus fascinant est que les interviewés, en évoquant ces scénarios, soulignaient parfois qu’ils ne faisaient qu’exprimer « une théorie darwinienne », ce fut le cas pour près de 30 % d’entre eux. Un résultat qui serait plus important encore si l’on y intégrait les entretiens où la théorie darwinienne n’est pas explicitement convoquée, mais où le vocabulaire utilisé (sélection naturelle, évolution, etc.) y fait référence.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Bronner relève une nette attraction pour ce qu'il appelle le finalisme, c'est-à-dire les deux explications présentées ci-dessus. Elles ont pour point commun de prêter les transformations à une volonté ou à un objectif à réaliser, et non au hasard, aux conditions historiques particulières (l'activité des chasseurs), qui va conduire, sans que personne ne l'ait voulu, sans que rien n'ait décidé quoi que ce soit, vers la transformation de l'espèce. Une mutation intervient par hasard, et parce qu'elles se trouvent fonctionnelle, elle donne un avantage aux individus et donc se répand dans la population. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est qu'en fait le hasard n'est pas le bienvenue dans nos modes de raisonnement, du fait d'une mauvaise compréhension des statistiques et, ici, du rôle joué par la taille des échantillons. Nous avons tendance à rechercher une raison aux choses, une explication basé sur une volonté ou une finalité, comme si quelqu'un ou quelque chose savait vers où va le monde. Cette difficulté est à l'origine de la tendance au finalisme ici en Europe, et, de l'autre côté de l'Atlantique, elle sous-tend le néo-créationnisme/intelligent design/autre : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;C'est bien le croisement de la fonctionnalité et du hasard qui paraît inadmissible au néo-créationniste (et au crypto-finaliste) : la nature est si bien faite, cela ne peut pas être le fait du hasard. À cette différence que ce n’est plus une mystérieuse cause finale qui est invoquée, mais une cause initiale. Lorsque les choses sont si bien adaptées les unes aux autres, ce ne peut être que la conséquence d’un plan, d’un dessein intelligent.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Revenons maintenant au succès de la psychologie évolutionniste. La préférence pour les explications qui se rapportent à une pré-programmation ancienne des individus s'appuie sur cette même tendance au finalisme : finalement, cela revient toujours à dire que, d'une façon ou d'une autre, la nature est toute de même bien faite, et que tout était prévu depuis le début. Des causes qui se rapporterait à des "accidents historiques", à la construction d'institutions, à l'action des hommes ici et maintenant, souvent sans coordination, la lente construction des inégalités au travers de quelques milliers de petits actes de socialisation, exercent une séduction moins importantes précisément parce qu'il est plus difficile d'y rattacher une volonté ou une finalité. Le succès médiatique de la psychologie évolutionniste s'explique sans doute par le fait que la compréhension commune de l'évolutionnisme et du darwinisme est elle-même déficiente. Misère de l'évolutionnisme dont le succès auprès du grand public repose sur un malentendu...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme Gérald Bronner le conclut, "le marché cognitif ne favorise pas toujours le vrai". Bien au contraire. Malgré l'élévation général du niveau de diplôme, malgré la diffusion de la connaissance, malgré les efforts quotidiens des enseignants, des erreurs de raisonnement persistent même auprès des personnes qui se pensent ou se disent attachés aux sciences - et je ne sais honnêtement pas ce que j'aurais répondu à l'entretien de Bronner si j'avais dû le passer avant d'avoir lu l'article... Et concernant la diffusion de la pensée et des explications sociologiques, qui est ici le vrai enjeu en matière de différences entre les genres, il faut bien dire que l'on ne fait peut-être pas tous les efforts nécessaires. Et si on commençait par donner plus de cours de sciences économiques et sociales au lycée ? Je dis ça, je dis rien...&lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-7661737428812577124?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/7661737428812577124/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=7661737428812577124' title='16 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/7661737428812577124'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/7661737428812577124'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/miseres-de-levolutionnisme.html' title='Misères de l&apos;évolutionnisme'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/TTs-BmLOGWQ/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>16</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-762750721992083632</id><published>2011-02-23T15:44:00.000+01:00</published><updated>2011-02-23T15:44:56.220+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des classes sociales'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie des conflits'/><title type='text'>Le retour des contradictions du capitalisme</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Le Global Sociology Blog l'annonce : la guerre des classes est là et elle est globale. Les révoltes dans le monde arabe ont été déclenchées par les difficultés économiques présentes, à savoir le retour de la spéculation sur les denrées alimentaires et l'augmentation des prix qui en découle. Cette pression économique sur les individus se retrouve ailleurs, y compris dans la grogne anglaise contre l'austérité prônée par le gouvernement conservateur - et je ne parle même pas &lt;a href="http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/02/23/la-grece-en-greve-generale-contre-la-politique-de-rigueur_1483971_3214.html"&gt;de la Grèce&lt;/a&gt;. Une révolution globale, ou même simplement dans les pays occidentaux, n'est sans doute pas à l'ordre du jour. Mais on peut au moins saisir l'occasion de repenser un peu aux contradictions du capitalisme. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Qu'est-ce que le capitalisme ? Comme j'ai déjà eu l'occasion de le discuter (les plus vigilants lecteurs auront  noté que cette question fait partie de mes &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/10/la-mentalite-de-marche-est-obsolete-ou.html"&gt;préoccupations récurrentes&lt;/a&gt;), le capitalisme est avant tout un monde de comportement. Plus qu'un ensemble d'institution, plus qu'une organisation économique, plus encore qu'une organisation sociale, il s'agit d'une façon de penser et de voir l'homme et le monde qui s'inscrit très profondément en nous. Voir les choses comme des marchandises, penser l'action humaine comme motivé avant tout par le profit, rechercher rationnellement la plus grande satisfaction possible : c'est tout cela qui est au cœur du capitalisme. Et si nous ne correspondant pas tous à cet homo oeconomicus que l'on voudrait nous faire croire universel et naturel, tout au moins avons-nous quelques difficultés à nous défaire totalement de ce mode de pensée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Approcher le capitalisme de cette façon peut avoir quelque chose d'a priori étonnant : où sont les marchés, les entreprises et le capital lui-même que l'on attribue généralement à ce système économique ? En fait, tous ces éléments sont à la fois des émanations de cette mentalité de marché - l'entreprise capitaliste n'est que la mise en œuvre de la recherche rationnelle du profit maximum par exemple - et des institutions qui forment cette même mentalité - à force d'être pris dans des marchés, nous finissons par penser marché... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est donc que le contenu de cette mentalité et de ces évolutions est essentielle pour comprendre les évolutions du capitalisme. Les conceptions que l'on se donne à un moment donné des bons comportements amène à des comportements qui eux-mêmes modèlent le monde. Ainsi le sociologue américain Neil Fligstein a longuement soutenu que l'approche de la "shareholder value", c'est-à-dire les principes qui dictent aux entreprises de chercher à maximiser la valeur boursière que peuvent retirer leurs actionnaires, a été la principale force de transformation du capitalisme. &lt;a href="http://sociology.berkeley.edu/profiles/fligstein/pdf/Fligstein_Shin_2007.pdf"&gt;Dans un article de 2007 écrit en collaboration avec Taekjin Shin&lt;/a&gt;, il tente de montrer comment cette théorie manageriale a transformé l'économie américaine entre 1984 et 2000. Sans entrer dans les détails de la démonstration, les auteurs parviennent à montrer que la mise en oeuvre des stratégies attachées à la shareholder value - fusions-acquisitions, plans sociaux, etc. - n'étaient pas tant des réponses cohérentes aux problèmes rencontrer par les entreprises et n'ont pas donné les résultats attendus. Pourquoi les poursuivre alors ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Cela suggère que les fusions et les licenciements sont plutôt de nature rituelle et mimétique et ne produisent pas de résultats efficients. (Ma traduction)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il s'agit donc avant tout d'une croyance : la mentalité de marché n'est pas donnée une fois pour toutes, elle est un produit historique dont le contenu évolue avec le temps. Dans les années 80 et 90, la shareholder valuer allait de soi... Et il semble bien qu'il en soit toujours ainsi aujourd'hui. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle ne fut pas sans conséquence pour autant. Fligstein et Shilt montre aussi que ces politiques ont conduit à l'introduction et au développement de l'informatique comme outils de travail dans les entreprises, en vue de réduire les coûts de main-d'œuvre. C'est là sans doute l'un des résultats les plus frappants : l'informatisation de l'économie n'était ni une continuation naturelle, ni la mise en œuvre efficace d'une innovation, mais est également lié aux incitations propres du business américain de l'époque. Elle n'est pas arrivée de l'extérieur pour s'imposer naturellement : l'informatique a profité d'un état d'esprit favorable à l'intérieur même des entreprises. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais une conclusion particulièrement intéressante de l'article réside dans la façon dont cette shareholder value a affecté la façon dont les travailleurs ont été considéré : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Nos résultats montrent que les efforts pour faire plus de profits se sont concentrés sur l'utilisation des fusions, des licenciements et de l'informatisation pour réorganiser et exclure la main-d'œuvre syndiquée. Les données suggèrent que les travailleurs ont très certainement été traité moins comme des parties prenantes (stakeholders) et plus comme des facteurs de production. (Ma traduction toujours)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;La marchandisation du travail : vieux thème qui se retrouve aussi bien chez Marx que chez Polanyi. Les deux auteurs d'ailleurs concluent en précisant deux interprétations possibles - et non contradictoires - de leurs résultats : une inspirée de la théorie de l'agence plutôt optimiste, l'autre...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Une approche plus critique (peut-être plus marxiste) verrait cela et dirait que la théorie de la "shareholder value" est une forme de renouveau de la lutte des classes. Les propriétaires et les managers du capital ont décidé de briser systématiquement les syndicats et d'investir dans les ordinateurs en vue de faire des profits.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Comment ne pas penser dès lors aux contradictions du capitalisme que décrivait Marx ? Selon lui, l'accumulation du capital allait se heurter à un mur : en réduisant la part du travail dans la combinaison productive, elle ne pouvait conduire qu'à une "baisse tendancielle du taux de profit" qui emporterait le système. Sans reprendre cette idée qui s'appuie sur la théorie de la valeur travail, on peut noter que le capitalisme contemporain a effectivement eu pour conséquence de dé-qualifier et de désorganiser une partie importante du travail, la ravalant au rang de simple facteur de production. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le même temps, le capitalisme a promis à tous un accomplissement dans le travail. C'est que pour répondre à la critique du travail déshumanisant des années 70, il a fallut que l'esprit du capitalisme, c'est-à-dire les justifications qui poussent les individus à adopter les comportements adéquats, se modifie : c'est ce qu'ont soutenu Luc Boltanski et Eve Chiapello dans &lt;i&gt;Le nouvel esprit du capitalisme&lt;/i&gt;. Ils soulignaient par là la plasticité du capitalisme, sa capacité à intégrer les critiques qui lui sont faites pour continuer à se développer. &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2008/03/le-capitalisme-peut-dormir-tranquille.html"&gt;Je me suis longtemps moi-même reposé sur une telle analyse&lt;/a&gt;. Il m'apparaît aujourd'hui plus clairement que, pour juste qu'elle soit, elle doit être compléter en soulignant les contradictions qui existent entre ces promesses qui ont permis de rendre le capitalisme légitime et la réalité de son extension. La distance entre les deux - promesses de démocratie, de liberté et d'accomplissement d'une part, réalité du creusement des inégalités, de l'accommodation avec les dictatures et de certaines formes d'aliénation d'autre part - est sans doute pour beaucoup dans le retour de cette lutte classe, à un niveau global qui plus est, que signale le Global Sociology Blog. Voilà les contradictions auxquelles le capitalisme doit aujourd'hui faire face. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste que l'avenir n'est pas forcément celui du grand soir. Car comme on l'aura compris, le capitalisme, parce qu'il est inscrit profondément dans les hommes eux-mêmes, ne souffre peut-être pas tant que ça de ses propres contradictions. Les protestataires ne souhaitent après tout pas forcément autre chose que la réalisation des promesses qui leur sont faites. Simmel l'avait bien compris : un conflit lie entre eux les belligérants, car ceux-ci doivent au moins être d'accord sur les enjeux de la lutte. La lutte des classes se fait donc entre des individus et des groupes qui, d'une façon ou d'une autre, sont profondément travaillés par le capitalisme. Si le capitalisme engendre des conflits, il n'est pas dit que ceux-ci soient forcément tournés contre sa propre logique. C'est peut-être cela qui fait sa force.  &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-762750721992083632?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/762750721992083632/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=762750721992083632' title='9 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/762750721992083632'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/762750721992083632'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/le-retour-des-contradictions-du.html' title='Le retour des contradictions du capitalisme'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><thr:total>9</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-8413225526595242325</id><published>2011-02-15T21:37:00.001+01:00</published><updated>2011-02-17T10:03:12.866+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie urbaine'/><title type='text'>Politique des espaces publics : changer le monde par ses murs</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;La politique, dit-on, se donne pour objectif de transformer la société. Une expression bien générale, mais qui peut trouver une réalisation lorsqu'il s'agit de changer, tout au moins, un peu de la façon dont nous percevons les choses. C'est du moins ce que peut rendre visible quelques photos prises au Louvre. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Si le travail politique est essentiellement un travail sur les mots, c'est que les mots contribuent à faire le monde social. En politique, rien n'est plus réaliste que les querelles de mots. Mettre un mot pour un autre c'est changer la vision du monde social, et par là, contribuer à le transformer.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Voilà ce que disais Pierre Bourdieu dans une interview donnée à Libération en 1982. Difficile de ne pas lui donner raison : l'essentiel de l'activité politique consiste à s'affronter sur les mots, à tenter ou à parvenir à imposer un jeu de langage qui, en devenant la réalité politique du  moment, entraînera les activités, les transformations, les réformes et les politiques publiques idoines. Parler d'émeutes ou de révolution, d'évènements ou de guerre, d'exclusion ou d'assistanat, de coût du travail, de pouvoir d'achat ou de salaire : rien de tout cela n'est neutre, bien au contraire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On aurait tort cependant de faire résider l'essentiel de cette activité dans les prises de paroles publiques des hommes politiques. Les affiches politiques et leur slogan s'inscrivent totalement dans cette logique. Le "je lutte des classes" qui a connu un succès certain dans les dernières manifestations et qui pourrait bien se maintenir encore quelques temps en témoigne : c'est que les classes sociales, au-delà de leur réalité sociologique indéniable, sont aussi des constructions langagières qui ont besoin d'être construites et défendues par les acteurs qui veulent s'appuyer sur elles, contre les tentatives de ceux qui veulent les effacer au profit de l'individu en majesté. Mais il y a plus que les affiches : de simples informations peuvent prendre un tour bien politique. Lors d'une visite au Louvre, j'ai pu prendre cette photo (toujours de piètre qualité, je ne suis pas un grand photographe - cliquez pour la voir en plus grand) : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/-fq0-ivOD_tU/TVgfSsSO1yI/AAAAAAAAAHA/OwIUVw_tzdY/s1600/louvre%2B001.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: 1em; margin-right: 1em;"&gt;&lt;img border="0" height="300" src="http://3.bp.blogspot.com/-fq0-ivOD_tU/TVgfSsSO1yI/AAAAAAAAAHA/OwIUVw_tzdY/s400/louvre%2B001.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;De simples travaux dans un musée - l'installation d'une arcade - deviennent, par la magie de l'affichage un morceau de la relance économique et d'une stratégie économique globale, courageusement menée par le gouvernement. Il s'agit, comme souvent, de "définir la situation" : par le biais de l'écrit, on transforme la signification des choses et on impose au passant une autre façon de voir les choses. Des travaux qui pourraient être ignorés, voire perçu comme une nuisance pour le visiteur du musée qui se voit privé d'une partie de la visite, sont ici parée d'une vertu économique incontestable. On ne s'excuse pas "de la gêne occasionnée", mais on affirme fièrement sa contribution au bien-être de tous. "L"Etat restaure votre patrimoine ! Projet soutenu par le plan de relance" dit le bas de l'affiche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://4.bp.blogspot.com/-W726s4MCQrI/TVgjxzOqiNI/AAAAAAAAAHI/5QngGe0af3A/s1600/louvre%2B002.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://4.bp.blogspot.com/-W726s4MCQrI/TVgjxzOqiNI/AAAAAAAAAHI/5QngGe0af3A/s400/louvre%2B002.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cette pratique est courante, et n'est pas exclusive ou caractéristique de la politique gouvernementale actuelle : un peu plus tôt dans la journée, rue de Rivoli, j'ai pu voir que les murs de ce qui était la Samaritaine clamaient avec une égale fierté qu'avaient été créés pas moins de 2000 emplois... Mais le bus allait trop vite pour que je puisse comprendre qui il fallait remercier pour cela. Il me semble cependant que la municipalité de la capitale avait quelque chose à voir avec ce miracle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est dire que la politique peut s'inscrire assez profondément dans l'espace public, ou, comme le dernier espace le suggère, dans l'espace urbain. Celui-ci peut contribuer à former notre perception du monde, des choses et des gens. Mais cette action de conformation des perceptions du monde n'est pas mécanique : parce qu'elle est politique, elle fait également l'objet d'une lutte. C'est ce que le street art a, finalement, très bien compris : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;The people who run our cities don’t understand graffiti because they think nothing has the right to exist unless it makes a profit. The people who truly deface our neighborhoods are the companies that scrawl giant slogans across buildings and buses trying to make us feel inadequate unless we buy their stuff. Any advertisement in public space that gives you no choice whether you see it or not is yours, it belongs to you, it’s yours to take, rearrange and re-use. Asking for permission is like asking to keep a rock someone just threw at your head (Banksy dans &lt;i&gt;Wall and Piece&lt;/i&gt;)&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://1.bp.blogspot.com/-Ls2_pVLwvLo/TVrh21k5-kI/AAAAAAAAAHQ/_b_r4KBuHq0/s1600/tumblr_lezynfGhtN1qdoln9o1_500.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="400" width="300" src="http://1.bp.blogspot.com/-Ls2_pVLwvLo/TVrh21k5-kI/AAAAAAAAAHQ/_b_r4KBuHq0/s400/tumblr_lezynfGhtN1qdoln9o1_500.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Reste qu'il ne faut pas exagérer la puissance de ce mode d'expression politique. Si les oeuvres de quelqu'un comme Banksy peuvent avoir un tant soit peu d'audience et, peut-être, d'influence, c'est en grande partie du fait de la qualité de sa performance : performance artistique, basée sur la rupture avec ce qui est attendu - ce dont témoigne la photo ci-dessus. Au contraire, l'affichage de la réforme apparaît de façon beaucoup plus normalisé. Alors que l'artiste s'appuie sur ce que Max Weber aurait considéré comme une attitude prophétique, dont le charisme vient briser les rets de la tradition et du monde allant de soi, l'expression politique normale vient d'une attitude plus proche de celle du prêtre, qui prêche une parole validé par l'institution qui le surplombe. Elle n'est pas forcément moins puissante, mais s'exprime de façon sans doute plus douce. Il faudrait enquêter plus avant pour savoir quels effets produisent effectivement ce genre d'affiche sur le public et les passants. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une dernière question peut être soulevé : pourquoi afficher de cette façon la politique de relance économique ? On pourrait répondre que c'est pour garantir la réélection des dirigeants. Mais le jeu demeure dangereux : après tout, si la relance marche, cela se verra de façon concrète dans l'amélioration de l'économie, le retour de la croissance et la réduction du chômage, ce qui devrait suffire pour une réélection triomphante. Il se pourrait que cette affichage participe également de la légitimation des politiques économiques, qui serait en fait une condition de leur efficacité. Une politique de relance ne doit-elle pas commencer par changer le "climat des affaires" et pour cela changer la perception que l'on a de l'état du monde ? Dès lors, c'est peut-être là aussi, dans la rue et sur les murs, que se joue la réussite de la politique... Finalement pas si éloignée de la performance artistique : changer le monde par ses murs. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-8413225526595242325?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/8413225526595242325/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=8413225526595242325' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8413225526595242325'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/8413225526595242325'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/politique-des-espaces-publics-changer.html' title='Politique des espaces publics : changer le monde par ses murs'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/-fq0-ivOD_tU/TVgfSsSO1yI/AAAAAAAAAHA/OwIUVw_tzdY/s72-c/louvre%2B001.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-3793089957040221085</id><published>2011-02-10T00:01:00.000+01:00</published><updated>2011-02-10T00:01:00.812+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie politique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie classique'/><title type='text'>L'insoutenable légèreté des sentiments en politique</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Depuis que la révolte a commencé à gronder en Tunisie puis en Egypte et bientôt ailleurs, il s'est trouvé un nombre grandissant de personne pour manifester leur solidarité avec les peuples en colère. En plus, ça tombe bien, l'indignation est à la mode, et chacun y va d'un drapeau tunisien comme avatar facebook ou de son petit commentaire plein d'espoir pour une libération prochaine des peuples opprimés. Une telle solidarité internationale pour tous ceux qui subissent le joug de dictatures ferait chaud au coeur... si seulement son caractère essentiellement émotionnel et, par là, obligatoire ne lui promettait pas une bien brève existence. Obligatoire l'émotion et l'indignation ? Malheureusement, oui. &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Ce grand élan d'émotions et de sentiments de sympathie avec les peuples en lutte pourrait témoigner, au choix, de l'enracinement toujours profond de la démocratie et de la liberté dans le cœur des peuples occidentaux, de la perpétuelle "naissance" d'une société civile internationale et d'une solidarité mondiale entre les peuples, ou encore d'une solidarité internationale qui trouve son expression dans l'invitation à "&lt;a href="http://culturevisuelle.org/totem/1067"&gt;marcher comme un égyptien&lt;/a&gt;"... Il y a pourtant de bonnes raisons de penser qu'il ne repose pas vraiment sur tout cela. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, pouvons-nous ne pas ressentir cette émotion ? Pouvons-nous ne pas nous sentir solidaire de ceux qui souffrent ? La réponse est non. Nos émotions, quelles qu'elles soient, sont bien souvent obligatoires. C'est ce que disait Marcel Mauss en substance dans &lt;a href="http://classiques.uqac.ca/classiques/mauss_marcel/essais_de_socio/T3_expression_sentiments/expression_sentiments.html"&gt;un texte de 1921&lt;/a&gt; logiquement intitulé "l'expression obligatoire des sentiments" : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Ce ne sont pas seulement les pleurs, mais toutes sortes d'expressions orales des sentiments qui sont essentiellement, non pas des phénomènes exclusivement psychologiques, ou physiologiques, mais des phénomènes sociaux, marqués éminemment du signe de la non-spontanéité, et de l'obligation la plus parfaite.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Si vous participez à un enterrement, même sans être intimement lié au défunt, peut-être même sans le connaître, vous serez sans doute saisi également de tristesse. Pourquoi cela ? Tout d'abord, parce que ne pas manifester ce sentiment, ce serait enfreindre les règles implicites de la situations. Essayez de vous mêler à un cortège funéraire et de sourire tout le long, vous comprendrez rapidement de quoi je veux parler. Une simple indifférence n'est pas non plus envisageable, du moins sans le risque de quelques sanctions de la part de vos voisins. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais il y autre chose : il ne s'agit pas seulement de manifester de façon ostensible sa tristesse. Bien souvent, le sentiment n'est pas seulement feint, et il est également très sincèrement ressenti. C'est qu'il repose non pas sur une disposition individuelle, une sensibilité particulière à la situation, mais bien à tout un dispositif extérieur à l'individu et qui s'impose à lui. L'organisation du cortège, la signification culturelle des vêtements noirs, l'attitude des différents acteurs en présence : c'est tout cela qui nous conduit à ressentir, y compris de façon très profonde, le sentiment adéquat à la situation. Il en va de même dans d'autres situations : même le snob le plus réfractaire aux hordes de supporters aura quelques difficultés à ne pas ressentir un petit frissonnement au beau milieu d'un stade, et, si j'en crois cette excellente bd qu'est &lt;a href="http://www.logicomix.com/fr/"&gt;Logicomix&lt;/a&gt;, même un pacifiste comme Russel n'a pu réfréner quelques sentiments guerriers lorsque, en 1914, son pays rentra dans la première Guerre Mondiale.  &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il en va de même pour les sentiments qui nous saisissent face à la souffrance et à la révolte dans d'autres pays. Aussi sincère soit-elle, et je ne doute pas que ceux qui ont changé leur avatar facebook avait alors la larme à l'œil, elle repose fondamentalement sur certains dispositifs qui nous amènent à ressentir l'émotion attendue. Le recours à des représentations collectives et puissantes, comme celle de la marianne révolutionnaire, font partie de ceux-ci - &lt;a href="http://culturevisuelle.org/icones/1338"&gt;voir cette brillante analyse, à laquelle j'emprunte l'image ci-dessous&lt;/a&gt;. C'est très largement la façon dont on définit la situation qui nous conduit à ressentir enthousiasme, inquiétude, solidarité, etc.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" class="tr-caption-container" style="margin-left: auto; margin-right: auto; text-align: center;"&gt;&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td style="text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TVLTECDRpjI/AAAAAAAAAG4/Xge1mMW8KW0/s1600/revolutionarabe.jpg" imageanchor="1" style="margin-left: auto; margin-right: auto;"&gt;&lt;img border="0" height="263" src="http://2.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TVLTECDRpjI/AAAAAAAAAG4/Xge1mMW8KW0/s400/revolutionarabe.jpg" width="400" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td class="tr-caption" style="text-align: center;"&gt;(1) Couverture de l'Express, 19/01/2011: "La Révolution arabe" (photo:  Joël saget/AFP). (2) Couverture du Nouvel Observateur, 20/01/2011:  "Tunisie, l'espoir" (photo: Zoubeir Souissi/Reuters).&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;br /&gt;Mais ces sentiments obligatoires n'ont dès lors qu'une permanence toute relative : si le dispositifs qui les fait naître disparaît, ils sont promis au même sort. Réservés à des temps et des espaces sociaux particuliers, ils n'affectent pas l'ensemble de la vie des individus et, partant de là, n'entraîne pas forcément une mobilisation qui dépasse certains cadres bien définis et, surtout, certaines actions particulières. A savoir celles qui ont une visibilité suffisante pour que chacun voit combien on ressent l'émotion exigée. C'est bien ce que Marcel Mauss décrit dans son texte sur les rites funéraires australiens : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;Et puis après cette explosion de chagrin et de colère, le camp, sauf peut-être quelques porteurs du deuil plus spécialement désignés, rentre dans le train-train de sa vie.&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas étonnant que l'émotion et la solidarité prennent d'abord, dans le cas qui nous intéresse, des formes de manifestation publiques : le rassemblement, l'affichage envers les "amis" électroniques... Il faut montrer que l'on participe au mouvement. Une fois de plus, il ne s'agit pas de dire que ce sont là des pratiques purement ostentatoire, dénuées de toute sincérité et de toute authenticité. Au contraire, ceux et celles qui vont dans la rue sont sans doute on ne peut plus convaincu de ce qu'ils font - après tout, la pression sociale n'est pas si forte... Mais ce sentiment, enfermé dans une temporalité particulière, a peu de chances de déboucher sur des formes d'engagement plus marqué. Une fois les autres dispositifs générateurs de sentiments disparus ou remplacé par d'autres inquiétudes, il n'en restera probablement pas grand chose. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soi, ce n'est pas forcément dramatique. Les peuples tunisiens et égyptiens peuvent très bien s'en sortir sans cela. Les révolutions, si elles ont toujours provoquées des réactions dans les autres pays - en un sens, elles étaient globales bien avant que le mot ne soit à la mode -, se sont parfois passés du soutien extérieur, et plus encore d'un simple sentiment de bienveillance de la part des autres peuples. Mais le risque existe que, passé le moment où les dispositifs d'émotions sont les plus forts, c'est-à-dire la phase la plus "chaude" de l'activité révolutionnaire et protestataire, le détournement des sentiments étrangers privent ces pays de l'attention qu'ils méritent... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut aussi en tirer une leçon plus générale au moment où, suite au succès de l'opuscule de Stéphane Hessel, l'incitation à "s'indigner" fait florès. Non pas que l'indignation soit mauvaise, mais comme toute émotion, elle risque bien de reposer avant tout sur certains dispositifs, dont Stéphane Hessel lui-même et ses écrits font partie. Aussi sincère puisse-t-elle être, elles peut être d'une insoutenable légèreté, du moins si l'on veut qu'elle débouche sur quelques changements d'importances. Passé le moment le plus fort - par exemple si la colère parvient à emporter la tête d'une ministre - le "business as usual" risque fort de reprendre le dessus. "Ne mettez pas tout vos espoirs dans les révolutions : elles finissent toujours par recommencer. C'est pour cela qu'on les appelle révolutions" dit Sam Vimes dans ce brillant roman qu'est &lt;i&gt;Nigthwatch&lt;/i&gt; (ma traduction) : il est possible que personne n'ait mieux exprimé que cela que Terry Pratchett. On pourrait en dire autant de l'indignation, de l'émotion et des sentiments : ce ne sont là des armes politiques bien limitées tant dans leur durée que dans leur portée. Engagement et convictions... Il faudrait peut-être appelé à cela aussi. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" target="_blank" title="Bookmark and Share"&gt;&lt;img alt="Bookmark and Share" height="16" src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" style="border: 0pt none;" width="125" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-3793089957040221085?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/3793089957040221085/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=3793089957040221085' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3793089957040221085'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/3793089957040221085'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/02/linsoutenable-legerete-des-sentiments.html' title='L&apos;insoutenable légèreté des sentiments en politique'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TVLTECDRpjI/AAAAAAAAAG4/Xge1mMW8KW0/s72-c/revolutionarabe.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-4512380605918967684</id><published>2011-01-20T09:04:00.000+01:00</published><updated>2011-01-20T09:04:46.989+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Enjeux de la sociologie contemporaine'/><title type='text'>Sociologue : un métier, pas une vague sensibilité</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lorsque j'ai appris par le twitter de &lt;a href="http://twitter.com/#!/PierreLouisR"&gt;@PierreLouisR&lt;/a&gt; que Jamel Debbouze avait été adoubé sociologue par cette institution incontestable qu'est Télérama, je me suis dit "il faudra que je fasse un billet là dessus". Mais c'est un petit jeune du monde des blogs - qui a quand même écrit &lt;a href="http://www.amazon.fr/Sociologie-r%C3%A9seaux-sociaux-Pierre-Merckl%C3%A9/dp/2707144479"&gt;le deuxième bouquin&lt;/a&gt; de sociologie que j'ai lu dans ma vie - qui m'a devancé : &lt;a href="http://pierremerckle.fr/2011/01/jamel-debbouze-sociologue/"&gt;Pierre Mercklé dit, sur son blog, à peu près tout ce que j'avais envie de dire là-dessus&lt;/a&gt;. Sans doute mieux que moi en plus, puisqu'il a le bon goût de se payer &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2008/10/le-vrai-problme-de-michel-m.html"&gt;Maffesoli&lt;/a&gt; dans la foulée. Donc j'en profite pour lui faire de la pub : qu'il rejoigne vos flux RSS ! &lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Une petite citation quand même pour vous donner envie et pour souligner mon accord : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;C’est donc d’abord un « coup » de Télérama, une accroche en couverture destinée à brosser le noyau dur de leur lectorat dans le sens du poil. C’est ensuite, peut-être, qu’il y a un autre usage possible du terme, que ce genre de manœuvres journalistiques ne peut qu’encourager : être « sociologue », ce n’est pas exercer un métier (faire des enquêtes, publier des ouvrages et des articles, enseigner…), c’est être doté de certaines qualités, d’une sensibilité… De la même façon qu’être « philosophe », c’est aussi être capable de relativiser, de faire la part des choses, ou bien être « psychologue » c’est comprendre les façons de penser des autres, alors être « sociologue » ce serait être sensible aux difficultés des autres, et être disposé à s’en indigner, pour reprendre un verbe en vogue…&lt;/blockquote&gt;&lt;br /&gt;Il faut bien souligner que c'est là le problème : être sociologue, c'est un métier, mais, trop souvent, c'est vu comme une vague sensibilité, un penchant ou quelque chose qui n'est pas vraiment rationalisable. Le problème est ancien : dans son &lt;i&gt;Invitation à la sociologie&lt;/i&gt;, adressée en 1963 rien que ça, Peter Berger consacre les premières pages à dire ce que n'est pas le sociologue. Et il précise en premier lieu que ce n'est pas un "ami du genre humain" sensible à la douleur des autres et désireux de les aider, ni même un réformateur prompt à améliorer la société et le sort des plus faibles. Les sociologues peuvent être cela par ailleurs, mais ils ne le sont pas tous - certains ont été ou sont d'ardents conservateurs - et ce n'est pas cela qui fait d'eux des sociologues. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour autant, il faut être clair : cela ne veut pas dire que ce que fait et ce que dit Jamel Debbouze, qui n'a sans doute pas demandé qu'on lui colle cette étiquette, est dénuée de valeur. Ce qu'il peut dire de la banlieue n'est pas nécessairement faux - j'avoue que, peu sensible à l'humour des "humoristes", je n'ai qu'une très vague idée de ce qu'il peut bien raconter sur ce thème là ou sur d'autres. sa parole ou son expérience n'est pas "fausse" en soi. Simplement, être sociologue, c'est faire un peu plus que de dire des choses pertinentes : c'est tenter de prouver qu'elles le sont. La sociologie que j'aime lire - j'espère pouvoir dire un jour "que je fait" - ne se contente pas de dire des choses qui semblent pertinentes mais essaye aussi de prouver qu'elles le sont. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le discours d'un humoriste ou de tout autre artiste a une valeur en soi : il interpelle, il mobilise, il met les individus face à leur contradiction. Pensons au premier sketch de Coluche : en disant "c'est l'histoire d'un mec... un mec normal... blanc, quoi", que faisait-il sinon nous mettre face à notre racisme ordinaire qui nous fait penser qu'un homme "normal" est forcément blanc et que les noirs présentent suffisamment de particularités pour changer le sens d'une blague ? Surtout en rajoutant par la suite "y'a des histoires, c'est plus rigolo si c'est un juif... et y'en a d'autres c'est plus rigolo sir c'est un belge"... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="425" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/iOKFiGyAmMQ" frameborder="0" allowFullScreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne faisait pas œuvre de sociologie. Mais son propos avait une valeur propre dans la façon dont il pouvait et peut toujours dénoncer une situation ou une attitude, sans doute d'une façon plus efficace et plus étendue que ne pourrait le faire un travail de sociologie. Il en va peut-être pour Jamel Debbouze : on peut se demander quel intérêt il y a à rabattre un type de discours tout à fait honorable sur un autre. Et pourquoi nous avons autant de mal à reconnaître la valeur en soi de l'humour. &lt;/span&gt; &lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button BEGIN --&gt; &lt;div&gt;&lt;a href="http://www.addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;amp;username=xa-4c434f9f40466e2a" title="Bookmark and Share" target="_blank"&gt;&lt;img src="http://s7.addthis.com/static/btn/v2/lg-share-en.gif" width="125" height="16" alt="Bookmark and Share" style="border:0"/&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;!-- AddThis Button END --&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/17346897-4512380605918967684?l=uneheuredepeine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/feeds/4512380605918967684/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=17346897&amp;postID=4512380605918967684' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4512380605918967684'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/17346897/posts/default/4512380605918967684'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://uneheuredepeine.blogspot.com/2011/01/sociologue-un-metier-pas-une-vague.html' title='Sociologue : un métier, pas une vague sensibilité'/><author><name>Denis Colombi</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='28' src='http://photos1.blogger.com/img/161/8150/640/badtzmail1.jpg'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://img.youtube.com/vi/iOKFiGyAmMQ/default.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-17346897.post-7589385906649169583</id><published>2011-01-19T09:19:00.002+01:00</published><updated>2011-01-20T07:51:10.292+01:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du genre'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie économique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Sociologie du corps'/><title type='text'>L'entretien d'embauche, bientôt une institution totale ?</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Via le site &lt;a href="http://www.actuchomage.org/2011011113792/Social-economie-et-politique/soit-belle-et-cherche-un-emploi.html"&gt;actuchomage.org&lt;/a&gt;, on apprend que Pôle Emploi propose, en partenariat avec &lt;a href="http://www.ereel.org/index.php/principal/relooking"&gt;Ereel, un "fond de dotation au service de l'innovation en Europe"&lt;/a&gt; (c'est beau, j'en pleurerais), des formations pour les chômeuses afin de les aider à retrouver un emploi. Au programme : un rappel que l'entretien d'embauche est l'un des nombreux mécanismes de mise en conformité des corps et, peut-être, des âmes...&lt;br /&gt;&lt;span id="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.actuchomage.org/2011011113792/Social-economie-et-politique/soit-belle-et-cherche-un-emploi.html"&gt;L'article d'actuchomage.org&lt;/a&gt; se concentre sur la question de l'origine de cette fondation et sur la question de la contribution supposée de telles formations à la lutte contre le chômage et pour le retour à l'emploi. Je vous laisse lire et vous faire une idée par vous même sur ces points. C'est plutôt les images proposées qui ont retenues mon attention. Voyez plutôt : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://2.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TTW5WoU4hKI/AAAAAAAAAGI/mXvyHN9ldIc/s1600/60704160_p.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="259" width="400" src="http://2.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TTW5WoU4hKI/AAAAAAAAAGI/mXvyHN9ldIc/s400/60704160_p.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div class="separator" style="clear: both; text-align: center;"&gt;&lt;a href="http://3.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TTW5W72sCtI/AAAAAAAAAGQ/DeFXECMeXas/s1600/60712206_p.jpg" imageanchor="1" style="margin-left:1em; margin-right:1em"&gt;&lt;img border="0" height="140" width="400" src="http://3.bp.blogspot.com/_ASJt0nd6As8/TTW5W72sCtI/AAAAAAAAAGQ/DeFXECMeXas/s400/60712206_p.jpg" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ce sont les images tirés de l'article d'actuchômage.org. Elles sont visiblement tirées du site de &lt;a href="http://www.bureaudimage.com/"&gt;Bureau d'Image&lt;/a&gt;, la principale entreprise participant à cette action (attention, le site lance automatiquement une très désagréable musique : quand on se prétend spécialiste de la communication, une telle faute de goût ne devrait pas être pardonnable). Elles donnent une bonne idée de ce en quoi consiste ces relooking pour trouver un emploi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, qu'arrive-t-il aux femmes qui se prêtent à ce jeu ? Et bien, visiblement, pour retrouver un emploi, on les pousse à se féminiser. Non pas qu'elles soient particulièrement masculines au premier abord, c'est-à-dire dans les photos "avant", mais il est clair que l'action que mène l'entreprise de relooking consiste à accentuer encore cette féminité. Que ce soit dans les vêtements, les coiffures, le maquillage (pas moins de deux entreprises de maquillage dans le programme proposée par Pôle Emploi)... et attitude. On le voit clairement dans les poses adoptées, sans doute à la demande du photographe et sous les conseils avisés des relookers, par les femmes en question : ce n'est pas seulement qu'elles sont plus souriantes ou plus "ouvertes", quoi que ce mot puisse bien vouloir dire, mais des yeux de biches en contre-plongée au dévoilement de l'épaule en passant par le buste en biais mains sur les hanches, on est bien dans un jeu plus proche de la séduction amoureuse, où la féminité se donne à voir souvent dans toute son ampleur. Le bandeau proposé par le site de Ereel sur &lt;a href="http://www.ereel.org/index.php/principal/relooking"&gt;la page présentant son "action" pour le relooking des chômeuses&lt;/a&gt; ne laisse d'ailleurs aucun doute là-dessus : on y voit la photo d'une jeune femme blonde sur-maquillé, les lèvres très rouges et les pieds nus posés sur la table. Une attitude qui n'a donc rien de "professionnel" mais tout de "féminin" dans ce que ce terme peut avoir de plus méprisant : frivolité et sexualisation. La photo ne déparaillerait pas dans un catalogue La Redoute ou sur la pochette d'un DVD porno. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que l'on demande aux chômeuses va donc beaucoup plus loin que le simple souci d'une présentation de soi sans accroc : on les encourage à adopter toute une attitude et tout un rôle bien particulier, que l'on suppose être celui attendu par les recruteurs et les entreprises. Et ce rôle est sans ambages : c'est celui de femme. Non pas celui de professionnel.le, non pas celui de travailleur.se, non pas celui de futur.e employé.e, mais bien celui de femme. Et ce changement ne saurait visiblement être simplement plastique, se limiter au seul vêtement : la présence d'un psychologue dans l'action et les changements de gestuelles qui se laissent à voir au travers des photographies suggèrent clairement qu'il s'agit de prendre en charge l'ensemble de la personnalité de l'individu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On comprend bien l'idée qu'il y a derrière : prendre soin de soi pour retrouver confiance en soi et devenir "entrepreneur de soi", capable, enfin, d'accéder à l'emploi tant désiré. Mais cette confiance à soi ne se fait visiblement qu'au travers d'une adhésion aux normes de genre : prendre soin de vous, mesdames, c'est vous maquiller pour être jolie pour l'homme qui vous embauchera... Et être "entrepreneur de soi" n'est jamais qu'une façon de reporter le poids du chômage sur un travers individuel - "vous ne faites pas assez d'efforts !" - plutôt que sur un enjeu collectif - "il n'y a pas assez d'emploi !". &lt;a href="http://uneheuredepeine.blogspot.com/2010/12/leternel-retour-de-la-responsabilite.html"&gt;Revoilà le marteau de la responsabilité individuelle...&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La procédure de l'entretien d'embauche, à laquelle prépare ce genre d'actions, sans doute plus nombreuses que cette simple actualité pourrait le laisser penser, joue donc ici un rôle particulièrement important. Elle ne se contente pas de sélectionner certains candidats, mais sert de prétexte à contrôler et à transformer ceux-ci dans des dimensions de leur personne qui dépasse le strict champ du travail. Pour retrouver du travail, dit-on à ces femmes, vous devez changer de personnalité : pas seulement avoir plus de compét
